LA LA
vrais pas que le gouvernement voulut laisser imparfait ce qu'il ordonne. Il n’est pas vrai que j'aie retenu ici des troupes sans l'autorisation du ministre; vous savez que J'ai renvoyé le 10° léger en France, avant d’en avoir recu l’ordre.
» Il n’est pas vrai que je fasse des expéditions pour le plaisir de combattre ; mais il est vrai que je ne demande pas des instructions à cinq cents lieues de moi, lorsque j'ai besoin d'agir sur-le-champ.
» Il n'est pas vrai que le ministre ne fut pas instruit de mon mouvement sur Tlemcen. Ses lettres prouvent le contraire , et si l'expédition de Tlemcen n'eut pas été faite, nous eussions fait preuve l’un et l’autre de peu de capacité, ou plutôt d'incapacité.
» Demandez que le budget d'Alger soit mis en discussion le dernier, j'arriverai à temps et je donnerai des explications satisfaisantes,
» Je regrette de voir que les adversaires de la colonisation soient parfaitement d’accordavec ce que demandent les Arabes et les Maures, qui, les uns et les autres, veulent les mêmes moyens pour nous faire arriver au même but... l'abandon.
» Le système de l'occupation des points militaires exige plus de monde à Oran, Alser et Bone, qu'il n’en faudrait aujourd'hui pour mettre à exécution le système que nous voudrions suivre, nous, au grand mécontentement des Maures et des Arabes, il est vrai, mais à notre avantage incontestablement.
» J'obtiendrai l’année prochaine économie sur les dépenses et augmentation de recettes; mais il faut ne pas me combattre, il faut agir de bonne foi avec moi. Dites à nos amis et à nos adversaires que je ne fais des expéditions que lorsqu'elles sont commandées par la nécessité, et que lorsqu'ils voudront mettre les troupes et
» moi dans une position peu honorable, je laisserai la » place à qui voudra la prendre. Je préfère qu’on me re- » tire le commandement plutôt que de continuer à faire » preuve ici, malgré moi, d'incapacité. »
Que se passaitil donc réellement en Afrique lors desexpéditions de Mascara et de Tlemcen? ce qui s’est passé lors de l'expédition de Constantine, ce qui a toujours existé depuis six ans.
Le gouvernement ordonnait et préparait la guerre, mais il indiquait que très-vaguement ses plans et son but ; ce qui se conçoit , puisqu'il était toujours dans l’incertitude de ce qu’il voulait, ou dans une pensée secrète contraire à un établissement sérieux en Afrique. Si je le pressais de s'expliquer et proposais des plans pouvant conduire à un résultat , on me répondait verbalement d’une manière satisfaisante, et par les dépêches officielles, on ne disait ni oui, ni non; on acceptait avec des restrictions , des contradictions, des doutes, etc. Pendant ce temps les choses se faisaient, mais sans ensemble, sans vigueur, sans les moyens nécessaires et surtout sans les résultats que l’on aurait obtenus si le gouvernement eût agi différemment.
Aussitôt une chose faite, au lieu de lui donner de la suite, comme Je devais l'espérer, on se plaignait de ce qui avait été fait, on me désavouait, on rappelait les troupes, on ordonnait des réductions dans les dépenses; enfin on agissait aussi activement pour défaire et pour perdre les fruits de ce qui venait de se faire, que l’on avait agi mollement pour entreprendre ce qu'il eüût bien mieux valu défendre positivement au lieu de l’ordonner.
En effet le gouvernement veut venger la défaite de la Macta. Il veut secourir les Tures et Coulouglis de Tlemcen; il veut abattre la puissance menacante d° Abd- elpre Il le veut bien positivement,
Voici ce qu'il m'écrit à ce sujet:
« Qu'Abd-el-Kader se soumette, qu'il reconnaisse sans » condition l'autorité du roi dans la personne du gouver- » neur-général, et nous le laisserons en repos.
»,... I ne vous aura pas échappé, monsieur le maré- » chal, que le traité du 26 février 1834, s’il a pacifié la pro- » vince d'Oran, avait donné à l’émir un pouvoir qui ten- » dait sans cesse à s’accroitre et qui devenait nuisible à » nos intérêts politiques. Il faut donc anéantir jusqu'aux » traces de ce traité, car un nouvel arrangement qui en » reproduirait quelque partie ferait de nouveau d’Abd-el- » Kader une puissance, » (Voir lalettre ministérielle , » pièce n° 2, du 5 janvier 1836).
».. Je pense que vous ne voulez négocier avec Abd-el- » Kader que comme avec un sujet. Le traité du général » Desmichels a été aboli par l'émir, il ne faut pas le re- » nouveler, l'intérêt de la France s’y oppose.» (Voir la dépêche télégraphique, en date du 4 janvier, pièce n° 3.)
Ceci était suffisamment positif. En même temps le gouvernement envoie des troupes à Oran. L'héritier du trône s’y rend en personne. Toutefois aucun des moyens nécessaires pour bien réussir ne sont réunis. Les. moyens de transport. manquent entièrement. On parvient à se les procurer dans le pays. On doit combattre vingt mille caväbers, et l’on n’a pas de cavalerie. Heureusement je manœuvrai, el nos soldats combattirent de manière à s’en passer ; mais on sait qu à la guerre il n° y a pas de résultats utiles sans cavalerie.
