‹ Explication Historique, Dogmatique, Morale, Liturgique et Canonique du Catechisme avec la reponse aux principales objections tirées des sciences contre la religionChapitre 5 sur 114 · DE LA FOI · texte numérisé non relu

DE LA FOI

D. Qu^est-cê que ta foi? — R. La foi est une vertu somatnrette par laquelle noos croyons fermement en Dieu et tmit te qu^ a révélé (2).

Explication. — La foi est une vertu t c'est-à-dire une bonne habitude de notre âme , une disposiUoD , une facilité à faire des actes agréables à Dieu. — La foi est une vertu surnaturelle : cette vertu ne s acquiert point, elle surpasse les forces de la nature , cl nous ne pouvons l'avoir que par un effet de te bonté et de la libéralité du Seigneur. <c C'est « par la grâce et non par nous-mêmes , dit saint Paul . que a la foi nous sauve, parce qu'elle est un don de Dieu (3). » Mais, sll est au-dessus des forces de Thomme de se donner la foi , il dépend de lui de Tobleair ; Dieu laccorde à qui il veut , il est niattre de ses dons ; mais il ne la refuse jaoïais à oetti^ qui la désirent et la sollicitât par d'buœbJes et fer*

(1) Veyei YUniverM du t cvHl 164$.

(2) Cette définition est deBossuet ; comme eUe n*e8t pas tout à fait con* forme aux règples de la grammaire; nous avions cru devoir la modifier dans les précédentes éditions. Par ordre,nous la rétablissons dans celle-ci, mais sans en prendre la responsabilité sous le rapport grammatical.

(8) Gratta enim salvatî estis per fîdem, Dei enim donum est. Eph., 11, 9;

ventes prières, « Demandez , a-Uil^ et vous recevrez; ob«r- « chez» et vous trouverez (4). » — La foi est une vert« somalurelle par laquelle nous croyons. Ici le mot croire o'esl pas la même chose que penser, être d'une opîoion , former un jugement ; mais il faut entendre par ce terme un assentiment entier, un parfait acquiescement de lesprit aox véritésque Dieu a révélées, quelque incompréhensibles qo'elles soient. Ainsi , quand on dit : Je crois, c est comme â OD disait : Je suis tellement persuadé de cette chose que je la tiens pour très assurée , et que je n'en doute en aucune manière. — Nous croyons fermement , c'est-à-dire , sans la mcHndre incertitude, sans la moindre hésitation. — • Par la foi nous croyons en Dteu , c'est-à-dire, nous sommes bien persuadés et intimement convaincus qu'il existe un Dieu qui, par sa vertu toute puissante , a créé de rien le ciel et b terre ; et non seulement nou» le croyons de cœur et nous le confessons de bouche, mais encore nous tendons à lui de toute l'affection et de t<nite la force de notre âme. — Par la foi noQs croyons ce gus Dieu a révélé, c'est-à-dire, ce qu'il lui a plu de faire connaître et d'enseigner aux hommes , en leur parlant soit parle ministère des auges, soit par l'organe des prophètes, soit enfin par son Fils, dont les paroles nous ont été transmises par les apôtres qui les avaient entendues de sa bouche , et qui ont été envoyés par ce Fils adorable pour répandre sa doctrine dans tout l'univers (2). — Nous croyons tout ce que Dieu a révélé : toutes les vérités que Dieu a fait connaître aux hommes sont l'objet de la toi ; la foi n'en rejette aucune, elle les reçoiC toutes, et celui c[Qi douterait votontairement d'un seul article , d'un seul point de foi, ne pourrait pas dire qu'il a la foi.

B» Pmarqmi €rê^e>vomê lopa ce q/ne Dieu a révélé f — R. le ooif lout ce que Dieu a sévélé , parce que c^est lui qui Ta dit , et pli De peut se tromper ui tromper personne.

(i> Petite 4à étàÀUa tobif^ <puBriie et inveaietis^ Matth., vu^ 7« (i) Ite, docete omnes gentes. Matth., xxvui,, tt.

