‹ Explications du marechal ClauzelChapitre 4 sur 41 · ET CALOMNIES · texte numérisé non relu

ET CALOMNIES

On m'a d'abord reproché d'avoir été à Constantine sans connaître cette place, sans savoir au juste la%stance qui m'en séparait , de n'avoir aucune idée de ses moyens de défense et de sa position.

À cela je répondrai seulement en publiant , à la fin de cette brochure, l'excellent mémoire du capitaine Saint- Hippolyte, le plan du Beylick de Constantine, le plan de la ville de Constantine elle-même (1). Ces plans, c'est moi qui les ai fait faire ; ils étaient connus à Paris dès le mois de septembre, et si le ministère avait fait rechercher dans les archives de la guerre , il eût trouvé les travaux qui avaient été préparés dès le commencement de 1 832 par le directeur des opérations militaires. „

(!) Voir, aux pièces n* 10, le rapport de cet officier et les trois plan» qui y sont joints.

Oa vtentf mn : mais j'eus Je soin d^up^^.

Ainsi donc ce n'élnit pas Constantine seulement ^^ë je ejwnjWâsais, je coulissais e^coRe $ss JJlPJtfes ,

son pqpt , aes rues , .ses places ( puWquej> , ses mo>-

ii^es , #?s pakis ; je Am& t w QM # smmw il Majt Vmw»**} ieww par m.^uin^ st^r où*ile

toa&ihje;.je savais^ y ayajtjme partie de ■ s( ,u euceinle ^uJ n'était défendue que par Jjne cMmisje pu jauflÛUf qui ne pouvait pister à jjnejques coups (Je cauo». £ue répondre jjonc à ifis uojnswïs nui , .sans >iafprm£r de rien, avancent comme un fait notoire un fait faux, et me proposent comme une découverte admirable des plans que je connaissais mieux qu'eux et avant eux, et qui làdessus écrivent de grandes p/iges sur l'ineptie d'un général qui n'a pas la prévoyance d'un sous-lieu tenant? Non seulement ceci est malveillance, besoin de nuire, mais c'est pis encore pour ceux qui l'ont écrit, c'est sottise et niaiserie. Ce qu'ils auraient dû dire, el qui était la vérité, iï&#M'M*i y P A^aftf iJpnsi^tjïie, ayeç un may^ejflé- \?mHié$ l DM â# WW*& parla fatjgjie , je n'&i pas pu B^T,*tèW ^ canonial atje^s uuqp m'ayaijt fJonné> vers le côté de la place que je §avajs être défendu par

mmSssmw dmfcm'm&ï mi mwW ce qu'on

mm 1 àé dû?» •F*£4 1 ;fi)r'i! 1 a w >w m P «hp l'pn ap-

.afUe .Je Çplopel Pu yiyier, qui, # Ja tète de quelques çenigjnes d'bqnjmes ej ayee /Jeux gièctes f|e montagne, a fl^fl^P jusque u^fts ks memicres majspns de Gflnsfan,tjnp, el ne s'es^re^ p,ue parce qu'il u'a pas été sou^u

fluyiy^r» Jjjfee n° I f ). Que o^vie^uie^t majnfenaqt pes élonnemeijs Appuis gu'un jq^rnaj me suppose à l'aspect de ces remparts inexpugnables que je ne connaissais pas? que dois-je penser de la bonne volonté d'un ministère qui savait ce que je viens de dire , et qui laissait à son organe .

J'ave£jj£ ,au moins (jn'jj $ejrpmj)ait?

Qpm'a reprpelu; mes /olîes illu^jpns sjjr Ja recjdiunn prç.^ble (Je .Ço/i^ine : celte re^itjon n'eiit pas été seulement probable si nous étions arrivés sains et saufs feant viHe, ejje e^té sjire j car, mpme en pré$e W de ^9! re #flF*> É&fcuÇP , on a (J,éJ;béré Jro^, fpjs de suife si ypn ne se rendrait pas j Je bey Acjiroet s'est chargé de .àHW à ^ejnjs la preuve de ce oue j>vançe, car, .A^s^reniré dans Ppnsfan.tine, jf a pronopqé la mort fie ceux çui av a^eni proposé fa reu 1 d i I ion (1 ).

