‹ Explications du marechal ClauzelChapitre 3 sur 41 · TLEMCEN · texte numérisé non relu

TLEMCEN

Et d'abord il faut dire que la citadelle de Tlemcen se trouvait occupée par les Turcs nos alliés , qui la défendaient en désespérés contre Abd-el-Kader.

Plusieurs mois avant l'expédition , il n'était question , dans ma correspondance avec le gouvernement , que de la nécessité d'aller sauver les Turcs et Coulouglis de Tlemcen, dont la résistance mettait un obstacle immense au développement de la puissance d'Abd-el-Kader. Chaque jour on faisait assurer les assiégés qu'ils seraient incessamment secourus par les Français, et ces assurances étaient données avec l'agrément du gouvernement.

Certes le ministre de la guerre d'alors, moins que tout autre, ne pouvait méconnaître combien il était important de ne pas laisser tomber Tlemcen au pouvoir d'Abd-el- Kader. Que manquait-il à ce chef devenu si puissant après

l'affaire de la Macla ? C'était une place d'armes, une ville fortifiée, populeuse, riche, commerçante, et dont la possession pût assurer et rendre utiles et faciles les communications avec Maroc.

Il lui manquait Tlemcen enfin ; et s'il s'en fût rendu maître, il devenait tellement fort par ses propres ressources et par les secours efficaces qu'on n'aurait pas hé% mv à lui donner et qu'on lui aurait fait parvenir avec facilité, qu'il n'eût plus été possible d'abattre sa puissance sans une très-nombreuse armée.

Que voulait-on après l'échec de la Macta, et lorsqu'on préparait et ordonnait l'expédition de Mascara ?

On voulait évidemment détruire la puissance d'Àbdel- Kader, qui nous tenait étroitement bloqués dans Oran, qui prétendait déjà exercer son autorité souveraine de l'autre côté du Chélif et jusqu'aux portes mêmes d'Alger, car il était venu établir des autorités en son nom à Blida et même à Coleah.

Cet état de choses était intolérable. On le comprenait ^rès-bien à Paris, et l'on ordonnait de vigoureuses opérations dans la province d'Oran.

La délivrance des Turcs et Coulouglis de Tlemcen était nécessairement comprise au nombre de ces opérations , car le gouvernement , après leur avoir promis du secours depuis plusieurs mpis, ne pouvait les laisser égorger jusqu'au dernier. Le danger était imminent, les Turcs étaient réduits aux dernières extrémités; tous autres se seraient vingt fois rendus, ils mangeaient leurs sandales. Mais ils nous attendaient. -s

Tout cela est si vrai , qu'une fois les troupes rassemblées à Oran , et lorsque son altesse royale le duc d'Orléans s'y trouvait avec moi, on se demanda si l'on commencerait la canipagne par la prise de Mescara, ou si l'on ne devait pas plutôt se rendre d'abord à Tlemcen.

Etl'onaosç dire cependant, Ton a répété partout, que le gouvernement n'avait pas autorisé celte expédition. On a lancé ce petit mensonge dans la chambre , et on l'a laissé s'accréditer dans le pays. On savait cependant que c'était un mensonge. Maintenant voici ce qui est la vérité.

Lorsque le minisire reconnut que la commission du budget (session de 1836) élait défavorable à l'Afrique en général, et qu'elle désapprouvait tout ce qui avait été fait par le gouvernement , on ue trouva rien de mieux à faire

ipn que l'on n'avait pas positivement autorisé i'expédî tion de Tleracen, Plus tard , il est vrai , M. le maréchal Maison déclara accepter yis-à-vis dp la chambre la responsabilité de l' expédition , mais en se réservant toutefois de contester l'autorisation qu'il m'avait cjonnée.

Ainsi, après m'ajoir donné l'pnjre de venger une défaite et d'abattre la puissance 4'AbdelrEader, qui menaçait alors de uous classer de l'Afrique, on {iésavouait.mes. opérations çpmme général en. chef, bien qu'elles fussejij évidemment conformes aux plus simples notions de la guerre et de la politique,

, Ce fut le premier aeje .de ce système timide, qwj cousis* tait à me charger d'exécuter des terdres toujours corn* piets verbalement,, mais que l ! on se réservait dans le* dépêches •.qffuielle.ij c]e rendre obscurs , incohérens, quelquefois même douteux par les plus machiavéliques feV

licences. • •

Je le comprenais si bien, que voici ce que j ecrivaij a ce sujet d'Alger, le 17 mars 1836, à mon aide-de-camp, M. deRahcé , à Paris/ ' ; '

..... « Enfin, mon cher commandant , je ne conce-

w vrais pas que le gouvernement voulût laisser imparfait » ce qu'il ordonne. Il n'est pas vrai que j'aie rétenu ici des » troupes sans l'autorisation du ministre -, vous savez que » j'ai renvoyé le 10"* léger en France, avant d'en avoir » reçu l'ordre.

» Il n'est pas vrai que je fasse des expéditions pour le » plaisir de combattre ; mais il est vrai que je ne demande

pas des instructions à cinq cents lieues de moi, lorsque » j'ai besoin d'agir sur-le-champ.

» Il n'est pas vrai que le ministre ne fut pas instruit » de mon mouvement sur Tlemcen. Ses lettres prouvent

le contraire , et si l'expédition de Tlemcen n'eût pas » été faite, nous eussions fait preuve l'un et l'autre de » peu de capacité, ou plutôt d'incapacité.

» Demandez que le budget d'Alger soit mis en discus- » sion le dernier , j'arriverai à temps et je donnerai des » explications satisfaisantes.

