‹ Explications du maréchal ClauzelChapitre 12 sur 62 · LEMERCIER · texte numérisé non relu

LEMERCIER

Si je ne me suis pas laissé toucher aux dernières phrases de M. Lemercier, c’est que je connaissais peut-être mieux que lui lesprit des Arabes : ainsi l’on a pu remarquer dans ce rapport qu'ils offraient de partager en frères leurs ressources avec les Francais, et de ne rien acheter au marché qu'après que ceux-ci se seraient approvisionnés. Dans la lettre suivante, on verra que Mustapha- Ben-Ismaël et tous les srands des Coulouglis de Tlemcen nous offraient de nous donner tout ce dont ils

pouvaient disposer, leurs maisons de campagne , leurs maisons de ville, leurs immeubles, c’est-à-dire tout ce qui ne pouvait nous servir à rien, lout ce qui ne pouvait nous être acquis d'aucune manière possible, c'est-à-dire qu'on nous cffrait tout cela parce que nous ne pouvions pas en Lirer parti ; et certes c’eut été prérisément cela qu'on nous eut refusé, si, au lieu d’une armée de soldats, nous avions amené une armée de colons. Du reste voici cette lettre, car je ne veux rien dissimuler de ce qui s’est passé :

Mustapha-Aga-Ben-Ismaël et tous les grands des Coulouglis de Tlemcen à M. le Maréchal gouverneur-général,

Après des complimens très-respectueux, nous avons recu votre lettre, et nous avons compris tout son contenu. Nous sommes vos sujets et vos enfans à vous qui êtes prince. Voilà six ans que nous sommes en guerre contre les Arabes en ville et au dehors; le bon Dieu ne nous avait pas éclairés sur la conduite que nous devions tenir jusqu’au jour où il nous a inspiré de nous réfugier sous les drapeaux de la France ; vous êtes venu , avec voire armée victorieuse , attaquer et repousser nos ennemis et nos oppresseurs. Vous nous demandez le remboursement des dépenses qu'a faites cette armée depuis son arrivée de France. Gette demande est hors de proportion avec nos ressources ; il est même au-dessus de notre pouvoir de payer une partie de ces dépenses. En conséquence, nous implorons votre compassion , votre sensibilité et vos bons sentimens pour nous qui sommes vos enfans , et ne pouvons supporter cette charge; car il n'y a parmi nous ni riches ni hommes faisant le commerce, maïs bien des hommes faibles et pauvres. Nous reconnaissons tous le service que vous nous avez rendu, et nous prions le bon Dieu qu'il vous récompense à cet égard. Pour nous, nous vous donnerons tout ce dont nous pourrons disposer, c'est-à-dire les maisons que nous habitons, nos maisons de campagne et autres immeubles que nous possédons ; maïs nous vous prions de nous ‘accorder un délai, car nous sommes vos sujets et vos enfans ; vous êtes notre sultan , et nous n'avons que Dicu et vous pour soutien.

Nous sommes sous vos ordres et disposés à VOUS servir comme soldats partout où vous voudrez.

Je ne sache aucun pays où, lorsqu'on demande de l'argent à ses habitans, il ne s’élève pas sur-le-champ des doléances sur leur pauvreté. En France même, on a été obligé d’armer fa loi fiscale de moyens coërcitifs qui vont jusqu’à dépouiller le contribuable de sa propriété; et c'est parce que l’on a l'expérience que ces moyens seront activement el implacablement employés, que la perception de l’impôt est parvenue à être si régulière. Mais qu'on demandat extraordinairement, si, cela était possible, une misérable somme de 10,060 francs à une ville de troisième ordre , par exemple, et immédiatement il surgirait de terre des milliers de réclamations pour aliester la pauvreté de tous les habitans de cette ville.

Je savais qu'il en serait ainsi à Tlemcen; mais Tlemcen est une ville considérable et aisée; là se trouvaient aussi les Coulouglis qui avaient pillé les Maures et les Arabes parlis avant notre arrivée. Là se trouvaient encore des hommes riches d'une foriune qui ne leur appartenait pas; e’étaient ceux qui lors de la prise d'Alger s'étaient enfuis en emportant une valeur dérobée aux trésors du dey, de près de 300,000 sequins d’or, environ 3,000,090. En Afrique, Juifs, Maures, Coulouglis ou Arabes, ne considèrent comme fortune que l'or et les bijoux qu'ils possèdent et qu'ils peuvent facilement emporter et soustraire à leurs ennemis , dans cette fluctuaton de combats, de revers et de victoires qui les met si souvent à la merci les uns des autres. Cette réserve restait toujours soigneusement cachée, et le premier cri d’un habitant de l'Afrique est de dire qu'il est misérable, parce qu'il est accoutumé aux exactions de tout genre.

