ASSOCIATION CONTRE LE DUEL
Le cardinal de Richelieu, premier ministre sous Louis HII,aTait réprimé la fureur des duels par de grands exemples de séîérité;
(i) MandaTit UUs tmiqalqae de proximo siio... EccL, XTii, It. (1) Matth., y, 16.
mais, depuis la mort de ce ministre, celle espèce de démeoce sanguinaire se monlrail avec frénésie. M. Ollier, fondateur et premier supérieur de la congrégation de Sainl-Sulpice, imagina de suppléer à {^insuffisance des lois , en opposant Thonneur à Phonneur luimême. Il entreprit de former une association de gentilshommes, éprouvés par leur valeur, et de les engager sous la religion du serment, dans un écrit de leur main» à ne jamais donner ni accepter aucun appel, et à ne point servir dé second dans les duels qu'on leur proposerait. Il jeta les areux sur le marquis de Fénélon , pour le mettre à la tète de cette association d'un genre si nouveau. Sa réputation était universellement établie à la cour, à Paris, et dans les canps. On affecta même de n'admettre dans celle association que des militaires connus par des actions brillantes à l'armée. Ils voukifent donner le plus grand appareil à l'engagement qu'ils lonlraclaient. Ce fut le jour de la Pentecôte i651, qu'au milieu d'un grand concours de témoins distingués, ces respectables mililaires vinrent remettre à M.OMier, dans la chapelle du sémiuaire Saint-Sulpice, un acte signé d'eux, qui exprimait leur ferme et ibvariable détermination. Il était conçu en ces termes : « Les soussignés font « par le présent écrit déclaration publique et solennelle de refuser « toutes sortes d^appels» et de ne se battre jamais en duel pour « quelque cause que ce puisse être, et de rendre toule sorte de « témoignage de la détestation qu'ils font du duel, comme d'une « chose tout à fait contraire à la raison, au bien et aux lois de « l'Etat, et incompatible avec le salut et la religion chréiienne, « sans pourtant renoncer au droii de repousser par touies les voies « légitimes les injures qui leur seront faites, autant que leur pro- « fession et leur naissance les y obligent ; étant toujours prêts de «leur part à éclairer de bonne foi ceux qui croiraient avoir lieu de « ressentiment contre eux, et à n'en donner à personne. » L'éclat que fît alors cet événement laissa une impression profonde dans Tesprit de Louis XIY. Pendant tout le cours de son long règne, aucune considération de naissance ou de faveur ne put le fléchir Bi le faire consentir h accorder des grâces en matière de duels (i).
M. lVbBÉ HAFFREIiNGUE.
Voici un beau trait de dévouement rapporté par un journal pro- Mâa\, te Semeur. « Dernièrement (en 1850), M. l'abbé Haff.eingue,
(I) Hist, de PénéloTty par le C de Bausset.
du ctergé de BoQlogiie*sur-Mer, gravissait te 4Ii«qI 4vl Porlel. Tout à coup il aperçoit, à p&n de distance de lui , (ftclques militaires qui le suivaient, eU toolaDt lier coarersatiOQ avec eux, il ralentit le pas, pour le«r donner le temps de Palteiudre. Mais bientôt il tes voit disparatire ; il les suk, et aperçoit les deux militaires qui , ayant mis habits bas, se portent des coups de sabre avec ftjreur. M.Haffreiiigue s'élance vers eux : U eu honteux, leur dit^il, ée voir des braves gens s* exposer ainsi, — Un Françms doit savoir moiurir, répondit l'un des t'ombattants. — ^Oiif, mais pour Ut patrie, réplique le prêtre ; et, en prononçant ces mots, ii saisit par la lame le sabre de Tun d^eux, et déclare qu^ti ne l'abandonnera que lorsqu'ils auront promis sur Tboniieur de ne point se battre. Frappés de tant de bonté et deferaselé àia fois, les deux militaires se précipitèrent dans les bras Pun de Tautre, et scellèrent d'fiie accolade leur sincère récoocilatioo.
SENTIMENT 9E NâPOLÉOIf BOHAPARTB SUR LB SUICffDie.
AU coinmeDcemeut de Pexpédition d*Egypte, les suicides furent assez fréquents. Le général Bonaparte en fut indigné : il publia un ordre du jour oii il flétrissait cette fureur qui arme Tbomme contre lui-même, et signalait ceux qui se donnaient la mort comme des déserteurs et deslàcbes qui abandonnent le poste qui leur a été confié (1).
AH ! lieiXfilEim LE PtÊTRB !
M. Pabbé de Prêfootaine, chanoine bonoraire de Versailles, se promenant dans le bois de Salory, aperçut, dans un lieu écarté, un homme qui l'appela aussitôt : Ah 'Monsieur le Prêtre ! Cet homme tenait un pistolet, et lui demanda si c'était une grande faute de s'ôtt^r la vie quand on est malheureux et sans ressources. M. Tabbé lui dit que c^étail à la fois une lâcheté et un crime de se donner la mort ; il lui fît comprendre que Uieu a mis Phomme sur la terre pour remplir des devoirs, et qu'il n'est pas permis de quitter le poste où la Providence nous a placés. Il suggéra au malbeureux des pensées de consolation et dVpérance, et celui-ci, touché, rendit son arme, se jeta aux pieds du prêtre, et lui demanda de lui procurer une retraite où il pût pleurer ses fautes. M. Pabbé Préfoa-
(1) Bonaparte, Ordre du jour sur le duel*
tuoe promit 4e hii rendre ce service et reimnena dans sa maison. Chemin foisast, cet homme lui raconta son hisloîre : c'était ira Italien d'un âge mûr, qui avait reçu de l'éducation ; il avouaqu'il avait été longtemps combattu par son projet de suicide. La Providence veillait s»r lui en lui envoyant M. de Préfontaioe dans un heu où il n'allait jamais — Le soir même, Téiranger partit pour Âmfens avec une lettre de recommandation pour l'abbé du Gard. On craignait d'abord qu^à raison de son âge, il ne pût s'accoulamer aux austérités de la Trappe ; mais le père Stanislas, abbé do mooastère, n'a pu résister à ses prières et à ses larmes ; il lui a donné rhabit le ÎO août 1837(1).