DU CULTE DBS SAINTS
= D. Peut-on adorer les saints qui sont dans le cieH — R. Non, 00 ne peut adorer les saints; ce serait une idolâtrie, puisque les saiuls ne sont que des créatures.
Explication. — Selon plusieurs auteurs, le root saMy en latin sanctus, vient de sanguine unctm, purifié parle sang. (2). Chez les païens, on ne regardait comme saint que ce qui avait été aspergé avec le sang^des victimes ; et, sous
(1)Dan. v.
(2) ;uin( Ibid.
(1)Dan. v.
(2) Bocca, tom i, pag. 107. — Sanctum ab ethnicis nonnisi a sanguine bostiœ nuDcupatum narrât Isidorus in sno etyroologiarum libro. ihid
là loi mosaïque, on saoctifiaU les personnes et les cfaoses eo les aspergeant avec ie sang des taureaux et des boucs of*^ fertsen sacrifice. « Selon la loi, dit saint Paul, presque tout c se purifie avec le sang , et les péchés ne sont point remis c sans effusion du sang (I ). »
D après cette étymologie, on appelle saints les bienheureux qui régnent dans le ciel , parce qu'ils ont été purifiés de tous leurs péchés dans le sang de Tagneau sans tache » Noire Seigneur Jésus-Christ, «qui nous a aimés et nous a f lavés dans son sang (2). »
Ce que les Latins appellent saint, sanctum, lesGrecs l'ap» pellent ^ytoç, c'est-à-dire sans terre,- qtmsi sine terra ; ce nom convient admirablement aux bienheureux dont nous parlons , puisqu'ils ne tiennent plus en rien à la terre» m par leurs actions ni par leurs désirs (3).
L'adoratiou proprement dite , comme nous l'avons d^à expliqué, est un acte d'abaissement, d'anéantissement de la créature en présence du Créateur, pour reconnaître sa grandeur, son excellence et l'empire absolu qu'il exerce sur tout ce qui existe. Il est évident , dés lors , qu'on ne peut adorer les saints. Les adorer , ce serait reconnaître en eux ce qui n'appartient qu'à Dieu ; ce serait leur rendre le cuite su* prème qu'on appelle culte de latrie; ce serait, par conséquent, faire un acte d'idolâtrie : car les saints, et l'auguste Marie elle-même , la reine de tous les saints , ne sont que des créatures ; or, l'idolâtrie consiste précisément à rendre à la créature le culte souverain qui n'est dû qu'au Créateur.
*D. Peut-on les honorer et les invoquer ? — R. Oui, on peut et on doit les tionorer comme les amis de Dieu, el il est utile de les invoquer comme nos protecteurs auprès de lui.
(l) Hfibr. 11, M.
(3) Qui dilexit nos et lavit nos a peccatis nostris in sanguine suo. Apoc., 1. 5.
(3) Quod latini appellant sanctum , grœci â^ioq dicunt, quasi sine terra; propterea Beati in cœlo vere nuncupantur sancti, quia tant operis quam desiderii terreni oranino sunt expertes. Rocca, tom. i, pag. 107.
Bx^LiCÂ'noN. *-* 4^ Nous devons iMmorer lassaiirts: cet H&e ooDséqueoee Déeessaîre de la oonmonioa dessiniits dool. il est parlé dans \a symbole des apdlres. Eo efl^ , s*9 est vrai ^e rfiglîse triomphante et l*EgIîse miHtante ne ferment point deux Ëglises différentes, mais unesealeelmème EgKse, une seoie et méi&e soctéié, n*esMI pas dans Tordre de rendre un honneur parlicuiier à ceux qui en sont les pHndpauK ornements ? Dans toute société , n'iionore-t-oo pas dune manière spéciale ceax qui se font remarquer par leurs dignités et leurs vertus? N'est-oe pas une règle puisée dans le seus commun de tous les hommes, que les membres d'un même corps se doivent une coosidération mutuelle pkis ou moins grande, à proportion du rang qu'Us occupent el des dignités dont ils sont revêtus ?
Les saints sont les amis de Dieu, qui, pour les réoompeaaer de leur fidélité à sa loi, les a élev^ au faite de la gloire. Us sont assis sur des trônes, et leur front est oi^né d'un brillant diadème ; nous devons donc les respecter, les venger. Aussi TEglise, qui est la colonne d le fondement de la vérité, a rendu, dès les f^nps apostoliques, et nous appi>endà rendre aux saints un cuKe religieux : dlle a institué dtes fêles en leur honneur; elle célèbre leurs vertus dans des iiymnes; elle bâlii des temples, consacre des autels sous leurs noms. Ne serail-oe pas uneiœpitié que d*oser s'élever, comme le font les protestants, contre oetle conduite de Tépouse de Jésus-Obrist ?
