‹ Explication historique, dogmatique, morale, liturgique et canonique du catéchismeChapitre 20 sur 139 · REÇOIT VÎL DE LA COMMUNION · texte numérisé non relu

REÇOIT VÎL DE LA COMMUNION

— D. Pourquoi Jésus-Christ a-t-il institué le sacrement de l 'eucharistie ? — R. Jésus-Christ a institué le sacrement de l'eucharistie pour être toujours avec nous dans 'nos tabernacles, se donner à nous et être la nourriture de nos âmes.

Explication. — En instituant le sacrement de l'eucharistie, Jésus-Christ s'est proposé une fin bien digne de son infinie bonté : il a voulu être toujours avec nous, sur nos autels et dans nos tabernacles, non-seulement pour y être l'objet de nos hommages et de nos adorations, mais, bien plus encore, pour que nous puissions, à toute heure et à tout moment, nous entretenir avec lui et lui exposer nos besoins; il est toujours disposé à écouter favorablement nos prières et à exaucer les vœux que nous lui adressons : « Je « fais mes délices, nous dit-il, d'être avec les enfants des « hommes (1). Venez à moi, vous tous qui êtes accablés et « qui êtes chargés, et je vous soulagerai (2). »r— On assure, dit un pieux auteur, que, les ouvriers évangéliques qui, dans le dernier siècle, portèrent les premiers les lumières de la foi aux extrémités de l'Orient, ayant commencé à expliquer aux peuples de ces contrées les mystères de l'incarnation et de la mort du fils de Dieu, ces peuples barbares, tout surpris d'une bonté si prodigieuse, ne purent s'empêcher de s'écrier : « Ah! !e bon Dieu que le Dieu des chrétiens ! qu'il est bienfaisant, qu'il est aimable ! » Quelles durent être les pensées de ces infidèles, lorsqu'on leur ajouta que ce Dieu, fait homme, et mort en croix par amour pour tous les hommes , spécialement pour les chrétiens, a voulu, par un autre effet de cet amour sans bornes, demeurer toujours au milieu de nous dans le sacrement

(1) Deliciœ meae esse cum filiis hominum. (Prov. vin, 3i.)

(2) Vcnite ad me ouincs, qui laboratis et oaerati estis, et ego reficiaia tôt. (Matth., xi, 28.)

de nos autels, pour nous consoler et noui bénir! Combien durent-ils être étonnés et ravis d'admiration ! Quoi de plus propre, en effet, à produire dans tous les cœurs une impression profonde? — Cependant, ce n'est point là tout ce que Jésus-Christ a fait pour nous prouver son amour; il n'a pas seulement institué l'eucharistie pour être toujours avec nous, mais encore pour se donner lui-même à nous et être notre nourriture spirituelle durant cette vie passagère et à l'heure de la mort.

D. Comment Jésus-Christ se donne-t-iî à nous dans la sainte euchmrûtU ? — R. Jésus-Christ se donne à nous par la sainte communion.

Explication. — C'est par la sainte communion que Jésus-Christ devient la nourriture de nos âmes ; c'est lorsque nous avons le bonheur de nous asseoir à la table eucharistique qu'il a dressée dans son Église, que ce Dieu de bonté se donne à nous, et que nous lui sommes unis d'une manière si intime, que nous ne faisons plus qu'un avec lui. a Celui qui mange ma chair et boit mon sang (ce sont les « paroles du Sauveur), demeure en moi et je demeure eu « lui (1). » C'est cette union si intime de l'âme avec Jésus- Christ, que saint Cyrille d'Alexandrie essaie d'expliquer par cette comparaison : a Lorsqu'on fond ensemble deux morte ceaux de cire, on n'en fait qu'un seul corps; de même, a par la participation du corps de Jésus-Christ et de son « sang précieux, il est en nous et nous sommes en lui. « L'âme fidèle devient une même âme avec Jésus-Christ; 1p g corps du chrétien un même corps avec Jésus-Christ (2). i

= D. Qu'est-ce que communier? — R. Communier, c'est recevoir le corps, le sang, 1 ame et la divinité de ftotre-Seignem Jésus-Christ, réellement présent dans la sainte eucharistie.

Explication. — Communier, c'est s'unir à Jésus-Christ

(1) Qui mandueat meam caméra, et bibit raeum sanguinem, in me Bianet et ego in iiio. (Joan., vi, 57.)

(2) S. CjriJIe de Jérusalem, apud Guillpq, t. XJX. p. 368.

par ïa réception de la sainte eucharistie; et puisque la fol nous enseigne que cet auguste sacrement contient réellement Jésus-Christ tout entier, il s'ensuit qu'y participer, communier, c'est recevoir le corps, le sang, l'âme et la divinité de ce divin Sauveur : le même corps qui a été attaché à la croix ; le même sang qui a coulé sur le calvaire pour effacer les crimes du genre humain; la même âme qui, dans le jardin des Oliviers, éprouva une tristesse mortelle (1) ; la même divinité qui, le jour de l'annonciation, s'unit à la nature humaine dans le sein de l'auguste Marie.

