‹ Explications du maréchal ClauzelChapitre 30 sur 62 · ET SUR LAQUELLE IL Y A EU DÉLIBÉRATION DU CONSEIT · texte numérisé non relu

ET SUR LAQUELLE IL Y A EU DÉLIBÉRATION DU CONSEIT

Monsieur le ministre,

Conformément aux ordres que vous m'avez donnés, j'ai l'honneur de vous soumettre le résumé des diverses opinions que j'ai reçu mission d'émettre auprès de vous, au nom de M. le maréchal Clauzel, tant sur la situation actuelle de nos possessions dans le nord

de l'Afrique que sur les différens systèmes entre lesquels il faut choisir.

Discuter sur le passé, Sur ce que l’on a fait, sur ce que l'on na pas fait, sûr ce que l’on aurait dà faire, ce serait chose inutile et futile aujourd hui. Îl faut prendre f'état présent et discuter l'avenir.

On suit en ce moment, comme on l'a fait depuis six ans, un sÿsième d'occupation du littoral de l'ex- -régence depuis Bone jusqu’à Mostaganem.

Pendant les premièrès années on a obtenu avec les Arabes des relations qui ne constituaient en réalité ni la paix ni la guerre ; nous hésitions, ils attendaïent et observaient. Nous espérions sans doute exercer sur eux uné influence progressive, et reconstituer à notre profit un gouvernement à peu près régulier , et une domination semblable à celle que les Turcs exerçaient avant nous sür la race indigène.

De cet état de choses, qui n'était ni la paix ni la guerre, nous

avons passé à une situation qui participait et de la paix et de la guerre. Ensuite nous en sommes venus à l'élat de guerre dans la province d'Oran, puis à la guerre énfin, sur presque tous les points où nous avions pris position.

" Get élat d’hostihités à pris depuis deux ans un caractère plus prononcé, surtout de la part des Arabes; et, comme, dans une semblable situation, la question militaire est celle qui domine les autres et qui doit être avant tout décidée, la véritable difficulté consiste dans la fixation de l'effectif des troupes à entretenir en Afrique, selon que l'on voudra ou rester dans les limites de l'occupation actuelle ou les resserrer, ou bien enfin les étendre , en passant d’un système d'occupation du littoral à un système de domination , d'organisation, de colonisation, de civilisation.

Si lo admet que notre situation politique et militaire ait subi les différentes phases énumérées plus haut, on conviendra :

Que, si, dansla situation qui n’était ni la paix ni laguerre, on pouvait pratiquer tel ou tel système , avec tel ou tel effectif de troupes, il fallait plus tard , pour mettre à exécution le même système, un effectif plus considérable ;

Qu ilen fallait ensuite un plus considérable, 1x ‘sque l’on est arrivé à l'état de guerre sur tous les points de l'occupation ;

Qu'enfin il en faudra un plus considérable, à mesure que la

LA

guerre prendra un caractère plus sérieux, par suite d'une plus complète union des différentes races ct des différentes tribus , par suite surtout d'une plus entière soumission à un même chef, reconnu et accepté par une nalion régénérée.

Examinons maintenant quel est le système dans lequel nous sommes , quel est le nombre de soldats avec lequel il est, pratiqué ; si ce nombre est convenable, exagéré ou insuffisant ; puis nous rechercherons quelles sont les fins auxquelles il peut conduire.

Sauf l'occupation de Tlemcen, nous sommes restés dans un système d'occupation du littoral de l’ex-régence.

Nous praliqüons ce système avèc un effectif de 31,000 hommes, en y comprenant les services administratifs des subsistancés et des hôpitaux.

En recherchant comment est réparti cet effectif, on reconnait, Ja situation d'emplacement à la main, que, dans la province d'Oran, les différens postes convenablement occupés, il reste une force disponible de 5,000 hommes, tant pour repousser les Arabes, lorsqu'ils viendront nous bloquer et nous attaquer, que pour côommiuniquer avec Tlemcen, afin d'y approvisionner ou d'y renouveler la garnison. L'emploi de ces 5,000 hommes va notamment se trouver justifié par la nécessité d'aller incessamment conduire 4 Tlemcen un approvisionnement de blé pour tout l'hiver (jusqu'au 1% mai prochain ).

On voit qué dans la provincé d'Oran l'effectif actuel est suffisant, mais qu'il ne saurait être diminué.

Dans la province d’Alger et Tittery l'effectif actuel est de 11,500 hommes. C’est là que se trouvent centralisés tous les services administratifs, et les non-valeurs y sont, par conséquent, dans une plus grande proportion. Lorsque la ville et les postes du dehors sont convenablemenñt occupés, en faisant d’ailleurs emploi de la garde nationale, dés compagnies de discipline, des pionniers, enfin de tout ce qui peut concourir à un service de garnison, il reste disponibles 2,500 hommes de toutes armes, et, dans un cas pressant, on peut porter ce chiffre à 3,000 hommes.

Là il y a insuffisance de 1,500 hommes , au moins. Faute d’envoyer ce renfort à Alger, la position défensive est incomplète, et de fâcheux événemens pourraient en être la conséquence.

À Bougie l'effectif est en raison rigoureuse de l'étendue des retranchemens dans lesquels les troupes sont renfermées, Il est impossible de les diminuer.

Enfin, à Bone l'effectif se compose de trois bataïllons :

Du pen EE SCT Homes DONS ROC RE GAS PO

De E00 Turés. hu, Se Rene <" Jr00 Chasseurs et spahis.........,,..... 900 chevaux. GED N ee TS Ts VE OR ol Rhone ACOILEPIE 21 00 de Ve CU. SR NE INURERRS

ere

Total de toutes armes. ...,,,.,.... 4,350

Dont 2,700 hommes d'infanterie française seulement.

