‹ Explication historique, dogmatique, morale, liturgique et canonique du catéchismeChapitre 66 sur 139 · DU SECRET DE LA CONFESSION · texte numérisé non relu

DU SECRET DE LA CONFESSION

== D. N'y a-t-il jamais à craindre que le cojifessseur parle de ce qu'on lui a dit en confession ?— R. Aucunement : les lois divines et humaines obligent le confesseur, sous les peines les plus sévères, au plus inviolable secret sur tout ce qu'il a entendu en confession, et il est sans exemple que le secret de la confession ait jamais été violé.

Explication. —Le secret de la confession, ou l'obligation imposée au prêtre de garder le plus profond silencesur tout ce qu'il ne sait que par la voie de la confession, est aussi appelé sceau , pour marquer que tout ce qu'il ne sait que par cette voie est comme mis sous le sceau.

L'obligation de garder le secret ou sceau de la confession est fondée : 1° sur le droit naturel, qui veut que le confesseur ne viole pas le secret qui lui est confié , et qu'il remplisse la promesse tacite qu'il en a faite au pénitent en recevant sa confession. 2° Sur le droit divin. On a toujours compris que Jésus-Christ, en obligeant les pécheurs à ouvrir aux prêtres le fond de leur conscience, a en même temps prescrit à ceux-ci le plus profond secret. Ce secret est d'ailleurs une suite nécessaire de l'institution de la confession, laquelle, sans cela, deviendrait impossible. Que le sceau de la confession puisse être brisé , même dans un seul cas , et

(1) Histoire des Confesseurs des roi s, par Grégoire.

c'en est fait de la confession : les coupables s'éloignent des tribunaux sacrés ; ils les regardent , ces tribunaux , comme des embûches qui cachent un ennemi toujours prêt à les surprendre et à tourner contre eux la candeur de leurs déclarations. Ainsi, plus de sécurité pour les grands coupables, plus de confiance dans les âmes même les plus timorées : tous craindront de venir confier leur secret à un délateur, plutôt qu'à un père disposé à pardonner au nom du ci ni. 3° Sur le droit ecclésiastique. L'Église ordonne à ses ministres, sous peine d'anathème, de dégradation et de réclusion perpétuelle, de garder le silence le plus absolu sur tout ce qu'ils ont entendu dans le saint tribunal (1). Cette loi est générale et n'admet aucune exception. Pour quelque raison, en quelque cas et sous quelque prétexte que ce soit, un confesseur ne peut parler. Quand il s'agirait pour lui de sauver son honneur et sa réputation , ou d'éviter les plus affreux supplices, quand il s'agirait de sa vie, jamais il ne lui serait permis de révéler en aucune manière, soit directement, soit indirectement, la faute même la plus légère qui ne lui serait connue que par la confession. — Le sceau de la confession ne s'étend pas seulement à tous les péchés mortels et véniels , et aux circonstances qui les accompagnent, il embrasse encore les passions, les vices, les imperfections, les tentations , les défauts naturels ou accidentels, la pénitence qui a été imposée, en un mot, tout ce qui n'est connu que par la confession, et dont la manifestation serait de nature à causer de la peine au pénitent et à rendre la confession odieuse et pénible. Il en est de même de certaines choses extraordinaires, quoique favorables au pénitent et honorables en elles-mêmes : ainsi le confesseur ne pourrait pas dire , sans se rendre grandement coupable , s'il ne le

(1) Caveat omnino saccrdos ne verbo, aut signo, aut alio quovis modo, aliquatcnus prodat peccatorem : quoniam qui peccatum in pœnitentiali udicio sibi detectura praesumpserit revelare, non solum sacerdotali offlcio deponendum decernimus, verum ctiam ad agendam perpctuam pœnitentiam in arctum raonasteriura detrudcndum. (Conc. Lateran., iy.J

savait que par la confession, que telle personne a des révélations, qu'elle pratique de grandes austérités, qu'elle fait d'abondantes aumônes, etc. Tout cela, mes enfants, est une conséquence nécessaire et rigoureuse de ce que nous avons déjà dit : le prêtre tient la place de Jésus-Christ; ce n'est donc point à l'homme qu'on se confesse, mais à Dieu, dans la personne de son délégué. Ainsi le confesseur ne doit pas se souvenir, comme homme, de ce qui lui a été confié dans le tribunal de la pénitence ; il doit garder le silence sur toutes les choses qu'il y a entendues, comme s'il ne les a\ait pas entendues. — Mais le confesseur ne peut-il pas, du moins, en vertu de la connaissance qu'il a acquise par la confession , prier pour son pénitent, consulter les théologiens, afin de savoir quelle solution donner à tel et tel cas de conscience, etc.? Oui sans doute, il le peut, parce qu'il n'y a rien en cela qui soit de nature à faire de la peine au pénitent ni à jeter de l'odieux sur la confession.

