‹ Explications du maréchal ClauzelChapitre 6 sur 62 · TLEMCEN · texte numérisé non relu

TLEMCEN

Et d’abord il faut dire que la citadelle de Tlemcen se trouvait occupée par les Turcs nos alliés, qui la défendaiïent en désespérés contre Abd-el-Kader.

Plusieurs mois avant l'expédition, il n’était question, dans ma correspondance avec le gouvernement , que de la nécessité d’aller sauver les Turcs et Coulouglis de Tlemcen, dont la résistance mettait un obstacle immense au développement de la puissance d’Abd-el-Kader. Chaque jour on faisait assurer les assiégés qu'ils seraient incessamment secourus par les Français, et ces assurances étaient données avec l'agrément du gouvernement.

Certes le ministre de la guerre d’alors, moins que tout autre, ne pouvait méconnaître combien il était important de ne pas laisser tomber Tlemcen au pouvoir d’Abd-el- Kader. Que manquait-il à ce chef devenu si puissant après

l'affaire ‘de la Macta ? C'était une place d'armes, une ville fortifiée, populeuse, riche, commercante, et dont la possession püt assurer et rendre utiles et faciles les communications avec Maroc.

Il lui manquait Tlemcen enfin ; et s’il s’en füt rendu maître, il devenait tellement fort par ses propres ressources et par les secours efficaces qu’on n’aurait pas hé- | sité à lui donner et qu’on lui aurait fait parvenir avec facilité, qu’il n’eût plus été possible d’abattre sa puissance sans une très-nombreuse armée.

Que voulait-on après l'échec de la Macta, et lorsqu'on préparait et ordonnait l'expédition de Mascara ?

On voulait évidemment détruire la puissance d’Abd-el- Kader, qui nous tenait étroitement bloqués dans Oran, qui prétendait déjà exercer son autorité souveraine de l’autre côté du Chélif et jusqu'aux portes mêmes d’Alser, car il était venu établir des autorités en son nom à Blida et même à Coleah.

Cet état de choses était intolérable. On le comprenait très-bien à Paris, et l’on ordonnaït de vigoureuses opérations dans la province d'Oran.

La délivrance des Turcs et Coulouglis de Tlemcen était nécessairement comprise au nombre de ces opérations , car le souvernement ; après leur avoir promis du secours depuis plusieurs mois, ne pouvait les laisser égorger jusqu’au dernier. Le danger étaitimminent, les Turcs étaient réduits aux dernières extrémités ; tous autres se seraient vingt fois rendus, ils mangeaient leurs sandales. Mais ils nous attendaient.

Tout cela est si vrai, qu'une fois les troupes rassemblées à Oran, et lorsque son altesse royale le duc d’Orléans s’y trouvait avec moi, on se demanda si l’on commencerait la campagne par la prise de Mescara, ou si l’on ne devait pas plutôt se rendre d’abord à Tlemcen.

Et l’on a osé dire eependant , l’on à répété partout, que le gouvernement n'avait pas autorisé cette expédition. On'a lancé ce petit mensonge dans la chambre, et on Pa laissé s’accréditér dans le pays. On savait cependant que c'était un mensonge. Maintenant voici ce qui est la vérité.

Lorsque Le ministre réconnut que la commission du budget (session de 1836) était défavorable à l'Afrique en pénéral, et qu’elle désapprouvait tout ce qui avait été fait par le gouvernement , on ne trouva rien de mieux à faire que de se décharger sur moi de Ha plus grande part possible de responsabilité, et l’on insinua dans là commission que l’on n’avait pas positivement autorisé l'expédition de Tlemcen. Plus tard , il est vrai, M. le maréchal Maison déclara aecepter vis-à-vis de la chambre la responsabilité de l'expédition, mais en se réservant toutefois de contester l'autorisation qu’il m'avait donnée.

Aïnsi, après m'avoir donné l’ordre de venger une défaite et d’abattre la puissance d’Abd-el-Kader, qui menacait alors de nous chasser de l'Afrique, on désavouait mes opérations comme général en chef, bien qu’elles fussent évidemment conformes aux plus simples notions de la guerre et de la politique.

Ce fut le premier acte de ce système timide, qui consistait à me charger d'exécuter des ordres toujours complets verbalement, mais que l’on se réservait dans les dépèches officielles de rendre obscurs, incohérens, quelquefois même douteux par les plus machiavéliques réticences. |

Je le comprenais si bien, que voici ce que jéerivais. à ce sujet d'Alser, le 17 mars 1836, à mon aide-de-camp, M. dé Rancé, à Paris.

.….. « Enfin, mon cher commandant | je ne eonce-

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