DU JUBILÉ
D. Quelle est la principale et la plus solennelle des indulgences ? — R. C'est celle du jubilé.
Explication. — Jubilé vient du mot hébreu johel, qui signifie joie, allégresse, rémission, liberté (1).
Le jubilé, chez les Juifs, avait lieu tous les cinquante ans ; alors les terres retournaient à leurs anciens maîtres, les dettes étaient remises, et les esclaves recouvraient la liberté.
(1) Tbeodorus a Spiritu Sancto, T^actatus historico-iheologicus de jubilœOj p. 3. — T.Iinderer, p. 472.
Le jubilé, chez les chrétiens, a lieu maintenant tous les vingt-cinq ans: c'est ce qu'on appelle le jubilé de Vannée sainte.
Le jubilé est une indulgence plénière et extraordinaire accordée par le souverain pontife à l'Église universelle. Outre la solennité dont elle est accompagnée, elle diffère des autres indulgences en ce que, pendant le jubilé, le pape accorde aux confesseurs le pouvoir d'absoudre des cas réservés et m commuer les vœux simples, c'est-à-dire de les changer en d'autres Oeuvres.
D. Tendant combien de temps dure, à Borne, le jubilé de l'année sainte? — R. Il dure pendant un an.
Explication. — Le jubilé de l'année sainte dure à Rome une année entière, après laquelle le souverain pontife étend la grâce du jubilé à toute l'Église. La veille de Noël, avant les vêpres, le pape entonne le Vent, Creator, dans la chapelle Sixtine, et se rend processionnellement, avec le plus grand appareil, à la Porte-Sainte, qui est une de celle de l'église Saint-Pierre. Y étant arrivé, il reçoit des mains du grand pénitencier un marteau d'or, et en chantant le verset: Aperite mihi portas justitiœ, « Ouvrez-moi les portes de la justice, » il en frappe trois fois le mur, qui tient toujours cette porte fermée. Le mur tombe aussitôt avec le secours des maçons, et le saint-père y passe le premier, suivi des cardinaux et de la nombreuse procession qui l'a accompagné dans sa marche. L'année suivante, au même jour et à la même heure, le souverain pontife, après avoir officié solennellement aux premières vêpres, dans l'église de Saint- Pierre, entonne une antienne qui commence par ces mots: Cum jucunditate exibitis, «Vous sortirez avec joie. » Aussitôt tous les assistants sortent avec empressement par la Porte-Sainte. Le pape, après avoir béni les pierres et le ciment destinés à murer cette porte, muni d'une truelle d'argent, pose lui-même la première pierre. Les maîtres maçons achèvent l'ouvrage et murent la porte, au milieu de
laquelle ils enchâssent une croix de enivre. On met aussi dans le mur douze cassettes pleines d'or et d'argent, pour perpétuer le souvenir de cette cérémonie, qui se termine par une bénédiction solennelle que le souverain pontifedonne au peuple (1).
D. La cérémonie de l'ouverture du jubilé, à Rome, rCa-t-elle pas quelque signification. ? — R. Oui.
Explication. — La cérémonie de l'ouverture du jubilé, cérémonie dont l'origine remonte au pape Alexandre VI (2), est un symbole qui apprend à tous les fidèles que le souverain pontife, par le pouvoir qu'il a reçu de Dieu même de délier les pécheurs, ouvre réellement la porte du ciel à tous ceux dont le cœur est véritablement contrit et humilié.
D. Que faut-il faire pour gagner l'indulgence du jubilé? — R. Pour gagner l'indulgence du jubilé, il faut accomplir les œuvres prescrites par le souverain pontife, et dans l'intention
désignée par lui.
Explication. — Les œuvres auxquelles le souverain pontife attache, pour l'ordinaire, la grâce du jubilé de l'année sainte, sont la confession, la communion, la visite des églises et les prières qui doivent s'y faire (3).