Explication. • Nous croyons , mes enfants , à Texisfence d'une inanité de choses , parce que des personnes éclairées et véridiques nous ont assuré qu*eiies existaient ; c*est là la foi naturelle ou humaine. La foi chrétienne ne s*appuie pas, comme la foi naturelle, sur le témoignage des hommes, mais sur lautorilé même de Dieu Nous croyons tout ce que Dieu a révélé, parce qu'il l'a dit; la parole de Dieu, voilà la raison qui nous détermine à croire, voilà le motif, le fonde-^ ment de notre foi. Et n'est-il pas souverainement juste que nous croyions fermement tout ce qu'il a plu au Seigneur de nous apprendre? Dieu n'est-il pas essentiellement vrai? A qui croirons nous , si nous ne croyons pas à Dieu? Peut-il se tromper, peut-il être trompeur? S'il pouvait se tromper, sa science ne serait pas infinie ; s'il pouvait être trompeur, sa véracité serait en défaut; il ne serait pas infiniment par» fait , il ne serait pas Dieu. Non , mes enfants , Dieu ne peut se tromper ni tromper personne : a Ses paroles sont toutes « pures, dit le psalmisie, semblables à un argent qui a « passé par le feu , et qui a été sept fois raffiné dans le « creuset (4). »

D. Quel est V hommage que nous rendons à Dieu par la foi ? — K. Par la foi , nous recoooaissoas que Dieu est la souveraine vérité, et Dous soumettons notre faible raison à la sienne.

Explication. — Par la foi , mes enfants , nous reconnaissons que Dieu est également incapable de se tromper et de nous tromper ; qu'il est la souveraine vérité , la vérité par essence. Nous reconnaissons en même temps que Dieu étant infini en tout , il connaît et comprend une infinité de choses qui surpassent notre intelligence , et nous lui faisons le sacrifice de notre raison . de cette raison si faible, si bornée, en la soumettant à sa raison souveraine, et en donnant une adhésion pleine et entière , sans aucune espèce de doute et d'incerlitude, à toutes les vérités qu'il a révélées, quoiqu'il

(1) Eloquia Domini, eloquia casta; ai^ntnm igné examinatuiD) p«rgatum scptuplum. Psal., xi, 7.

y en ait un grand nombre que nous ne comprenons pas. Voilà comment nous honorons Dieu par la foi ; voilà Thommage que nous lui rendons en croyant, sur sa parole , tout ce qu*il a dit.

D. Comment connaissez-votts ce que Dieu a révélé? — R. Nous coDoaîssoiJis ce que Dieu a révélé par renseigoemenl de l'Eglise.

Explication. — C'est TEglise que Dieu a rendue dépositaire des vérités que nous devons croire ; c'est elle qu'il faut écouter ; c'est par les lum^es de l'Eglise » qui est , comme dit saint Paul , là colonne et la base de la vérité , qu'il faut distinguer les vérités révélées de celles qui ne le sont pas. J^us-Cbrist ayant promis i sou Eglise d'être toujours av0c elle quand elle enseignerait , et de l'assister sans cesse par l'esprit de vérité , nous ne devons pas craindre qu'elle se trompe dans ses décisions en matière de doctrine. Y supposer l'ombre d'erreur , ce serait accuser JésusChrisl d'avoir manqué à ses promesses ; ce serait s'en prendre moins k l'Eglise qu'à Jésus- Christ même qui eD est le chef, lo pontife, le conducteur ; ce serait mépriser et Jésus-Christ et le Père qui l'a envoyé , selon cette parole du Sauveur à ses apêtres : « Celui qui vous méprise me « méprise , et celui qui me méprise , méprise celui qui m'a c envoyé (4). »

D. Comment pècke-t-on contre (a foi f — R. On pèche contre la foi , torsqu'oD ne croit pas tout ce que Dieu a révélé , ou qu'on renie extérieurement les vérités de la foi , ou qu'on en doute volonlaircmenl.