Je ne m'étais point laisse abuser par Joussouf ,Bey, car J^n^onf fley ayajt raison. Arrivés devant Çonsta^itine coin me nous aurions dp y arriver, Jes portes nous pétaient jnimé^alemenl ouvertes : presque personne ne songeait à défendre, et tous .les ennemis du bey Achmet ne dem^anda^nt qu> se livrer à nous ; mais quelques Kaftaïles s'étan,t. introduis (Jans la pjace avec des t,étes eje Français qu'on avait délerrés , persuadèrent aux habitans que npns ^Jfjions featjtus, anéantis, que nous jetions preb'2 nous rendre , et ils les poussèrent ainsi ( à fermer les portes de la vjlle.

Quand nous arrivâmes devant la place, ces portes étaient jouverjes; moi-même, avec un gros d'o$iciers, ie m'en approchai à une centaine de toises; les liabitans allaient et venaient sur le pont, et ce ne/ut;qu'au bout^'un cer- JilÎP tem P£ fiW I e drapeau ,ou j5 e i' u i t bissé, au'on /erma les portes, et que je premier Jjoujot parti de la place vjjit &?mber au milieu de nous, et s'enfonça dans la terre en nous couvrajjt de cjlébris. ^e le répète encore une fois , parce que c'est là une vérité incontestable, si nous étions avenus en bon état Rêvant Ponstantine, Constautine

. (1) Voir, aux pièces , n» 12, Je rapport du général jréttf.

nous eût ouvert ses portes , et, si elle les avait tenues fermées, nous les eussions facilement forcées. Toutes les chances, toutes les prévisions, étaient pour nous, excepté celles qui dépendaient du temps, et celles-là nous ont été contraires.

On m'a reproché de n'avoir pas emporté des vivres «uffisans : je publie les états officiels, d'après lesquels il est constaté que j'avais emporté pour dix-huit jours de vivres, beaucoup plus qu il ne m en fallait pour aller de Bone à Gonstantine et en revenir. La brigade de Rigny avait même un supplément de 1 1 ,000 rations de riz. ( Voir la pièce n° 13.)

On m'a reproché, et c'est un orateur de la chambre qui a inventé cet admirable grief, on m'a reproché de n'avoir pas fait faire de distributions de vivres le second jour de notre marche ; et moi je demanderai à ce général de tribune si, quand le soldat a reçu des vivres pour cinq jours, il faut encore lui en faire distribuer le second.

On m'a reproché la légèreté de mes paroles en face de mes soldats, la confiance apparente que je leur montrais : sans doute je n'ai pas fait comme certains hommes qui suivaient mon armée, je n'ai pas, quand les dangers croissaient autour de moi, je n'ai pas dit qu'il n'y avait pas de salut possible; j'ai montré de la confiance, parce que j'ai voulu l'inspirer ; j'ai laissé voir de l'insouciance, pour rie pas laisser gagner l'armée par le souci de son danger : le rôle de trembleur et d'alarmiste ne m'appartenait pasj du reste, dans cette triste expédition de Constantine, il a été assez habilement joué par un homme qui s'est fait mon ennemi, pour qu'il n'y eût plus rien à faire après lui.

