‹ Explication Historique, Dogmatique, Morale, Liturgique et Canonique du Catechisme avec la reponse aux principales objections tirées des sciences contre la religionChapitre 27 sur 114 · UN FRIPON BT CELUI QUI LB CONSULTE BST UN SOT · texte numérisé non relu

UN FRIPON BT CELUI QUI LB CONSULTE BST UN SOT

Ce que nous venons de dire des devins s'applique aux magiciens ou sorciers. Il est impossible, d'après les exem* pies que donne l'Ëcriture sainte, d'en contester la possibi* lité. Ne parle-t-elle pas, de la manière la plus formelle et la plus positive ) des magiciens de Pharaon, de Simon le ma^ gicien, des merveilles qu'opérera l'Antéchrist (4)? -Dans l'ancienne loi , les magiciens ou maléficiers étaient punis

(1) Exod.y VIII. — Act., VIII. — Matth.y xxiv*

de mort (4}. Les saints Pères ont souvent élevé leurs voix coDU-e les maléficiers. L*Ëglise a décerné des peines contre 6UX, et a donné dans ses Rituels des prières pour ôier les maléfices. « Il est prouvé , dit Bergier, par la procédure et par les actes des tribunaux , par la confession publique de plusieurs de ces misérables, qu'ils avaient mis en usage des pratiques impies et diaboliques qui ne pouvaient produire un effet que par Tentremise du démon. »

Il y a donceu , et il peut y avoir des maléficiers ou sorciers. Mais le peuple est, à cet égard, beaucoup trop crédule. Les véritables sorciers sont bien rares ; on regarde comme des opérations diaboliques ce qui est produit par des causes purement naturelles, et tous ces contes de magie, de sorts, de maléfices que Ton débite dans les veillées de village, ne sauraient tenir contre l'examen des gens raisonnables et sensés. Quelle sottise, en effet, quelle folie d'attribuer à des sorciers la plupart des malheurs soit publics, soit particuliers, qui arrivent dans les campagnes, au lieu de les attribuer aux impiétés et aux blasphèmes que Ion ne cesse de voodr dans les cabarets et dans les lieux de débauche, aux scaudales qui régnent de toutes parts, et surtout à la profa- Dation dujour du Seigneur? Néhémie, gouverneur de la ludée, voyant qu'on foulait les pressoirs le jour du sabbat, qu'on portait des gerbes, qu'on achetait et qu'on vendait, ^éhémie entre dans une sainte indignation et dit aux Juifs : « N'est-ce pas là ce qu'ont fait nos pères? en suite de quoi «notre Dieu a fait tomber sur nous et sur cette ville tous * les maux que vous voyez. Après cela, vous attirez encore •sa colère, en violant le sabbat (2). » Voilà ce que les 'Dioistres de Jésus-Christ ne cessent de répéter dans les <^ire8 chrétiennes , et on n'a point assez de foi pour le comprendre. On prétend donner une explication bien plus satisCaisante de tout ce qui parait tant soit peu extraordi-

(t) Maleficos non patieri3 vivere. Deut., xxii, 18. (2) U. Esdr. XIII, 15-1$.

naire, ea rattribuant aux sorciers. Un orage ravage-t4l les biens de la terre? les simples se rappellent aossitôl tout ce qu on leur a dit des sorciers dans de semblables désastres ; et là-dessus on forme mille soupçons : on croît trouver des

marques de sorts jetés; on a tu pendant Forage un

paysan qui , étant dans un champ , prononçait quelques paroles , et faisait cks gestes qui montraient qu'il n*é(aft là que dans un mauvais dessein ; et la vérité est que ce malheureux gémissait à la vue du dommageqoecet orageapportait aux autres et à lui-ntême. Un enCanl est fatUe et cbéttf,