Le culte que nous rendons aux saints et qui s appelle Dulie (4), loin de porter préjudice à celui que nous rendons à Dieu, en est au contraire une espèce de perfection et d'accroissement. C'est Dieu lui-même que nou^ honorons dans les saints : parce que nous reconnaissons que c*est Dieu qui les a faits ce qu'ils sont ; que leur sainteté est une émanation, un écoulement , un rejaillissement de la sainteté de Dieu ; que les vertus qu'ils ont pratiquées ont été son cuti) D« mot grec èwÀsicc^ V^ signifia servéee.
nag^^qgi'eia'OowMmnani leurs mèriàe$, il a amtowai ses propres dons^
2*11 eft tttUe dSovoqiier les saints et de recourir à euXf afin d*«bteDtr .de Dieu, par leur lalercessicui, les grâces qui nous. sud oéoessaires. « Lessaîols, qui régnent avec Jésus-Christ, c Affinent leurs prières à Dieu pour les hommes ; il est boa et « utile de les invoquer en suppliants, et de recourir à leurs t prières* à leiK assistance, à leur secours^ pour obtenir des tbîcBfaits de Dieu, par son fils Jésus-^hrisl , notre Seitgoeur, qm, hù seul, est notre Rédempteur et notre Sau- < veur (4) ; ainsi s'exprime le concile de Trente. Et n'est-ce pas Dieu lai-nxême qui nous a enseigné à réclamer ainsi le saoours des prières de ses amis? Ne lit-on pas dans Tbistoira da saint bommeiob : « Le Seigneur dit à Elipbaz de « Théman : Hon indignation est grande contre vous et conf tre vos deux amis, parce^iue vous n avez point parlé de« c vanl ^oi selon Ja droiture de la vérité, «omme a fait mon c serviteur Job. Prenez donc maintenant sept taureaux et t sc|>t Iràliers ; allez à mon serviteur Job, par les mains du- « qùà vous me les offrirez en bolocauste. Job , mon servitteur, priera peur vous; car c'est lui que j'écouterai « favorablement, pour ne point vous punir de votre impru- « deoce [2]. » Alors, néanmoins , Job était encore sur la terre, et leis saints , que nous invoquons , sont maintenant et pour toujours dans le ciel I
il est (Utile d'invoquer les saints et de recourir à leurs prières, à leur assistance , pour obtenir les bienfaits de Dieu : c'est ce qui a été pratiqué dans TEglise, dès les pre* miecs siècles. «Glorieux martyrs, s'écriail saint Ephrem, « secsurez-moi de vosprîères, afin que je trouve miséricorde « au jour du jugement. Touchés de ma misère, assistez-moi ■ devant le trône delà majesté divine, afin que, par vos < prières, j'obtienne d'être sattvé et de partager avec vous
(1) CoDcil. Trid., sess. xxv.
(2) Job, XLii, 7, 8.
« la béatitude éternelle (<). » — « Je me prosteroerai à gea noux, s'écriait Origéne, et n'osant, à cause de mes cri* « mes, porter ma prière à Dieu, j'invoquerai tous les saints a à mon aide. 0 saints du ciel ! je vous implore avec une « douleur pleine de gémissements et de larmes ; tombez aux « pieds du Dieu des miséricordes pour moi , misérable à pécheur (2). » — « Quelqu'un est-i! affligé, qu'il invoque a les saints martyrs, afin qu'il soit soulagé ; i» ainsi s'exprimait saint Basile (3). a Même celui qui est revêtu de la pour- « pre vient au tombeau des saints, pour les prier d'intercéder a pour lui auprès du Seigneur ; » ce sont les paroles de saint Jean Chrysoslôme (4). — t Nous avons besoin de grâces, « soyei notre intercesseur, illustre martyr, et priez le Sei- <r gneur pour notre patrie ; » ce sont les paroles de saint Grégoire de Nysse, dans le panégyrique du saint martyr Théodose. Enfin, voici ce que nous lisons dans un des ouvrages de saint Augustin : a Nous ne prions pas pour les « saints martyrs , mais nous nous recommandons à leurs (( prières (5) » — De tout cela il faut conclure que Tinvocatîon des saints est bonne et salutaire, puisque tous les hommes éminents en doctrine et en sainteté l'ont enseignée et pratiquée. L'Eglise prolestante qui, après avoir aboli la prière des vivants pour les morts, a également aboli le pieuï respect dû aux restes de ceux qui ont saintement vécu, ne saurait être vraie. Elle contredit trop ouvertement la croyance et les pratiques de tous les âges et de tous les peuples. « Qu'on parcoure, dit un célèbre voyageur (6), les contrées les plus barbares, le pied heurtera toujours contre quelque pierre funèbre, dernier hommage de Thommeà l'homme juste. En chaque lieu on vous répétera que l'âme
(1) s. Ephrem; Serm. de martyrio.
<2) Origène; sur les Lamentations.
(3) S. Basile; Sermon sur les quarante martyrs.
(4) Hom. 66.
(5] Tract. 84 in Joan.