Que ceux qui étaient près de moi et qui trouvaient que la galté de mes paroles était urne injure pour les frayeurs qu'ils éprouvaient , que ceux-là ne m'aient pas

défendu quand on m'a attaqué à ce sujet, je le conçois et je leur pardonne ; mais, lorsqu'un journal a osé écrire que j'avais fait alteler à ma voiture les mules enlevées aux prolonges des blessés j quand ce journal a ajouté que j'étais monté dans cette voiture pour abandonner mon armée, que pas un de ceux qui étaient dans cette voiture et qui se trouvaient à Paris ne se soit écrié sur-le-champ : Ceci est un mensonge infâme! qu'il n'y en ait pas un qui ait écrit aussitôt : C'est moi qui étais dans cette voiture où le maréchal Clauzel n'a pas mis le pied ! et qu'on m'ait réduit enfin à venir dire moi-même que durant cette retraite je n'ai pas descendu un moment de cheval, c'est odieux, c'est triste, c'est méprisable, et j'en ai rougi pour eux encore plus que pour moi.

Si ce fait avait besoin d'un témoignage auquel mes ennemis doivent avoir une grande confiance , j'attesterais celui de M. Baude, qui était, lui, dans celte fameuse voiture ; et sans doute il répondrait selon la vérité, si toutefois il a gardé la mémoire de ce qu'il a vu ou de ce qu'il a cru voir durant l'expédition de Constantine. D'ailleurs, quand il me disait sous l'influence du danger :-Dieu est miséricordieux, il nous sauvera ! il m'a donné de sa dévotion une idée qui me fait supposer que la charité n'en est pas exclue , et que ce n'est pas IW bli des services qu'il a reçus qu'il pratique chrétiennement.

Oit m'a accusé d'avoir fait périr la moitié de mon armée } je crois que, dans le premier moment d'une nouvelle si fatale, la douleur et l'irritation pouvaient pousser quelques écrivains à des exagérations déraisonnables. Mais que répondre à ceux qui, après la publication des états oflicielsqui constatent une perle de 454 hommes

(1) Voir, pièce n° 14, l'état à»t morU «t blcwéi.

éèrivenft , lâléte lèvée, quë Jrfl fait 1 ptfir ffiS riiilfîèrï cTKornrhës , que leur répondre ? sinon : Vous avez sciëmirîéilt calomnié. Dans quel fiiïl," se di/a-t-On ? fë' voici. Oîi a dit qùé deà mïlllërs aUiotàm'cs' avaïeiït ftfri à Consfarftihë : le Moniicûr a jtfodvé lë cOi/tràfrè' -, niais* tfeâtil pa's convenu (jue le Moniteur^ cnargë à*ê Mutât f ETàilleiirs, qui lira les 1 rapports des cbels de e6r> , îëS c&Iôimes du Moniteur? Qifèls sont' lés ;iuonne*s dii -/UToriilëkr? là plupart soh't des fonctionnaires trop 1 dévoués ajournement pour n'être ptf&htâf inëtifîr quâi'id iH dîfont la vérité ; au liéii c|uë nbus on n6us croira aisément. QuéUirtérèt, noûs, avoiis-rîous à mentir ? D ailleurs, ceci dfl due fois et révélé nullement , finira par passer poUr une chose vraie. Cela est tètlement bien arrivé, qu'à ce niofflerit' 6\ï dërfiàridé nia misé èii accusation pour avoir pëm fhdn ârinéc. Comptiez- vous céci? sïif dtie afiftéë dl* 7, m hbitfmes, 4b4 Hommes , un pe*u ifioiîis du quîfiziemetfcrdu travers les pluies, lës v S ëléés et parmi dès nttëeâ d'Arfibês? Mais il n'y à pas d'escarmduéhè où Fa prdpbrlityff ne sdîf'" plus grande entré fa perte él lë nombre* d'hommes engagés'. On peut irife haïr, on rjëut vouloir* nfë frfiré fusfflèf , maïs vouloir me faire filsiliéV jfoùï c'èSf le* crëiinisriië de la haine.