Au retour de Mascara, Abd-el-Kader étaitil soumis, sa puissance anéante ? Non, quoiqu'il l'eüt dit lui-même un moment , quoiquil eùt renvoyé chez elles les tribus de l'est qu'il avait soulevées. Car quelques jours après, il courait vers l’ouest, il soulevait le pays et se réunissait à
son kaïd Ben-Nouna, qui tenait Tlemcen assiégée. Il s’emparait de cette ville et réparait ainsi la perte de Mascara.
On va donc à Tlemcen, car c'était de toute nécessité ; on y va, car il avait été précédemment bien entendu que l'on irait, L'expédition a lieu. La citadelle est occupée par nos troupes, la ville par les Coulouglis, et le but proposé par le gouvernement est alors atteint, mais alors seulement. Abd-el-Kader n’a plus le prestige de la victoire, Mascara ne lui présente plus un refuge, qu'il est obligé d'aller chercher sous la tente; il n’a plus l’espérance de s'emparer de Tlemcen; il est fugitif, errant ; il a perdu une grande partie de son influence ; encore quelques efforts, et sa puissance sera entièrement détruite. |
Mais dé même que le gouvernement n'avait pas tout fait pour assurer le succès de l'expédition de Mascara, de même il désavoue l'expédition de Tlemcen dès qu'elle est faite : il me reproche d’y avoir laissé garnison, rappelle sur-le-champ les troupes en France ; il ne néglige rien ; en un mot, pour perdre le fruit de cette campagneet pour laisser à Abd-el-Kader le temps et les moyens de réparer ses revers, et de rallier de nouveau les Arabes en leur faisant comprendre que le gouvernement renonce à tout projet de domination, et regretie jusqu'à ses succès.
Pendant qu'on me désavouait à Paris, voici cependant ce qu'on m'écrivait à Alver.
» J'ai vu par votre dépêche télégraphique du 18 décembre que vous vous disposiez à faire l'expédition de Tlemcen. Si la saison ne contrarie pas vos projets, le moment d’abaitre complètement l'influence d’Abd-el- Kader semble en effet devoir être celui où vous venez de détruire son pouvoir à Mascara. J'attends avec impatience vos premières dépêches, pour savoir le résultat de
vos opérations sur Tlemcen. » (Voir pièce n° 4, la lettre ministérielle en date du 5 janvier 1836.)
Ceci est, je suppose, une autorisation formelle. Toutefois, on ne s’arrête pas à des dénégations, et l’on met en train le système des calomnies, ou bien on les regarde passer sans les arrêter. Maintenant je sais qu’on en avait besoin contre moi.
Que s’est-il passé cependant qui ait pu y donner lieu? Voyons.
Maître de Tlemcen , je comprends tout ce que la possession de cette place a d’important : quiconque sait un peu la guerre le comprend également, je veux y laisser garnison. Je ne veux pas qu'elle soit à la charge de la France. J’ordonne une contribution de 150,000 francs. Cette contribution est levée par les chefs tures, coulouglis et arabes. Ils acceptent des bijoux selon l'usage; Je le leur défends. Ils commettent ce que nous appelons des violences. Lorsque j'apprends les moyens qu’on emploie, j ordonne que l’on cesse de lever la contribution, qui n'avait encore produit au trésor que 94,000 francs.
En raison de ces faits, mes ennemis ( me considérant ici comme représentant le parti qui veut réellement notre établissement en Afrique ) se liguent avec les Maures et Arabes qui travaillent activement contre nous.
Ils écrivent, et ils envoient à Tlemcen des agens qui disent à ceux dont on a pereu l'argent et vis-à-vis desquels on a usé de violence :
« La manière dont la contribution a été levée est inusitée en France. Nous pouvons tirer un grand parti de ce qui s’est passé, et non seulement nous vous ferons rendre ce qu'on vous a pris, mais nous vous ferons grandement indemniser de ce que vous avez souffert. Élevez de vives
réclamations , formulez des plaintes améres , accusez le maréchal et les chefs des indigènes qui servent avec les Français; adressez des pétitions à la chambre des députés... et puis laissez-nous faire, nous exploiterons tout
cela à notre facon. »
Dès lors commence contre moi un système d’insinuations perfides, de calomnies, d’attaques secrètes, de menées dont nous voyons aujourd'hui les effets.
Mais à ceci je dois une réponse particulière et formelle. Jai annoncé que je traiterais spécialement la question de la contribution : je reviéns au système suivi envers moi par le gouvernement, et je lui dis : Pourquoi, l’année dernière, lorsque je reviens à Paris, lorsqu'il est question, dans une longue discussion à la chambre, et de expédition et de la contribution de Tlemcen, pourquoi ne suis-je pas destitué par le gouvernement? C’est qu'on trouve encore mon système trop populaire en Afrique et en France pour oser le frapper; c'est qu'on n'a pas pu obtenir encore des plaintes, des accusations du genre de celles dont j'ai parlé tout-à-l’heure ; c’est que le cœur ou la conscience manque pour oser soutenir toutes ces infamies.
L'on me dira aussi peut-être : Pourquoi n’avez-vous pas donné votre démission?
C’est parce que j'avais engagé eu Afrique trop d’intérêts particuliers à me suivre pour les abandonner si brusquement ; c'est que les colons étaient venus à ma voix, et que je ne voulais pas faire une question d'intérêt personnel d’une question de colonisation.
C'est surtout qu'il se trouve à la tête du cabinet un homme qui entreprend de faire enfin quelque chose en Afrique avec l'Afrique, et avec lequel je pouvais m’entendre.
C'est alors que commencent les relations et les rapports politiques et militaires, concernant l’Afrique, entre moi et M. Thiers, président du conseil.