LEÇON XXVIII
DE L'INDULGENCE PLÉNIÈRE A l' ARTICLE DE LA MOBT.
D. L'Église n'accorde-t-elle pas aux malades une indulgence particulière? — R. Oui, L'Église accorde aux malades bien disposés une indulgence plénière dite in articulo mortis.
Explication. — Il y a une indulgence plénière accordée à certaines conditions, pour l'article de la mort, aux fidèles qui ont rempli telles ou telles pratiques de piété, ou qui possèdent quelques objets bénits, comme croix, médailles, chapelets, et aux membres des confréries du saint sacre-
(4) Vers techniques, vers faits pour aider la mémoire en y rappelant en peu de mots beaucoup de faits, de principes, etc.
(2) Instruction sur le jubilé de l'éylise primatiale de Saint- Jean de lyon, à l'occasion du concours de la Fête-Dieu avec celle de la Nativité de saint Jean-Baptiste. 1 vol. in-12, Lyon, 1734.
ment, du scapulaire, du rosaire, du sacré cœur de Jésus, du très-saint et immaculé cœur de Marie, etc. (1). Outre feetle indulgence, qui peut être gagnée sans le ministère d'un prêtre, et qu'on appelle indulgent ia lata, c'est-à-dire /lue l'on gagne, de plein droit, à l'article de la mort, dès qu'on a rempli les conditions prescrites par le saint-siége (2), il en est une autre à laquelle on donne plus particulièrement le nom d'indulgence à l'article de la mort, in articulo moi-iïs. Ce n'est point, comme celle dont nous venons de parler, une indulgence lata, mais ferenda, c'est-à-dire qu'elle ne peut être gagnée que par le ministère d'un évêque ou d'un prêtre dûment autorisé à l'appliquer au moribond (3).
(1) Voir au tome iv ce que nous disons des indulgences accordées aux membres de certaines confréries, etc., et des conditions qu'il faut remplir pour les gagner.
(2) lndulgentia pro articmo mortis modo duplici elargiri solet romana sedes; ita ut indulgentia hujusmodi alia sit lata, alia ferenda. — lndulgentia ferenda tune dicitur, quando ut ejus effectus obtineatur, requirilur ministerium confessarn vel alii sacerdotis. Lata autem tune dicitur, dum summus pontifex per se ipsum immédiate eam concedit, secluso alterius ministerio.
Adhuc liodie exstant exempla indulgentiae pro articulo mortis latœ vel ferendœ. — Lata siquidem indulgentia pro articulo mortis existit, quse solct de facto dari personis inscriptis in aliqua confraternitate , et per Paulum V concessa fuit ; ita ut prœsenti tempore adhiberi non debeat ministerium sacerdotis, quia hujusmodi indulgentiam lucari aliquis potest, positis ponendis, eo ipso quod confraternitati sit inscriptus sine requisito applicantis ministerio. Lata etiam est indulgentia plenaria pro articulo mortis concessa, ratione numisinatum, rosariorum, etc., a romano pontiiiee benedutorum, preinde non eget ministerio sacerdotis. — Ferenda indulgentia illa est cujus concedendœ facultatem summi jiontifiçes elargiti sunt episcopi?, dando eis facultatem concedendi, per se vel per subdelegatos, benedictionem apostolicam, et indulgentiam plenariam Gdelibus suarum diœcesium in extremis laborantibus. (Minderer, p. 350.)
(3) Quamvis indulgentia lata pro articulo mortis non egeat ministerio sacerdotis, attamen, ait Theodorus a Spiritu Sancto, a Non improjbamus, irnmo maxime commendamus, ut confratres in extremis laborantes meiius ad banc indulgentiam se disponant, morcm vocandi sacerdotes, qui eos solantes, ad verum contritioûifi actum elicicndum, devoteque dulcissimum Jesu nomeu invoeandum inducant, neenon prœmissa ab infirmis generali confessione, si fieri potest, dicant Misereatur, etc., ac tandem forma aliqua deprecatoria utantur; cujus exemplum
D. Par qui peut être appliquée V indulgence pléniére à l'article de la mort? — R. Par les évêques et les prêtres qui y ont été autorises par le saint-siége.