* Toutès" céï àceûsatidhs ont été irâpriméës ; mais cômbiëfl (fdUtrës codrcnt dans' lë ihohdë, qu'on së dit' à* l'oreille, et qu'il me faut saisir au vol? des accusations dom personne në sait' la' sourcé, et dont je riê jimi s rendre* ftersôhrie responsable* ? Toutefois if éh est uiië qut n?$m ic x p?\W; et à l^uèilé'jfe rVfoiïds, aïlrt qu'ôiijugé' paf ceUë-là ce que peuvent valoir les 1 autres.

Il a été dit qiië A. lë duc de iftortemart , ayant besoin de rations dé campagne, en avait envoyé demander a mon quartier- général. On a ajouté que mon cuisinier , et je demande pardoto à M. te dtfe de M^teittarr de le

metfre en Silène avec ntr fto'rtïrrfc si toltf placé de lu?,* on a àjotité, dîs-je, que niort cufsinier avait refusé uflé ration de biscuit pour M. te duc / mais que, M. te diic etf élanl fort pressé, il avait envoyé proposer à mon cuisÉ-' nier de la* ltii' acheter -, et Fon a affirmé que mon cuisinier dVait veridtr à Bt. le dtre de Moftémart tffffe rattoif de bfeP cuit pour la somme de cin<y francs. Enfin oit a fini par dire que M*, lè duc de Mortemar t,' fort étonné de ce qnf se passait, avait envoyé demander 4t mon cuisinier un recu de la somme ett question: •

Qtaandon est* verra* me raton ter qbc cette anecdote étrir arrivée jusqu'à Paris , car cette anecdote est vraie • quand . oitavoaltf nté fàHre croire oit' on avait cherché à* mêler mon rtonTà* l'infidélité d'un dbmestiqrie qué j'ai chassé dès que j'ai apprrs ce qn* il avait farit 5 quand* orra essayt? de me pérsuadef que c'était dans un but itîafveHlant contre moi que ce fait avait été raconté dans les salons de fcirfcy j'ai traité de folies lës mqhiémdeyde mes* amis: Jeteur 1 at appris qfte j-'érate dans d'exceltens rapports avefé M*, le duc dè Mortemârt}' je leur ai dit que Bf. de Mortemart m'avait souvent offert ses servicelr^ je leur ai montré h lettre qtfH rfrV écrite après son* départ d'ilger (1); jé teur aï dit qtfà* supposer cjae

(1) Monsieur le maréchal , Rentré de la nuit dernière dans mes foyers , an milieu de toutes

am aflcmrtréi & utim&ei ^amsm^r,ds& ffëtmt mm m

vW i^m^^ferô^rW>s^tamé (fil? vdfàitf^abTfacti^tâmifpr d'Afrique. Près de tous dans la bonne et mauvaise fortifie, j'aTirâls* ét<5 HètfPëujf de* vous ctrè utrfe, el dé dimirtu*ér te ribmbré de* trîsîes rBùtt*âW"q4iî nous affligent. A a niilicu dès contés et dés fïussetes qttt* ÏIT ffittitit ël itirtôuVlà presse débitant, invariable- danT cé <ptè je cfbfc' lS'véfîfeT f€)X dirai s! où nie In drmandè, a^ec*lïtranWî!Sc d^UTfcoT^ et la convenance d* riiï ifôflîflfc" UfeTT élève. Mais" TeBprlf ÔK pa1%*éf HT malveiUanc^stfnTla. Stjkûtâft ro* tfW jfrête, monsieur le maréchal,

M. le duc de Mortemart fût l'ennemi du maréchal Clauzel , il choisirait pour le combattre un terrain dighe de tous deux ; enfin j'ai donné ma parole d'honneur que M. le duc de Mortemart n'avait point dit cela.

On m'a accusé d'inhumanité envers les soldats : peutêtre que ceux que j'ai fait transporter dans ma tente, et qu'on y a pansés sous mes yeux , parmi lesquels j'ai passé les nuits , répondront mieux que moi à cette accusation.