sa crue ne s*opère pas c*est qu'un sorcier Ta noué; et

la vérité est que ce malheureux enfant ne doit le pitoyaUe état où il est qu'à Tincurie et peutr-être aux vices de ses parents ; il a sucé un lait impur : voilà pourquoi ii est languissant et rachilique. Quelques animaux viennent è pérhr, ou bien ils maigrissent considérablement, leur lait est de mauvaise qualité , etc»; c'est parce qu'on leur a lancé un sort : on a vu passer un mendiant devant l'étable, ii tenait à la main une baguette, il prononçait quelques paroles... ; et la vérité est que ce mendiant imitait quelques prières à l'intention des personnes qui venaient de lui foire l'aumône, et que la mortalité des bestiaux qu'on lui attrilKie vient de ce que ces bestiaux ont trouvé par hasard quelques herbes qui produisent naturellement cet effet. Unejeune fille mange de la terre et du charbon ; c'est on sort qu'on lui a jeté, s'écrient les parents ; et dans la réalité ce n'est qu'un caprice qui tient souvent de b folie. Un paysan sale et dégoûtant est dévoré par la vermine;... c'est un sorcier qui lui a envoyé cette légion d'insectes incommodes : et la vérité est qu'il ne doit s'en prendre qu'à loi-mèmeetàsoa défaut de propreté. Tout ce qu'on met sur le compte des prétendus sorciers s'explique donc naturellement. Mais on veut voir partout du merveilleux , et H est peu d'opinions plus profondément enracinées, dans l'esprit des gens de la campagne, que celle de l'existence des sorciers et des magiciens. Il est peu de paroisse qui n'ait le sien : tantôt c'est l'affranchis-

— . lia —

setnr (4), tantôt qaelqœ misérable vieillard. Ou les craint, on les^redoule ; el , poor être à Pabri de leurs maléfices, on leur donne mille marques de respect et de confiance ; ils sont de toutes les fêtes. Toutes ces absurdités ne sont-elles pas dignes de pitié? — La croyance aux sorciers, dans le sens que nous venons de l'expliquer, n'est pas seulement une duperie, elle porte encore à la vengeance el au crime. Combien d'infortunés, soupçonnés de maléfice ou de sorti«lége, ontété victimes de cet injuste préjugé I Nebrûla-t-on pas, il y a quelques années, les pieds et les mains à un pauvre vieillard, pour le forcer de lever je ne sais quel sort qu'on l'accusait d'avoir jeté ? S'il eût été aussi puissant qu'on le disait, remarque judicieusement un auteur, s'il eût été réellement sorcier, que lui ^n coûtait-il pour casser les bras ou donner la goutte à ses ennemis? Mais il n'était que la victime d'une atroce calomnie.

Consulter les magiciens ou sorciers , ou plutôt ceux que l'on croit tels, c'est pécher par superstition, parce que, comme nous l'avons dît en partant des devins, les moyens qu'ils emploient ou qu'ils conseillent, noyant aucune proportion avec l'effet qu'on en attend, cet effet ne pourrait être produit que par l'intervention du dém^n ; et dès lors il y aurait pacte, au moins implicite, avec cet esprit de ténèbres. Mais c*esl pécher surtout contre la raison et le boa sens ; et la définition que nous avons donnée des devins convient également aux sorciers, et à ceux qui les consultent ou qui les craignent.

D. Quels moyens faut-il employer pour faire cesser un maléfice ? — R. Il faut avoir recours aux remèdes spiriluels approuvés par PEglise.

Explication. — Nous croyons que les maléfices scmt bien rares ; on se fait presque toujours illusion sur ce point ea attribuant à une intervention diabolique ce qui n'est que l'effet ou d'une imagination exaltée, ou (le quelque accident

(1) Médecin vétérinaire de campagne.

— ISI — nature], ou de la scélératesse d'un méchant, d'un empoisonneur. — Si on a tout lieu de croire qu'il y ait réellemeDl maléfice, il faut, pour le faire cesser, recourir à la pénitence, à la prière, aux jeûnes, aux exorcismes et autres remèdes approuvés par TEgiise; comme sont le sacrifice de la messe, les sacrements, Tinvocation des saints noms de Jésus et de Marie, le signe de la croix, Tintercession des saints. Au reste, il ne serait jamais permis, pour faire lever un maléfice, de recourir au maléficier lui-même , si ceJui-ci devait encore employer pour cela le secours du démon, et lever un charme ou maléfice par un autre charme ou maléfice ; ce serait vouloir guérir le mal par le mal, par un acte essentiellement conlraire à la vertu de religion. Maison pourrait recourir à lui, si on était sûr qu'il n'emploiera que des moyens naturels et licites (4). Tels sont les principes des théologiens sur cette matière ; principes qu'on a bien rarement occasion d'appliquer, parce que, nous le répétons, les vrais maléfices sont extrêmement rares, et qu'il n*y a peutêtre pas dans toute la France, dans toute l'Europe, un seul homme qui soit véritablement sorcier. Mais, en revanche,. il y a des milliers de charlalans et d'imposteurs qu'on a la simplicité d*écou(er comme des oracles. Qui n'a pas entendu parler, par exemple, de Pierre- JftcAel rài^ro^, condamné par le Saint-Siège pour sa doctrine et ses écrits, et par la cour d'appel de Caen pour escroquerie ? Celte double corodamnation a-t-elle diminué le nombre de ses adeptes ? N'est-ce pas là le cas de s'écrier avec l'Apôtre : « 0 insensés I qui vous a « ensorcelés, pour vous rendre ainsi rebelles à la vérité (2J ? o