Explication. — Autrefois, les souverains pontifes seuls pouvaient appliquer l'indulgence in articulo mortis. Plus tard, cependant, les évêques ont obtenu le pouvoir de l'accorder aussi, pendant un certain nombre d'années, mais sous la condition de le faire par eux-mêmes et de ne pouvoir déléguer des prêtres que pour certains cas spéciaux et extraordinaires.
Benoit XIY, par la bulle Pia mater, du 5 avril 1747 , a statué que la faculté de donner la bénédiction avec application de l'indulgence pléniére, à l'article de la mort, qu'on avait coutume de déléguer aux évêques, durerait désormais pendant tout le temps qu'ils conserveraient leur siège. Il a statué en outre qu'ils pourraient sous-déléguer autant de prêtres qu'ils jugeraient convenable pour appliquer aux moribonds ladite indulgence , soit dans la ville épiscopale, soit dans les autres parties du diocèse; pourvu toutefois, et c'est la seule condition qu'il impose, qu'ils en fassent la demande au saint-siége. Tous les prêtres approuvés pour le ministère de la confession le sont ordinairement par les
^st illa quam adhibent Patres ordinis prcedicatorum pro confratribns SS. rosarii, inserta in summario indulgentiarum dictorum confratrum, a éacra congregatione indulgentiarum approbato : « Dominus Noster Je- « sus Cbristus, filius Dei vivi, qui B. Petro apostolo suo dédit potesta- « tem ligandi atque solvendi, persuara piissimara misericordiam recipiat « confessionem tuam. remittat omnia peccata, quaecumque et quoraodo- « cumque in toto vitge decursu commisisti, de quibus corde contritus, « et ore confessus es, restituens tibi stolam primam, quam in baptismo « recepisti, et per indnlgentiam plenariam a summo pontifice Innocen- « tio VIII confratribus SS. rosarii in mortis articulo constituas conces- « sam, liberet te a praesentis et futurae vitae pœuis, dignetor purgatorii « cruciatus remiltere, portas inferi claudere, paradisi januam aperire, « teque ad gaudia sempiterna perducere persacratissimasuse vitae, pas- « sionis et glorificationis mysteria sanctissimo rosario comprehensa. Qui « cum Pâtre, et Spiritu Sancto, etc. » (Theodorus a Spiritu Sancto, part, il, cap. h.)
archevêques et évêques, pour l'application de l'indulgence dont il s'agit.
D. Trouve-t-on, dans l 'antiquité, des exemples d'indulgence pour l'article de la mort? — R. On en trouve plusieurs.
Explication. — Saint Cyprien, qui vivait au commencement du 111e siècle, voulut qu'en danger de mort on fît grâce, à ceux qui étaient tombés, de toute la pénitence qui leur restait à faire; c'était là une véritable indulgence plénière in articulo mortis. Le clergé de Rome approuva la conduite de saint Cyprien (1).
L'an 878, au rapport de Baronius, le pape Jean VIII accorda une indulgence plénière in articulo mortis à tous ceux qui combattaient alors contre les Sarrazins pour la défense de la sainte Église de Dieu, s'ils venaient à succomber sous le fer de l'ennemi (2).
"Vers le milieu du xive siècle , la peste ravagea l'Angleterre et un nombre prodigieux de personnes furent victimes de cet horrible fléau. Le pape Clément VI , qui monta sur la chaire de saint Pierre l'an 1342, accorda une indulgence plénière à tous ceux qui, vraiment pénitents et s'étant con \ fessés, venaient à mourir de cette épidémie (3).
Grégoire XI, qui fut élu pape l'an 1370, accorda aussi, une indulgence plénière à l'article de la mort, et pour une cause semblable , à la prière du cardinal Simon de Langham, ancien archevêque de Cantorbéry (4).
(1) Voir Théodore du Saint-Esprit, t. il, p. 195.
(2) Nostra prœfatos mediocritate- intercessione B. Pétri apostoli, cujus potestas ligandi et solvendi est in cœlo et in terra, quantum fas est absolvimus, praecibusque illos Domino commendamus. [Litterœ Joannis VIII ad Galliœ episcopos, apud Theodorum a Spiritu Sancto, t. ri, p. 195.)
(3) Saeviente in Anglia tanta peste horainum, dominus Clemcns papa concessit plenam remissionem omnibus vcre contritùs et coofessis morientibus in hac epidemia per totum regnum. (Thomas Walsinghamenis, in Neustriœ hypodigm., apud Theodorum a Spiritu Sancto, t. u, p. 193.)