On m'a accusé diavoir abandonné les morts sans sépulture, et c'est encore dans ma tente même que les morts ont trouvé un abri passager, jusqu'à ce que je leur en aie fait donner un éternel.

On m'a accusé d'avoir abandonné dé§ blessés au pouvoir des Arabes. Il est vrai que , dans un moment où j'étais au centre de l'armée pour en diriger les mouvemens contre l'attaque furieuse des ennemis , il me fut rapporté que deux prolonges avaient été abandonnées sur le plateau de Mansoura, dont j'avais ordonné l'évacuation. Mais ne sait-on pas qu'un mouvement, quel qu'il soit, ne peut être ordonné par un général en chef qu'à certaines conditions d'exécution : les premières de ces conditions, c'est qu'on ne quitte une position que lorsque le matériel, les ambulances , les blessés , ont été mis en sûreté. Ces conditions n'ont pas été remplies, on m'en renvoie la faute ; eh bien ! moi , je n'ose pas la renvoyer aux

un propos inconvenant ou mensonger, mieux que moi vous connaissez la vérité; alors je tous prie de penser et de dire : C'est faux, il n a pas dit cela.

Le duc de Garaman m'a fait part du bon souvenir du gouverneur d'Alger. Veuilles, je vous prie, présenter mes nommages à madame 1 a Maréchale , me rappeler au souvenir de vos enfans et des braves officiers qui vous entourent, et recevoir, monsieur le maréchal , la nouvelle assurance de ma plus haute considération.

8ig* le duc de MORTEMART.

chefs chargés de diriger ce mouvement, car ce fait ne" m'est pas encore prouvé; personne au monde ne peut l'attester; ce n'est qu'un de ces mille bruits fâcheux qui se répandent sans raison dans une armée. Je n'ai pas vu un seul témoin de ce fait ; il est probable ineme qu'il n'est pas vrai ; et le fiit-il , il faudrait encore savoir les circonstances exactes de cet abandon ; le même fait peut devenir une nécessité ou une lâcheté, et celui (Jul se retire, même au prix de quelques hommes, devant Un danger où beaucoup peuvent périr, celui-là fait son devoir ; tandis que celui qui perd un caisson quand il peut lë sàiiVer fait une lâcheté.

Je n'ai pas ordonne d'abandonner les blesses , paâ plus que je n'ai ordonné d'abandonner le matériel de mon armée, malgré les conseils empressés de M. Baude (1). J'ai maintenu la retraite , jour par jour, pas à pas , sans accélérer un moment tlolr* marche * au Heu de m'éehnpper durant la nuit, comme M. Baudë ttl'eh suppliait. J*ttt fait ménle opérer un mouvement rétrograde qui dissipa fitlun moment tous nos ennemis. Ce n'est pas la première fois 1 que le sort d'une armée m'a été confié, et lorsque, après la bataille des Arapiles, je ramenais 20,000 hommes en présence d'une armée victorieuse; quand durant vingt jours de marcheet cerné de toutes parts, je sauvais 20,000 Français, leur matériel, leurs munitions ; quand, dorant (once temps , je repoussais ou je trompais , sans perdre un caisson ou un blessé, les attaques persévérantes du duc de Wellington, je montrais, je le pense, quelque habileté dans l'art des retraites; je montrais quelque humanité et quelque souci sur le sort des soldats qui m'étaient confiés ; ët s'il (allait qu'on m'accusât encore de la perte de

(1 J Dans son langage militaire , M. Bande appelai! cela alMjer l'armée.

quelques hommes près desquels je nélais pas, et près desquels je ne pouvais pas être , je suppose que la France se souviendrait qu'en pareille circonstance j'ai sauvé 20,000 de ses cnfans de la mort ou de la captivité.

On s'est armé contre moi de la réclamation des officiers du 62 e ; je maintiens la phrase de mon rapport; on m'y a forcé, car voici la correspondance qui a eu lieu à ce sujet entpe le ministre de la guerre et moi".