D. Que peut et que doit répondre le confesseur à un juge qui l'interroge sur des choses qu'il ne connaît que par la voie de la confession? — R. Il peut et doit répondre, même avec serment, qu'il ne sait rien.

Explication. — Le confesseur ne sait rien comme homme, voilà pourquoi tous les théologiens enseignent qu'il peut répondre, même avec serment, au juge qui l'interroge, qu'il n'a aucune connaissance du crime d'un homme accusé, lorsqu'il ne le sait que par la confession. « Un homme, dit a saint Thomas , ne peut être appelé en témoignage que « comme homme ; c'est pourquoi il peut déclarer , sans g blesser sa conscience, qu'il ignore une chose, lorsqu'il ne « la sait que comme Dieu (1). » Le savant Estius, traitanl la même matière, observe que, si quelque juge était assez téméraire pour demander à un prêtre si l'accusé ne s'est pas

(1) Homo non adducitur in testimonium nisi ut homo ; et ideo sine leesione conscientiae potest jurare se nescire quod scit tantum ut Deust Illud autem quod sub confessione scitur, est quasi nescitura, cum iliua non sciât aliquis, ut homo, sed ut Deus. (Sum. S. Th., p. 11.)

confessé à lui d'un tel crime, il doit dire tout simplement qu'il ne lui est pas permis de répondre à cette question sacrilège et impie (1).

C'est d'après ces principes que le clergé catholique s'est constamment dirigé. Voici à ce sujet quelques traits bien frappants et peu connus.

En mai 1810, une somme d'argent fut volée à l'aide d^une effraction, dans la maison de M. Defuisseaux, curé de Chicvres. Quelques jours après , cette somme fut remise à M. Defuisseaux par l'abbé Valeine, vicaire de la paroisse de Sainte-Waudru, àMons. Cependant trois particuliers furent poursuivis comme auteurs du vol, et mis en accusation. Le 7 août de la même année, M. l'abbé Valeine, cité en témoignage devant la cour criminelle du département de Jemmapes , comparut, et après avoir juré de dire la vérité, toute la vérité et rien que la vérité, déclara que, « se trouvant dans un lieu non consacré par l'usage à faire la confession, une personne lui tint certains discours qui , dans l'appréhensioa de cette personne, étaient confiés à lui, comparant, comme si elle se confessait ; qu'en conséquence de cette croyance, il pensait devoir taire et le nom et le sexe de cette personne. » Trois fois interpellé par le juge de faire une déclaration entière, trois fois l'abbé Valeine s'y refusa.

Quelques jours après, la Cour rendit un arrêt par lequel elle ordonnait à l'abbé Valeine de compléter sa déclaration en déclinant d'une manière précise le nom de la personne qui V avait chargé de faire la remise de V argent qu'il avait effectuée au sieur defuisseaux, curé de Chièvres, à peine d'encourir, en cas de désobéissance, les peines prononcées par les lois.

M. l'abbé Valeine se pourvut en cassation contre cet arrêt ; et le 30 novembre la Cour de cassation, sur le rapport de M. Vallée, cassa lejugementdu tribunal de Jemmapeset

(1) Si sacerdos abimpio judice interrogetur utrum reus hoc cri-

men ei confessus fuerit... dicet qusestionem eam impiara et sacrilep;am esse ; ad quam sibi non sit fas respondere. (Estius, in lib. iv, sent. dist. 17, t. m, p. 234.)

lendit un hommage solennel à l'inviolabilité du secret dan» le tribunal de la pénitence.

