DE LA CONTRITION
= D. Qu'est-ce que la contrition ? — R. La contrition est une douleur et une détestation du péché que l'on a commis, avec un ferme propos de ne plus y retomber.
Explication. — La seconde chose nécessaire pour bien recevoir le sacrement de pénitence, c'est d'avoir un regret amer d'avoir offensé Dieu; on donne à ce regret le nom de contrition. La contrition renferme essentiellement deux choses : Tune qui regarde le passé, et qui est la détestation des péchés commis; l'autre qui regarde l'avenir, et qui est un ferme propos, une forte résolution de n'en plus commettre. Ces deux choses sont absolument inséparables ; il ne peut y avoir de regret sans ferme propos; et, réciproquement, il ne peut exister de ferme propos sans regret. Celui-là ne déteste, ne regrette pas sincèrement ses péchés, qui est dans la disposition de les renouveler ; et de même il ne peut pas être sincèrement résolu de ne plus retomber dans ses fautes, l'homme qui n'est pas affligé de s'en être rendu coupable. — La contrition est absolument nécessaire pour obtenir le pardon de ses péchés. Dieu est sans doute plein de bonté, même envers les plus grands pécheurs ; sa
miséricorde est sans bornes; mais tout bon. tout miséricordieux qu'il est, il ne pardonne et ne peut pardonner au pécheur qu'autant qu'il a une douleur sincère de ses fautes et qu'il les déteste du fond du cœur. La raison seule, indépendamment des divines Écritures, qui sont formelles sur ce point, suffit pour établir cette importante vérité. En effet, mes enfants, qu'avez-vous fait quand vous avez commis le péché? vous vous êtes révoltés contre pieu, vous avez méprisé sa loi ; or, si vous ne vous repentez pas de cette révolte, si vous y persévérez, comment voulez-vous que Dieu vous rende ses bonnes grâces? Si vous n'avez point de douleur de votre péché, si votre cœur l'affectionne encore , comment voulez-vous que Dieu, qui déteste nécessairement le péché, vous le pardonne? Si un sujet avait commis un crime digne, aux yeux de la loi, du dernier supplice , le prince plein de clémence qui voudrait lui pardonner n'exigerait-il pas, auparavant, que ce coupable reconnût son crime, qu'il s'en repentit sincèrement, et fût bien résolu de ne le plus commettre ?
= D. Que veut dire le mot contrition ? — R. Le mot contrition veut dire brisement, et un cœur contrit est un cœur brisé par la douleur d'avoir offensé Dieu.
Explication. — Le mot contrition vient d'un mot la*tin (i) qui signifie broyer , briser. Il exprime l'état d'une âme que son repentir déchire et pénètre de la douleur Ja plus vive et la plus amère, et qui désire ardemment de se réconcilier avec Dieu et de recouvrer la grâce, que le péché lui a fait perdre.
== D. Quelles sont les qualités d'une bonne contrition ? — R. La contrition doit être intérieure, surnaturelle, universelle et souveraine.
Explication. — Puisque la contrition est tellement nécessaire et indispensable, que sans elle il n'y a point de pardon à espérer, il est donc bien essentiel de connaître
(i) Conterere.
quelles qualités elle doit avoir pour toucher le cœur de Dieu. Ces qualités sont au nombre de quatre; il faut qu'elle soit : 1° intérieure, 2° surnaturelle, 3° universelle. 4° souveraine.
= D. Qu'entendez-vous quand vous dites que la contrition doit être intérieure ? — R. J'entends qu'il faut l'avoir dans le cœur, et qu'il ne suffit pas d'en faire un acte du bout des lèvres.
Explication. — La contrition doit être intérieure, c'està-dire qu'il faut qu'elle soit dans l'âme et dans le fond du cœur : Convertissez-vous à moi de tout vofre cœur, dit le Seigneur dans Joël ; brisez vos cœurs et non vos vêtements (1). Dire qu'on se repent n'est pas se repentir; et ce serait s'aveugler de la manière la plus déplorable, que de s'imaginer qu'il suffise, pour être délivré de ses péchés, de réciter de bouche ou de lire dans un livre une formule d'acte de contrition. Si le cœur n'est pour rien dans ce que l'on dit à Dieu, si les paroles que l'on prononce ne sont l'expression fidèle des dispositions du cœur, la contrition est nulle, parce qu'elle n'est qu'extérieure; et Dieu ne pardonne qu'à celui dont le cœur est véritablement contrit et humilié : Cor contritum et humiliatum, Deus, non dcspicies (2). La contrition doit être dans le cœur. En effet, mes enfants, nous avons péché parce que nous avons voulu pécher; c'est notre cœur qui s'est rendu coupable ; notre corps et nos membres n'ont été que les instruments dont notre mauvaise volonté s'est servie pour violer la loi de Dieu. Puisque c'est par la volonté, par le cœur que nous nous sommes éloignés de Dieu, c'est donc par le cœur que nous devons revenir à lui. C'est notre cœur qui a fait le mal, il faut donc que ce soit notre cœur qui souffre, qui se repente et qui déteste le mal. Si notre contrition n'est pas dans le cœur, elle n'est pas une véritable contrition.