Ainsi donc la lettre de Mustapha-Ben-Ismaël ne me persuada point. Je restai convaincu que les habitans de Tlemcen pouvaient payer en entier les dépenses de l'armée. Dans tout autre pays que l'Afrique, dans une

ville d'Europe, régulièrement administrée, où eussenexisté les cahiers des propriétés , de: la fortune des habit tans, la contribution que je demandais n’eût point paru exorbitante ; cependant je la réduisis à 150,000 fr.

Je ne voulus point mêler l'administration française à la perception de celte contribution; je ne le pouvais pas légalement : j'en chargeai Mustapha-Ben-Ismaël, assisté de douze habitans les plus riches et les plus considérés de la ville de Tlemcen. Cet homme exercait dans la ville ei sur les tribus environnantes une grande influence, par le courage qu'il avait montré dans la défense de Tlemcen ; cet homme était notre allié naturel; il présida à la répartition de cetle contribution, ainsi que Mustapha- Ben-el-Moukalled, qu'il m'avait désigné comme l’homme le plus capable de remplir les fonctions de bey. Tous deux demandèrent qu'un témoin de leurs opérations assistât à cette répartition, et ce fut sur le désir formel qu'ils en témoignèrent que Joussouf bey, choisi par eux, se trouva présent à la répartition.

Dès les premiers jours, les habitans de Tlemcen apportèrent, selon l'usage, des bijoux de femme pour payer leur contribution (en Afrique on va au marché avec des bijoux). Aussitôt que je l’appris, j'ordonnai que l’on cessât ce mode de paiement. Je n’ai point la lettre que j'écrivis à ce sujet; mais voici la réponse que je recus de Mustapha-Ben-Ismaël.

Mustapha-Ben-Ismaëi à M. le Maréchal gouverneur-général.

Après des complimens très-respeciueux, j'ai reçu votre lettre relativement aux bijoux des femmes et à l'argent des pauvres, dont vous ordonnez la restitution.

J'ai fait venir les Coulouglis, auxquels j'ai communiqué vos intentions ; ils vous répondent par mon organe que les bijoux appartiennent aux hommes ; ils espèrent qu’à l'abri de votre protection

ils pourront un jour en rendre de pareïls à leurs femmes, qui les ont offerts de leur propre volonté ; eux et leur famille sont vos sujets, et ils vous prient de vouloir bien les laïsser disposer non seulement de ces bijoux, maïs encore de leurs immeubles que nous mettons à votre disposition. Quant à l'argent des pauvres que nous avons exigé, d'après ce que vous nous marquez, nous avons l'honneur de vous répondre que c'est pour nous conformer à vos ordres, qui portent que les Coulouglis ont pillé, et que la contribution pèsera particulièrement sur ceux qui ont pillé la ville; nous vous prions d’accepter, sans distinction de personnes, tout ce que nous avons l'honneur de vous offrir. IL est vrai quenous avons eu tort de piller la ville, mais vous êtes plein de bonté et de générosité, el vous pardonnerez à vos enfans , sans cela nos ennemis croiraient que vous n'avez aucun égard pour nous ; mais ces sentimens ne sont pas dans votre caractère , et vous nous lraiterez comme des sujets fidèles et comme

des enfans placés sous la protection de votre drapeau.

On doit voir, par cette réponse même, que je ne voulais point que l'on fit peser la contribution sur les pauvres et qu'on acceptat les bijoux. On y remarquera aussi le fait que j'ai avancé et qui est avoué nettement dans cette lettre, c’est que les Couloug'is avaient pillé la ville. Je reçus cetie lettre le 22 janvier 1836 : voici ce que je

répondais le lendemain, 23 janvier.

Le Maréchal gouverneur-général à Mustapha-Ben-Ismaël,

Tlemcen , 23 janvier 1836.

En réponse à votre lettre d'hier, au sujet des bijoux des femmes pour faire la somme de l'imposition pour participation aux frais de la guerre , je vous dirai que je suis toujours dans les mêmes sentimens , et que je considère cela comme une mauvaise mesure qui ne doit rien produire effectivement au trésor.

Prenez l'argent à ceux qui l'ont enlevé à l’ancienne régence, qui vous sont connus et à moi aussi, et qui sont ici en assez grand nombre.

Nommez deux commissaires qui vous remplaceront pendant votre absence , et en attendant qu'il y ait un bey, |

Celui que vous m'avez désigné hier pourrait l'être; désignez-m'’en trois autres des plus capables, et je choïsirai,

Il faut que la contribution rentre vite pour assurer la solde, la nourriture et l'entretien des troupes que je laïsserai à Tlemcen.