Une affaire semblable , et dont lïssue fut absolument la même, fut discutée en 1813 aux États-Unis, par le tribunal protestant de New- York. Des effets volés avaient été restitués au propriétaire, par l'entremise de M. Kohlrnann, curé catholique; mais Fautorité civile, déjà saisie de l'affaire, somma le curé de comparaître et de faire connaître les coupables. M. Kohlmann déclara, avec autant de noblesse que de fermeté , que , si en qualité de citoyen il connaissait des faits qui intéressassent l'ordre public, il les déclarerait; mais que comme dépositaire des secrets de la conscience il ne pouvait et ne devait rien dire, a Une révélation de ce genre, ajouta-t-il, jetterait de l'odieux sur mon ministère, me rendrait passible des peines spirituelles établies, et surtout je mériterais les peines éternelles pour avoir trahi mon devoir. »

Vattomey général soutenait .que le curé était tenu de révéler, etque la sûreté publiquelui en faisait une obligation. M.Simpson, avocat distingué de New- York, et membre de V Église anglicane, défendit le curé. Le 14 juin, le jury protestant, dans son j ugement motivé, dit entre autres choses : « Que l'Église catholique romaine exisse depuis la naissance du christianisme; qu'il fut un temps où elle embrassait toute la chrétienté; qu'actuellement elle en comprend la majeure partie; que vouloir scruter la conscience du prêtre dépositaire de la confiance de ses pénitents, ce serait priver les catholiques des sacrements. » En conséquence, la décision unanime du jury fut que le curé n'était point obligé de révéler (1).

D. Mais s'il s'agissait de V intérêt général de la société, d'ime conspiration contre le che/ de l'Etat, etc., un confesseur ne pourrait-il pas, ne devrait-il pas parler? — R. Non, il devrait garder le silence.

Explication. — Le confesseur ne sait rien comme homme;

(1) Chronique religieuse^ t. I, p. 7 et suiv.

dans aucun cas, par conséquent, il ne lui est permis de rompre le silence; la moindre indiscrétion, soit directe; suit indirecte, serait contraire à l'essence même du sacrement. Le sceau de la confession étant de droit divin, et ayant pour fondement l'institution môme de la pénitence et l'obligation imposée aux fidèles de confesser leurs péchés, aucune puissance ne saurait dispenser de le garderas même, dit le savant publiciste de Real , pas même lorsqu'il s'agit de la défense de la république. — Le même publiciste fait voir que d'ailleurs, en admettant un principe opposé, on ne ferait rien d'utile pour les princes; car qui voudrait se confesser d'avoir formé une conspiration, s'il était permis de la révéler? Ils y perdraient, au contraire, l'avantage qui peut résulter des exhortations d'un confesseur pour inspirer l'horreur du crime ; car c'est le remords qui ordinairement conduit un pénitent aux pieds d'un confesseur (1).

Henri IV. se promenant un jour avec le duc de Bouillon, fit appeler le P. Gotton pour lui demander ce qu'il pensait d'une question sur laquelle on disputait alors: c'était desavoir s'il y avait quelque chose qui empêchât d'avertir secrètement le roi d'une conspiration qu'on saurait, par le tribunal de la pénitence, se tramer contre sa vie. « Le Père répondit, que si l'on donnait la moindre ouverture à la révélation des confessions, c'en était fait du sacrement de pénitence; que la vie et le salut des rois étaient, à la vérité, le plus grand bien d'un État, mais un bien purement naturel, inférieur par conséquent au culte et à l'honneur que l'on doit à Dieu;... que d'ailleurs la vie des rois était bien plus à couvert par ce silence impénétrable, qu'elle ne le serait par la révélation du secret de la confession; qu'un pécheur qui aurait médité un si grand crime, n'aurait garefe de se présenter aux prêtres, s'il avait à craindre d'être jamais découvert, et que par conséquent il n'y aurait plus de moniteurs secrets pour détourner de semblables sacrilèges ceux qui

(1) De Real, cri par M. Grégoire, dans son Histoire des Confesseurs des rois, p. 96. '

viendraient infailliblement s'en accuser s'ils étaient sûrs de la discrétion de leurs confesseurs. — Le roi, satisfait de cette réponse, lui demanda si au moles il ne détournerait point ce pécheur de son crime. - Oui, Sire, répondit le Père, je ne négligerais rien pour cela; je ferais même davantage: car s'il voulait découvrir le crime et ses complices, hors de la confession, je me jetterais aux pieds de Votre Majesté pour obtenir sa grâce (i). »

D. Comment le secret de la confession a-t-il été gardé jusqu'à ce jcvr ? r. n est sans exemple que le secret de la confession ait jamais été violé.