Explication. — On pèohe contre la foi, 4<> lorsqu'on ne croit pas tout ce que Dieu a révélé. Rejeter une seule vérité révélée de Dieu et proposée par l'Eglise , c'est manquer de foi. La foi, disent les théologiens , est une et indivisible, et de même que la grâce sanctifiante se perd par un seul pé-

(I) Qui vo« spernit, me spemit, et qui me ipemit, ipemit eum qui misit mo. Luc, x, 16.

cbé mortel , de mèiae la foi se perd par te refus de soumis* sioQ à uoeaeule vérUé, quand bien mèmeoD croûraît toutes les autres. En voici la raison : celui qui rejette voUntaire*ment une seule vérité qu'il sait être décidée et proposée par TEglise, ne c^oït plus les autres .par le motif qui est essentiel à la foi ; il ne les croit plus , parce que Dieu qui est la vérité même a parlé , et que sa parole proposée et interprétée par TBglise ne peut jamais induire en erreur. Il perd donc entièrement la foi , par là même qu*U rejette volontairement et seîerament une seule vérité de foi. A plus forte raison , celui-là pèche contre la foi , qai ne croit pas que Dieu existe , comme Tatbée , ou qui se fiait de Dieu une idée qui révolte , comme le rationaliste, le pan* tbéiste.

On pèche contre la foi , 2" brsqu'cn renie extérieurement les vérités de la fin. Ce n'est pas assez de croire les vérités saintes , il faut encore ]es confesser de bouche, c'est-à-dire leur rendre extérieurement témoignage : et quiconque désa^» Toue devant les hommes ce qa*il croit au fond du cœur , commet un très grand péché et doit s'attendre au châtiment le plus terrible. C'est un oracle sorti de hi bouche de Jésus- Christ, que, devant son père qui est dans les cieux, îl reconnattra ceux qui Katn'ont reconnu et se seront hautement déclarés pour lui , mais qu'il reniera ceux qui t'auront renié (t). Jésus-Christ veut que nous ne rougissions jamais d'être ses disciples. Celui qui , par respect humain , trahit sa foi , rougit des maximes de l'Évangile et des pratiques de la piété chrétienne , garde le silence lorsque devant lui on attaque les vérités saintes et que son silence peut être regardé comme une approbation , cetui-là abjure sa religîoa, s'exclut du royaume des ciaux et se pîoDgi dans la

(1} Omnis ergo qui confitebitur me coram hominîbus , confitebor et ego eum coram pâtre meo qui in cœlis est ; qui aatem negaverit me coraiB iMminilNii, jMgalra et eg» tuMi corim Pilve nwa ^ iB ecBU^ Mattb.y X, 82.

daiDDatioD. Quelle sera grande, aa contraire, fa récompense de celui qui aura confessé généreusement Jésus^brist devant les hommes f il nagera à jamais dans un fleuve de paix et de délices. . . -*- Pendant la Terreur, soixante paysannes d*Auvergne, convaincues d*avoir été t fa mesise, furent envoyées à Paris dans des charrettes, et enfermées au Plessts, qui s'appelait Tantichambre de la mort. Elles chantaient foute la journée : on s*é(onna de leur gaieté , elles répondirent : « Nous savons bien que nous mourrons ; mais ne sommes-nous pas trop heureuses de mourir pour notre foi (01»

On pèche contre la foi , 3« lorsquon doute volontairement des vérités quelle enseigne. Douter volontairement d'une vérité révélée de Dieu et proposée par l'Eglise , n est-ce pas outrager Dieu et l'insulter? n'est-ce pas lui dire en quelque sorte : 11 est posible , Seigneur, que vous vous soyez trompé ou que vous ayez voulu nous tromper? Jugez donc, mes enfants, de quel péché vous vous rendriez coupables, strow^ doutiez volontairement des vérités de la foi , par exemple, de Texislence de Tenfer, du mystère de la sainte Trinité , de \a présence réelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie, etc. Je dis si yfous doutiez volontairement: car le doute ih volontaire, que Ton désavoue, auquel on ne s'arrête point avec plaisir, est une tentation et non un péché ; il forme même un mérite devant Dieu , si on le combat et si on fait tout son possible pour le repousser.

D. Pèche-t-on aussi contre la foi ^ torsqii*on négligé de sHnstruire des vérités de la foi? — R. Oui, on- pèche contre la foi , quand on néglige de s'instruire des vérités dont la connaissance est aécessaire au sahit.