Que les Coulouglis ne s'abusent pas, il faut qu'ils restent ici et qu'ils défendent leur pays avec l'appui des troupes françaises. Ce n'est pas à celles-ci seules à le faire , puisque les lois françaises, les

coutumes françaises n’y règnent pas, mais bien les vôtres,

Dans cette lettre, on voit encore que je défendais que l’on recüt des bijoux, parce que je pensais que l'estimation pouvait donner lieu à un trafic que je voulais éviter ; on y remarquera également que je demande que la plus forte part de contribution soit payée par ceux qui avaient pillé l’ancienne régence, et si l’on veut connaître plus particulièrement les hommes que } je ne désignais alors que d'une facon pénérale, je dirai qu’il s’agissait de Eyoul-Ouled-el-Khasnadii, d’Ismaël Nessib-el- Khasnadii, d’Ahmet Kessib-el-Khasnadii, les mêmes qui ont signé l'étrange pétition qui vient d'être remise à la chambre des députés. Je ferai un peu plus loin lPhistoire de cette pétition, et je montrerai par qui elle a été dictée et le bénéfice qu'on espère en tirer.

Mais je dois continuer, avant tout, à expliquer ce qui est arrivé relativement à la contribution de Tlemcen.

Les habitans, au lieu d’apporter les bijoux à l’assemblée des Coulouglis, les vendirent alors pour en faire de l'argent. Ces bijoux furent publiquemeut vendus au plus offrant et dernier enchérisseur. Les juifs les achetaient; il y eut quelques officiers de l’armée qui en acquirent quelques-uns , comme objets de curiosité. Les sommes provenant de ces bijoux étaient ua par les habitans eux-mêmes; ou bien les juifs qui en avaient été Le

acquéreurs devenaient re$ponsa! bles de char jue quote part

de la contribution , et leur nom remplacait celui des premiers imposés. |

Voici ce qui arriva dans cet état de choses.

Les juifs, manquant eux-mêmes de capitaux, se réunirent et s’adressèrent à M. Lasry pour qu'il garantit à son tour la detie qu’ils avaient contractée envers la contribution. M. Lasry accepta cette proposition à la condition d’entrer pour un tiers dans les bénéfices qui pourraient être faits sur la vente de ces bijoux. Voilà seulement comment M. Lasry s’est trouvé mélé à la contribution.

Il est faux, complétement faux que ni lui ni Joussouf bey aient exercé La moindre influence sur la répartition de celte contribution, ni sur les moyens employés pour la faire rentrer. Quant à la circonstance d’un fourgon appartenant au maréchal et contenant les immenses richesses qu’il rapportait de Tlemcen, il est bon de dire que les matières d’or et d'argent de la contribution de Tlemcen étaient la propriété du beylik, tant qu’elles n’étaient point payées, el comme elles ne pouvaient l’être qu’à Oran, il fallait jusque là veiller à leur conservation. C’est pour cela qu'elles trouvèrent place dans un des fourgons destinés à la suite du maréchal. M. Lasry, négociant connu dans le pays, m'avaitservi d'intermédiaire dans mes négociations avec les tribus; il était à la fois l'interprète de mes dispositions et l’agent qui les mettait à exécution. Voilà quelle était sa position quand il se trouva mélé, par le manque de fonds des premiers acquéreurs de bijoux, à l'affaire de la contribution de Tlemcen ; mais il n’eut pas à s’en occuper en ce qui regarde la répartition et la perceplion.

Et pour en finir sur ce point , il est bon de dire que celte affaire de commerce, faite entre une assez grande quantité de juifs et M. Lasry, se termina par une vente

qu. fut faite de compte à tiers avec tous ses associés , et cette vente produisit, d'après le dire de M. Lasry, un bénéfice de six à sept mille francs, qui a du être, on doit le penser, sévèrement contrôlé par tous ceux qui y avaient un intérêt; par des gens qui savaient le nombre et la valeur approximative de ces bijoux.

Voilà l'histoire de la contribution de Tlemcen, réduite à sa simple et vraie expression : les bénéfices immenses qui ont du en résulter n’ont jamais existé que dans l’imagination malveillante de certains hommes , et quant à M. Lasry, il est absolument dans la condition d’un négociant qui deviendrait l’acquéreur des meubles d’un contribuable français exproprié pour non paiement de ses contributions, et qui aurait réalisé quelques bénéfices sur l'achat et la revente de ces meubles.

Cette effroyable exaction , qui nous a valu tant de superbes phrases, se passe tous les jours sur la place du Châtelet, sans qu’on pense à accuser de friponnerie ceux qui se livrent à ce commerce. Le récit que je viens de faire répond, je le pense du moins, à quelques-unes des insinuations malveillantes d’un député sur la spoliation immédiate des habitans de Tlemcen, sur les victimes qui ont éte conduites dans l’antre du collecteur et sur les atrocités qui ont élé commises.