Explication. — Il est dit dans la Vie de saint Ambroise, écrite par Paulin, un de ses diacres, que ce pieux évêque répandait beaucoup de larmes en entendant les confessions des pénitents, et que par là il les forçait à pleurer avec lui ; mais qu'il gardait un profond silence sur tout ce qui lui avait été confié, et ne s'en entretenait qu'avec Dieu seul, pour implorer ses miséricordes (2). La conduite de saint Ambroise est celle de tous les prêtres qui jusqu'à ce jour ont exercé le ministère de la confession. Assis sur le tribunal, ils ont dû tout savoir; la conscience des coupables a dû leur être présentée à nu; sortis du tribunal, ils ont tout ignoré, et aucune puissance humaine n'a pu les porter à rompre le silence. Cités devant les magistrats et sommés de parler, ils se sont tus et les magistrats eux-mêmes ont été forcés d'admirer leur fermeté et leur courage. Pour triompher de leur constance, on a eu recours aux menaces les plus terribles, on leur a fait les promesses les plus séduisantes: ils ont ri des menaces, ils se sont moqués des promesses, et leur langue ne^ s'est pas déliée; et à l'exemple du saint archevêque de Milan, ils ne se sont entretenus qu'avec Dieu seul de tout ce aui leur avait été confié.

(i) Lenslet-Dufresnoy, Traité du secret inviolable de la confession,

rlnn VTI

(V Causas autem criminum, quas illi confitebantur, nulli nisi Domino ecli aoud cruem intercedebat loauebatur. (In vita S. Ambros.. ca». X.l

Mais voici quelque chose de plus extraordinaire : on a vu des prêtres tomber en démence et déraisonner complètement sur toute espèce d'objets, excepté sur la confession !... Leur faisait-on quelque question relative à la confession, ils recouvraient en quelque sorte leur bon sens et réprimaient l'audace de ceux qui les interrogeaient. Nous citerons entre autres M. l'abbé Houlbert, qui exerçait avant la Révolution le saint ministère à Sablé. Irréprochable dans ses mœurs, et fortement attaché à ses devoirs, il fut incarcéré pour refus de serment à la constitution civile du clergé; mais la crainte de la mort, dont il se voyait à chaque instant menacé, fit sur lui une telle impression qu'il devint fou. On le conduisit à l'hôpital général du Mans, où il est mort il y a peu de temps. Taciturne pour l'ordinaire, il y avait cependant des jours où il parlait beaucoup ; mais tout ce qu'il disait étaitdécousu et vide de sens. Il y a quelques années, des jeunes gens allèrent le voir ; après s'être entretenus avec lui sur différents sujets, ils en vinrent à la confession : « Vous avez confessé autrefois* dites-nous-en donc quelque chose? » — A l'instant même l'abbé Houlbert devint furieux : « Vous êtes des impies! s'écria-t-il, vous êtes des infâmes! vous m'interrogez sur la confession!... jamais on ne parle de cela; retirezvous! » Et il les força de quitter sa cellule. — Il reçut un jour la visite d'une de ses anciennes pénitentes: « Vous ne me reconnaissez pas? lui dit-elle; autrefois je me suis confessée à vous.... — Malheureuse! s'écria-t-il aussitôt, sorte? d'ici, vous me parlez de confession!... jamais il n'est permi? de parler de cela.... » — Un ecclésiastique, témoin do celle scène, nous a assuré qu'un homme jouissant de toutes ses facultés morales ne se serait exprimé ni avec plus de sens ni avec plus d'énergie.

Vers la fin du dernier siècle, il faut le dire, mes enfants, de grands scandales affligèrent l'Église de France: on vit des prêtres, foulant aux pieds les serments les plus sacrés, abjurer en même temps le sacerdoce et la foi ; on en vit d'autres violer le célibat par des mœurs dissolues ou contracter

des mariages sacrilèges; mais, au milieu des saturnales du vice, on m'a jamais ouï dire qu'aucun de ces infortunés ait violé le secret de la confession. « Il est singulièrement prodigieux, il est merveilleux peut-être, dit Fauteur des > venirs de la marquise de Créquy (1), que, parmi tous ies crimes de la Révolution française, on n'ait jamais entendu parler d'aucune révélation pénitentielle et sacramentelle de la part d'aucun prêtre apostat. »

De pareils faits, dont l'authenticité ne saurait être contestée, ne prouvent-ils pas qu'il y a une Providence qui veille sur le sceau de la confession, et qui ne permet pas qu'il soit brisé? Que faut-il de plus pour inspirer aux pécheurs une sécurité pleine et parfaite?