= D. Qu'entendez-vous quand vous dites qu'elle doit être surnaturelle?—R. J'entends qu'elle doit être excitée en nous par le
(1) Joël, II, 12-13.
(2) Psal., i, 19.
Saint-Esprit et par la considération des motifs que la foi nous fournit.
Expli: /::;:•". — La contrition doit être surnaturelle, et elle doit l'être dans son principe et dans ses motifs. 1° Elle doit être surnaturelle dans son principe, c'est-à-dire qu'il faut que ce soit l'Esprit-Saint lui-même qui l'excite dans notre cœur. L'homme a la force de se tuer, mais il ne peut se ressusciter» De même, il peut perdre la vie de la grâce par le péché mortel , mais il ne peut la recouvrer par ses propres forces. Il lui faut pour cela la contrition, puisque sans elle point de pardon ; et il ne peut l'avoir de lui-même : elle est un don de Dieu, une grâce infuse dans nos cœurs par le Saint-Esprit. Voilà pourquoi, mes enfants, nous devons la demander avec instance, et nous écrier avec le prophète Jérémie : Convertissez-nous à vous. Seigneur, et nous nous convertirons (1). 2° La contrition doit être surnaturelle dans ses motifs, c'est-à-dire qu'elle doit être fondée sur les motifs que la foi nous fournit, et non sur des motifs purement humains et naturels. Un enfant est fâché d'avoir été paresseux et menteur, parce qu'il va être châtié par son père. Un homme est tombé dans l'ivresse : il s'en repent, et pourquoi? parce qu'il s'est dégradé en perdant la raison, parce qu'il s'est rendu malade ou qu'il a perdu son argent. Un autre s'est rendu coupable de vol et d'homicide : il en a de la douleur, et même une douleur très-vive; mais c'est parce qu'on l'a arrêté, qu'on va lui faire son procès, et que dans quelques mois il sera conduit aux galères et peut-être a i'ïchafaud. Un jeune homme s'est livré au libertinage : il ne cesse de pleurer ; mais c'est parce qu'en s' abandonnant à la fougue de ses passions, il a perdu sa fortune et ruiné sa santé. Une jeune personne a fait une de ces chutes que le monde, tout corrompu qu'il est, ne pardonne pas : elle en gémit très-amèrement; mais c'est parce que sa faute est dévoilée et que son déshonneur est devenu public. Dans tous ces cas, et dans mille autres, le
(1) Converti me, et convertar. ( Jw- rjxr, 18.)
repentir, quelque grand qu'il puisse être, est nul devant Dieu ; il ne mérite pas aux pécheurs leur pardon. Pourquoi? Parce qu'il n'y a que les maux temporels qui l'excitent; il ne vient point de ce que Dieu a été offensé, il n'a aucun rapport à Dieu, Dieu n'y est pour rien ; un tel repentir ne ramène point à Dieu ceux qui s'en sont éloignés par le péché, et par conséquent il ne réconcilie point les pécheurs avec Dieu. Les motifs purement humains et naturels ne suffisent pas pour que la contrition soit bonne; elle doit être conçue en vue de Dieu et excitée en nous par la considération des motifs que la foi nous fournit.
= D. Quels sont ces motifs ? — R. Ces motifs sont les perfections de Dieu, que le péché outrage; la passion de Jésus-Christ, que le péché renouvelle; la grâce divine et le paradis, que le péché nous l'ait perdre ; et enfin les tourments de l'enfer, que le péché nous mérite.
Explication. —1° Le péché est une révolte contre Dieu, un outrage fait à son infinie majesté. 2° Le péché renouvelle la passion de Jésus-Christ ; saint Paul dit expressément que ceux qui le commettent crucifient de nouveau le fils de Dieu et l'exposent à V ignominie (1) ; il dit encore qu'ils foulent aux pieds le fils de Dieu et qu'ils profanent son sang (2). 3° Par le péché on perd la grâce de Dieu, ou perd le ciel , on perd Dieu même. 4° Par le péché on mérite l'enfer et ses éternels supplices. Voilà ce que la foi nous enseigne ; ce sont toutes ces considérations qui doivent nous porter à détester le péché, et si notre contrition est fondée sur les motifs que nous venons d'exposer, elle est surnaturelle; elle est conçue en vue de Dieu, et une telle contrition est toujours sûre d'obtenir le pardon.
= D. Qu'entendez-vous quand vous dites que la contrition doit être universelle ? — R. J'entends qu'elle doit s'étendre au moins à tous les péchés mortels, sans en excepter un seul.
Explication. — La douleur d'avoir offensé Dieu doit s'é-
(1) Ilcbr., vi, G.