Sous ce rapport encore, voici ce qui s’est passé : J'avais quitté Tlemcen, lorsque j’appris que l’on avait employé des moyens violens pour obtenir la part de contribution de quelques habitans récaicitrans : ces moyens violens si odieux pour nous, se réduisaient à la bastonnade, le plus ordinaire moyen de coërcition des habitans de l'Afrique. |

Dès que j'appris ce qui se passait, | ordonnai qu'on suspendit la perception de la contribution , et elle s'arrêta à la somme de 94,000 francs. |

Mais qu'on me permetle à ce propos d’en finir avec toutes ces phrases de sensiblerie sur les violences exercées en Afrique contre les indigènés; et d’abord , à Tlemcen, il n’y avait et ne pouvait y avoir ni justice n1 administration française. Du moment qu’on en faisait un beylik avec un chef particulier, la justice et l'administration du pays avaient seules le droit d'agir : eiles le firent avec le droit et les habitudes nationales, elles le firent comme le font tous Les rajahs de l’Inde soumis à la domination des Anglais ; elles le firent comme tout pays qui accepte la suzeraineté d’une autre nation, à la condition de conserver ses lois , ses mœurs, sa religion. Du jour où l’on nommera un bey dans quelque ville que ce soit, sans en faire une ville administrée directement par les Français, le bey fera donner des coups de baton à ses sujets parce qu'il ne connait pas d’autre loi. Le jour où vous pourriez avoir un régiment anglais à la solde de la France, le colonel de ce régiment fera donner des coups de bâton à ses soldats, parce que c’est la loi anglaise, et cela se passe actuellement ainsi en Espagne. Le jour où nous avons eu des régimens suisses à notre solde, la tenue des conseils, la procédure, l'exécution des iugemens,avaient lieu selon la loi helvétique ; car, lorsque des chefs de quelque pays, de quelque civilisation qu’ils soient, prennent vis-à-vis d’un gouvernement l’engagement de se maintenir dans son obéissance, ilsne peuvent prendre cetengagement qu’à condition qu’on leur laissera dans les mains les moyens de gouverner ou de maintenir la discipline qui est dans la loi et dans les habitudes du pays .qu'ils gouvernent, ou des hommes qu'ils commandent. R

Dans l’organisation actuelle d'Alser, il ne pouvait pas en être autrement. Hors la ligne des avanut-postes, les Arabes qui nous sont soumis, ainsi que ceux des beyliks alliés, sont commandés ct administrés parles beys, sous l’auto-

rité du gouverneur-général qui leur indique Les choses à faire, et ne leur trace pas les moyens d'exécution, soit qu'il demande des soldats ou de Pargent.

Cependant ces beys ne peuvent imposer aucune contribution nouvelle sans son autorisation ; mais une fois cette contribution imposée, c’est sous leur responsabilité et par leurs soins que la perception s'opère. J'ai donc agi à Tlemcen dans ce qu'on peut appeler le droit commun de la colonie.

La question, envisagée sous ce point de vue, doit nécessairement dégager la responsabilité de ladministration française dans toutes les questions où elle n’agit pas directement sur les indigènes , et il est faux, absolument faux , que jamais l’administration française se soit mêlée de la perception de la contribution de Tlemcen. D'un autre côté, il faut le dire, je suis mal persuadé de la sincérité de certains attendrissemens sur les moyens employés en Afrique pour donner force à la justice. La manie qu’on a de supposer à tout le monde les opinions, les idées du pays qu’on habite, conduit à d’étranges erreurs, et quelquefois à de singulières niaiseries. Un Arabe peut recevoir un soufllet sans être pour cela déshonoré s’il n'en ure pas vengeance par un duel. Toutes les phrases francaises ne pourront lui persuader qu’il a manqué à l’honneur s'il ne s’est pas battu ; elles ne lui persuaderont pas davantage qu’il a été traité d’une manière barbare, s’il a recu la bastonnade en châtiment d’une faute qu'il a commise. La meilleure manière d’être barbare vis-à-vis des Arabes, c’est de leur appliquer notre lépislation civilisée. Mettez un homme en prison durant un mois pour un délit puni par la loi francaise d’un mois de prison, et l’Arabe auquel vous aurez infligé cette peine n'aura pas de termes assez forts pour exprimer son exécration contre la loi qui le prive de sa liberté,

Vous aurez beau dire que vous êtes humain, il vous trouvera implacable ; et si vous lui offrez le choix entre la prison et la bastonnade , il acceptera indubitablement celle-ci. |

Que s’il plaît maintenant aux ames sensibles de faire de l'humanité à toute force, de tyranniser les mœurs d’un peuple par humanité, de lui infliger des chätimens insupportables pour lui, par humanité; de lui faire du mal, dans le sens de ce peuple, par humanité, cela est bien loisible à ceux qui l’entendent ainsi. On pourrait cependant dire qu'ils sont comme ces gens qui, habitués à un régime hygiénique qui leur fait du bien, veulent absolument le faire adopter par un homme à qui il fait du mal, et qui refusent à cet homme la nourriture qui lui est salutaire pour lui donner , au risque de lui faire perdre la santé, la nourriture qui leur convient à euxmêmes.