D. N'y a-t-il pas eu des prêtres qui ont eu à choisir entre la ré» vèlation du secret de ta confession et la mort ? — R. Oui. D. Qu'ont-ils choisi? — R. La mort.

Explication. — Oui, mes enfants, il y a eu des prêtres, des confesseurs, qui ont eu à choisir entre la révélation du secret de la confession et la mort : ils ont choisi la mort!... Un mot eût suffit pour les sauver, et ce mot, ils ne l'ont pas prononcé, et leur sang a coulé ! . . . — Le premier de ces martyrs est saint Jean de Népomuck, petite ville auprès de Prague, connu dans l'Église catholique sous le nom de saint Jean Népomucène. 11 était aumônier de l'empereur Wenceslas. Dieu, qui dispose de tout avec une souveraine sagesse, lui avait sans doute réservé cet emploi pour lui fournir l'occasion de donner au monde l'exemple si rassurant de la force dont il revêt ses ministres contre les séductions et la violence qui voudraient leur faire trahir le plus saint et le plus rigoureux des devoirs. — L'impératrice Jeanne, fille d'Albert de Bavière, charmée de l'onction qui accompagnait les discours de Jean Népomucène, l'avait choisi pour le directeur de sa conscience. Sous un guide aussi habile, elle fit de

(i) Tome iv, p. 76. — Les Souvenirs de la marquise de Créquy sont l'ouvrage de M. Courchamps.

très-rapides progrès dans la vertu. Mais comme tout se change en poison pour une âme corrompue, la piété de Jeanne ne fit qu'aigrir le caractère naturellement féroce de Wencesias; il s'offensa même des marques de tendresse et de complaisance qu'elle ne cessait de lui donner, et interprétant mal les actions les plus saintes de son épouse, sa jalousie ne connut bientôt plus de bornes. Aveuglé par sa passion, il forme le projet, aussi nouveau qu'extravagant, de se faire révéler par Jean Népomucène tout ce que l'impératrice lui a dit dans le tribunal de la confession. Dans cette pensée, il envoie chercher l'homme de Dieu; il lui fait d'abord des questions indirectes; puis, levant le masque, il s'explique plus ouvertement. Jean, saisi d'horreur, lui représente delà manière la plus respectueuse combien le projet qu'il a formé choque la raison el blesse la religion : « Je ne puis parler, lui dit-il, je ne sais rien. » L'empereur, dissimulant son dépit, garde un morne silence. Quelques jours après, il fait revenir le saint devant lui ; il emploie les caresses, les promesses, les menaces pour l'engager à révéler la confession de l'impératrice: tout est inutile. Il le fait traiter alors avec la dernière inhumanité sans pouvoir rien obtenir. Enfin, il le menace de la mort s'il ne satisfait à ses désirs. Vous pouvez me faire mourir, répond Jean Népomucène, mais vous ne me ferez pas parler. Wencesias, furieux, ordonne qu'on le précipite dans la Moldau, pieds et mains liés.... Le martyr fut bientôt étouffé sous les eaux. Des personnes pieuses recueillirent son corps et le mirent dans un tombeau, où il s'opéra un grand nombre de miracles. Ceci arriva le 16 mai 1383. Lorsqu'on ouvrit son tombeau, le 14 avril 1719, on trouva son corps dégarni de ses chairs; mais sa langue était si bien conservée, qu'on eût dit que le saint venait d'expirer. On la garde avec beaucoup de respect dans la cathédrale de Prague, où un voyageur qui observe bien l'a vue encore très-entière en 1769 (1).

(1) Feller, art. S. Jean Népomucène.