» Je regrette de voir que les adversaires de la colonisa- » tion soient parfaitement d'accord avec ce que demandent » les Arabes et les Maures, qui, les uns et les autres , » veulent les mêmes moyens pour nous faire arriver au » même but... l'abandon.

» Le système de l'occupation des points militaires » exige plus de monde à Oran, Alger et Bone , qu'il n'en » faudrait aujourd'hui pour mettre à exécution le système » que nous voudrions suivre, nous, au grand mécontent » tement des Maures et des Arabes , il est vrai , mais à » notre avantage incontestablement.

» J'obtiendrai l'année prochaine économie sur les dé- » penses et augmentation de recettes; mais il faut ne pas » me combattre, il faut agir de bonne foi avec moi. Dites » à nos amis et à nos adversaires que je ne fais des cx- » péditions que lorsqu'elles sont commandées par la né* » cessité, et que lorsqu'ils voudront mettre les troupes et

» moi dans une position peu honorable , je laisserai la » place à qui voudra la prendre. Je préfère qu'on me re- » tire le commandement plutôt que de continuer à faire » preuve ici , malgré moi, d'incapacité. »

Que se passait-il donc réellement en Afrique lors desexpéditions de Mascara et de Tlemcen ? ce qui s'est passé lors de l'expédition de Constantine, ce qui a toujours existé depuis six ans.

Le gouvernement ordonnait et préparait la guerre, mais il n'indiquait que très-vaguement ses plans et son but ; ce qui se conçoit , puisqu'il était toujours dans l'incertitude de ce qu'il voulait, ou dans une pensée secrète contraire à un établissement sérieux en Afrique. Si je le pressais de s'expliquer et proposais des plans pouvant conduire à un résultat , on me répondait verbalement d'une manière satisfaisante, et parles dépêches officielles, on ne disait ni oui, ni non ; on acceptait avec des restrictions , des contradictions, des doutes, etc. Pendant ce temps les choses se faisaient, mais sans ensemble, sans vigueur, sans les moyens nécessaires et surtout sans les résultats que l'on aurait obtenus si le gouvernement eût agi différemment.

Aussitôt une chose faite , au lieu de lui donner de la suite, comme je devais l'espérer, on se plaignait de ce qui avait été fait, on me désavouait, on rappelait les troupes, on on agissait aussi activement pour défaire et pour perdre les fruits de ce qui venait de se faire, que Ton avait agi mollement pour entreprendre ce qu'il eût bien mieux valu défendre positivement au lieu de l'ordonner. .

En effet le gouvernement veut venger la défaite de la Macta. Il veut secourir les Turcs et Coulouglis de Tlemcen -, il veut abattre la puissance menaçante d' Abd el- Kader. Il le veut bien positivement.

Void ce qu'il m'écrit à ce sujet?

« Qu'Àbd-el-Kader se soumette, qu'il reconnaisse sans » condition l'autorité du roi dans la personne du gouver- » neur-général, et nous le laisserons en repos.

»..,. Il lie vous aura pas échappé, monsieur le mare- » chai, que lé traité du 26 février 1 834, s'il a pacifié laprp- » vince d'Oran, avait donné à l'émir un pouvoir qui tcn- » dait sans cesse à s'accroître et qui devenait nuisible à » nos intérêts politiques. Il faut donc anéantir jusqu'aux g traces de ce traité , car un nouvel arrangement qui en » reproduirait quelque partie ferait Je nouveau d'Abd-el- » Kader une puissance. » (Voir la lettre ministérielle, » pièce n° 2, du 5 janvier 1836).

»... Je pense que vous né voulez négocier avec Abd-eî- » Kader que comme avec un sujet. Le traité du général » Desmichels a été aboli par l'émir , il ne faut pas le re- » nouveler, l'intérêt de la France s'y oppose. « (Voir la dépêche télégrapb ique , en date du A janvier, pièce n° 3.)

Ceci était suffisamment positif. En même temps le gouvernement envoie des troupes à Oran. L'héritier du trône s'y rend en personne. Toutefois aucun des moyens nécessaires pour bien réussir ne sont réunis. Les moyens de transport manquent entièrement. On parvient â se les procurer dans le pays. On doit combattre vingt mille cavaliers, et l'on n'a pas de cavalerie. Heureusement je manœuvrai, et nos soldats combattirent de manière à s'en passer-, mais on sait qu'à la guerre il n'y a pas de résultats utiles sans cavalerie.

Au retour de Mascara, Abd-eï-Kader était-il soumis , îfa puissance anéantie ? Hdn, quoiqu'il l'eût dit lui même un moment , quoiqu'il eut renvoyé chez elles les tribus de l'est qu'il avait soulevées. Car quelques jours après, il courait vers l'ouest, îl soulevait le pays et se réunissait à

son kaïd Ben-Nouna, qui tenait Tlemcen assiégée. Ilsenrparait de celte ville et réparait ainsi la perte de Mascara.

On. va donc à Tlemcen, car c'était de toute nécessité ; on y va, car il avait été précédemment bien en* tendu que Ton irait. L'expédition a lieu. La citadelle est occupée par nos troupes, la ville par les Coulougb's, et le

but proposé par le gouvernement est alors atteint, mais alors seulement. Abd-el-Rader n'a plus le prestige de la victoire , Mascara ne lui présente plus un refuge, qu'il est obligé d'aller chercher sous la tente ; il n'a plus l'espérance de s'emparer de Tlemcen-, il est fugitif, errant-, il a perdu une grande partie de son influence ; encore quelques efforts , et sa puissance sera entièrement détruite.