Si l'opinion que je viens d'émettre paraissait peu convenable a certains esprits, si quelques-uns pensaient que l'habitude de la discipline militaire, me rend faciles les moyens de rigueur ; je ferais observer que je ne fais guère que reproduire les idées si élevées et si lumineuses de M: Laurence à ce sujet, les idées d’un homme accoutumé aux formes protectrices de la justice, et chargé de les établir en Afrique. |

Et d'ailleurs, dans cette question, nous est:l permis de raisonner avec des idées que nous n’avons pas, et que nous ne pouvons pas avoir ? Depuis quarante-quaire ans que je suis soldat, habitué au régime militaire de la France, je ne pourrais pas, sans frissonner d'horreur , voir un soldat francais frappé de coups de bâton; et cependant je ne dirai pas que le soldat anglais qui subit cette peine est déshonoré, que le chef qui l’ordonne est inhumain, que le parlement qui la vote est un assemblage

ae

d'hommes féroces , et que le peuple qui l’accepte est un peuple barbare. Y a-til si long-temps que cette punition est effacée du code criminel de la marine? et pensons-nous avoir eu dans le dernier siècle une marine déshonorée et barbare? À quoi se réduisent donc toutes ces accusatations ? à vouloir que tout le monde trouve bon ce que vous trouvez bon; à vouloir qu'on ne souffre pas de ce qui ne vous fait pas souffrir ; à vouloir qu’on trouve abominable ce que vous trouvez abominable. Ceci n’est pas la tyrannie des hommes d'action, mais c’est la tyrannie des théoriciens, la plus cruelle et la plus implacable, parce qu’elle repose sur des principes absolus. Pour arriver à ce qu'ils appellent le bien , ils ne tiennent compte de rien de ce qui peut leur faire obstacle ; ils font cent fois plus de mal pour arriver à un but qu'ils croient juste, que ceux qui veulent bien admettre qu’il y a dans les divers pays du monde des idées différentes sur le bien et sur le mal, ou, si l’on veut, des préjugés différens sur le bien et sur le mal. Et, à ce propos, je crois devoir citer une lettre d’un Arabe, à qui j'avais fait demander son opinion sur notre manière de gouverner :

Vous voulez mon opinion sur les Français et sur leur gouvernement. Je vais vous la donner et vous parler franchement.

Lorsque vous êtes venusici, vous avez publié partout que vous vouliez délivrer les Arabes de la tyrannie des Turcs, établir un gouvernement juste , faire fleurir le commerce, rendre la paix et la tranquillité aux peuples ; ceci était bien; maïs les Arabes n’ont pas compris votre gouvernement. Il ést vrai que vous les avez comblés de bienfaits, que depuis cinq ans vous versez vos trésors en Afrique, vous ne tyrannisez personne. Maïs cela ne suffit pas, et ne soyez pas étonnés que,les Arabes ne vous aïent pas répondu. Ils étaient accoutumés à un régime de fer, il est vrai; maisc’était un gouvernement; tandis que vous les avez plongés dans l’anarchie. Ce n’est pas la liberté que vous leur avez accordée , c’est la licence. Vous vous êtes.

attachés aux petites choses et vous avez négligé les grandes. Ge qui vous a tués, c’est que vous donnez tous vos soins à votre administra-

tion particulière; il ne vous reste pas de temps de vous occuper des

Arabes et de leur administration. Il y a cinq ans que vous êtes en

Afrique et vous ne les avez pas connus. Ce n’est pas tout-à-fait le

fanatisme qui les éloigne de vous; ils sont dégoûtés d’un gouverne-

ment qu'ils taxent de faiblesse. Les Arabes veulent un régime sévère. Votre bonté et vos loïs sont bonnes pour votre pays, pour vos

pays policés; maïs ici, punissez sévèrement et promptement, et n’é-

coutez pas les rapports des premiers venus , car on est intéressé à

vous tromper. N'éloïgnez pas de vous ceux chez lesquels vous re-

connaissez des talens dans les affaires; ne les dégoûtez pas du ser-

vice, et malheureusement je vois ici tout le contraire; laïssez les Français tranquilles, et occupez-vous plus souvent des Arabes. Ce

n'est pas par la guerre seulement que vous les aurez, c’est par un

régime bien entendu et par l'argent. Les Arabes sont comme les en-

fans , il faut les allécher pour les captiver. Si chez vous il n'est pas reçu de gouverner de la sorte , établissez des hommes qui sachent la

marche à tenir, et soyez persuadés qu'avant peu vous n'aurez qu à vous occuper de votre commerce.