— Gomment cela peut-il se faire? L'illustre docteur que nous venons de citer répond ainsi à cette question : ce Estce il permis de soumettre à une vaine curiosité un mystère « qui surpasse la capacité de notre intelligence? de le « mettre en question, à l'exemple de quelques téméraires « qui se donnent la liberté de décider des dogmes de la foi, « approuvant les uns, censurant les autres, au gré de leur « caprice? N'est-il pas bien plus raisonnable de réserver à « Dieu la connaissance de ses œuvres, plutôt que d'avoir g l'impiété de reprendre les choses qu'il a jugé devoir « faire ? Ils nous demandent le comment. Mais cette seule a parole n'est-elle pas un blasphème? Les Juifs se dispu- « taient entre eux, en disant : Comment celui-ci peut-il nous « donner sa chair à manger? Ce comment est tout à fait ju- « daïque, et sera la matière d'un rigoureux jugement (2). »

= D. Quels effets la sainte communion produit-elle dans les âmes?

— R. La sainte communion nourrit les âmes bien disposées, c'est-à-dire les fortifie, augmente en elles la vie de la grâce, affaiblit les passions, et leur donne le gage de la vie éternelle.

Explication. — Les effets du sacrement de l'eucharistie répondent parfaitement à sa dignité et à son excellence. 1° Le sacrement de l'eucharistie nourrit l'âme qui le reçoit avec les dispositions nécessaires , et opère en elle des eifets

(1) Tristis est anima mea usque ad mortem. (Matth., xxvj, 38.)

(2) S. Cyrille de Jérusalem, apud Guillon, t. xix, p. 365, 366.

qui ont un grand rapport avec ceux que produisent les aliments dans un corps Lien disposé. Les aliments s'unissent au corps qu'ils nourrissent, en se convertissant en sa propre substance ; il se fait une union semblable, mais bien plus intime et bien plus admirable, de Jésus-Christ avec nous dans ce sacrement. Le corps et le sang de ce divin Sauveur ne s y changent point, il est vrai, en notre propre su! :

mais c'est lui-même qui nous transforme en lui ; il nous communique son esprit et nous fait vivre de sa vie divine. C'est ce que saint Augustin nous apprend, en nous adressant ces paroles au nom de Jésus-Christ : « Je suis le pain (( des forts, croissez et puis vous me mangerez; toutefois, a vous ne me changerez pas en vous, mais vous serez vousa mêmes changés en moi (1). » 2° Le sacrement de l'eucharistie, en nourrissant l'âme, ne lui conserve pas seulement la vie spirituelle de la grâce, mais il augmente, fortifie et affermit en elle la charité et toutes les vertus chrétiennes, de même que le pain matériel fortifie et augmente la vie et la santé du corps ; il répare ses faiblesses et lui donne le courage de tout entreprendre pour l'amour d'un Dieu qui se donne à elle sans réserve. 3° L'eucharistie imprime au chrétien une force surnaturelle pour repousser les efforts de ses ennemis visibles et invisibles ; elle modère la violence de ses passions et tempère l'ardeur de la concupiscence , c'est-àdire de ce penchant qui nous entraîne vers le mal, et qui est une suite déplorable du premier péché. 4° L'eucharistie nous donne le gage et l'assurance de la vie éternelle ; la parole de Jésus-Christ est formelle: C'est ici le pain qui descend du ciel, afin que, si quelqu'un en mange, il ne meure point ; si quelqu'un manqe de ce pain, il vivra éternellement (2).

— D. Quels effets produit-elle sur les corps? — R. La sainte communion sanctifie nos corps et devient pour eux le gage de la vie éternelle.

(1) Nec lu me mutabisin te, sed rautaberis in me. (S. Aug.)

(2) Joan., vi, 50.

Explication. — La vertu du véritable pain du ciel, de la divine eucharistie, s'étend jusqu'à nos corps : elle les sanctifie et les divinise en quelque sorte, puisque, par la communion, ils ne font plus qu'un avec le corps de Jésus- Christ, et elle devient pour eux le gage de la résurrection glorieuse et de la bienheureuse immortalité : Celui* a dit Notre-Seigneur, qui mange ma chair et boit mon sang, a la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour. — En effet, nous dit saint Irénée, comment resteraient-ils dans la corruption, comment ne reprendraient-ils pas la vie, ces corps nourris de la chair et du sang du Seigneur? Jésus- Christ n'est-il pas la résurrection et la vie? En s'unissant à nos corps dans la sainte eucharistie, ce divin Sauveur y imprime un germe de vie et de gloire; c'est un feu caché sous la cendre, qui, un jour, consumera en eux tout ce que la corruption du péché y a causé de désordres; il n'attend que le signal de la dernière trompette pour transformer, en un clin d'œil, les corps des justes à la ressemblance du corps glorieux, de Jésus-Christ leur chef (1).