Le 1 1 mars je lui écrivais :

Monsieur le ministre ,

L'opinion publique est en ce moment occupée de la protestation des officiers du 62*. relativement à la phrase de mon rapport qui signale la conduite du bataillon de ce régiment à qui était confiée l'escorte des vivres.

D'après la demande du colonel du 62% j'ordonnai la formation d'une commission d'enquête, elle s'assemble ; son rapport ne m'avait pas été communiqué lorsque je quittai Alger, et je ne le connais pas encore d'une manière officielle.

Vous avez reçu ce rapport , monsieur le ministre : je vous prie, quoiqu'à regret, de vouloir bien le faire imprimer dans le Moniteur, car 0 m'importe que l'opinion publique soit enfin éclairée sur cette affaire et puisse apprécier l'exactitude des faits.

Agréez, etc.

Maréchal CLAUZEL.

Le 17 mars il me répondait ;

Monsieur le maréchal ,

J'ai l'honneur de vous prévenir, en réponse à la lettre que vous m'avez fait celui de m'adresser le il mars courant, que la mission de la commission d'enquête nommée par votre ordre pour rechercher les causes de l'abandon du convoi de vivres près Coustantine étant une affaire toute d'administration intérieure , j'ai décidé , après un mûr examen , que le rapport de cette commission ne pouvait être rendu public ainsi que vous le désirez.

Vous apprécierez comme moi, je n'endoutepas, monsieur le maré-

chai, la réserve que je dois m imposer dans une matière qui interesse à un si haut point le régime intérieur de Tannée. Agréer, etc.

Le Ministre Secrétaire d'état de la guerre , Signé BERNARD,

Le même jour je protestais contre ce silence et je répondais à mon tour :

Monsieur le ministre ,

Par la lettre que vous m'avez fait l'honnc ur de m'écrire sous la date de ce jour, vous me faites connaître qu après un mûr examen vous avez décidé que, malgré le désir que j'en avais manifesté, vous ne pouviez rendre public le rapport de la commission d'enquête nommée pour l'affaire du 62°.

Il vous appartient, sans aucun doute, monsieur le ministre, de décider des mesures qui intéressent le régime intérieur de Tannée: ce droit vous l'avez, et, moins que tout autre, je vous le contesterai ; mais il me semble aussi que , comme chef de l'armée, il vous appartenait encore de ne point laisser un maréchal de France sous le poids d'imputations calomnieuses : vous seul aviez les preuves, vous seul pouviez parler, et les punitions que vous avez cru devoir infliger n'ont rien changé à ce qui m'était pcrsonneL

Je dois donc me borner, monsieur le ministre , à réclamer pour moi communication du rapport de la commission d'enquête dans l'affaire du 62*, puisque ce document vous a été adressé pendant que j'étais gouverneur-général.

Agréez, etc.

. Maréchal CLAUZEL.

Qu'on juge maintenant entre ceux qui demandent la vérité et ceux qui ne veulent pas la dire.

D'un autre côté, je renvoie ceux qui savent lire à la protestation elle mème.On a pillé , mais on a peu pillé. Singulière défense !

On a pillé du sucre et du café \ et, comme le dit un journal, on a dérangé les déjeuners du maréchal et du prince royal. Non, messieurs les hommes d'esprit, on a

pillé les médicamens des malades, car en Afrique le sucre et le café sont des médicamens. Le savez- vous? non ! eh bien ! tâchez une autre fois de vous le rappeler.

Après m'être défendu contre les accusations que je connais, peut-être me sera-t-il permis de faire mon apologie.