Mais i même que le gouvernement n'avait pas tout fait pouj: assurer le succès de l'expédition de Mascara, de même il désavoue l'expédition de Tlemcen dès qu'elle est faite : il me reproche d'y avoir laissé ^garnison, rappelle sur-le-champ les troupes en France -, il ne néglige rien , en un mot , pour perdre le fruit de cette campagne et pour laisser à Abd-el-Kader le temps et les moyens de réparer ses revers , et de rallier de nouveau les Arabes en leur faisant comprendre que le gouvernement renonce à tout projet de domination, et rcgrclle jusqu'à ses succès.

Pendant qu'on me désavouait à Paris, voici cependant ce qu'on m'écrivait à Alger.

» J'ai vu par votre dépêche télégraphique du 1 8 décembre que vous vous disposiez à faire l'expédition de Tlemcen. Si la saison ne contrarie pas vos projets, le moment d'abattre complètement l'influence d'Abd-cl^ Kader semble en effet devoir être celui où vous venez de détruire son pouvoir à Mascara. J'attends avec impatience vos premières dépêches, pour savoir le résultat de

tos opérations sur Tlemcen. » (Voir pièce n° 4,'la lettre ministérielle en date du 5 janvier 1 836. )

Ceci est , je suppose , une autorisation formelle. Toutefois, on ne s'arrête pas à des dénégations , et l'on met en train le système des calomnies, ou bien on les regarde passer sans les arrêter. Maintenant je sais qu'on en avait besoin contre moi.

Que s'est-il passé cependant qui ait pu y donner lieu? Voyons.

Maître de Tlemcen , je comprends tout ce que la possession de cette place a d'important : quiconque sait un peu la guerre le comprend également , je veux y laisser garnison. Je ne veux pas qu'elle soit à la charge de la France. J'ordonne une contribution de 150,000 francs. Celte contribution est levée par les cbefs turcs, coulouglis et arabes. Ils acceptent des bijoux selon l'usage; je le leur défends. Ils commettent ce que nous appelons des violences. Lorsque j'apprends les moyens qu'on emploie, j'ordonne que Ton cesse de lever la contribution , qui n'avait encore produit au trésor que 94,000 francs.

En raison de ces faits, mes ennemis ( me considérant ici comme représentant le parti qui veut réellement notre établissement en Afrique ) se liguent avec les Maures et Arabes qui travaillent activement contre nous.

Ils écrivent, et ils envoient à Tlemcen des agens qui disent à ceux dont on a perçu l'argent et vis-à-vis desquels on a usé de violence : .

« La manière dont la contribution a été levée est inusitée en France. Nous pouvons tirer un grand parti de ce qui s est passé, et non seulement nous vous ferons rendre ce qu'on vous a pris, mais nous vous ferons grandement indemniser de ce que vous avez souffert. Élevez de vives

réclamations , formulez des plaintes amères , accusez le maréchal et les chefs des indigènes qui servent avec les Français *, adressez des pétitions à la chambre des députés et puis laissez-nous faire, nous exploiterons tout

cela à notre façon. »

Dès lors commence contre moi un système d' insinuations perfides, de calomnies, d'attaques secrètes, de menées dont nous voyons aujourd'hui les effets.

Mais à ceci je dois une réponse particulière et formelle. J'ai annoncé que je traiterais spécialement la question de la contribution : je reviens au système suivi envers moi par le gouvernement, et je lui dis : Pourquoi, Tannée dernière, lorsque je reviens à Paris, lorsqu'il est question, dans une longue discussion à la chambre, et de l'expédition et delà contribution de Tlemcen, pourquoi ne suis-je pas destitué par le gouvernement ? C'est qu'on trouve encore mon système trop populaire en Afrique et en France pour oser le frapper ; c'est qu'on n'a pas pu obtenir encore des plaintes, des accusations du genre de celles dont j'ai parlé tout-à-l'heure ; c'est que le cœur ou la conscience manque pour oser soutenir toutes ces infamies.

L'on me dira aussi peut-être : Pourquoi n'avez-vous pas donné votre démission?

. C'est parce que j'avais engagé en Afrique trop d'intérêts particuliers à me suivre pour les abandonner si brusquement ; c'est que les colons étaient venus à ma voix, et que je ne voulais pas faire une question d'intérêt personnel d'une question de colonisation.

C'est surtout qu'il se trouve à la tête du cabinet un homme qui entreprend de faire enfin quelque chose en Afrique avec l'Afrique, et avec lequel je pouvais ra'entendre.

' C'est alors que commencent les relations et les rapports politiques et militaires, concernant PAfriquè, entre mol et M. Tliicrs, président du conseil.

EXPÉDITION DE COIVSTANTIJXE. ,

je l'ai dit , ce n'est point un livre de stratégie que je fais ici. Je n'ai point à faire comprendre à mes lecteurs ies moUvemens compliqués d'une armée ; mais j'ai une tache peut-être plus difficile à remplir, c'est de leur faire suivre dans tous ses détails la campagne diplomatique qui , je puis le dire , a amené le non succès de l'expédition de Constantine , et par suite ma destitution.

Comme je l'ai dit , M. ThierS s'était décidé à prendre un parti décisif vis-à-vis de l'Afrique ; il avait senti , comme moi , que si les demi-mesures sont fatales dans toutes les occasions , elles le sont encore plus vis-à-vis d'un peuple qui ne comprend l'autorité et ta puissance que lorsqu'elles se montrent promptes, fortes, résolues, et, pour ainsi dire, excessives. Alors il voulut connaître mes idées et mon système sur le plan d'occupation à suivre * ators je lui fis- remettre par mon aidedceamp, M. de Rancé, une note, ert dàté du 19 juillet 1836 (1), où était exposé le système d'occupafîbh dont j'ai parlé plus haut. Ce système obtint l'approbation de M. Thiers.