Explication. — Ce péefaé est extrèmcineiit oesmioa ; car combien de personnes qui n'ont aucune' Idée des vérités les plus importantes et les plus esseotielles de la religion ^

(1) La Harpe; du Fanatisme dans la langue révohtHonnaire, p. 5f.

et qui ne se mettent nullement en peine, de les apprendre? Cependant, vivre dans une pareille ignorance, c'est renoncer au salut et à la vie éternelle , comme Jésus-Christ Ta déclaré lui-même (4); et TEglise défend à ses ministres de conférer les sacrethents à ceux qui ignorent tes principales vérités de la foi , jusqu*à ce qu*ils se soient instruits ou fait instruire. Bien plus , si un prêtre leur donnait labsolulion, elle serait absolument nulle, c est- à-dire que les péchés ne seraient point remis, a Ceux-là, dit saint Llguori, sontinca- « pables d'absolution , qui ignorent lexistence de Dieu , « l'immortalité de Tâme, et les mystères de la sainte trinitè « et de rincarnation (2). » Au xvii* siècle, un 'théologien osa avancer «qu'on est capable d'absolution» dans quelque ignorance que l'on soit des mystères de la foi, lors même que, par une ignorance coupable, on ignorerait les mystères de la très sainte trinité et de Tincarnation (3). » Le pape Innocent Xi condamna cette proposition comme étant au moin^ scandaleuse et peroicieuse dans la pratique, et défendit de l'enseigner sous peine d'excommunication réservée au saint-siége (4). — Outre les principaux mystères de la foi, il y a encore obligation de savoir les autres vérités contenues dans le symbole des apôtres, l'oraison dominicale, les commandements de Dieu^ au moins quant à la substance, et ce qui regarde les sacrements , particulièrement ceux qu'on est obligé de recevoir ; quiconque ignore toutes ces choses doit, sous peine de péché, s'en instruire au plus tôt.

D. Faites un acte de foi T — R. Mon Diei^, je crois fermement tout ce que vous avez révélé à votre Eglise, parce que vous l'avez dit.

(1) Hsec est autem vita œterna ut cognoscant te, sdliun Deum veruai, et quem misisti Jesum Ghristum. Joan., xvii, S.

(2) S. Ligu^; Praxis confèssariij n» 21.

(S) Absoliitioaîs capai est homo, quantumvis laboret iguorantia mj^* teriorum fidei , et etiamsi per negligentiam, etiam culpabilem, nesciat mysterium sanctissimae triikitatis et incamationis D. N. Jew Christi.

(4) Decpetum Innocentii XI, anni 1679, prop. 64. —Voir dans le t. IK rarticle Absolution.

ExPLickxiùK. — La foi est baUluelleou actuelle. La foi habituelle est one verla surnaturelle qui nous porte à croire en Dieu et à tout ce qu'il a dit ; la foi actuelle est Tacquies^ cernent, l'adhésion de l'esprit et du cœur aux vérités révélées , à cause de la véracité de Dieu. Donner ainsi son adhésion , son acquiescement aux vérités révélées , protester à Dieu que Ton est bien convaincu, bien persuadé de tout ce qu'il a dit, c'est ce qu'on appelle faire tm ode de foi. On peut se servir pour cela de différentes formules; celle qui se trouve ici, et que vous récitez dans vos prières, est courte, mais elle renferme, dans sa brièveté, tout ce qu'il y a d'essentiel : on y trouve exprimés et l'objet et le motif de la foi. Tâchez , mes enfants , de bien saisir le sens de tous les mots dont elle se compose. Jfon Dieu : c'est à votre père qui règne daos les cieûx, que vous parlez ; je crois : c'est-à-dire, je tiens pour vrai, pour certain et incontestable; fermement : c'est-à-dire, sans aucun doute, sans la moindre hésitation, avec une conviction pleine et entière; tout ce que vous avez révélé à votre Eglise : toutes les vérités, sans aucune exception , dont vous avez confié le dépôt aux premiers pasteurs, en les chargeant d'en instruire les Sdèles ; parce que vous Vavez dit : je crois toutes ces vérités parce qu'elles vieiment de vous, voilà le motif de ma fol; vous avez parlé , Seigneur, et vous êtes infiniment parfait ; tout ce que vous avez dit est donc la vérité même , puisque vous ne pouvez ni vous tromper ni tromper personne.

TRAIT HISTORIQUE

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