« Jésus, dit saint Cyrille d'Alexandrie, a donné son corps « pour la vie de tous, et c'est par ce corps qu'il a fait entrer « la vie en nous. L'Exterminateur, c'est-à-dire la mort de la « chair, avait pris les armes contre toute la nature humaine, « à cause du péché de nos premiers parents, qui nous avait « attiré cet arrêt : Tu es terre , et tu retourneras en terre. « Mais parce que Jésus-Christ, étant en nous par sa chair ce en qualité de vie, devait vaincre ce cruel tyran, ce mystère « fut annoncé en figure aux Juifs, à qui il fut ordonné de a manger la chair de l'agneau : Celui qui mange ma chair a « la vie éternelle, et je le ressusciterai, dit Jésus-Christ dans « saint Jean. Il n'est pas possible que Jésus-Christ étant par « sa chair en celui qui le mange, il ne surmonte la corrup-

(1) Quomodo dicunt carnem in corruptionem devenire et non percipere vitam, quae corpore et sanguine Christi alitur? Corpora nostra percipientia eucharistiam jam non sunt corruptibilia, spem resurrectionis habentia. (S. Irena?us, lib iv, contra hœreses .)

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ce tien et ne demeure maître de la mort. Car quoique la « mort nous assujettisse à la corruption, toutefois, parce « que Jésus-Christ est dans nous par sa propre chair, il est a certain que nous ressusciterons, étant impossible que la •« vie ne vivifie pas celui en qui elle réside. Quand on jette « une étincelle dans un monceau de paille, le feu y prend ; « de même Jésus-Christ, en s'incorporant dans nous, y proa duit la vie et imprime dans notre âme le sceau de rima mortalité (1). »

= D. La communion produit-elle ces effets dans tous ceux qui cornvivaient? — R. Non, la communion ne produit ces heureux effets que dans ceux qui communient dignement.

Explication. — Pour que l'eucharistie produise dans l'âme les admirables effets dont nous venons de parler, il faut la recevoir dignement; et quand on a le malheur d'y participer sans avoir les dispositions requises, ce sacrement, loin d'être un gage de salut et d'immortalité, devient un gage de réprobation et de mort éternelle.

= D. Celui qui communie indignement reçoit-il aussi Jésus-Christ? — R. Oui, celui qui communie indignement reçoit aussi Jésus- Christ, mais il commet un horrible sacrilège et mange sa propre condamnation.

Explication. — Celui qui communie indignement reçoit véritablement Jésus-Christ, c'est-à-dire que Jésus-Christ entre en lui corporellement; mais, en le recevant dans un ir souillé par le péché, et affectionné au péché, il commet le plus grand des crimes , le plus noir des attentats. « Quiconque, dit saint Paul, mangera ce pain ou boira le « calice du Seigneur indignement, sera coupable du corps <r et du sang du Seigneur. Que l'homme donc s'éprouve « soi-même et qu'il mange ainsi de ce pain et boive de ce s calice ; car quiconque en mange et en boit indignement, « mange et boit sa propre condamnation (2). » 1° L'indigne

(1) S. Cyrille, apud Guillon, t. xix, p. 367.

(2 i laque qaicumqoe nnmlucaverit panera hune, vel biborit calicem

ôrmnmniant se rend coupable au corps et du sang de Jésus-- Christ, îl fait violence à ce divin Sauveur; il le traite de la manière la plus indigne ; et si nous ne concevons rien de plus horrible que le supplice d'un homme vivant attachécorps à corps , bouche à bouche, à un cadavre , quelle idée nous ferons-nous d'une mauvaise communion, où le corps sacré de Jésus-Christ ne fait plus qu'un avec une chair cor~ Jtompue, où son sang infiniment pur coule dans les mêmesveines avec un sang immonde; où son âme sainte habite la même corps avec une âme criminelle ; où la Divinité même est comme forcée d'entrer dans un cœur souillé, gâté , infecté par le péché? Est-il possible de faire à Celui qui est la sainteté même un plus sanglant outrage? 2° L'indigne communiant mange et boit sa propre condamnation. Chez les Athéniens , tout homme condamné à mort pour ses crimes était obligé de manger l'arrêt qui le condamnait à perdre la vie ; par là on voulait lui faire entendre que la sentence était irrévocable , et qu'il n'était plus possible de le soustraire à la rigueur des lois. C'est ce qui arrive, mes enfants, à celui qui communie indignement : il mange , il s'incorpore sa propre condamnation ; l'arrêt de mort prononcé contre lui , au moment où le sacrilège se consomme , se change en sa propre substance ; toute sa personne est marquée d'un sceau de réprobation. Ce caractère affreux s'imprime sur tous ses membres, dans toutes les parties de son corps; il s'insinue, comme l'huile, jusque dans la moelle de ses os. Dieu ne voit plus dans l'indigne communiant qu'une victime de sa colère ; il lit sur le front de ce malneureux ce met effrayant, écrit avec le sang de Jésus-Christ: wiathème, malédiction; et si nous avions une foi assez vive, dit un pieux auteur, nous verrions cette âme marquée du sceau de la bète dont il est parlé dans l'Apocalypse : Ilabe-