(1) Voir la pièce n» 1.

En celte circonstance il me sera peut-être permis de dire ce que je pense de celte approbation. Comme ii né m'avait pas fallu un grand effort de génie pour le concevoir , u n' avait pas fallu , pour f approuver, que M. Thiers appelât à lui cette intelligence supérieure qui lui rend accessibles les questions les plus diverses ; il nous avait seulement fallu à l'un et à l'autre un même désir et une même volonté , le désir et la volonté de conserver Alger ; car on aura beau dire, on aura beau faire, tout homme qui n'aura pas dans le cœur la pensée secrète de l'abandon de celte colonie, ne pourra de bonne foi, et maintenant que l'expérience est venue nous éclairer sur les dangers de l'occupation du littoral, nul homme ne pourra, disons -nous, chercher le salut, chercher la conservation de notre colonie que dans le système que j'ai développé plus haut. Quand on ne veut pas que les voleurs entrent dans une maison , ou commence par en fermer les porles : les plus grands principes de guerre se réduisent souvent à des applications aussi simples et aussi vulgaires que celle-là : l'occupation de Tlemcen et Constanline n'est pas autre chose.

Cependant je m'étais entendu avec M. Thiers j une fois le but arrêté, il s'était montré large sur les moyens de l'alleindre. Non seulement, me dit-il, nous vous donnerons en hommes et en matériel tout ce qui vous manque, mais si, lorsque vous serez à l'œuvre, dix mille soldats vous étaient nécessaires pour triompher plus rapidement

et plus complètement, demandez-les, et nous vous les en-

verrons.

Après de telles paroles, je ne doutai plus de la conquête de Constantine -, mais c'était bien peu de chose que la conquête de Constantine, à côté de la conquête qui me restait à faire! celle-ci devait avoir lieu dans les bureau* de la guerre, et Dieu sait si jamais lés Arabes ont si bien

défendu leur pays que certains Français le font pour eux. Cependant, d'après les promesses positives du président du conseil, je ne trouvai pas alors au ministère de la guerre la résistance que j'ai rencontrée depuis. Dans une entrevue avec le ministre de la guerre, voici ce que je demandai et ce qui me fut accordé. Qu'on veuille bien prêter un moment d'attention sérieuse à ce qui va suivre, car c'est sur la dénégation des faits que je vais annoncer et que je déclare véritables, que le m in [stère actuel a bâti le système par lequel il me renvoie la responsabilité de l'expédition de Gonstantine.

Je posai en principes :

1° Que je demandais 30,000 hommes de troupes françaises, 5,000 hommes de troupes indigènes régulières, 4,000 hommes de troupes indigènes irrégulières, soldées seulement pendant l'expédition de Constantine.

Et avant tout, et par dessus tout, je fis observer que je n'entendais pas, par 30,000 hommes de troupes françaises, 30,000 hommes d'effectif général, mais bien 30,000 hommes d'effectif réel ; c'est-à-dire 30,000 hommes valides, non employés au service des hôpitaux ou de l'administration , 30,000 combattans enfin.

2° Je dis que l'opportunité de l'entreprise entrait autant dans le succès que la force matérielle qu'on y emploierait -, et je demandai, en'conséquence, que l'envoi des troupes et du matériel fût entièrement achevé le 15 septembre.

3° Je demandai encore, qu'en attendant la complète exécution des promesses qui m'avaient été faites par le président du conseil, 3,000 hommes fussent immédiatement envoyés à Bone, pour se porter aussitôt sur Guelma, dont je faisais alors mon point de départ, et qui me permettait de fondre en un instant sur Constantine. En-

fin je demandai que les sommes nécessaires pour m'entourer de tous les renseignemens utiles en cette circonstance , et pour attirer dans notre parti le plus grand nombre possible de chefs influens, fussent mises en ma disposition.

Monsieur le ministre me promit tout d'abord les troupes que je demandais, c'est-à-dire les 30,000 hommes de troupes françaises, les 5,000 hommes de troupes indigènes régulières , les 4,000 hommes de troupes indigènes irrégulières; mais il discuta long-temps sur la distinction que j'établissais sur l'effectif général et l'effectif réel, bien qu'il sût mieux que personne que dans une armée comme celle qui est à Alger, presque toute employée à tenir garnison ou à occuper des positions , 3 ou 4,000 hommes de plus ou de moins fussent une grande affaire, puisqu'ils devenaient la première portion disponible de l'armée d'opération.

M. le directeur-général du personnel de la guerre était présent à cette discussion , et ce fut lui qui y mit fin, en disant qu'on me compléterait un effectif général de 33,000 hommes j ce qui me donnerait, à peu de chose près, l'effectif réel des 30,000 hommes que je demandais.

Je n'insistai pas davantage, me confiant d'ailleurs dans les promesses de M. le président du conseil, et l'on passa à la discussion des autres questions.