{k) Papa Gregorius... ob amorem domini Simonis de Langham, carill. 24
Depuis le £ve siècle jusqu'à nos jours, l'histoire de l'Église nous fournit un grand nombre de concessions d'indulgence plénière pour l'article de la mort, faites par le saint siège, tantôt en faveur des réguliers de l'un ou de l'autre sexe, tantôt en faveur des membres des confréries canoniquement instituées, etc.
D De quelle formule doit-on se servir pour appliquer l'indulgence à l'article de la mort?-R. 11 faut se servir de la formule prescrite par Benoît XIV. <
Explication. — Pendant longtemps il n'y eut aucune formule déterminée pour l'application de l'indulgence plénière in articule* mortis. La sacrée congrégation en avait approuvé une qui était loin d'être suivie partout. L'illustre pontife Benoît XIV, pour ne rien laisser à l'arbitraire dans une matière aussi grave, prescrivit de se servir, pour l'application de l'indulgence plénière à l'article delà mort, d'une formule qu'il composa lui-même, et qui se trouve à la fin de -a bulle Pia mater (1). On ne peut donc, sans danger, en employer d'autre. Cependant, si le malade éiait tellement près de sa fin que le prêtre n'eût pas le temps de reciter les prières dont se compose ladite formule, il devrait lui donner aussitôt la bénédiction, en disant: « Que le Dieu tout-puissant, Père, et Fils, et Saint-Esprit, vous bénisse. Ainsi soit-il (2). »
D. A quels moribonds peut-on appliquer cette indulgence? — R. A tous ceux qui n'en sont pas manifestement indignes. Explication. — On peut et l'on doit appliquer l'indul-
dinalis quandoCantaruensis archiepiscopi, dum pestilentia invaluisset inhac'terra in Andia), per bullas suas omnibus tune monentibus vere contrite et confessis, plenam remissions de thesauns Ecries:» induisit : exceptis bis qui œre alieno gravareiitar. (Tbomas Walsinghamems, in Neustnœ hyppodigm., apud Theodorum a Spiritu bancto, t. il,
(1) Voir ceite formule p. 431. . .
2 Si vero inûrmus sit adeo morti proximus, ut neque confessioms geoeralis faciendœ, neque praemissarum precum recitandarum tempus sup-
gence à l'article de la mort à tous les moribonds en général; en d'autres termes, à tous ceux qui ne meurent pas ouvertement dans le péché mortel et l'impénitence. Fussent-ils privés de l'usage de leurs sens, on doit cependant leur donner l'indulgence, parce qu'on peut présumer que, dans le cas où ils auraient connaissance, ils désireraient qu'elle leur fût accordée, et qu'avant d'être privés de leurs sens ils ont été dans les dispositions requises pour la gagner. Benoît XIV s'exprime sur ce sujet de la manière la plus expresse. Sans doute il y a parfois de grandes probabilités que cette indulgence ne servira de rien; mais si, dans une telle extrémité, on risque les sacrements, pourquoi refuserait-on l'indulgence?
D. Doit-on donner la bénédiction, avec l'indulgence plènière , aux enfants qui, par défaut d'âge, n'ont pas encore fait la première communion ? — R. Oui, si l'on a lieu de croire qu'ils ont eu assez de raison et de discernement pour pouvoir offenser Dieu.
Explication. — Toutes les fois que l'on donne à un enfant l'absolution et l'extrême-onction , on doit lui appliquer en même temps l'indulgence plénière. L'Église n'exclut de cette faveur aucun des fidèles qui ont pu commettre quelque péché plus ou moins grave. Ce fut dans ce sens que la sacrée congrégation des rite» répondit, en 1826, à un doute qui lui avait été proposé (1).
pctat, statim sacerdos ei benedictionem impertiatur *, dicendo scili-
cct sol.a illa verba :
Benedicat te omnipotens Deus, Pater, et Filius, et Spiritus Sanctus. Amen **. (1) An benedictio cum indulgentia plcnaria, juxta constit. Bcned. XIV,
Pia mater, 5 april. 1747, im-jcrticnda sit pucris qui, defectu œtatis,
primam communioncm necdum institueront? — Resp. Affirmative. (S.
R. C, die 16 dec. 1816, apud Gardellini, t. VIII, p. 29.)
(*) Benedictus XIV, in bulla Pia mater.
