PARAGRAPHE SIXIÈME
Dl LA GOURMANDISE.
=0. Qu'est-ce que la gourmandise^ — R. La gourmandise (ijest un amour déréglé du boire et du manger.
Explication. — L'amour du boire et du manger n*est point en soi un péché ; cet amour est juste et raisonnable, quand il tend à conserver 4a vie et la santé. De même ce D*est pas un péché que d*éprouver du plaisir en buvant et en mangeant; Dieu ^yant donné aux aliments une saveur et un goût agréable, ce n'est pas un mal de les prendre avec une certaine satisfaction. Ce que Dieu défend, c*est de boire et de manger à lexcès, sans besoin et pour le seul plaisir; c'est de boire et de manger avec trop d avidité et de passion, et de s'en faire une espèce de félicilé ; c'est en cela que consiste la gourmandise. On ne peut douter qu'elle oe soit un très grand péché, puisque saint Paul la met au nombre des crimes qui excluent du royaume des cieux.— Ce vice est particulier aux gens sans éducation ; et, quand oœ personne bien élevée s'y abandonne, on est sûr de lui trouver de la grossièreté, des goûts ignoble^ et de la bassesse d^ns lés sentiments. —Les filles de la gourmandise, les péchés dont elle est la source, sont le dégoût des choses spirituelles, la négligence de ses devoirs, la colère, l'emportement, les jurements, les blasphèmes, les propos liceo- <;ieux et les actions déshonnètes ; luxuriosa res vinum (2)*
D. Quel est Vacte de gourmandise le plus dangereux ? — R. C^est de boire jusqu'à sVnivrer; ce qui fait perdre la raison et rend semblable aux bêtes.
Explication. ~- L'acte de gourmandise le plus dangereux et le plus honteux, c'est l'ivresse, dont Teffeleslde faire perdre la raison. L'homme ivre devient semblable à l'animal ; il ne connaît plus de devoirs ni d*affections ; il
(1) Gourmandise, du mot grec yuaX^Vy cavité, et du latin gula gofier. 1%) Prov., XX, 1.
tuerait sod père, son entant ; il commettrait tous les crimes. C'est un être avili, dégradé, abruiî ; il ne mérite plus le nom d*homme, el o'iospire plus que Thorreur et ie dégoût. Et si ce malheureux eM père de fomille, quel scandale poor ses enfants I et sa femme, combien elle est à plaindre I Le ménage d*un ivrogne est-il autre chose qu'un vértf^le enfer? — Fuyez toute votre vie, mes enfants, uu vice aussi honteux, un vice que les païens eux-mêmes ont flétri : a La vigne, a dit un de leurs philosophes, ^produit trois sortes de fruits: la volupté, rivresse(4) et le repentir. » — aL*ivro-> gnerie, ou lexc^ habituel des liqueurs fortes, dit un pbilo^ sophç moderne, e9t un vice grossier et brutal, quiète la vigueur à lesprit, et au corps une partie de ses forces. C'est une brèche faite à la loi naturelle qui défend à Thomme d'aliéner sa raison, don précieux qui le distingue essentiellement de la brute.... Généralement parlant, ce (lésordre rend furieux dans les pays chauds, et stupide dans les pays froids (2). »
On trouve dans un manuscrit arabe une peinture originalë des funestes effets du vin pris à Texcé^ : « Lorsc^ie la vigne eut été plantée, satan viiH Farroser avec le saog d'un paon ; lorsqu'elle poussa des feuilles, il IPlirrosa du sang d'un singe ; lorsque les grappes parurent, il l'arrosa du sang d'un lion, et lorsque le raisin fut mûr, il l'arrosa du sang d'un pourceau. La vigne, abreuvée du sang do ces quatre animaux, en a pris les différents caractères. Ainsi, au premier Verre de vin, le sang du buveur devient plus animé, sa vivacité plus grande, ses couleurs plus vermeilles; dans cet état il a l'éclat du paon. Les fumées de cette liqueur commencent-elles à lui monter à la tète? il est gai,
(t) Ivresse, da grec uSpt^, qui si^itie un homme dolU le cerveau est affecté.
(i) Ratnal ; Histoire philosophique et politique de Vétablissemeni et du commerce des Européens dmns hs deux ImdeSj tom. IV, pag . tSt; édit. de Genève, 1780.
il saiHe, il gambade comme le- singe. L'ivresse le saisHelle? il est yn Hon furievs. BsUelte è son comble? semblable au pourccffn^ il toijibe^-se vautre à ^erre, s'étend et dort. » Cette liettoci TenfermeMin gnand sens/ et les idées qui y sont émises ne s'éloigneDt'eo rien de in vérité (4).