De la part d'un homme de guerre aussi distingué que M. le maréchal Maison, elles ne pouvaient rencontrer aucune difficulté. Il fut convenu que tous les préparatifs et tous les envois seraient terminés le 15 septembre et l'ordre fut donné, séance tenante, à M. le directeur-général du personnel de diriger sur-le-champ sur Bone : 1° Le bataillon d'infanterie légère d'Afrique, qui se trouvait alors en Corse, et dont l'effectif était de 1 ,700 hom-

. mes. 2° Le troisième bataillon du 17 e léger, dont les deux premiers étaient à Oran et le reste en France ( pour les trois bataillons 1,600 hommes)-, en tout 3,300 hommes. En outre de ceci, le matériel, les moyens de transport devaient suivre d'une manière complète et rapide-.* . . '

Sur la quatrième question enGn , rien ne. fut décidé ,

mais le ministre répondit qu'il me serait accordé les fonds que j'avais demandés , mais que ce serait l'objet d'une réunion ministérielle.

Voilà ce qui avait été formellement demandé et formellement promis; voilà ce qui faisait de l'opération de Constantine une expédition dont le succès était, pour ainsi dire, infaillible ; car lorsqu'on verra tout ce qui m'a été contesté et refusé $ quand on tiendra compte du nombre d'hommes dont j'ai pu disposer, quand on verra que j'ai dû faire vers la fin de novembre une expédition demandée pour le commencement d'octobre ; quanjl on considérera que je ne suis plus parti de Guelma, comme j'aurais pu le faire, si les ordres du ministre de la guerre avaient reçu leur exécution j quand on aura reconnu comment furent anéanties dans mes mains les ressources que j'avais droit d'attendre des indigènes, et qu'en même temps l'on verra que je suis arrivé jusque devant Constantine malgré les obstacles que le temps nous a opposés, que le colonel Duvivier s'est introduit jusque dans les premières maisons de la place , que sa reddition n'a tenu qu'à un de ces hasards dont les accusations font ensuite une imprévoyance, l'on sera forcé de convenir que l'ex- • pédition telle que je l'avais conçue, comme j'avais de-

mandé qu'elle fût faite, ne pouvait manquer de réussir.

Les conditions dont j'ai parlé plus haut avaient été, je le. répèle, si formellement demandées, si formellement

promises, que j'écrivis à M. le général Rapalel une lettre

par laquelle je lui donnais des ordres, en raison des hommes, du matériel et des sommes dont je croyais pouvoir disposer ( voir la lettre du maréchal Clauzel , pièce n° 5 ? et l'état arrêté par lé maréchal Maison ) j je lui enjoir gnais d'ordonner au général de l'Etang de s'occuper de la formation des corps indigènes , je lui ordonnais d'activer les perceptions de toutes sortes, nécessaires à l'expédition et à l'occupation de la régeuce d'Alger 5 et enfin je lui exposais comment j'entendais ce système d'occupa-r {ion , et comment il avait été adopté par le ministère.

Quelques jours après, je par lis moi-même, pressé par Jes. on 1res du ministre, et je n'emportai aucuns doutes sur la volonté 4u ministère à l'égard de l'expédition de Çonstanting, et sur sa bonne foi pour les promesses (ju'il m'avait faites.

A peine avais-je quitté J*aris , que commença la crise ministérielle qui a amené au pouvoir le cabinet du 6 septembre } en même temps commencèrent les hésitations, les 4énégations, les contre-ordres qui ont été les véritables Obstacles au succès de l'expédition de Çonstantine.

Du moment que le ministère du ?2 février prévoit sa chute, il déclare ne pouvoir plus engager sa responsabilité vis-fl- vis des chambres , pour un,e expédition qui peut dépasser les crédits votés par elles ; il s'arrête, et donne aussitôt l'ordre de suspendre l'envoi des troupes destinées à Bone. Çette première faute, explicable par la situation dans laquelle se trouvait le ministère du 22 février, cette première faute qui nous enlevait la position de Quelma , qui nous empêchait de nous poster à dix-huit lieues de Çonstantine, qui nous enlevait la soumission de tout le pays cpmpris entre Guelma et le camp de Drean ; cette première faute n'est pas 4^ roon fai|. Je suis général pour commander les troupes qu'on me donne, mais non pas pour faire des opérations sans troupes.

Cependant plus de trois semaines s'écoutent dans cet • état d'incertitude et d'hésitation ; en attendant, le découragement gagne l'armée, qui ne sait plus ce qu'on veut faire d'elle, et l'espoir renaît dans le cœur des Arabej. Le bey Achmet qui, s'il nous avait vus agir vigoureusement . comme nous nous en vantions, serait venu peut-être nous apporter humblement à Guelma les clefs de Constantine, le bey Achmet se réveille. Tandis que nous perdons le temps, il le met à profit ; il marche sur Bone, vient attaquer le camp de Drean , châtie les tribus qui s'étaient compromises pour nous, leur apprend qu'il n'y a aucun fond à faire sur nos promesses , nous déconsidère dan» un pays où l'action de combattre suit immédiatement la menace qu'on en fait, et nous perdons à la fois notre position militaire et notre position morale.

Et, qu'on me permette de le dire ici , les hommes qui ne combattent qu'avec les idées ont cette singulière prétention de croire que les militaires ne combattent qu'avec les armes ; un bon capitaine combat à la fois par la confiance qu'il inspire à ses soldats et par la crainte qu'il imprime à ses ennemis.

En Afrique , vis-à-vis de la plupart des indigènes , il combat en leur persuadant qu'il soutient une juste cause, qu'il est le représentant de la volonté d'un grand élat , que ce qu'il veut, son gouvernement et sa nation le veulent; alors ce n'est plus pour ces Arabes intelligens et bien informés, la lutte de quelques bataillons contre toute une population -, c'est la lutte de la grande nation française contre les Arabes, et alors les Arabes se soumettent, même avant d'avoir été attaqués; alors on fait un refuge, un secours, une alliance de ce qui, grâce à une coupable incertitude, devient bientôt de la défiance, du mépris , de l'hostilité.