La confession prescrite par le souverain pontife pour gagner l'indulgence du jubilé, peut être faite au commencement, au milieu ou à la fin des œuvres prescrites ; mais il est mieux de commencer par la confession, et Benoît XIV y exhorte fortement les fidèles (4). — Cette confession doit être faite dans le temps prescrit par la bulle ; par exemple, si le jubilé commençait un dimanche, on ne pourrait pas se
(1) Theodorus a Spiritu Sancto, de jubilœo, p. 82, 92. — Mraderer, p. 476.
(2) Porta Sancta anno Domiui M. D. sub Alexandro PP. Sexto primum aperta est et clausa. (Historia chalcographica septem annorum magni jubilœi, a Josepho Bianchinio, p. 12.)
(3) Amort, Historia indulgentiorum, p. 499, 500.
(4) Benoît XIV, const. Convocatis et const. Inter prœteritos.
confesser et recevoir l'absolution, en vue de gagner le jubilé, dès le samedi. Cela regarde les personnes mêmes qui, en se confessant une fois la semaine, ont le privilège de gagner, sans une nouvelle confession, toutes les indulgences qui se rencontrent pendant huit jours; le décret que nous avons Aie (1) excepte formellement l'indulgence du jubilé.
La communion nécessaire pour gagner l'indulgence du jubilé peut aussi être faite au commencement, au milieu o u à la fin des œuvres prescrites; mais le mieux est de finir par la communion (2).
Quant à la visite des églises, il faut ordinairement, pour gagner le jubilé de Tannée sainte, visiter, pendant quinze jours consécutifs ox~ interrompus, les églises désignées, et y prier pendant quelque temps pour les fins marquées dans la bulle; cinq Pater et cinq Ave en chaque église suffisent pour cela. On ne peut partager les stations de manière à en faire une portion un jour et une portion l'autre ; mais on peut visiter une ou deux églises le matin et visiter les autres dans l'après-midi. 11 n'est nullement essentiel de commencer par une église plutôt que par une autre. Il est trèslouable de garder le silence en allant d'une église à une autre, et de faire les stations à jeun ; mais ni l'un ni l'autre ne sont des conditions essentielles du jubilé. Si la foule ne permet pas d'entrer dans l'église que l'on doit visiter, on satisfait en faisant sa prière à la porte ou même dans le cimetière (3).
D. Outre le jubilé ordinaire et périodique de l'année sainte, n'y a-t-ilpas d'autre jubilé? — R. Oui, il y a des jubilés exlnaordinaires.
Explication. — Outre le jubilé ordinaire ou périodique de l'année sainte, les papes accordent des jubilés à différentes époques, à l'occasion de grandes joies ou de grandes douleurs
(1) Page 386.
(2) Benedict XIV, const. Convocatis et const. Inter prœteritos,
(3) Zecchi, De jubilœo, cap. iv. — Passerini, Viva, Minderer, Théo dorus a Spiritu Sancto, Rocca, etc.
■=400-^ dans l'Église. On les appelle jubilés extraordinaires. Il est d'usage que chaque pape en donne un Tannée de son exaltation. Enfin, il y a des indulgences accordées en forme de jubilé, c'est-à-dire qui sont accompagnées d'une certaine solennité, et auxquelles sont attachés les privilèges du jubilé soit ordinaire, soit extraordinaire.
D. Y a-t-il, outre la confession, la communion et la visite des églises, quelques œuvres particulières à accomplir pour gagner le jubilé extraordinaire ou Vindulgmce accordée en forme de jubilé? — R. Oui, il y en a plusieurs.
Explication. — Dans le jubilé extraordinaire, le souverain pontife, outre la confession, la communion et la visite des églises, prescrit encore ordinairement : 1° trois jeûnes (I) qui doivent être faits dans la même semaine, le mercredi, le vendredi et le samedi; 2° une aumône, dont les pauvres ne sont pas plus exempts que les riches, selon le sentiment d'un grand nombre de théologiens, et c'est le seul qui doive être suivi (2). Toutefois, nous croyons que les confesseurs qui, en vertu des bulles d'indiction du jubilé, soit ordinaire, soit extraordinaire, ont la faculté de commuer en d'autres œuvres celles dont l'accomplissement est impossible ou par trop difficile à leurs pénitents, pourraient agir de la même manière par rapport à l'aumône.