Domini indigne : rens erit corporis et sanguinis Domini. Probet autem seipsum homo : et sic de pane illo edat, et de calice bibat. Qui enim manducat et bibit indigne , judicium sibi manducat et bibit, non diju<» iicans corpus Domini, (I Cor., xi, Î7-29.)

levât caracterem besiiœ; elle n'est plus qu'un objet d'korreur au ciel et à la terre, aux anges et aux hemmes (1).

— D. Quels sont ceux qui communient indignement? — R. Ce sont ceux qui communient sciemment en état de péché mortel (2).

Exlïcati-- :■>*. — Il suffit de conserver de l'affection pour un seul péché mortel, au moment où l'on communie, pour se rendre coupable de la profanation du corps et du sang de Jésus-Christ. Ayez horreur, mes enfants, d'un crime si affreux en lui-même, et dont les suites sont si déplorables.

— Saint Jean Chrysostome, dans sa cinquième homélie sur la première épître de saint Paul à Timothée, rend témoignage que Dieu livrait souvent à Satan des chrétiens qui s'approchaient indignement des saints mystères. Il représente aussi ces mauvaises communions comme la source des maux sans nombre qui arrivaient à chaque instant. A ceux qui prétendaient qu'une seule communion par année, fûtelle sacrilège, ne pouvait leur attirer de si grands fléaux, il répond que Judas n'a trahi son maître qu'une fois, que les Juifs n'ont crucifié qu'une fois le Seigneur, et que cependant ils ne se sont pas soustraits aux châtiments effrayants que Dieu a fait tomber sur eux. — La communion sacrilège enhardit au crime. Un chef de voleurs avait à sa suite un jeune homme qui paraissait encore timide et ne commettait le crime qu'avec une certaine répugnance : Va communier indignement, lui dit le chef, et tu ne craindras plus. Le conseil fut suivi, et le jeune homme devint bientôt le plus déterminé des brigands. — Voltaire, qui le savait par Sc> propre expérience , n'exigeait d'un de ses associés qu'une communion sacrilège pour le rendre parfaitement impie : « Va, lui dit-il, communier une fois ou deux sans avoir été « à confesse, et tu n'auras plus peur (3). »

La mauvaise communion conduit au désespoir. Un homme

(1) Analyse des semons du P. Beauregard.

(2) Qui sibi ronscii sunt peccati mortalis.

[») Moitrier, Traité sur la manière de préparer les enfants à la pre- •srdère communion, p. 16P.

qui, pendant toute sa vie, avait montré des sentiments peu chrétiens, étant tombé malade, sa famille fit venir un prêtre; le malade se confessa, et, quelque temps après, on lui apporta le saint viatique. Au moment où le prêtre , tenant Fhostie entre ses doigts, allait la déposer sur la langue du moribond, celui-ci s'écria : Arrêtez! mon père, arrêtez! je n'ai jamais fait qu'une communion dans ma vie, etfai fait une communion sacrilège ! Je suis perdu! Et il expira dan? les convulsions du désespoir.

Ainsi, l'aveuglement de l'esprit, l'endurcissement du cœur, le désespoir et Fimpénitence, tels sont les fruits ordinaires de la communion sacrilège. La mauvaise communion, surtout lorsqu'on en a contracté la déplorable habitude, c'est le fond de l'abîme, dont il est absolument possible de sortir, mais dont on ne sort presque jamais.