En 1620, Jean Sareandcr, curé d'HoIeschau, diocèse d'Olmutz, marcha sur les traces de saint Jean Xépomucène. C'était le premier curé de cette église, après qu'on eut chassé les Picards, qui l'avaient occupée quatre-vingts an?. De là la haine que conçurent contre lui les ennemis delà reli. catholique, haine qui s'accrut encore par le zèle du vénérable curé pour le bien de la religion, pour la conversion des hérétiques et pour les droits de l'Église. C'est ce qui fit que, dans le temps de la guerre de Bohême (1), étant tombé au pouvoir des persécuteurs des catholiques, par les motifs que nous venons d'énoncer, et surtout pour m constance à ne voint rompre le sceau de la confession sacramentelle, il fut en butte à d'horribles tourments qui causèrent sa mort. On s'c eaapfi en ce moment, à Rome, de sa béatification (2).

A ces deux martyrs du secret de la confession, ne pourrais-je pas joindre le P. Garnet, jésuite anglais, appelé communément, même parmi les protestants, le grand Jésuite? Lors de la fameuse conspiration des poudres (3), il fut arrêté et condamné à être pendu (en 1G06) pour n'avoir pas révélé ce crime d'État; il ne le connaissait que par l'aveu que lui en avait fait, sous le sceau de la confession, un des conjurés. Rien ne put le déterminera rompre le silence, et il marcha au supplice avec courage et intrépidité.

Le secret de la confession a donc été soutenu par le martyre. Le corps de la doctrine chrétienne a été scellé par le sang des martyrs ; il y a même quelques dogmes qui ont eu

\".»ir Y Ami de la Religion, t. lxxxviii, p. 484.

(.■>} Jacques 1er, roi d'Ecosse, eu montant sur le trône, avait promis sa protection aux catholiques; mais il fut loin de tenir sa parole, et ceux-ci souffraient de continuelles persécutions. Les plus exaltés formèrent uti complot : ils placèrent sous la salle où devaient se tenir les parlements trente-six barils de poudre, dont l'explosion devait faire sauter le roi, les deux chambres et tous les assistants. Un des conjurés, appelé Catesby, pour vaincre quelques scrupules, se confessa au jésuite Grienwel, qui voulut le détourner du complot et l'engagea à consulter, sous le sceau de la confession, le P. Garnet, qui fit aussi tous ses efforts pour détourner les conjurés de leur dessein.

cet avantage en particulier. Mais combien d'autres articles essentiels dans la religion qui ne sont pas ainsi appuyés? « Il semble par là, dit Lenglet-Dufresnoy (1), que Dieu ait voulu mettre le secret de la confession au rang des premières vérités. »

D. Ne doit-on pas craindre, du moins, de perdre V estime de son confesseur en lui déclarant certains péchés graves, certaines fautes honteuses ? — R. Non, en aucune manière.

Explication. — De quelques péchés que vous vous soyez rendus coupables, quelques excès que vous ayez à déclarer au prêtre, ne craignez point, mes enfants, de faire sur lui de mauvaises impressions ; ne craignez point de perdre son estime. On ne fait jamais tort à sa réputation dans l'esprit d'un confesseur quand on est résolu de se corriger ; il est beaucoup plus édifié des bonnes et saintes dispositions qu'il voit actuellement dans son pénitent, qu'il ne peut être frappé de tous ses dérèglements passés. Un aveu humble et sincère, accompagné d'un vif regret et de beaucoup de bonne volonté pour l'avenir, charme le cœur de Dieu même, qui a été offensé; comment pourrait-il déplaire à un homme qui ne se trouve lésé en aucune façon pour tous les excès auxquels on a pu se laisser aller, et qui sent au fond de son cœur les mêmes principes de faibie-se et de fragilité (2)? ■ — Mais, direz-vous peut-être, mes fautes sont si honteuses ! Le confesseur ne vous en témoignera que plus d'intérêt : plus un malade souffre, plus sa maladie est dangereuse et invétérée, et plus un médecin qui voudrait l'arracher des portes de la mort, s'affectionne à lui et se montre empressé à lui prodiguer ses soins. 11 sera flatté de la confiance et de la franchise que vous lui témoignerez ; il vous fera envisager, comme une marque inexprimable de la bonté divine, la force et le courage que Dieu vous donne de révéler les fautes les plus énormes; il bénira le Seigneur de ce qu'il veut bien se servir de son

(1) Traité du secret de la confession. 1 vol. in-12.