D. Peut-on, par une seule confession, satisfaire au devoir de la confession annuelle, et gagner le jubilé ? — R. Non.
Explication. — Il est de principe qu'une œuvre déjà obligatoire ne peut, pour l'ordinaire, servir à gagner l'indulgence du jubilé (3). Si donc le jubilé a lieu pendant le temps pascal, et qu'on n'ait pas déjà satisfait au devoir de la confession annuelle, deux confessions sont nécessaires. Aussi la sacrée congrégation des indulgences a-t-elle déclaré, le
(1) Pie IX n'a prescrit qu'un seul jeûne pour le jubilé de 1852.
(2) Viva, De jubilœo, p. 53.
C3) Benedict. XIY, const. Intcr prœteritos.
19 mars 1841 , qu'une confession spéciale est nécessaire pour gagner l'indulgence du jubilé (1).
Plusieurs évêques ont obtenu, à diverses époques, et spécialement en 1847, des induits en vertu desquels la confession annuelle pouvait servir à gagner le jubilé (2).
Nous croyons pouvoir ajouter que, d'après Thé o < < ]e Saint-Esprit et un grand nombre de théologiens, le précepte de la confession annuelle n'oblige que ceux qui se sentent coupables de péché mortel (3). Donc celui qui s'est confessé, dans le temps de Pâques, en vue de gagner le jubilé, et qui ne sent sa conscience chargée d'aucune faute grave, n'est pas obligé de se confesser de nouveau pour satisfaire au précepte de la confession annuelle, laquelle n'est exigée que comme préparation à la communion. Le savant Minderer paraît adopter le même sentiment (4) ; il ajoute qu'il ne saurait y avoir de difficulté, non-seulement à l'égard des fidèles qui se confessent souvent, mais encore à l'égard de ceux qui, s'étant confessés dans le temps de Pâques, en vue de gagner le jubilé, ont l'intention bien formelle de retourner au saint tribunal avant la fin de l'année (5).
Ce que nous venons de dire est-il applicable à ceux qui se bornent strictement à la confession annuelle? Il est pour le moins permis d'en douter.
Benoît XIV traite la même question dans ses Institutions ecclésiastiques, mais il ne pose pas la question de la même manière que Minderer et Théodore du Saint-Esprit. Il admef
(1) Voir le texte de cette déclaration, p. 389.
(2) Voir les Mélanges théologiques, 4e série, p. 573.
(3) Prœceptum annuae cenfcssionis profccto juxta commune doctori!.Ti placitum obligat duntaxat, ubi conscientia peccati mortalis remordet. (Theod. a Spiritu Sancto, De jubilœo, p. 127.)
(4) Pro lucrando jubilœo requiritur confessio, cui conditiôni non satisfit pcr annuam confessionem, bene vnro si tempore paschali fiât. (Minderer, De jubilœo, p. 552.)
(5) Confessionis prœceptum non urget pcr se tempore pascbali; dummodo a!io tempore per anuum adimpleatur; adcoque confessio tempore paschuli peracta valere poterit ad obligationem exsolvendamde ponenda confessione jubilœi. (Minderer, p. 552.)
d'abord en principe qu'une œuvre d'obligation peut quelquefois servir pour gagner le jubilé, et il déclare, en conséquence, que lorsque le jubilé a lieu en carême et que ie jeûne fait partie des œuvres prescrites, lejeûne du carême suffit pour le gagner (1). Puis il suppose que quelqu'un ! confessé en vue de la communion pascale; est-il obligé de se confesser de nouveau pour gagner le jubilé, si, depuis sa confession, il n'a commis aucun péché mortel? Voici sa réponse : Comme il n'est pas certain que le pape prescrive la confession uniquement comme disposition à la communion, et qu'il est plus que probable qu'il l'enseigne comme œuvre nécessaire et indispensable, de très-graves auteurs exhortent les fidèles à se confesser de nouveau (2).