== D; Queite est la vertu opposée à ta gourmandise ? — R. CVst la tempérmiee, qui nausprésetvetle tout e.xcès dans le boire et dios le manger;
ExLicATioN. — II faut opposer à la* gourmandise la tempérieiBce et lasobriétéf qui nous fcAfit régler sur nos besoins, et non sur notre goâV ta quantité et la qualitétie nos aliments, et ne jamais oubflèr ces paroles d€< saint Paul : « Soit « que vous mangiez, soit que vous btivîez, ou quelcfue autre a chose que vous faissiez, faites tolit pour la' gloire de* « Dieu (2). »
TRAITS HtSTORïOUES.
TERRIBLES EFFETS DE VlNTEMPÉRADKE*
Efi failde crimes, de désordres et d'excès, peut-êtl'e n'est-il rien de si horriWe et de" si tragique que ce qui arriva à un jeune homme ■ en Afrique, du temps de saint Augusitii; CejeuseMinmeBeiieah maiiCynle; filait extrèfàeiKMt adoMé à la beisson, et^paisait une^partie fde sa m dans -letcaimrats atec des compagows débauei)é9.eonifne4ui. Un jqi^.qti'tt s^él^t litréâ tpus. te» e.\eèa^ '■ riotempéraiice^ il retotu'Oii ebez lui^çlr comnfieaisi^aefi atlentats par poignarder une de ses sœurs. Aux cris qu'elle (it entendre , le père alarnoé accourut, et ce fils, pliis furieux encore, trempa ses main» daos le sang de celui qui lui a^ait donné la vie el regorgea; il poignarda encore une de ses autres sœurs, qtir voulut prendre la défense de son père et l'arracher des oiaius de ce fils indigne, ou pluiM ^e ce monstre exécrable. ^
Que de crimes, que d*horreurs dans un seul homme et dans un seul jour î Saint Augustin lut bii^ntiôt infiwrmé de cet éyèoeiBefli fur neste, et, quoiqu'il eût déjà prêché deux fois ce jour-là, il assembla
(i) Voùtdela rén4é^ii^Ân%k^^nni%^.^ (S) l. Cor., x, 81.
sur-le-champ une troisième fois le peuple, et moata en chaire, les hrraes aux yeux el les soupirs dans le cœur, pour faire pari à ses auditeurs des horreurs que venait de coromeltre ce (ils indigne de jamais avoir vu la lumière. Au récit de ce qui venait d^arriver, toute rassemblée poussa des cris et des gémissements lamentables; on ne pouvait comprendre qu^un homme eût pu se porter à tant et à de tels attentats. On craignit que la veaugennce et les foudres du ciel oe tombassent sur une ville qui avait produit uâ td monstre. Sainl Âiigutio profita de To^asion pour, montrer acquêts excès peut conduire une passion maliteurture. Ses larmes el ses sanglots en dirent plus que ses paroles et ses discours.
LE CURÉ ET l'ivrogne.
Ud coré sortant de vêpres, rewcontra sur son chemin tw militaire ivre/étendu sur te sol à l'entrée du village...; il le* prend entre ses bras, le relève, le tmloc comme il 'peut jusqu'à l'auberge et le recommande aux soins du maître du fogis. Ceitii^ ne manque pas de faire observer au charitable pasteur qite cet ivrogne «e mérite pas tant.de soins, que les soldats abusent de t)ut , que sais-j^ encore? AUods ! allons! répond le curé, n'est-ce pas un homme? c'est mon prochain, c^est le vôtre, que m'imporle le reste? Lk-dessus il paie pour son protégé, et son après avoir vu le malheureux bien couché dans un lit. — ^Cependant le militaire, à l'aise et rafraîchi, se met àdormir; et le lendemain, il n^st pas t)6u étonné de s'éveiller dans un bon Ut ; il chei*ohe, il detnande« il apprend avec étonnement Taction^géoéreuse du euré ^qfnmèmra payé d'avance le déjeuner qu'on lui sert à t'msiimt.- Après nvoir qsé largement de lu générosité de soBbienfaheur, il vole au presbytère pour le rerr^rcier. La maison curialè était un peu ii l'écart, il y arrive ; la porte est fermée, des cris et des lamentjitionsse font' entendre au milieu du bruii causé , par une lutte désespérée, [.e sang du soldai s'allume, il brise la porte, il se précipite au secours de l'ecclésiastique attaqué; il arrive assez à temps pour assommer l'assassin contre lequel le curé se débattait encore, et pour en faire fuir un second qui, après avoir baHlonné la servante , accourait h t'aide de son compagnon (1).
(1) Le prêtre et le médecin devant la société,)^, 151^
PARAGRAPHE SËPTI^IME.