Quelquefois aussi Dieu punit les communions indignes par des maladies corporelles et des morts précipitées, comme le remarque saint Paul : « C'est, dit-il dans sa première « épître aux Corinthiens, parce qu'on ne fait pas le discera neinent que l'on doit du corps du Seigneur, parce qu'on « n'a pas soin de s'éprouver avant de le manger, qu'il y a « parmi vous beaucoup de malades et de languissants, et que « plusieurs dorment du sommeil de la mort (1). — Saint Cyprien rapporte qu'une femme, ayant voulu participer à la table du Seigneur et à celle des démons, manger de la chair immolée aux idoles, et ensuite celle de Jésus-Christ, eut le même sort que Judas: le démon entra en elle et lui déchira les entrailles ; elle devint, comme le perfide apôtre, son propre bourreau ; elle coupa et mit en pièces avec ses dents sa langue impie, sur laquelle elle avait si indignement reçu le corps adorable de Jésus-Christ, et expira dans des transports de rage et de désespoir. Le même saint docteur nous apprend ce qui suit : « Un père et une mère, voulant se sous^ traire à la persécution, avaient quitté leur maison. Dans le

(1) Ideo intervosrnulti infirmi et imbecilles, et dûrmiunt multi. (1 Cor., XI, 30.)

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désordre de leur fuite, ils y laissèrent une petite fille encore à la mamelle, sons la garde de sa nourrice. Celle-ci la porta aux magistrats, qui lui donnèrent du pain trempé dans du vin, qui étaient restés du sacrifice des apostats. Quelques jours après, l'enfant, ayant été rendue à sa mère, fut menée par elle au lieu où les fidèles se trouvaient réunis pour la participation aux saints mystères. Elle y fut à peine, que ne pouvant supporter nos prières, éclatant en sanglots, agitée par des mouvements convulsifs, comme si elle eût été mise à la torture, nous la vîmes manifester ce qui lui était arrivé par tous les signes que pouvait donner un âge aussi tendre. Le sacrifice achevé, le diacre ayant, commencé à distribuer le calice à ceux qui étaient présents, et le tour de l'enfant étant venu, émue par un sentiment secret que la majesté divine lui inspirait, elle détourna la tête, serrant les lèvres et repoussant le calice. Le diacre insista, et, malgré ses résistances, il parvint à lui en faire boire quelques gouttes, qu'elle rejeta avec de nouveaux sanglots et des vomissements. La sainte eucharistie ne put demeurer dans une bouche et dans un corps violés et corrompus (i). » — Juges de là de l'énormité du crime que Ton commet par une mauvaise communion !

B. La communion peut-elle être nulle sans être sacrilège? — R. Oui, la communion peut être nulle sans être sacrilège.

Explication, — Celui qui, se croyant de bonne foi en état de grâce, quoique dans la réalité il n'y soit pas, s'approche de la table saisie, fait, il est vrai, une communion nulle» '/est-à-direque le sacrement ne produit point en lui ses admirables effets, mais sa bonne foi l'empêche de faire une communion sacrilège. Il y a plus, si celui qui, étant coupable de quelque péché mortel, se croit en état de grâce, et qu'en se préparant à recevoir la sainte eucharistie, dont rapproche seule nous fait rentrer en nous-mêmes^ il éprouve, je ne dis pas la contrition parfaite, mais le sentiment de

(t) S. Cypilen, apud Guillon, t. iv, p. 48, 49.

î'attrition, tel qu'il est nécessaire pour le sacrement de pé« nitence, la communion aura tous ses effets; en lui communiquant la grâce, elle lui obtiendra par elle-même le pardon et la rémission de tous ses péchés. C'est ce qu'enseignent îaint Alphonse de Liguori (1), saint Thomas d'Àquin (2) et le. plus grand nombre des théologiens (3). a Ce n'est point* dit Collet, l'état du péché, mais l'affection au péché mortel qui est un obstacle aux effets du sacrement (4). »

D. Y a-t-il obligation de communier? — R. Oui, il y a obligation de communier, au moins à Pâques.

Explication. — Notre divin Sauveur, en dressant dans son Église la table eucharistique, ne s'est pas contenté de permettre aux fidèles de s'y asseoir, il leur en a imposé la loi : a En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous ne mangez la a chair du Fils de l'homme, et si vous ne buvez son sang, « vous n'aurez point la vie en vous (5). » Ces paroles renferment tout à la fois et le précepte de manger le pain descendu du ciel, et la menace des maux terribles auxquels

(t) Sacuamenta vivorum aliquando priniam gratiam (gratiam sanctificantem) conferre possunt, scilicet quum quis putans non esse in statu peccati niortalis, vel existimans se coutritum, accedit cum attritione ad sacramentum. (S. Alphons. a Liguorio, TheoL, moral. ^ lib. vi, n<> 6.)

(2) Si quis, facta diligenti discussione conscientia? suae, quamvis forte non sufikienti, ad corpus Christ! dévote accedit, aliquo peccato mortali in ipso manente, quod ejus cognitionem prœterfugiat, non peccat, imomagis ex visacramentiremissionemconsequitur. (S. Thomas Aquin., in-4°, dist. ix, quaest. I, art. 3.)

(3) Pontas, Alexandre Noël, Antoine, Montagne, Drouin, Thomas de Charmes, Sœttler, Dens, Sporer, Suarez, Sylvius, etc., etc.