D. Beu'-ort. par une seule eommunion, satisfaire au devoir pascal et gagner l'indulgence du jubilé ? — R. Non.
Explication. — Ce que nous venons de dire par rapport à la confession s'applique à la question présente. D'ailleurs, la déclaration de la sacrée congrégation, du 19 mars 1844,
(1) Si jejuniuin fiât feria quarta, sexta et sabbato quartes hebdomadae, Tel hebdomadae passionis, idem jejunium pro lucranda indulgentia satis esse declaramus. (Benedict. XIV, Iustit., un.) — Cela ne doit s'entendre que du cas où ie souverain pontife aurait fixé lui-même le jubilé au temps du carême. Mais si c'était l'évèque lui-même qui l'eût fixé à ce temps, le jeûne du carême suffirait-il pour le jubilé? Une chose est certaine, c'est qu'en 1847 et en 18o2, les évêques de France et de Belgique ont cru devoir demander au saint-siége et ont obtenu des induits à cet égard.
(8) Quare gravissimi auctores bortantur ad confessionem peragendam pro indulgentiis, qnamvis nullum lethale peccatum admissum fuerit. (Ibid.) — Nous croyons devoir ajouter qu'en 1852 plusieurs prélats ayant demandé des induits en vertu desquels les fidèles de leurs diocèses pussent, par une seule confession et une seule communion, gagner l'indulgence du jubilé, lequel a été célébré, dans un grand nombre de localités, vers la fin du carême, et satisfaire en même temps au double devoir de la confession annuelle et de la communion pascale, cette faculté a été accordée quant à la communion; mais le saint-siège a gardé le silence quant à la confession : ce qui suppose peut-être qu'à Rome on ne pense pas que deux confessions soient nécessaires, l'une pour satisfaire an devoir de la confession annuelle, l'autre pour gagner le jubilé.
ne saurait laisser aucun doute à cet égard. Il y est dit, en termes formels, que pour gagner le jubilé, s'il a lieu dans la quinzaine de Pâques, il faut, outre la communion pascale, une communion spéciale. A l'époque du dernier jubilé, qui s'est ouvert à Rome le 19 mars et qui s'est terminé le 18 avril, deux communions étaient nécessaires, Tune pour satisfaire au devoir pascal, l'autre pour gagner l'indulgence, ainsi que l'avait déclaré le cardinal vicaire^de Sa Sainteté; et nos soldats eux-mêmes ont fait ces deux communions (1). Cette doctrine est celle de Benoît XIV (2), et, en 1826, la sacrée congrégation des indulgences répondit dans le même sens à o,ne consultation qui lui avait été adressée par Mgr de Quélen, archevêque de Paris (3). Il existe, il est vrai, un décret de la même congrégation, adressé à l'évêque de Québec, en date du 15 décembre 1841, d'après lequel on peut, par une seule communion, satisfaire au devoir pascal et gagner en même temps l'indulgence du jubilé, à moins que le contraire ne conste de la bulle d'induction du jubilé; mais c.e décret, antérieur à celui que nous avons cité plusieurs fois (4), paraît être une spécialité pour l'Amérique et les pays de mission, qui plusieurs fois ont été soumis à une législation particulière en ce qui concerne les indulgences. Clément XII, par exemple, permit aux missionnaires de gagner les indulgences plénières, pour lesquelles la confession était exigée, sans accomplir cette condition lorsqu'ils en seraient empêchés (5).
D. les enfants qui n'ont pas encore fait leur première commurtion peuvent-ils gagner le jubilé ? — R. Ordinairement les souverains pontifes déclarent que les enfants ne sont pas privés pour cela de la grâce du jubilé.
Explication. — Jusqu'au temps de Benoît XIV, les papes
(1) Voir la Correspo)ida?ice de Rome, n° de mai 1851.
(2) Conslit. Inter prœteritos.
(3) Voir l'Ami de la religion, n° 2214.
(4) Voir p. 389.