Pressé par le temps , pressé par les circonstances, je

commençai àjcomprendre que je ne devais plus m'attendre qu'à une faible partie des secours qui m'avaient été* si formellement promis ; je ne voulus point me fier aux lenteurs d'une correspondance qu'on pouvait retarder .à volonté, et j'expédiai M. de Rancé à Paris, afin de réclamer 10,000 hommes de troupes pour le 15 octobre au plus tard , car je n'avais dans toute la régence qu'un effectif général de 28,000 hommes, qui se réduisaient à un effectif de 23,000 combattans au plus; j'avais déjà^perdu l'espoir de trouver aux environs de Bone les 4,000 hommes de troupes auxiliaires, indigènes, irrégulières.

A peine arrivé à Toulon, M. de Rancé - écrivit une lettre au ministre de la guerre, en date du 20 octobre 1836, par laquelle il rappelait tout «e qui avaiuété convenu entre moi et 1" ancien ministère, et en demandait l'exécution (voir la lettre de M. de Rancé, pièce n. 6).

Au moment \ù celte dépêche parvint à Paris , voyons quelles étaient les dispositions du nouveau ministère, relativement à la question d'Afrique. J'examinerai cette question avec sincérité, sans passion et sans arrièrepensée.

Le nouveau ministère avait parfaitement compris que la manière dont If. Thiers avait envisagé la question d'Afrique était la seule raisonnable , la seule possible et surtout la seule populaire. Il ne voulait pas laisser dans les mains de M. Thiers une arme dangereuse, en renonçant à ce que celui-ci avait voulu entreprendre; en même temps il eût craint de faire présumer, en me destituant, qu'il voulait éloigner du maniement des affaires de l'Afrique l'homme qui les avait prises le plus à cœur , et en qui le pays voyait le représentant du système de con servation et de colonisation.

Bans cet état de choses, voici ce qui fut décidé : envoyer sur-le-chamjp en Afrique le troisième bataillon des régi-

mens, de manière à compléter l'effectif général de 30,000 hommes, faire grand bruil de ces envois, comme Une preuve non équivoque du désir des«minislres de marcher dans une voie qu'ils savaient populaire : puis, se retrancher imperturbablement dans une querelle de mots 5 car c'est parce que j'ai été battu sur les mois à Paris que nous avons été obligés de nous retirer devant Constantine. On médisait, dans la personne de M. deRancé , mon aide-dê-camp : — Vous avez demandé 30,000 hommes , et vous les avez.

— Mais j'ai demandé 30,000 hommes d'étfeclif réel', et non pas 30,0(X0 hommes tf effectif général.

— Vous avez demandé 30,000 hommes de troupes françaises, et vous les avez. Ceci est écrit, lë reste né l'est

pas. \

— làais j'ai demandé 5,000 hommes, Je troupes indi-

gènes régulières qu'il n'est plus temps d'organiser.

— Vous avez demandé 30,000 hommes, et vous fès avez.

. — Mais j'ai demandé 4,000 hommes de troupes indigènes irrégulières, sur lesquelles je ne puis compter, depuis que vous avez laissé prendre à Àclimet tfïx huit lieues de pays, entre Guelma et Bouc, depuis que vous* avez laissé son influénee s'établir à la place de la nôtre , depuis" que vous avez conlremandé Pénvoî ctés 3,666^ hommes qui devaient se porter sur Éonè.

— Vous avez demandé 30,000' hommes, et vous les* avez.

On ne put faire sortir aucun des ministres de cet inexpugnable retranchement écrit; ils firent du mof 3Ô,Ô'Ô0' hommes un fort d'où rien ne put les déloger, ni raison, ni appel à des promesses passées, ni l'intérêt de la colonie.

Après de nomhreuses enlrevuës avec de vance", tout cé qui m'avait été promis me fut! positivement refusé, et c£

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pendant en même temps lé ministre de la gûef redemandait à mon aidc-dè-eamp" une note qui lut fui remisé (voir aux pièces la noie n° 7), comme s'il désirait de nouveau** reiiseigncriiens sur une question contre laquelle, je* dois W croire, on avait déjà pris ifnê résolution irrévocable. Dans ses diverses conférences avec les ministres", jfT. dé Rancé avait laissé entrevoir que je pourrais donner* nia démission si Ton mê réfusait les sécours qui m'avaient été promis , et surtout si l'on renonçait à l'expédition de Coristartlifte. Ce* fut sans doute pour cela que lë conseil dcs v ministres arrêta qu'après rri'avoir refusé lotis 1 ces* secoUrs", il eîivërrall M. lè général framrérîibnt à A% e f avéc lés Devoirs nécessaires podr recevoir ma démissîoti é't me rèrfr. placer dans le gouvernement de la coïoftie. Êrf Mttië témrjs M. de Rancé rcçiil l'ordre* dé repartir" avéc cë général , et voici les paroles qu'il me rappôrta dé la part dë M. le ministrë dé lis guerre :