Pour vous prouver combien les Arabes sont cruels et accoulumés à la barbarie, je vous dirai qu'un jour on fit trois prisonniers, on leur coupa la tête. Je leur fis des observations là-dessus ; je tâchai de leur faire comprendre que les Français n’en agissaient pas ainsi ; qu'ils soiguaient les blessés et les prisonniers. Je leur dis que les Français se verraient obligés d'user de représailles; maïs je ne fus pas écouté, C’est, me dirent-ils, le droit de la guerre ; et Abd-el- Kader me fit des reproches de ce que j'avais pris la défense des ennemis.

Vous changez trop souvent vos chefs; à peine un de vos grands a-t-il commencé à connaître le pays, vous le rappelez ; s’il veut faire quelque chose de bien , il est obligé d'en référer au ministre. C'est une des causes de vos peu de succès en Afrique. Vous, par exemple, qui comprenez le pays, il seraït à désirer que vous restiez longtemps, pour toujours, pour notre bonheur et celui de la France.

Vous ne ferez jamais rien seuls et sans le secours des Turcs. Je vous cite les Turcs parce que c'est la seule nation qui vous servira avec dévouement. Ils ont la même religion que les Arabes, et ils les ont commandés en maîtres pendant de longues années. Vous avez perdu la grande renommée de votre gouvernement dans ce pays,

FA

vous pouvez encore la relever ; maïs agissez de suite; faites voir que vous en êles les maîtres, et surtout appuyez vos amis et soyez fidèles à votre parole. |

P. S. Il vous faut aussi, pour votre correspondance et pour éclairer votre marche, des hommes éclairés. Car vos lettres sont peu raisonnées et ne répondent pas aux affections des Arabes. C’est un point qui doit fixer toute votre attention.

Mais il est temps de revenir à la contribution de Tlemcen.

J'avais donc suspendu ceite contribution à cause des moyens violens qu'on était forcé d'employer, et parce que je savais combien les accusations étaient avides de prétextes pour se produire; j'ai justifié devant le ministre de l'emploi que j'en avais fait : J’aporis bientôt que cette contribution était l’objet des attaques les plus vives, des imputations les plus odieuses. Au dire de mes ennemis, M. Lasry était mon agent, et j'avais du partager avec M. Lasry les bénéfices énormes qui avaient été faits sur cette contribution de 94,000 fr.

Toutefois ces bruits, qui se murmuraient dans l’ombre, ne me paraissaient pas de nature à m’atteindre, lorsque la présence d’un homme , dont la mission apparente n’était sans doute qu'un prétexte, vint leur donner une gravilé et une extension extrêmes.

L'histoire de cette affaire est curieuse.

Le juif Durand fit appeler les membres de la famille Khasnadji. Il leur dit que s'ils voulaient s'entendre avec Jui relativement à la contribution qu'ils avaient payée à Tlemcen, il se chargeait de la leur faire rendre. Cette convention était faile moyennant le tiers de la restitution espérée si on réussissait, sans que la famille Khasnadji s’engageàt en rien, si Durand ne réussissait pas. Comme on le verra par la pièce cijointe (sous le n° 16 }, une convention fut écrite entre Durand et ceux qui ré-

clamaient: Durand: partit pour Paris. En même temps, on annonçait à la famille Kasnadii l’arrivée d’un grand personnage de France qui les devait servir dans leurs réclamations. Ce personnage annoncé était M. Baude.

Ces musulmans durent en être fort surpris ; Car qu estce que M. Baude était venu faire à Alger ? IL était venu recommencer un travail déjà fait deux fois, et qui consistait à évaluer les indemnités dues pour les expropriations ordonnées pour cause d'utilité publique. Je ne sais s’il a rempli, durant le peu de jours qu'il est resté à Alger, la mission apparente qu’il avait recue; car il ne s'agissait pas moins que d'examiner les dossiers de plus de qui::ze cents réclamans ; Je ne saissi l'interprète qu’on lui avait donné, et qui, s’il connaît l’arabe écrit, ne comprend pas du moins l'arabe parlé; je ne sais, dis-je, si M. Jouannin lui a facilité cette vaste opération, de manière à ce qu'elle füt terminée en si peu de jours; mais ce que je sais, c’est que M. Baude s’empressa d’accomplir une mission qu'il s'était donnée, ou pour laquelle il n’avait pas de mandat ostensible; soit que le gouvernement lui eût ordonné de le cacher , soit que ce mandat ne fut pas de nature à être avoué.