D. Toute superstition est^elle un péchés — R. Toute superstitioD,eD géDéral, est un péché.

Explication. — La superstition est un péché mortel, toutes les fois qu'elle est accompagnée de l'invocation expresse

(1) Mgr Gousset, tom. i, pag. 177. — S. Liguori, 1. m, e» î5.

(2) 0 insensaii Galatae , quis vos fascinavit non obedire veritati ? Gai., m, 1.

du démon, parce qu'elle devient alors une espèce didoifttrie, et par conséquent un crime inexcusable. Si Tin vocation du démon n*est que tacite, implicite, le péché peut n'être que véniel, à raison de la simplicité et de Tignorance de ceux qui y ont recours. L'ignorance excuse même de toul péché celui qui, faute d'avoir été instruit, ne regarde pas telle pratique comme superstitieuse, quoiqu'elle soit, dans la réalité, vaine et illicite. Enfin, il y a telle espèce desupers» tition qu'on ne saurait taxer d'aucun péché, parce que c'est moins une superstition proprement dite, qu'une crainte involontaire, qui est une faiblesse ou une espèce de maladie d'esprit. Ceci regarde surtout certaines femmes extrêmement nerveuses : il en est que la vue d'une araignée, d'une souris, glace d'effroi ; ces êtres ont, à leurs yeux, quelque chose de sinistre! Elles sont à plaindre et voilà tout. Plusieurs grands hommes ont partagé cette faiblesse : Ticho- Brahé, par exemple, ce fameux astronome, changeait de couleur, et sentait ses jambes défaillir, à la vue d'un lièvre oud'un renard. Leducd'Epernons'évanouissaitàla vue d'un levraut. — De même nous n'oserions pas regarder comme bien coupable celui qui, sans croire que le nombre treize soit un signe de malheur, ne voudrait pas cependant rester à table parce qu'il s'y trouve treize convives , et cela par suite d'une certaine crainte qu'il ne peut pas surmonter (l).

TRAIT HISTORIQUE

HISTOIRE d'un devin.

It y avait h Provins, en 1804, un devin fameux nommé Lemoioe ; sa femme, spirituelle et bavarde, le secondait admirablement. Ils promeUaieot, moyennant ûnance et quelque cérémonie, de faire trouver des trésors. On commençait par demander vingt francs èi i'adepte, puis on lui remetUiit un livre mystérieux qui devait être

(1) Tambarinus tamen excusât Ulom a peccato gravi, qui non credens oamero, sed ex vano timoré aliunde incusso quem non vult superare, ^»9m a coavivio. Voit., tom. i, pag. U5.

sîgDt par VesprU. Un esprit ne se moolre pas sans quelques cendUtioDs; la première était de paraître pur à ses 3'eux, de jeûoer, de faire dire des messes du Saint-Esprit ; la seconde était de se procurer une jeune chèvre, de l'immoler avec un couteau d'acier, d'eo couper la peau par lanières, d'en entourer un champ, de brûler les restes de la victime, et d'en jeter les cendres au vent, du côté de rorieot ; la troisième était de composer une bagueUe magic^ue avec deux brandies d'un arl>re choisi à dessein pendant la nuit, à la lumière de plusieurs ciergçs faits de la main d'une vierge de Provins. Après ces préfMtrajUfs, on pouvait, en toute sûreté, se présenter à l'esprit ; il devait paraître, sigoer le ^irret, et lui communiquer la vertu d'enseigner les trésors. — Un brave homme, nommé Suseau, pauvre d'esprit et d'argent, se laissa prendre aux promesses de Lemoine et de sa femme ; il donna HZ francs pour se procurer la chèvre, le couteau d'acier, les messes, les cierges et la baguette magique, jeûna pendant huit jours, et se présentâmestomac vide et la tête pleine des plus belles espérances. On prend jour ; Suseau ne manque pas au rendez- vous et attend inutilement ^Q devin; il ne parah pas. Il va le chercher chez lui ; le malin était à la campagne. Alors il corafrit qu'on s'était moqué de lui, et que Lemoine n'était qu'un fourbe et un escroc. Il rendit plainte : la police correctionnelle entendit les parties. La dame Lemoine se défendit courageusement, mais son éloquence ne l'empêcha point d'être condamnée à deux ans de détention ; son mari fut condamné à la même peine, avec restitution des 113 francs. — L'histoire de Lemoine et de Suseau est celle de tous les devins et de tous ceux qui y ont recours; oui, je le répète, un devin est un fripon^ et celui qui le consulte est un sot.