(4) Collet, De sacramento eucharhtiœ , cap. vin. — Ce théologien, que personne n'accusera de relâchement, ajoute : Dicunt ipsum peccati statum esse, obicem gratice, sed maie : siquidem Tridentinum iis duntaxat gratiam conferri negat, qui eidem obicem ponunt; vox autem ponere sonat aliquid quod active se habeat ; porro in peccatore non ipse peccati status, sed sola voljntas active se haberc potest : ergo ipse quidem peccator gratiîe obicem ponerc potest, et ponit de facto, cum in peccato sibi complucerc persévérât. Sed obicem per se et immédiate non ponit peceat-utn. (Collet, De euchurist., cap. vin.)

(5) Nisi manducavei'iiis carnem Filii hominis et biberitii» ejus sanguinem, non habebitis fitam in vobis. (Joan,, vi, 5-i.)

s'exposent ceux qui violent ce divin commandement. Ainsi, tous" ceux qui, par leur faute, ne mangent poin'c, au moins à Pâques, la chair du Fils de l'homme, et ne boivent pas son san?, sont, aux yeux de Dieu, dans un état de mort; et en s'obstinant à demeurer en cet état de mort dans le temps, ils courent risque de devenir, pendant toute l'éternité, la proie de la seconde mort, c'est-à-dire d'avoir à jamais l'enfer pour partage. — Mais doit-on se contenter de communier à Pâques? Non, mes enfants. Lïntention de Jésus-Christ, en instituant l'eucharistie, a été que les fidèles s'en approchassent souvent. Ce qui le prouve, c'est que le divin Sauveur nous a donné ce sacrement comme Dournture et nous en a fait un breuvage. Il l'a institué en forme de repas pour nous faire comprendre que c'est un aliment dont nous devons user, non rarement, comme l'on fait des remèdes, mais fréquemment, comme nous prenons tous les jours les aliments qui nous soutiennent et nous fortifient. Dans les temps apostoliques, les fidèles communiaient très -souvent, et on ne s'est éloigné de la table du Seigneur qu'à mesure que la charité s'est refroidie. Les Pères de l'Église, pour ranimer cette première ferveur, ont toujours exhorté les chrétiens de leur tpmps à la communion fréquente. « Prenez cette divine « nourriture, disait saint Augustin, autant de fois qu'elle * peut vous profiter, et si tous les jours elle vous profite, a prenez-la tous les jours. Communiez plus ou moins sou- « vent, selon que l'esprit de Dieu vous l'inspirera; mais « quant à la préparation habituelle, vivez de telle sorte que a chaque jour vous puissiez vous nourrir de ce pain du « salut (1). ■ — « 11 est très-utile, disait saint Basile, de « communier tous les jours et de se nourrir du corps et du a sang de Jésus-Christ, puisqu'il a dit lui-même en termes t exprès : Celui qui mangera ma chair et qui boira mon sang, « aura la vie éternelle (2). » — Le saint concile de Trente

(i) Accipe quotidie quod quotidie tibi prosit... sic vive, ut quotidia merearisaccipere. (S. Aug.,apud Grillon, t. XXH, p. 444.) (2) S. Basile, apud Grillon, t. vu, p. 438.

excite aussi très-forte:oaent les fidèles à la communion fréquente; il les excite par les motifs les plus touchants, et les exhorte, par les entrailles de la miséricorde du Sauveur, à croire les sacrés mystères de son corps et de son sang avec une telle constance et fermeté de foi, et à les révérer av^ .:• un si profond respect, « qu'ils soient en état de pouvoir sou- « vent recevoir ce pain, qui est au-dessus de toute substance, g et que véritablement il soit la vie de leur ârne et la santé a perpétuelle de leur esprit; afin que, soutenus par sa vi- « gueur et par sa force, ils puissent passer du pèlerinage de « cette misérable vie à la patrie céleste, pour y manger sans « aucun voile le même pain des anges qu'ils mangent main- « tenant sous des voiles sacrés (1). » Le même concile déclare qu'il désirerait que les fidèles communiassent sacramentellement toutes les fois qu'ils assistent à la messe (2), pour participer plus abondamment aux fruits merveilleux de ce sacrement, « lequel est,ajoute-t-il(3),une nourriture « spirituelle qui soutient et fortifie nos âmes, en les faisant a vivre de la propre vie de Jésus-Christ, et un antidote par « lequel* nous sommes délivrés de nos fautes journalières, a et préservés des péchés mortels. » De ces grands avantages joints aux autres dont nous avons parlé, on doit conclure que la communion fréquente est préférable en ellemême à la communion rare, et qu'il vaut mieux s'approcher de la table sainte par un mouvement de charité, que de s'en éloigner par respect (4). Toutefois, on ne doit pas blâmer la pratique des âmes justes et timorées, que l'humilité porte quelquefois à s'en séparer; mais il ne faut pas que cette séparation dure longtemps pour les âmes qui cherchent Dieu dans la. simplicité de leur cœur, et leur principal objet doit être de se disposer par cette voie à communier ensuite avec plus de ferveur. Ce qu'on doit craindre comme un grand

(1) Conc. Trid., sess. xiii, cap. vin.