(fi) Ibid.3 x, 29.
tendre à tous les péchés mortels que l'on a commis, sans en excepter un seul. Le Seigneur nous en avertit lui-même par la bouche du prophète Ézéchiel : Convertissez-vous et faites pénitence de toutes vos iniquités ; écartez loin de vous toutes les prévarications dont vous vous êtes rendus coupables (1). Conserver de l'affection pour un seul péché mortel, ce serait un obstacle invincible au pardon de tous les autres. En voici la raison : la vraie contrition suppose le retour du cœur à Dieu; mais le cœur n'est pas retourné à Dieu, tant qu'il aime encore une chose que Dieu déteste. D'ailleurs, tout péché mortel étant une grande injure faite à Dieu et méritant l'enfer, il est évident qu'il n'y en a aucun que nous ne ne devions haïr et détester, si nous vouionsrentrer en grâce avec Dieu.
La contrition renferme deux parties : la douleur du péché commis, et le propos de ne plus y retomber à l'avenir. Le propos, tous les théologiens en conviennent , doit être universel et s'étendre à tous les péchés futurs. Mais la douleur doit-elle nécessairement être universelle pour tous les péchés passés? C'est là un point controversé. Si un pénitent, par exemple, déteste un péché d'injustice, et, croyant n'avoir que ce péché, ne déteste pas un péché de médisance dont il est aussi coupable; et si à cette douleur et détestation particulières il joint le propos d'éviter tout péché à l'avenir, on ne peut pas dire qu'il pèche, puisqu'il est dans la bonne foi. Mais peut-on dire en même temps que le péché de médisance lui est remis, puisqu'il n'en a aucune douleur? Saint Alphonse (2) et le cardinal de Lugo (3) traitent longuement cette question. Nous croyons que celui qui déteste souverainement tel péché mortel dont il se souvient, déteste implicitement tous ceux dont il ne se souvient pas, et que, par conséquent, tous lui sont remis.
= D. Qu' entendez-vous quand vous dites que la contrition doit être
(1) Ezech., xvin, 30-31.
(2) Homo apostolicus, t. n, p. 114.
(3) De pœmL, dispnt. v, iirl. S, si» 114.
souveraine? — R. J'entends qu'il faut être plus fâché d'avoh offensé Dieu, qu'on ne le serait de tous les maux qui pourraient arriver.
Explication. — Vous comprendrez sans peine, mes enfants, combien la douleur d'avoir offensé Dieu doit être grande, si vous considérez les horribles ravages que cause le péché : il nous prive du ciel , il nous expose à Fenfer, il offense un Dieu infiniment bon, infiniment parfait; c'està-dire qu'il produit le plus affreux de tous les maux. Or, un petit mal nous afflige peu ; un mal considérable nous afflige beaucoup; un très-grand mal nous afflige extrêmement : on est bien plus fâché d'avoir perdu mille francs que d'avoir perdu vingt sous. Puisque le péché est le plus grand, le. plus terrible de tous les maux, il est donc juste d'être plus fâché de l'avoir commis qu'on ne le serait de tous les autres maux qui pourraient arriver. Ainsi , pour obtenir le pardon de ses péchés, il faut en avoir une douleur souveraine, c'est-à-dire la plus grande de toutes les douleurs, une douleur qui l'emporte sur toutes les autres douleurs. Dieu se laisserait-il désarmer si l'on était moins fâché d'avoir perdu la grâce, de l'avoir perdu lui-même , que d'avoir perdu la créature?
= D. Est-il nécessaire de pleurer et de donner des marques extérieures de douleur ? — R. Non, car on peut avoir une véritable douleur et ne pas pleurer.
Explication. — La douleur d'avoir offensé Dieu doit êtro souveraine ; mais il n'est pas nécessaire qu'elle soit sensible, qu'elle se manifeste au dehors. 11 suffit qu'elle affecte l'âme, qu'elle la couvre de honte et qu'on soit plus fâcbé d'avoir offensé Dieu que si l'on avait perdu tous ses parents, tous ses amis, tous ses biens, sa santé et sa vie même. Il n'est donc pas nécessaire de pleurer pour avoir une véritable contrition ; d'autant plus que les larmes ne sont pas toujoursles indices d'un repentir sincère. Elles sont quelquefois l'effet du tempérament, de l'imagination, d'une sensibilité naturelle; en un mot, il en est qui pleurent sans être contrits,
et il en est qui sont véritablement contrits et qui ne pleurent pas. On ne voit pas que saint Paul, lorsqu'il se convertit, ait répandu une seule larme ; et cependant quelle n'était pas sa douleur! Ésaû, Saùl, Antiochus, ont versé des larmes abondantes, et cependant leur cœur n'était pas touthé d'un vrai repentir. La meilleure preuve d'une contrition intérieure, surnaturelle, universelle et souveraine, c'est d'être disposé à tout sacrifier, même la vie, plutôt que de retomber dans le péché.
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