ARTICLB TROISiÈliE.

no SACRILÈGE.

»B. Quels fom cens qtd pèchent pm' suarUège?'^ R. Ce eonl eeux qui profjment les choses saintes, t^les que les iicfeiiiefit&, les objets bénits ou les personnes consacrées à Dieu.

Explication. — On entend, par sacrilège;, la profanatioD â^uoe chose sainte. Profaoer tioe eboao sainle, «'est la (raîlar

avea îrrévéfenoe , c'«si4-dire sans respeci ; remployer à deg usages étraBgers à la religion. Il y a deux sortes de sainteté : la samteté faitérieure , qui consiste dans la grâce sanctifiante , dans l'exemption de tout péché mortel ; et la sainteté extérieure, qui consiste dans la destinalion d*une chose au culte de Dieu. C'est par la consécration de Tévèque ou par la bénédiction des prêtres qu'une chose est destinée an culte de Dieu, et dès lors elle cesse d'être du nombre des dioses profanes et ordinaires.

On pèche par sacril^e : I* en profanant les sacrements, en les recevant indignement; par exemple, en communiant avec quelque péché mortel sur la conscience. 2* En profanant les livres saints, en employant les paroles de l'Ecriture à des applications profanes, grotesques, ridicules, indécentes 3* En profanant les objets bénits, comme sont

les vases sacrés, les saintes huiles, l'eau bénite, le pain bénit«.. i"* En profanant les reliques, les saintes images; par exemple, en les foulant aux pieds , eu les jetant dans des lieux immondes. 5* En profanant les lieux saints, comme sont les églises, les cimetières ; en y manquant de respect, en y commettant <fO€4qtie action criminelle, en y tenant des discours impies, etc. 6* En manquant de respect aux personnes consacrées à Dieu, en les frappant, en les injuriant. V Une personne consacrée à EMeu par le vœu de chasteté commettrait un sacrilège, si elle se rendait coupable d'un péché contre le sixième précepte ; il en serait de même de son complice, quand bien même ce complice n'aurait pas fait le même vœu.

IBÀITS HISTORIQUS&

Le temps marqué par les prophètes Isaîe et Jérémie pour la mine de Babjrlone et pour la délivrance des Juifs était arrivé. Déjà Cyras^ leur libécateor, n'aTangait avec une armée formidable de Pfirseset dellèdes réuoia. Baitfaasar, petii-BJs de Nabuchodono* sor, occupait alors le trêoe des Babyloniens et ne prenait aucune

mesure pour souleoir Peffort de reoDemî redoutable qui fenait Tattaquer et qui était déjà aux portes de Babylone. Ce prince insensé croyait sa ville imprenable et ne songeait qu'à se divertir. Il fil un grand festin auquel il invita tous les grands de sa cour. L'en y but avec excès, et le roi, échauffé par le vin, ordonna d'apporter les vases d'or et d'argent que Nabuchodonosor avait enlevés du temple de Jérusalem, et il les profana en y buvant lui et ses femmes. Au même instant, ils aperçurent une main inconnue qui traçait sur la muraille ces trois mots.* Mané^ Thccel, PharesAl en fat effrayé et ût appeler ses devins et ses astrologues pour les lui expliquer ; aucun d'entre eux n'y put rien comprendre. Oo appela ensuite Daniel qui reprocha vivement au roi la profanation des vases sacrés dont il venait de se rendre coupable; il lui déclara que rinscription signifiait : mané, nombre ; que les jours de sa vie el de son règne étaient comptés, el qu'il n'avait plus que quelques moments h vivre. Thecel, poids; qu'il avait été pesé dans la balance de la justice et trouvé trop léger. Pharez, division ; que sod royaume allait être divisé et donné aux Mèdes el aux Perses. Effectivement, les troupes de Gyrus entrèrent dans la ville pendant cette nuit même, et pénétrèrent jusqu'au palais où Baltbazar fut massacré (1).

lifiÇOK IX.

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