Je ne conterai pas de nouveau l'expédition de Constantine, le rapport que j'ai envoyé à M. le ministre de la guerre contient le récit véridique de cette campagne, et la vérité est une et n'a pas besoin d'être habillée selon les circonstances. Quant à la manière dont j'ai opéré ma retraite, qu'elle ait été ou non l'objet des critiques et des plaisanteries de quelques ignorans, elle n'en restera pas moins un fait d'armes remarquable. Lorsque j'écris cëci en parlant de moi-même, c'est que j'ai trouvé parmi les militaires instruits une approbation qui m'a soutenu dans l'opinion où j'étais, que je n'avais pas mal fait-, et s'il fallait citer les paroles de l'un de nos officiers les plus distingués en fait de guerre, je pourrais rappeler ce que M. le général Pelet disait à ce sujet : « Comme art mi- » litaire , il était plus difficile de ramener l'armée de » Conslantine que de prendre Conslantine; et quant à » moi, à part les résultats, j'aimerais mieux avoir fait » cette retraite que d'avoir emporté la ville. »

Au besoin je pourrais appuyer cette opinion de celle du ministre qui m'a destitué. Celle-ci est écrite.

Et cependant , il faut le dire , cette expédition, toute malheureuse qu'elle a été, n'a pas été sans résultat j elle nous a assuré la position de Guelmajelsil'on pensait que j'exagère pour ma justification l'excellence de celle position, je renverrai les incrédules à la lettre ci-jointe, du colonel Duvivier (1), l'une des espérances les plus bril-

(1) Voir celle lettre, pièce n» 15.

lantes de noire armée. Je lui offre ici avec plaisir ce témoignage de ma haute estime, et ceux qui liront les rapports de lui, que je publie, reconnaîtront aisément combien il mérite tous les éloges queje me plais à lui donner. À la suite de ce rapport, je n'ajouterai pas celui que j'adressai au ministre sur la conduite desofficiers, rapport que le ministre n'a pas cru devoir publier, et dont j'ai vainement demandé copie , quoique ce silence laisse planer sur moi le soupçon de n'avoir pas rendu bon témoignage du courage de mes compagnons d'armes , et m'ait valu peut-être les accusations de l'armée. Que dois-je penser de ce silence du ministre de la guerre? Pourquoi ne pas dire en vertu de quoi ont été données les cinquante-deux décorations qu'il a envoyées à l'armée? Quel bien résultera pour lui du mal qu'il me fait? En vérité tout cela est inouï ; mais puisqu'on ne l'a pas dit , je le dis, c'est sur mon rapport que ces décorations ont été données , et si l'avancement n'a pas été accordé en totalité, c'est qu'il m'a été répondu que l'expédition de Constant ine devant être refaite avec les mêmes troupes , on ajournait jusque-là les récompenses à distribuer.

Je m'arrête ici. Comme je l'ai dit plus haut , j'ai répondu à toutes les accusations que je connais ; car, s'il en est que je ne sache pas, je somme mes ennemis de les produire, de quelque peu d'importance qu'elles soient. Et c'est à M. Baude surtout queje m'adresse; empressé qu'il était lors de mon absence , de dire qu'il savait des choses si graves sur l expédition de Constanline, j'ai lieu de m'élonner de son silence depuis que je suis revenu en France. Qu'il dise donc tout ce qu'il sait, tout ce qu'il a pu apprendre sous ma tente où je l'ai reçu , à ma table où je l'ai nourri , dans ma voiture où il s'est tenu -, qu'il cesse ce métier de surveillance occulte et de dénonciation occulte qu'il a déjà commencé

par rapport à l'expédition de Tlemcen. Sachons ce qu'il est comme employé du gouvernement et comme homme. Envoyé à Alger pour une mission ostensible, qui consistait à liquider les indemnités dues aux indigènes expropriés, je le rencontre deux fois sur ma route 5 la première, suscitant des dénonciations contre moi 5 la seconde , s'en chargeant lui-même. Qu'est-il donc ? s'il agit pour son compte qu'il dise dans quel but } s'il agit pour le compte du gouvernement, qu'il dise à quel litre.

Page 1