(i) lbid.,cà\). vi.

(3) IbicL. cap. vin.

(4) S. Thomas, cité dans le RUtoêl de Boulogne.

malheur qui n'est nue trop commun, c'est que la tiédeur et l'indolence, peut-être même le mépris et le dégoût, ne soient cachés sous un respect apparent (1). — Quant aux dispositions requises pour communier souvent, voici de quelle manière s'exprime saint François de Sales: « i° Il faut, « pour être admis à la communion de tous les jours, avoir «. surmonté la plupart des mauvaises inclinations, c'est-à- « dire non-seulement l'affection aux choses inutiles et dan- 'f gereuses, comme sont les jeux, les festins, les parures et j autres choses semblables, mais encore ces inclinations « naturelles qui ne sont pas proprement vices ni péchés, * m lis imperfections, comme sont la légèreté, l'inclination a à la colère, la mélancolie et autres défauts qui viennent c< du tempérament et du naturel, et sont souvent contre le « gré et la volonté. 2° Pour communier tous les huit jours, « il est requis de n'avoir aucun péché mortel ni aucune a affection au péché véniel, et d'avoir un grand désir de <c communier (2). » Le plus sûr moyen de ne point se tromper dans une matière si importante, c'est de suivre avec docilité les avis d'un directeur sage et éclairé.

D. La fréquente communion est-elle un remède contre la rechute? — R. La communion fréquente est un remède efficace contre la rechute.

Explication. — A chaque communion bien faite sont attachées les grâces les plus précieuses et les plus abondantes. Or, à l'aide de ces grâces, il devient facile de résister aux attaques de l'ennemi du salut, et d'éviter les pièges qu'il pourrait nous tendre. D'ailleurs, quand on communie souvent, les tentations deviennent beaucoup plus rares. «Parce

(i) Mgr de Pressy.

(2; Introduction à la vie dévote, chap. xx. — S. Alphonse de Liguor'i et d'autres théologiens ont judicieusement fait remarquer que saint François de Sales s'appuie sur un teste de saint Augustin qui n'est point de cet illustre docteur; et que ce texte, qui est de Gennadius. est mal cité par le saint évèque de Genève, puisque Gennadius n'exclut, pour la communion hebdomadaire, que l'affection au pécke mortel. (Cette remarque nous a été adressée par Son Émineuce le cardinal Gousset. )

a que, dit saint Cyrille de Jérusalem, lorsque les déce mo-ns voient le sang de Jésus-Christ circuler dans nos « veines, ils prennent la faite; tandis qu'à la vue de ce a môme sang", les anges s'empressent de venir à nous (1). » Enfin, celui qui communie souvent est nécessairement un homme qui met en pratique cette recommandation du divin Maître : « Veillez et priez, afin de ne point entrer en tenta* a tion (2). » La pensée qu'il vient de recevoir son Dieu, qu'il porte en lui-même le Saint des saints, ne peut que lui inspirer une vive horreur pour le péché, et par là même il évite avec le plus grand soin tout ce qui pourrait déplaire à celui qui s'est montré si bon et si généreux à son égard. C'est donc avec raison que les maîtres de la vie spirituelle regardent la communion fréquente comme un remède efficace contre la rechute.

TRAIT HISTORIQUE

l'échafaud.

Le P. Bridaine, chaque ibis qu'il prêchait sur la communion indigne, avait recours à un mouvement d'éloquence qui ne manquait jamais de produire un grand effet. Après avoir tonné, de toute la puissance de son zèle, de son talent et de son organe, contre les sacrilèges, il s'arrêtait et se séparait pour ainsi dire de son auditoire; il regardait fixement l'autel en levant ses deux mains jointes; il semblait absorbé dans le respect et dans la douleur devant le tabernacle. Ce silence frappait encore plus que ses paroles; il l'inlerrompait tout à coup, en disant lentement, les yeux fermés, avec cette demi-voix qu'il savait si bien affaiblir, au lieu de la rendre plus sonnante, quand il voulait commander une grande attention : « Les aveugles ! les ingrats! que leur dirai-je de plus, s'ils ne partagent pas d'eux-mêmes les transes de ma foi?... Dieu, poursuivait-il en s'asseyant ou plutôt en paraissant succomber à son abattement, Dieu réveille en ce moment dans mon esprit le souvenir d'une histoire édi-

(1) Dasmones enim, cum Dominicum sanguincm in nobis vident in fugam vertuntur, angeli autem accedunt. (S. Cyrillus Hyeros.)