(5) Theodor. aSpiritu Sancto. De juùilœo, cap. VI.
n'avaient fait aucune mention, dans les bulles du jubilé, des enfants qui n'avaient pas encore fait leur première communion. Cet illustre pontife déclara, dans sa constitution Convocatis, que les enfants dont il s'agit pouvaient néanmoins gagner le. jubilé, pourvu que le confesseur chari. pour eux la communion en une bonne œuvre (1). Les successeurs de Benoit XIV ont constamment observé la même pratique. Pie IX est allé plus loin pour le jubilé qu'il a donné à l'occasion de son exaltation : il a investi les confesseurs non plus seulement du pouvoir de commuer la communion en une autre bonne œuvre, mais de celui d'en dispenser les enfants (2). Mais si dans la bulle il n'était parlé ni du pouvoir de dispenser les enfants de la communion, ni de celui de la commuer, comme dans la bulle de Pie IX pour le jubilé de l'année 1851, les enfants pourraient-ils néanmoins le gagner? On peut regarder la chose comme douteuse. Nous devons ajouter que, selon Yiva (3) et un grand nombre d'autres théologiens, les enfants pourraient, dans ce cas-là même, gagner le jubilé, surtout en recourant à la commutation; ils se fondent sur ce principe du droit: une condition impossible est regardée comme non avenue (4); d'où ils concluent que le pape, qui connaît l'impossibilité où sont les enfants de satisfaire à la condition de la communion, est censé ne pas la leur imposer. Quoi qu'il en soit, il est évident qu'il n'y a aucun inconvénient à ce que les enfants essaient de gagner le jubilé, ils auront au moins le mérite de leurs bonnes œuvres (5).
(1) Quarnvis injancta pro jubilaeo communio sit, pueri tamen qui nondum ad primara communionem adraissi fuissent, neque admitti videantur, censeri possunt ab isto injuncto opère légitime impediti; eisdem. communionem in aliud pium opus arbitrio confessarii praescribendum commutari permittimus. (Const. Convocatis, Bullar, t. vu, p. 20.)
(2) Dispensandi super communione cum pueris, qui nondum ad primais communionem admissi fuerint, pariter concedimus et indulgemus. (Voir la bulle de Pie IX, JJbi primum.)
(3) Viva, Dejubilœo, quaest. vm.
(4) Voir Reiffenstuel, t. vu, in indice, verbo Conditio.
(5) Voir les Mélanges théologiques s 4e série, p. 570.
D. Où peut-on gagner le jubilé ? — R. A quelque diocèse et à quelque paroisse que l'on appartienne, on peut gagner le jubilé dans le lieu où il se célèbre, en remplissant les conditions prescrites.
Explication. — Le jubilé n'est pas une faveur purement personnelle, elle est aussi locale. Dès que le jubilé, disent les meilleurs théologiens, est publié dans un lieu, il affecte ce lieu, et peut être gagné par tous ceux qui accomplirent les conditions prescrites par le souverain pontife, à quelque diocèse et à quelque paroisse qu'ils appartiennent (1). D'où il suit que celui qui est absent de sa paroisse pendant le temps du jubilé, peut le gagner à son retour dans une autre ; il en est de même de celui qui aurait négligé de gagner le jubilé dans sa paroisse. — Une personne étrangère à la paroisse ou au diocèse où le jubilé est ouvert n'est pas obligée d'y accomplir toutes les œuvres prescrites. La visite des églises est seule locale; il suffit donc qu'elle visite les églises dans le lieu où se célèbre le jubilé; quant aux autres è œuvres, elle peut les faire partout où elle voudra. Elle peut, par conséquent, se confesser et communier dans sa paroisse. Si cependant on voulait jouir des pouvoirs extraordinaires accordés aux confesseurs pendant le jubilé, il faudrait s'adresser à l'un des confesseurs du lieu où le jubilé est ouvert (2).