(6) E. Bore.
glorifiée dans les cieux voit et peat soulager les angoisses de la terre. L'idoifttrie n'est que labus de cette croyance, rectifiée par la religion chrétienne et conservée par toutes les sectes qui, hormis une seule » n'ont encore osé protester contre elle. »
Il y a toutefois une grande différence entre les prières que nous adressons à Dieu et celles que nous adressons aux saints. Nous demandons à Dieu qu'il nous soit propice, qu'il nous délivre, qu'il nous sauve i nous demandons aux saints qu'ils prient pour nous, qu'ils intercèdent pour nous. Nous soas adressons à Dieu comme à l'auteur même de la grâce, pour que lui-même il noi^s donne ce que réclament nos besoins ; nous nous adressons aux saints comme à des amis heureux et couronnés , pour qu'ils nous obtiennent . par leur crédit auprès de Dieu , ce que Dieu seul peut donner.
L'invocation des saints, loin de déplaire à Dieu, lui est au contraire très agréable. Ce qui le prouve , mes enfants , ce sont les grâces extraordinaires et les guérisons miraculeuses qu'il a mille et mille fois accordées par leur intercession. D'ailleurs, rien ne platt tant à Dieu que l'humilité; or, nous pratiquons cette vertu en recourant aux prières des saints. Frappés de la considération de notre néant, nous craignons qu'à cause de notre indignité. Dieu n'exauce pas nos prières ; c'est pour cela que nous prions les saints , que oous savons être les amis de Dieu, de lui demander pour nous et avec nous les secours dont nous avons besoin. C'est ainsi que , lorsque nous voulons obtenir quelque bienfait d'un grand du monde, d'un prince delà terre, nous nous adressons à ceux qu'il aime et qu'il protège, afin que notre demande, présentée par une voix amie, soit plus favorablement écoutée.
= D. Devons-nous honorer ta sainte Vierge d'un culte particulier et (Cune confiance plus grande que celle dont nous honorons les «oinfs? — R. Oui, parce que, en sa quaiilô de mère de Dieu, elle esl incomparablement supérieure aux anges et aux saints, et qu'elle a plus de pouvoir auprès de lui.
— «34 — ExFLicàxuxv. — 4 * Marie est plus sattUe que tans les angei et tous les samts evisead>Ie ; elle tienl dans ie ciel lepreoiier rang après Jésus-^brbt» son di vio fils ; DîeiLseal est an^dessus d'elle ; tout oe qui n'est pas Dieu esl à moa pieds. Nous devons donc l'honorer d'une manière toute particulière et lui rendre des hoçimages M des respects plus prafoods qu'aux saints. Mais, oous l'dvons déjà dit, ce serait 4m «rime de lui rendre le culte de latrie, qui B*est dû qu'il Dieu. Noos adorons, il est vrai, rbumanité sainte de Ûsus-Chrisl^ à cause de son union personaelle avec le Verbecoosubstantielau Père. Mais la materniié divine de Marie fi*étal>iit pas, entre Dieu et Marie, une unité d'ua ordre identique à J'iocarnattOQ , une union hyposlatique avec une personne divine , comme elle existe, par l'efTet de l'iocamation, entre le Vejrbe éternel et l'adi^able ivumanité qu'il a iinîe à sa personne divine ; aussi nous ne rendons à Marie qu'un ciille secondaif e, inférieur à celui que nous rendons è son Fils. Cependant , comme elle est revêtue d'uoe dignité éminemment supérieure à celle des anges el des saints, nous rfaonorons d'un culte à part, d'un culte qui n'est dû qu'à elle et que nous nommons hyperdulk (4] , pour Je distinguer de celui dont nous honorons les saints. 2"* Quel que soit le crédit dont les saints jouissent dans le cie4 auprès de Dieu , U n'est rien en comparaison de celui de Marie ; ceite vierge sainte peut tout sur le cœur de son Fils, qui ne désire rien lani que de donner à sa Mère bien-aimée des marques de déférence. Le pouvoir de Marie est Immense; il est, en quelque sorte, infini comme le pouvoir de Dieu même ; elle a à sa disposi* tion tous les trésors de la grâce et de la gloire et elle peut y puiser à son gré en faveur des mortels qui sont ses enfants. Nous devons donc tout espérer de la puissante intercession de Marie, et l'honorer d'une confiance plus grande que celle dont nous honorons les saints (2).
(1) Hyperdalie, culte supérieur; du gpec {nrlp, mi^desstts, et $ouXe(« cHlie^ service.
(2) Voir sur le culte des saints un ouvrage ayant {loor titre : Mcciesiœ
— us —
niAlTS HISTORIQUES a^NTiQurrÉ du culte des sâihts.
Entre tes égtises d^ienl, rAnBénîe se moatra plus portée, dès le Ki<>ci|^^ à le, éévi^tàoQ eat ers les niaU, qui esl comme te culte de la recoDDaîssaDce dans le culte même. £■ effet, la Biémoire des saiots a pour objet spécial de les remercier de leurs bons exemples ou des ^câeet^btefiaes par teurs jeiérit£s. La véaération ^iês reliques excita constamment chez les Arméniens une ferveur amoureuse. Leur pays esl couvertii'aiiliqueséjgiises, revendiquant l'honneur de posséder les précieux restes des saints qui les évangélisèrept ou les afTermireat àms la foi. L'opôtfe Tiradt^e, le patriarche saint Grégoire, les vierges Gaïane et Rhypsimée consacrèrent, par leurs châsses miraculeuses, les premiers sanctuaires (1).