« Dites bien à £ le marécbal que jcsUis persuadé <jtt* tout le ministère est entièrement convaincu que Péxpédilion peul se faire avec les mOyëhs que lé goùverriêur-g£néraT lient aujourd'hui à sa dispotibri. Dites-lui que nous regardons comme utile , comme nécéSsairê, quë Célte* expédition ait lieu. Dites-lui bien enfin que, comifle ministre de la guerre, jé lé presse Vivement; dë la faîVé, et que, comme général Bernard, qtii ai toujours* été él qiii suis toujours sincèrériYeiit attaché aii maréchal ClâûsèT,' je désiré vivement qu'il là fassê... ÊMëïidë£voùs , 9. de* Rancé? dites-lui Bien cela. >i

jb l'ai (îif, ces paroles me fùréut U'Xluelfemértt rap^ôr*-' téés par rf. <le Rancé, et, nkljjré Tl^ileté aveè Ikqtletîe; dans lès dépêches officielles , on me liiissaff fê jugé de° l'opportunité où : dé l'iriopp'oVlùnltë dê Pexpédîtfôh , jè' crus à la" sincérité dd vœuicxpVinïé p&* ft. ffe généra? Bernard -, je ne voulus pas lafesér faife S &tré iïfié*

expédition que je croyais devoir nVapparlenir par cela même qu'on la rendait plus dangereuse. D'ailleurs, pendant que M. de Rancé se rendait à Paris, confiant dans les précédentes dépèches du ministère qui me disaient qu'il ne mettait aucun obstacle à l'expédition, j'avais an* noncé que les Arabes allaient être punis de leur insubordination ; j'avais noué des relations qui pouvaient compromettre un grand nombre d'indigènes si je ne donnais pas de suite à mes projets; enfin j'avais cru que les nécessités du 22 février ne frapperaient pas moins le ministère du 6 septembre. Il m'était impossible de reculer sans compromettre la dignité de la France aux yeux de l'Afrique et du monde entier. J'avais rendu l'expédition de Gonstantine indispensable-, c'était à moi à la faire, et je la fis : c'est ici que j'ai commis ma première et ma seule faute; cette faute, c'est de n'avoir pas remis mon épée dans le fourreau, c'est de n'avoir pas donné ma démission , c'est de n'avoir pas déserté mon poste. Je dois le reconnaître, j'y aurais gagné comme homme politique : celte résolution m'aurait valu de trouver des appuis là où j'ai trouvé des accusateurs , qui peut-être ne se sont faits les miens que parce qu'ils étaient ceux d'un ministère qui m'abandonnait.

On m'a beaucoup reproché de céder à la vanité de guerroyer, comme si l'homme qui depuis 92 jusqu'en 1814 n'avait pas quitté les champs de bataille devait encore avoir beaucoup dans le cœur cette soif de combats qui brûle et égare souvent les jeunes généraux. On a supposé que j'allais à Gonstantine dans l'espoir d'y trouver des trésors, comme si celui à qui il a été offert cinq millions pour proposer- seulement et négocier l'abandon d'Alger avait besoin d'aller chercher bien loin des occasions de pillage et de vol , s'il eût été un homme de vol et de pillage. Une pensée plus grave, plus nationale, plus haute, m'a décidé à tenter , malgré tout, l'expédition de

Constantîne : c'est qu'une fois à Gonslantine nous étions si complètement les maîtres du pays, que c'eut été une lâcheté trop manifeste que de prétendre l'abandonner , et que je voulais mettre quelques hommes dans la nécessité de montrer à visage découvert cette lâcheté qu'ils ont dans le cœur et qu'ils déguisent sous des prétextes d'humanité ou d'économie.

Cependant , avant de partir , j'écrivis à M. le ministre de la guerre (i) pour lui bien expliquer ma position , pour lui dire qu'en acceptant la responsabilité qu'on m'envoyait je ne me laissais point tromper à toutes les menées par lesquelles on avait contrecarré mes projets. Dans celle lettre , je rappelais toutes les paroles données , tous les secours promis verbalement , toutes les choses faites de bonne foi. Le 3 novembre il me fut répondu par une lettre où étaient rappelés et extraits avec soin tous les mots écrits et perdus dans de nombreuses dépêches , et qui semblaient prouver qu'à aucun moment et en aucune manière le gouvernement n'avait précisément ordonné l'expédition de Constantiiïe (2).

Cette lettre est l'une des campagnes les plus habiles exécutées dans le ministère de la guerre. J'avoue que j'y fus battu, car moi je n'avais pour me défendre que des paroles données , des plans formellement mais verbalement acceptés , une nécessité générale mais obligatoire de tout faire pour le salut de la colonie, à la condition de me voir blâmer si je faisais ceci plutôt que cela: je n'avais pour moi que ma conscience et le témoignage d'une vérité qui n'avait pas été mise sur le papier, tandis que le ministère avait pour lui de petits bouts de phra-

(1) Voir, aoi pièces ù» 8, la lettre do maréchal Clauzrl. (i) Voir a«x pièces la lettre <»• 9.

dépèches, £t g"#nt, je l'avoue, je /gavais pas d'aboi^ ço|npr^ suftsa^mej^appi^çe. jEt puis, s'il fauUout dire, je sajs jiepujs lon^eni^XlfîPH ence secrète elfalal^qu'une bureaucratie jalouse exerce da RS je minime 4je }a rue Saint-Do-

mm»}&> pmï m w tensc^ singulière

dépêche du 3 novembre une lettre sj^née du ministre $e te guerre , où pn prétendit que }e gpuvernement du r t qf fmrqip ffpsû'P fil? il l} e M P" s ^l? f/} co r, € question àp ÏWP&jfW (1° pons/aniine, j'avais ^ choisir entre les #tpress^ons de çeite kllrç ^et Jes paroles fljie M. (le Rançé ^.apportait au nom ^e ce njc^fi ^inisjtre ; paroles çorties de sa bouche, paroles prononcées (dans l'effusion du cp3.ur e,l en. dehors de toutes ,c£s pejtjjes coinbjnaijsons par Jesque/les on préparait uj^e re^i^e habite à la re$ponsabilijté mipisJUh^elle.

m fin? k mm&è'? m falPB&fyjffl 1

dp ^Qjistynùriç , surtout guaui) l'arrime oVun /Jes ftls du roi sembla m'^r^er 4ç s/m c&é ju^e nouvelle ^estatÂon de fa volonté £u

M^js j'avais .aussi .des preuves édites.