D. Peut-on gagner plusieurs fois le jubilé ? — R. Non.
Explication. — Le jubilé est un et ne peut être gagné qu'une seule fois. C'est ce qui résulte évidemment du texte même des bulles, d'après lesquelles une indulgence plénière est accordée à tous ceux qui, dans l'intervalle d'un mois, par exemple, auront accompli telle ou telle bonne œuvre ; c'est d'ailleurs ce qui a été déclaré, de la manière
(1) Voir sur ce sujet principalement Beuzonius, De anno S.jubilœi, lib. v, et Theod. a Spiritu Sancto.
(2) Collet, Du jubilé, chap. IV.
la plus positive, en mai 1620, par la sacrée congrégation du concile (1). — Ainsi, celui qui a déjà gagné le jubilé dans sa paroisse, ne peut plus en profiter, même dans une autre paroisse. 11 s'agit ici uniquement du jubilé extraordinaire, ou de l'extension du jubilé de Tannée sainte. — Benoit XIV, par sa constitution fréter prœteritos, permit de gagner plusieurs fois, à Rome, lïndulgence du jubilé ordinaire, en accomplissant plusieurs fois, dans le cours de l'année où il est ouvert, les œuvres prescrites (2). Le même souverain pontife permit à ceux qui l'auraient déjà gagnée dans l'année sainte, de la gagner encore l'année suivante, mais une seule fois, dans un autre endroit (3). Pie YI, en étendant le jubilé ordinaire de 1775 à tout l'univers, déclara également que ceux qui se seraient trouvés à Rome pendant l'année sainte, et y auraient gagné le jubilé, pourraient de nouveau en profiter ailleurs (4).
D. Y a-t-il obligation de gagner l'indulgence du jubilé? — R. Non.
Explication. — L'indulgence du jubilé étant une grâce. on n'est pas obligé de la gagner; mais ce serait un péché de refuser cette indulgence par incrédulité ou par mépris.
D. L'indulgence du jubilé peut-elle être appliquée aux défunts — R. Non, à moins que le souverain pontife n'ait déclaré qu'on peut la gagner pour les défunts, en faisant une seconde fois les œuvres prescrites.
Explication. — L'indulgence du jubilé n'est accordée que pour les vivants et ne peut être appliquée aux morts, à
(i) Mense maio, an. 1620, declaravit S. congr. concilii tantura semel acqiïiri indulgentiam per jabilaeum, et semel tantum a casibus absolvi quempiam posse. (Apud Fillineium, t. i, tract, vin, cap. x.)
(2; Minime dubitavimus declarare, posse pluries perannum sanctum, injuncta opéra iterando, sanctam indulgentiam acquiri. (Const. Inter prœteritos.)
(3) Benedict. XIV, const. Benedictus Deus.
(4) Pius VI, const. Summa Dei.
moins que le souverain pontife ne permette de gagner le jubilé une seconde fois, pour les âmes du purgatoire. Léon XII, pendant Tannée 1825, donna plusieurs induits dans lesquels il accordait cetie permission.
D. Peut-on pendant le jubilé de l'année sainte, gagner les autres indulgences accordées par V Église? — R. On ne peut en gagner qu'un très-petit nombre.
Explication. — Pendant le jubilé de Tannée sainte, c'està-dire pendant celui qui se célèbre à Rome tous les vingtcinq ans, les autres indulgences, à Texception d'un petit nombre, sont suspendues. L'Église agit ainsi afin que les fidèles attachent plus d'importance à l'indulgence du jubilé, et qu'ils en sentent plus vivement le prix et l'excellence.
Les indulgences maintenues dans toute leur force, dans le temps du jubilé, sont : 1° les indulgences des autels privilégiés; 2° les indulgences accordées pour l'article de la mort; 3° celles qui sont attachées à la récitation de TA?igelus;A° l'indulgence des quarante heures; 5° les indulgences accordées aux fidèles qui accompagnent dévotement le saint sacrement quand on le porte aux infirmes ; 6° les indulgences accordées de manière que les vivants puissent les gagner pour eux-mêmes, ou les appliquer aux morts, sont suspendues par rapport aux vivants , sans l'être par rapport aux morts ; 7° enfin les indulgences accordées par les évéques sont maintenues pendant le temps du jubilé de Tannée sainte (1).
LEÇOW XXVII.