(2) Lettres du P. Scheffmacher, t. i, p. 304,

ministère pour rappeler à lui un enfant égaré ; représentant de Jésus-Christ, il aura pour vous les entrailles de la charité de Jésus-Christ; il vous encouragera, il vous consolera* il pleurera sur vous et avec vous; il portera votre nom au saint autel ; samaritain charitable, il répandra sur les plaies de votre àme un baume salutaire et fera renaître L'espoir et des émotions douces et délicieuses dans votre âme, aujourd'hui en proie à l'agitation et aux remords.

D. Ne pourrait-on pas se confesser par lettres, pour s'épargner la honte de dire, de bouche, ses fautes à un prêtre ? — R. Non ; il est nécessaire de se présenter devant le prêtre et de lui dire, de bouche, les fautes dont on s'est rendu coupable.

Explication. — Nous voyons dans l'histoire de l'Église plusieurs exemples de confessions faites par lettres. Pendant le siège d'Angers, Tan 873, Robert, évèque du Mans, étant tombé dangereusement malade, écrivit aux évèques de l'armée du roi la lettre suivante, pour leur confesser ses péchés et leur en demander l'absolution : a Dans l'extrémité où la fièvre me réduit, je me hâte d'écrire à Votre Charité pour la dernière fois, et pour vous confesser mes péchés. Personne n'en saurait comprendre ni le nombre ni la grièveté.... Et maintenant que je touche à ma dernière heure, j'envisage la mort avec frayeur et gémissement.... C'est pourquoi j'implore votre miséricorde, et vous prie de délier les chaînes de mes péchés par la puissance qui vous a été donnée du ciel, et d'offrir vos prières pour l'expiation de mes fautes, afin que je n'aie pas le malheur d'être précipité dans l'enfer avec les réprouvés. » Les évèques qui étaient au camp devant Angers lui envoyèrent par écrit l'absolution en ces termes : « Que la grâce et la puissance divine, parla vertu du Saint-Esprit..., vous délivrent de tout mal, tous conservent dans le bien, et vous conduisent à la vie éternelle en la compagnie des saints évèques. Ainsi soit-il (I). »

Hildebolde, évêque de Soissons, étant malade, écrivit aussi

(1) Histoire de l'Église gallicane, t. vin, p. 96.

à Hincmar, son métropolitain, pour lui faire une confession générale de ses péchés, et Hincmar lui envoya l'absolution par lettre; mais il lui marque que cela ne doit pas l'empêcher de confesser en détail ses péchés à un prêtre (1). Ces absolutions envoyées par lettre, et ces confessions faites par écrit, n'étaient point sacramentelles. C'était une dévotion assez ordinaire aux mourants, dans les premiers siècles du christianisme, de demander l'absolution à des prélats absents. Cet acte d'humilité pouvait avoir beaucoup démérite devant Dieu, et attirer sur ceux qui s'humiliaient de la sorte des grâces bien précieuses, mais ils ne se croyaient pas pour cela dispensés de confesser de bouche, et en détail, à un prêtre, les péchés qu'ils avaient commis.

Quelquefois aussi l'on s'est confessé par lettres, parce que Coût recours à un prêtre était impossible. La malheureuse reine d'Ecosse, Marie Stuart, victime des fureurs d'Elisabeth d'Angleterre, avait sollicité la permission de voir son confesseur. Un refus barbare fut la réponse. Alors elle écrivit sa confession et ses dernières volontés, et les lui envoya (2). Une pareille confession, quoique non sacramentelle, peut toutefois être très-avantageuse pour le salut, quand elle se fait avec un vrai repentir et en vue de témoigner par là le 'désir qu'on aurait de se soumettre aux clefs de l'Église, si cela était possible.

IL en est de même des confessions de laïque à laïque, dont l'histoire nous offre aussi plusieurs exemples. On lit dans Y Histoire de saint Louis, par Joinville, que, dans un pressait danger, Jehan de Joinville confessa Guy d'Ybelin: '< Messire Guy d'Ybelin, connestable de Chypre, s'agenouilla « encoste moy et se confessa à moi; et je li dis: Je vous « assolz de tel pooir comme Dieu m'a donne. Mez quand je « me levai d'itac, il ne me souvint oncques de chose que il « m'eut dite ne racontée (3). » Il est dit dans la Vie de Ber-

(1) Histoire de V Église gallicane, t. vin, p. 97, IXe siècle.

(2) Histoire des Confesseurs des rois, p. 155.

(3) Histoire de S. Louis, par Jehan de Joinville. p. 75, 76, édit. in-4\

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