Durand conduisit les Kasnadji au consulat de Danemarck, où s'était logé le commissaire francais, selon le témoignage de la pièce que je viens de citer, et à la quelle je renvoie encore le lecteur. M. Baude demanda à ces musulmans ce qu’ils avaient perdu ou donné dans l’affaire de Tlemcen. Ce premier jour, ils répondirent n’avoir rien perdu et rien donné, et qu'ils rendaient grâce à Dieu d’avoir été sauvés du sac de la ville. Le second jour, rappelés par M. Baude, un interprète leur dit de parler sans crainte et de ne rien dissimuler de ce qu’ils avaient perdu : ils déclarèrent alors avoir payé 18,000 piastres fortes à la contribution.

— Er couBien au MARÉCHAL ? demanda aussitôt M. Baude (1).

— Rien, répondirentils, car nous ne l'avons pas vu et nous n'avons pu rien lui donner.

Qu'on ne se trompe pas sur l’usage que je prétends faire de ce que je viens de raconter, je ne m'armerai pas de la réponse des musulmans pour ma défense, mais je m'armerai de la question de M. Baude. Elle dit dans quel esprit avait été faite l'enquête à laquelle il s'était commis ; elle frappe de suspicion légitime tous les interrogatoires qu'il a fait subir aux musulmans imposés. M. Baude nous apprend dès ce moment , comment on obtient des pièces où l'on fait parler les individus comme on l’entend, surtout quand on leur offre l'appat d’une restitution. M. Baude ne mettant pas en doute par sa question que je ne fusse un malhonnête homme , M. Baude s’est:il montré un honnête homme. Je n'ai pas touché du doigt à aucun des actes concernant la perception de la contribution de Tlemcen ; il le savait aussi bien que personne, et quand il demandait aux musulmans ce qu'on m'avait donné , il m'outrageait gratuitement à leurs yeux. S'il prend fantaisie à M. Baude de nier la véracité de la déclaration dont je viens de m appuyer, il faut que M. Baude nous apporte autre chose que sa parole pour constater la validité des déclarations qu'il peut avoir. S'il s’avise de dire que les signatures qui sont apposées au bas de cette déclaration ont été surprises, il faudra qu'il prouve que celles qu'il a obtenues n'ont pas été extorquées ; car M. Baude, par des insinualions et des réticences perfides , m'a laissé sous le poids d’une accusation de vénalité. Si cela n’est articulé nulle part, cela bourdonne

(1) Voir la pièce n° 16.

partout, etil faut que ces bruits se justifient ou se taisent, car maintenant, c’est entre vous et moi, monsieur Baude, une question d'honneur. Si elle pouvait se vider par une affirmation de l’un de nous, voici avec quelle vie passée je présenterais la mienne :

J'ai eu dans mes mains les trésors du roi de Sardaigne, et la magnifique galerie de ses tableaux. De tous ces tableaux, je n'en ai accepté qu'un (la femme hydropique de Gérardow ), et ce tabieau, je l'ai donné immédiatement au musée national : c’est le seul qui, en 1815, n’ait pas élé enlevé par les alliés, parce que c'est le seul qui venait d'un présent volontaire fait par le roi de Sardaigne.

J'ai commandé à Saint-Domingue une portion de Pile, el j'aieu dans mes mains la fortune de beaucoup de ses habitans.

J'ai commandé l’Illyrie, j'ai gouverné Raguse, j'ai élé général en chefen Espagne et en Portugal, ces deux pays où se cache la source de tant de foriunes. En 1831, j'ai eu un million de fonds secrets à ma disposition , et j'ai rendu 900,000 fr.au trésor. Dans celtemémeexpédition de Constantine, sur laquelie vous savez tant de choses, j’avais 50,000 francs de fonds secrets : j'en ai rendu encore près de la moitié au trésor. Je l'ai dit déjà et je l'explique ici plus complètement, il m'a été offert de négocier l’abandon d'Alger, moyennant la somme de cent millions pour la France, et de cinq millions pour moi. Et après quarante-quatre ans de service, je suis resté avec un patrimoine pauvre qui ne sufhrait pas à l'ambition de la carrière la plus vuigaire, un patrimoine dont la plus grande part me vient de mon père, dont l’autre ne vient que de mes économies : voilà ce que j'aurais à dire si une parole pouvait terminer une pareille discussion.

Maintenant je demanderai à M. Baude, si la sienne se présentera avec le même cortége de désintéressement.

Non que je fasse comme lui, non que je veuille soupconner un homme d'improbité, parce qu’il s’est passé autour de lui des actes contre lesquels on a récriminé, mais parce que je doute qu'il ait jamais eu, comme moi, non pas l’occasion d'extorquer quelques milliers de francs, ou de vendre des rations de biscuit à cent sous la pièce, mais l’occasion de faire une de ces fortunes royales dont la splendeur fait oublier l’origine.