Le 22 oc lob ri' un mr disait :

Je vous ai fait connaître , par ma dépêche télégraphique d'hier , que j'aj appris avec saUVactfon .que joua entrepreniez ^'expédition de £f>P9t*»tMP> $ flp» v 9: tts P?8 jnquie.t des résultats. Je, vous ai

annoncé en mcmc f tcmps que S. A. II. Wonseigaeur le duc de Nemours est confié à vos soins, que le prince arrivera à Toulon le 25, et qu'il sembarquera immédiatement pour être transporté à Bone.

Je confirme cet avis , et je me hâte de tous dire que j'ai éprouvé une vive satisfaction de la nouvelle marque de confiance que *ous donne le roi. L'intention fie Sa Majesté est que S. A- R. Monseigneur

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le duc do Nemours assiste à l'expédition de Constantine comme le prince royal a assisté à celle de Mascara. L'armée sons vos ordres verra dans la présence de Monseigneur le duc de Nemours dans ses rangs un témoignage patent de la sollicitude du roi pour le corps d'occupation d'Afrique. C'est, en outre, une preuve de l'intérêt que prend Sa Majesté au succès de l'expédition de Constantine.

Je vous prie de prescrire les mesures que vous jugerez convenables pour la sûreté de Monseigneur le duc ée Nemours.

Recevex, etc.

Le ministre secrétaire d'état de la guerre , - Signé : BERNARD.

Jp crjis à tout cela, et voilàla véritable faute que j'ai commise yis-^-vis demoj-méme, celle qui , cpmme je l'ai déjà dit, a été Ja première cause des accusations de tout genre (font on m'a poursuivi, car la faute n'a pas été de faire l'expédition de jGonstantine , et je dois même dire <jue }a faute n'a pas été de la faire précisément avec les forces qu'où m'avait laissées, mais la faute a été de ne pas savoir, que pour servir la France , il fallait avojr un contrat en règle passé par-devant ministres $ la foute a été d e n'avoir pas préféré ma position et ma dignité personnelle à la position et à la dignité de la France 5 la faute a été d'avoir pensé à elle et pas à moi. Et, si on venait à me reprocher maintenant la retraite de Constantine, je dirais encore : Si j'avais fait cette eypédition comme je l'entendais et à l'époque où j'entendais la faire, c'était une opération sûre j et cependant je necrqis pas avoir manqué à mes devoirs de général , de l'avoir ^entreprise lorsqu'elle présentait des chances de dangers. JLa guerre est un jeu qu'il faut rendre aussi sûr que possible 5 mais ce n'est pas un jeu devant lequel un capitaine doive reculer parce qu'il a une chance contre lui, - Cette chance, je l'ai rencontrée.

Il fallait la prévoir, m'a-t-on dit de tous côtés $ eh bien !

je déclare que, si je l'avais prévue, je l'aurais bravée, car je n'aurais pas prévu qu'au lieu de me donner des moyens de transports vigoureux et actifs , l'administration militaire n'aurait que des moyens de transports éreintés et sans vigueur; je n'aurais pas prévu que l'on ne pourrait trouver dans toute la France trente-trois prolonges que je demandais instamment , que je n'obtiendrais que le matériel usé de l'ancienne expédition de Morée ; je n'aurais pas prévu, je dois le dire, que la démoralisation serait semée dans l'armée par des hommes qui y étaient étrangers, et dont le courage nous a encore plus failli que mes prévisions. Et d'ailleurs , il faut bien le dire pour répondre à toutes ces criailleries qui jugent d'une façon si lucide après l'événement , il y a une saison de pluies en Afrique, comme il y a un hiver en France; mais cette saison ne commence pas plus à tel jour et à telle heure en Afrique que la gelée ne commence à tel jour et à telle heure en France ; et , si , en face d'une expédition qui n'aurait pas dû durer plus de huit ou dix jours , j'avais dit* — Je ne la ferai pas, parce qu'il peut pleuvoir : il est probable que les quolibets et les accusations dont on m'eût accablé eussent été d'une nature autrement violente que ceux que j'ai eus à subir. Mais, avant toute chose, il faut qu'on sache en France, pour l'instruction des généraux qui me succéderont et des critiques qui les jugeront , qu'il y a en Afrique deux époques de pluies : la première, qui s'appelle pluie de culture, et qui laisse après elle plus d'un mois sans qu'il tombe une goutte d'eau jusqu'à ce que commence la pluie d'hiver. Celte pluie de culture était tombée , le temps était redevenu heau ; mon expérience personnelle et le témoignage de tous les habitans du pays m'avaient appris qu'il y avait vingt chances pour une qu'il se maintiendrait. Malheureusement la pluie est venue, et, quand on a vu la pluie,

les habiles m'ont dit que c était la pluie que je dêvats prévoir.

Remarquez que je défends ici la position où Ton m'avait mis , que je n'en suis plus à parler d'une expédition faite au mois d'octobre, et partant de Guelma avec armée beaucoup plus nombreuse; je parle d'une pédition telle que j'avais é*té poussé à la faire , dans un temps qui m'était peu favorable et avec des ressource» minimes. Puisque j'en suis à ce sujet , je vais le compléter tout de suite. Je vais sur-le-champ vider cette querelle entre moi et mes ennemis.

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