(2) Vigilate et orate, ut non intretis in tentationem. (Matth. xxvi.

riante, dent vous avez tous autant besoin que moi pour soulager votre pie 'é du récit et du poids de ces horribles profanations. — Il y avait donc, mes frères, très-loin d'ici, dans une ville que je ne d-ois point nommer, pour ne pas vous faire connaître les parties intéressées, il y avait, dis-je, un jeune homme d'une très-grande famille, d'une parfaite conduite, de la plus belle espérance, et qui jouissait dans tout le pays de la meilleure réputation. C'était un fils unique, connu par sor> excellent cœur, et qui faisait la gloire et les délices de ses parents. 11 arriva que d'autres jeunes gens de son âge, avec lesquels il n'avait aucune liaison, se compromirent, de la manière la plus grave, dans une très-mauvaise affaire avec sa propre famille, qui voulait absolument en avoir justice. On leur fit donc leur procès, qui fournit bientôt assez de preuves pour les pouvoir tous condamner à mort. La désolation était universelle dans la ville où ils devaient subir leur triste sort au milieu de la place publique. Notre charitable jeune homme en fut touché; et, ne voyant point d'autre moyen d'obtenir leur grâce, poussé par son beau naturel, il sut si bien s'y prendre, que, par un effort de la générosité la plus extraordinaire, il intervint comme partie principale dans ce procès criminel, en se substituant lui-même à cette troupe de malheureux. Ce n'est pas tout. 11 faut dire encore qu'il était fils du seigneur du lieu; il poussa donc la charité jusqu'à se faire charger juridiquement, et à s'attirer, par son propre fait, toute la responsabilité du crime qu'ils avaient commis, paraissant ainsi l'unique criminel aux yeux de la justice; de sorte que les juges ne virent plus et ne durent effectivement plus voir que lui seul à poursuivre et à punir. On l'admira, on le plaignit. Mais la rigueur des formes et la lettre de la loi obligèrent les magistrats à prononcer contre lui, quoique regret, un arrêt de mort. Ce fu* une consternation générale. Le jour de l'exécution est fixé au lendemain. Par une disposition de la Providence, au moment où le bourreau arrive sur la place pour préparer l'échafaud, il est frappé lui-même de mort subite, en présence de tout le peuple. On s'écrie surle-champ, de tous les côtés, que c'est une déclaration manifeste du ciel, et qu'il faut absolument faire grâce au pauvre patient, victime volontaire du dévouement le plus héroïque. Tous les cœurs, déchirés, poussent à la fois le même cri en sa faveur. Mais tout à coup un autre jeune homme fait entendre sa voix au milieu de la multitude; c'était précisément l'un des complices impliqués dans le même procès criminel, et auquel uû

si beau sacrifice venait de sauver la vie. « Personne ne se présente, dit-il, pour dresser l'échafaud? eh bien! je prends ce soin sur moi. Il n'y a point de bourreau? j'en ferai les fonctions, et je me charge du supplice. » Tout le monde frissonna d'horreur, comme nous tous tant que nous sommes ici présents, en entendant une proposition si barbare, que les juges n'étaient pas en droit de rejeter. Il se mit donc à l'œuvre, et la sentence fut exécutée. Vous frémissez, mes frères ! A la bonne heure ! mais je suppose que vous me comprenez : ce jeune homme si intéressant, qui vient de mourir en quelque sorte devant vous pour le salut de ses frères, savez-vous qui c'est? C'est Jésus- Christ en son état de victime toujours vivante dans le sacrement de l'eucharistie!... Et ce bourreau d'oflice, ce bourreau volontaire, quel est-il?... C'est vous tous, pécheurs sacrilèges qui m'écoutez! Jésus-Christ, votre rédempteur et le mien, s'était donné pour vous une seconde vie par le testament et par le prodige de son amour; il semblait pour toujours à l'abri d'une nouvelle mort dans ce tabernacle ; c'est vous tous, maiheureux Judas, c'est vous tous qui avez renouvelé son supplice après sa résurrection ; c'est vous qui, par vos communions en état de péché mortel, avez dit, sinon en paroles, au moins par le fait, ce qui est pis encore : « Tirez Jésus-Christ du fond du sanctuaire, où il est caché sous les voiles eucharistiques, et livrez-le-moi sur cette table sainte; c'est moi qui vais le sacrifier de nouveau; c'est moi qui veux élever de mes mains sa croix sur un autre calvaire; c'est moi qui me charge d'être son bourreau ! »

lEÇOST VIIÏ.

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