‹ Explications du maréchal ClauzelChapitre 60 sur 62 · PIÈCE XVI · texte numérisé non relu

PIÈCE XVI

Nous soussignés, certifions sur notre ame et conscience, qu’à l'arrivée de la famille de Kasnadji-Joub fils, et Hamed son beau-frère, venant d'Oran, ils ont réclamé nos services pour soigner leurs intérêts de Tlemcen.

Huit à dix jours après est venu le domestique de Durand-Juda, qui les faisait appeler, ils s’y sont rendus, et à leur retour nous leur avons demandé l’objet de leur visite. S'il veut vous acheter, leur avons-nous dit, la moitié de la maison, c'est inutile, nous l'avons vendue en votre absence, vous nous en aviez donné pouvoir ; c'est à M. Raymond. — Non, nous ont-ils répondu, ce n'est point pour la maison ; il voudrait acheter un navire à compte à demi. Depuis cette époque ils ont continué leurs relations secrètes avec Durand. Nous avions craint qu'il ne voulût s'emparer de la vente de quelques bijoux que nous tenions à vendre et que réellement nous avons

vendus à M. Bradaham; nous n’en avons pas moins continué nos suspicions, voyant l’opiniâtreté de Durand à les circonvenir ; nous en avons cherché la cause ; nous nous sommes déterminés à observer à ces musulmans, que de leur part il était mal de nous taire leurs affaires.

— Qu'avez-vous tant à faire avec Durand ? leur avons-nous dit. Prenez garde, il vous trompera : personne mieux que nous ne peut vous aider dans vos opérations.

— Nous ne voulons rien vous cacher, mais évitez que lui sache ce que je vais vous dire.

Nous leur promimes le secret, et alors ils nous le confèrent.

— C'est relativement à l'impôt que nous avons payé à Tlemcen. Nous lui accordons un tiers pour ses peines et soins à la condition qu'il partira pour Ja France , pour engager un procès et faire ses efforts pour faire restituer notre argent ; s’il en venait à ne pas réussir, nous ne sommes obligés à rien.

— Cette affaire doit nous être étrangère, avons-nous répondu.

Peu de jours après, deux ou trois, Durand fit appeler Joub par son domestique ; nous nous empressämes de lui demander à quelle fin.

— Le beau-frère de Durand nous attend chez lui, nous répondit-il.

Nous les avons trouvés plus tard, nous leur avons demandé ce qu'ils avaient fait.

— Nous avons terminé notre affaire; un écrivain nous a fait une convention, par laquelle il promet qu'il partira pour la France. Ainsi se sont exprimés ces musulmans.

Peu après le départ de Durand, Joub nous apprit.qu'il avait su par Durand, qu’à son arrivée à Paris, Juda Durand avait placé des placards, que c'était à la connaissance de tous les grands de France. Qu'il avait divulgué tous les pouvoirs qu'il avait en ses mains, qu'il avait ajoulé même : Il arrivera sous peu à Alger un grand personnage auquel ils pourraient parler sans crainte, qu'ils emploieraient le signal qui leur est connu : ne vous confiez pas à d’autre.

Ils nous dirent encore : | | ..— À l’arrivée du personnage annoncé, M. Baude, nous reçûmes un rendez-vous de Durand , qui nous conduisit au consulat de Danemarck ou se trouvait M. Baude, ce grand venu de France, qui après les salutations d'usage, nous a demandé quelles pertes nous avions éprouvées à Tlemcen : Qui vous a pris ? qu'avez-vous perdu ? je ferai mes efforts pour vous récupérer de vos pertes.

Nous n'avons rien perdu ni rien donné, avons-nous répondu, nous rendons grâce à Dieu de nous avoir sauvés du. sac de Tlemcen ; et nous nous sommes retirés.

Le lendemain, appelés de nouveau dans un salon, est venu un in-

terprète qui nous a dit en langue turque : Parlez sans crainte : et quand nous nous taïsions, il nous faisait des signes connus à nous et à Durand. Nous lui avons alors énuméré ce que nous avions donné de contribulion, qui se portait à dix-huit mille piastres fortes, à nous trois:—Combien au maréchal? nous a-t-il demandé. Nous n’avons pas vu le maréchal, nous n’avons pu en conséquence lui rien donner. Si le maréchal en eût profité, nous ne le regretterions pas ; nous voyons avec peine que cela a été pris par des gueux sans importance, tels que Joub, Mustapha-ben-Mecleg, Mustapha-ben-Smaïl, comme aussi nous regrettons d’avoir vendu nos bijoux à Lasry bon marché. On nous a ensuite demandé le silence jusqu’à ce que l'on nous appelât pour la restitution de notre argent.

Signé, Nissim, Jacos SRArFRA, JAUMAC, MEGnEN.

Pour légalisation de la signature et certificat conforme à la déclaration des susnommés.

Signé, le grand rabbin, Jura Amar.

le 10 asban 5597 ou 24 octobre 1836.

Je déclare que les nommés Ichoux, Merchis et Nissim Jacob Sraffra, ont déclaré devant moi que c'était bien eux qui avaient écrit et signé le présent acte.

Alger, le 21 octobre 1836. | Signé, Caxapa.

Certifié véritable par nous, Nahan, secrétaire-interprète attaché à la sous-intendance civile d'Oran , pour traduction conforme en langue

Oran, le 7 décembre 1836.

Signé, Narax.

Effets vendus à M. Boudahman par Fentremise du déclarant : Un collier, diamans et rübis; à Hamed , un collier, diamans et rubis ; un paquet de perles ; une tabatière en diamans. À M. Raynaud, la demi-maison d'Alger.

Pour copie conforme. l'interprète assermenté :

Signé, Nanan.

Vu par nous, sous-intendant civil d'Oran , pour légalisation de la signature de M. Nahan, secrétaire-interprète attaché à la sous-inten-

dance civile, apposée ci-contre :

Oran, le 30 janvier 1837.

Signé, À. Soz.

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