(**) Catalani, Rituule rumunum comrnenlariis Ulustralum , t. i, p. 369. — Minderer, Tract, de indulg.
D. Y a-t-il quelques conditions à remplir, de ?a part du moribond, pour qu'il puisse gagner V indulgence plénière? — - R. Oui.
Explication. — Selon le rescrit que le saint-siége a coutume de donner aux évêques, pour gagner l'indulgence plénière in articula mortis, les conditions suivantes sont nécessaires : que le moribond se soit confessé et ait communié avec les dispositions requises, ou que, ne pouvant le faire, il soit au moins contrit de ses fautes, qu'il invoque de cœur, s'il ne le peut de bouche, le saint nom de Jésus; enfin, qu'il accepte de la main de Dieu, avec une parfaite résignation, la mort en expiation de ses péchés.
D. Peut-on, dans le même article de la mort, donner plusieurs fois la bénédiction à un moribond, avec application de Vindulgence plénière? — R. On ne le peut pas.
Explication. — L'application de l'indulgence plénière, à l'article de la mort, ne se réitère point dans le même article de mort, la maladie se prolongeât-elle pendant plusieurs mois et plus, a L'indulgence appliquée aux mourants ne se réitère point quand la maladie se prolonge; c'est, dit l'abbé Giraud, le ser *iment le plus commun et le mieux fondé (i). » En effet, le prêtre délégué par l'évèque ne reçoit et ne peut recevoir de lui que le pouvoir de l'appliquer une seule fois dans le même article de la mort. Cela est évident par les termes mêmes de la faculté donnée aux évêques, lesquels termes (2), entendus dans le sens qu'ils présentent naturel-
(1) Manuel des principales dévotions auxquelles sont attachées de$ indulgences, par M. l'abbé Giraud. p. 59. — Cet ouvrage est revêtu de l'approbation de la S. congrégation des indulgences ; il s'y est glissé néanmoins plusieurs erreurs, notamment à la page 60, où on lit ce qu'il suit : « Il n'est pas nécessaire, pour l'application de l'indulgence, que ies « messes avec privilège personnel ou à un autel privilégié soient de Re- « quiern, même les jours non empêchés. » La S. congrégation a décidé positivement le contraire. — Voir, p. 4i4 et suiv., ce que nous disons des autels privilégiés.
(2) Quoties aiiquem... in mortis articulo constitutum esse contingent,
lement, signifient qu'à chaque article de mort répond la faculté d'appliquer une fois 'indulgence, et non deux fois, trois fois, etc.
On peut cependant réitérer la bénédiction, avec l'indulgence plénière, si le malade retombe dans un autre article de mort; ou bien dans le même article de mort, si la première bénédiction a été nulle à défaut des dispositions requises dans le moribond (1).
D. A quel moment Indulgence in articulo mortis produit-ell* son effet ? — A l'article réel de la mort.
Explication. — Quoique les termes de la formule de bé nédiction , avec indulgence plénière , prescrite par le pape Benoît XIV, semblent indiquer que cette indulgence est ap pliquée au moment même que cette formule est prononcée ; si toutefois le moribond est dans les dispositions requises (2), on regarde comme plus probable qu'elle est suspendue jusqu'à l'article réel de la mort. La raison qu'on en donne est que les souverains pontifes ne se proposent autre chose, pour la concession de cette indulgence, que de faire obtenir à l'âme fidèle, immédiatement après la mort, la possession du ciel, en lui accordant la rémission pleine et entière de la peine temporelle dont elle peut être encore redevable à la justice divine. C'est pour cela que plusieurs fois ils se sont servis de la formule suivante : « Je vous accorde cette indul gence si vous mourez réellement; sinon, je vous la réserve pour le temps où vous serez véritablement à l'article de la mort (3). »
toties per teipsum, aut presbyteros delegandos apostolicam benedictionera impertire valeas.
(1) Voir le Journal historique et littéraire de Lie'ge, n<> du 1« août
(2) Et ego {dit celui qui prononce la formule), facultate mihi ab aposlolica sede tributa, indulgentiam plenariam et remissionem omnium peccatorum tibi concedo. — Le prêtre ne dit pas concedam, mais concedo.
(3) Concedo tibi omnem illam induire ntiam. peccatorum tuorum, si