Pour l'occupation de ce point du littoral, l'effectif ci-dessus est sans doute aujourd'hui suffisant. On pourrait même, à la rigueur, le réduire quelque peu, s'il ne fallait pas considérer que le séjour de Bone est le plus malsain de la régence , et que, par conséquent, l'effectif disponible éprouve par momens une grande diminution.

Maintenant, si l’on admet l'expédition de Constantine, on laissera 2,000 hommes environ, tant à Bone qu'à la garde du camp de Dréan,

et l’on aura disponibles, savoir :

Infanterie française. .............,.. 700 hommes. Jnfanterie tarde. RL Ne. 400 Cavalèrie RNA ne es An 800

Génie et artillerie. , seeooe.osoosose 300

J'otal, US INEEUES 2,200

Aïnsi se trouve justifiée la demande de 6,000 hommes d’infanterie.

Savoir : Pour l'expédition de Constantine... 4,500 hommes. Pour renforcer la division d'Alger... 41,500

On ferait donc l'expédition de Constantine avec 6,700 hommes de troupes , auxquels on adjoindrait le plus grand nombre possible de cavaliers indigènes auxiliaires, que l'on païerait pendant la durée de l'expédition. - |

Ici va-t-on sorlir, comme à Tlemcen , du système d'occupation du littoral ? c’est-à-dire laissera-t-on garnison à Constantine ?

Aller à Gonstantine sans y laisser garnison , ce serait avoir frappé un coup d'épée dans l’eau. Y laisser sans appui un bey de notre façon, en admettant qu'il y voulût rester, ce serait nous exposer à le voir, après notre départ, massacré, lui et toux ceux qui auraient pris parli pour nous. Un pareil résultat de l'expédition serait affreux !

Laisser garnison à Constantine, c'est, il faut le reconnaître, se mettre dans l'obligation de conserver, au moins pendant une année, à Bone et en avant de Bone, les 5,000 hommes environ qui reviendraient de Constantine, puisqu'il faudrait s'assurer la possibilité, à tout événement, de communiquer avec Îles troupes laissées dans la ville conquise. En sorte que, si l’on s’en tenait là, sans adopter un système de domination de l’exrégence, on voit que l'effectif qui deviendrait nécessaire pour une occupation du littoral, plus Tlemcen et Constantine, serait de 37,000 hommes, y compris les services administratifs des subsislances et des hôpitaux.

Pour passer de cet état de choses à un système de domination du pays, que faudrait-il de plus ?

. AOran, 1,000 hommes ; à Alger, 4,000 hommes. Totai des troupes françaises. . CR 42,000 hommes, Il conviendrait d'y joindre 3,000 hommes

de troupes indigènes soldées, cï.......... 3,000

me TT

Total 4:20 45,000

Tous ces calculs, déja supérieurs à ceux présentés il y a peu de temps, grossiront à mesure que l’on avantera vers un état de guerre plus acharné de la part des Arabes; à mesure que leur plus grande union et leur plus grande soumission à un méme chef les rendraient plus redoutables. D'autres causes, qu’il est inutile d'énumérer ici, ont d’ailleurs bien affaibli notre position en Afrique, comparativement à ce qu’elle étail il y a quelques mots.

Maintenant, par opposition à l'effectif que nécessiterait un système de domination , veut-on entrer dans le système qui tendrait à limiter l'occupation? c’est-à-dire, veut-on marcher à reculons? c’est-à-dire encore, veut-on commencer à abandonner les possessions françaises dans le nord de l'Afrique ?

En évacuant Tlemcen, la Tafna, Arsew, Mostaganem et Bougie, et se renfermant dans les murailles d'Oran etde Bone, maïs en çonservant un peu d'air pour respirer, à Alger,

On pourrait placer à Oran..... 4,000 hommes.

à Bone..... 3,000 (à cause des maladies).

à Alger..... 15.000

Total. ..,:1 22000

Il me reste à émettre mon opinion sur les différens systèmes d’après lesquels nous avons successivement admis les différens effectifs des troupes à entrelenir en Afrique.

L'évacuation d’une parlie des points occupés aujourd'hui serait, sauf erreur de notre part, bien entendu. un commencement d'abandon de l'ex-régence.

Le système d'occupalion du liltoral. avec ou sans Tlemcen, ce serait la guerre tous les jours, avec ses chances diverses , sans possibilité d'exercer de l'influence, de gouverner, ni de coloniser. Ce serait, à coup sûr, Lôt ou tard, en cas de guerre continentale ou maritime, se réserver la nécessité d'abandonner l'Afrique; ceserait, en attendant, dépenser 30,000 hommes et 30 millions tous les ans.

Le système de domination de l’ex-régence ? ce serait dépenser davantage pendant deux ans , autant pendant deux ou irois autres années, moins ensuite, dans une progression dont on ne peut prévoir ici ni le décroïissement ni le terme; ce serait coloniser, et par conséquent produire, el par conséquent arriver à des compensations ; ce serait acquérir de la force dans la Méditerranée et dans l'Orient; ce serait occuper une partie de l'armée, et former des officiers ; ce serait un système grand, hardi, peut-être ; mais ce serait aussi plus en rapport ayec la grandeur de la France, plus satisfaisant pour d'opinion publique , qui, à tort ou à raison, tient à cœur et à honneur la conservalion des possessions françaises dans le nord de l'Afrique.

Pour copie conforme ,

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