À la déclaration dont j'ai parlé plus haut, j’en joins d’autres qui affirment qu'Ibrahim, ancien kaïd de Tlemcen, et Monny, son épouse, ont avoué qu'ils n’avaient jamais vu Mustapha-el-Moukalled, qu'ils n'avaient jamais rien donné à M. Lasry, ni à litre de contribution, ni à titre de cadeau, mais que les déclarations que vous avez recueillies à Alger {eur ont été dictées par la peur (1). Du reste, ces déclarations ne m'appartiennent pas; elles ont été envoyées à M. Desasard , délégué de la colonie; elles m'ont été offertes par un homme qui, ayant eu occasion de connaître et d'étudier à fond ces affaires, s’est senti indigné en apprenant la manière dont M. Baude avait exercé Sa mission.

En tout cas, je n’en fais pas usage pour ma défense. Le jour où on m'opposera des témoignages, j'opposerai des témoignages; mais tant qu’on se tiendra timidement dans un système d’insinuations perfides, je répondrai par des dénégations formelles, et je dirai à mes ennemis : Parlez, et je répondrai.

Toutefois ces déclarations sont un commentaire curieux de la pétition qui vient d'être déposée à la chambre des députés ; elles disent à quel taux on négocie ce qu’on appelle la justice de la France, et pour peu que cela continue, il s'établira un tarif à trente-trois pour cent, moyen-

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(1) Voir les pièces n° 17.

nant lequel on se chargera de réclamations faites au: moyen de la calomnie.

Quant au taux de la somme réclamée par la famille Kasnadji, qui dans l’état de répartition qui m'a été fournipar le bey Mustapha-el-Moukalled se monte à 30,000 fr. environ, qu'on me permette de citer un fait qui démontrera de quelle manière les Arabes entendent le plus souvent le système de réclamation.

Lorsque M. le duc de Rovigo établit sur les habitans d'Alger la contribution dite des laines, cette contribution éprouva tous les obstacles possibles, et l’un des habitans les plus riches de la ville, Hambdam, par exemple, ne se décida à payer que par la crainte de l’emprisonnement, et encore n’acquitia-t-il la somme à laquelle il avait été taxé que par petites portions et toujoursen protestant de sa pauvreté malgré la connaissance générale que toute la ville avait de son immense fortune.

Ce fut l'administration des domaines qui percut cette contribution et qui donna à chaque contribuable un récépissé à talon de ce qu'il avait versé. Plus tard, lorsque le gouvernement eut désapprouvé la mesure prise par M. le duc de Rovigo et eut ordonné le remboursement de la contribution, les réclamations arrivèrent en foule ; mais chacun avait perdu le récépissé de l'administration ; et chacun ignorant que l'administration avait gardé bonne note des sommes recues, chacun demandait deux, trois et quatre fois la valeur de ce qu'il avait versé. L'administration paya selon les comptes qu’elle avait tenus, mais que M. Baude me dise qu'il n’y a pas encore à Alser des hommes qui prétendent que, dans cette affaire, ils n’ont pas été remboursés du quart de ce qu'ils avaient donné!

Après avoir fait d'une manière si complète et si remarquable les affaires des habitans d'Alser, M. Baude faisaitil aussi celles des habitans de Tlemcen, et comptait-il

demander aussi pour eux des indemnités à la France et en régler le montant ? S'il en était ainsi, il ne faudrait pas qu’il se prévalüt vis-à-vis de personne de cette idée de restitution, car moi-même, voyant quel blâme on jetait de toutes parts sur la contribution de Tlemcen, je ane crus pas devoir montrer une résistance trop absolue à des clameurs qui me paraissaient cependant injustes d’une part, et puériles de l’autre. Je proposai donc qu’on commencçat par rembourser aux contribuables la part de la contribution qui n'avait point été employée, 44,000 fr. environ, sur 94,000 fr. Mais comme j'avais trouvé un ministre tout prêt à me blämer, ou à me laisser blâmer quand j'avais demandé cet argent, je trouvai de même un ministre tout prêt à garder cet argent lorsque je proposai de le rendre.

Cette lettre peut servir de commentaire au système de haute réparation que le ministère fait préconiser par lui ou par ses agens.

Caril est bon de dire en passant qu’on avait une telle considération pour les Arabes, que, le maire d’Alser s’étant avisé de dire à M. ledue de Nemours que le croissant plierait devant le drapeau français, on destitua immédiatement ce fonctionnaire comme ayant insulté à la nationalité arabe. |

Je n'en ajouterai pas davantage à ce sujet, car je ne sache pas que je puisse dire encore quelque chose à M. Baude. À des accusations formelles on répond par des faits formels; à des insinuations perfides, et pour ainsi dire insaisissables, on répond par le récit exact de la vérité; et malheureusement on m'a forcé à dire toutes les vérités ; on m'a forcé jusque dans le silence que je voulais garder; on.m'en a arraché violemment, tant on pensait qu'il y avait beau jeu, dans un certain moment, à me jeter toutes les accusations à la face.

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