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ESTIMATION A VUE D'OEIL ET PAR PIED D'ARBRE

Le mode d'estimation à vue d'œil et par pied d'arbre s'applique ordinairement aux arbres de réserve abandonnés à l'exploitation dans les coupes de taillis composés, aux arbres à exploiter en coupes principales dans les futaies régulières, et aux arbres à exploiter en jardinant dans les futaies irrégulières. Son emploi consiste généralement à estimer séparément la quantité de bois d' œuvre comprise dans le volume de la tige, et la quantité de bois de feu que l'on pourra tirer du houppier, c'est-à-dire, de la partie supérieure de l'arbre, tige et branches. Le volume du bois d'oeuvre s'apprécie ordinairement en solives ou décistères, et le rendement du houppier en stères de chaufifage et en fagots ; c'est, du moins, la manière de faire des marchands qui estiment les arbres sur pied, dans l'intention de les acheter. C'est aussi la manière ordinaire de procéder des Agents forestiers, quand ils font l'estimation en matière des arbres de futaie abandonnés à l'exploitation dans les coupes de taillis composés. Mais en même temps, les Agents doivent prendre la mesure de la circonférence, à un mètre du sol, de chaque arbre abandonné, et la hauteur moyenne de ces arbres par classe de grosseur, parce qu'ils sont obligés de conspuer ces données à titre de renseignement et de contrôle, sur les calepins d'opération.

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Pour les coupes principales de futaie, nous avons dit qu'elles s'exploitent par volume. On entend par là que chacune de ces coupes doit^ comprendre des produits qui, d'une année à l'autre, peuvent varier de nature et de qualité, mais dont le total en mètres cubes doit être égal au chiffre de la possibilité. L'état d'assiette fait connaître la possibilité de chaque coupe. Quant à l'étendue de la coupe annuelle, on comprend qu'elle peut varier beaucoup parce qu'elle est subordonnée, comme on le sait, à la bonne exécution d'opérations de culture très-différentes, et aussi parce que, à surfaces égales, tous les massifs à exploiter de la même manière peuvent ne pas présenter les mêmes ressources. Par conséquent, ses limites ne peuvent être arrêtées sur le terrain qu'après que les agents forestiers ont désigné et estimé les arbres à abattre jusqu'à concurrence du chiffre de la possibilité. Les Agents forestiers, qui font le martelage et l'estimation des arbres à abattre dans les coupes de futaie, devant porter et limiter la production de chaque coupe au chiffre de la possibilité exprimée en stères ou en mètres cubes, estiment souvent en stères le volume entier de chaque arbre abandonné, comme s'il devait être converti tout entier en bois de feu. Puis, quand ils font le relevé de l'opération, ou bien quand ils veulent calculer la valeur en argent de la coupe, ils déterminent la proportion en bois d'œuvre et en bois de feu de toutes qualités du matériel estimé, d'après quelques notœ prises sur le terrain. Telle est, sauf quelques diffé-

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rences de détail, la manière la plus générale d'appliquer le mode d'estimation à vue d'oeil et par pied d'arbre. Ajoutons que les Agents forestiers doivent, comme pour les arbres abandonnés dans les coupes de taillis sous futaie, mesurer et inscrire sur leur calepin la circonférence, à un mètre du sol, des ^arbres qui doivent être abattus, et la hauteur moyenne de ces arbres par classe de grosseur.

L'art d'estimer à vue d'œil et par pied d'arbre ne peut pas plus s'enseigner que le précédent, mais il est plus facile à acquérir ; aussi rencontre-t-on dans toutes les localités forestières, bon nombre d'estima* teurs habiles en ce genre. Ces hommes, exercés par une longue pratique des exploitations , jugent du volume d'un arbre, en le comparant par la pensée à d'autres arbres de même essence, de mêmes dimensions et de même forme dont ils connaissent le rendement, parce qu'ils les ont vu exploitëit et débiter. Quelle que soit l'habileté du forestier qui s'en sert, ce mode d'estimation, on le conçoit, ne peut jamais conduire à des résultats bien certains. Souvent les erreurs sont peu importantes, mais quelquefois aussi elles sont considérables ; de là, des inconvénients qui ont plus ou moins de gravité selon les circonstances dans lesquelles on opère. Au point de vue de la vente de? produits, une estimation erronée du matériel à exploiter conduit à une évaluation en argent trop faible ou trqp forte des produits à vendre sur pied, ce qui est toujours fâcheux. Au point de vue forestier, cette erreur n'a pas d'importance^ si la

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coupe s'exploite par contenance, parce qu'elle ne porte aucune atteinte à l'économie générale des exploitations. Mais, dans les futaies aménagées, l'ap- ' plication de ce mode d'estimation aux coupes qui s'exploitent par volume, présente des dangers et des inconvénients extrêmement sérieux, en ce sens que l'on pourrait être amené à anticiper beaucoup sur l'avenir, ce qui forcerait plus tard à suspendre les exploitations, ou au moins à réduire considérablement la possibilité des produits restant à exploiter. L'inconvénient que nous signalons ici n'est igndré de personne ; beaucoup d'agents forestiers l'ont vu se réaliser dans le traitement des futaies, et cependant on continue encore de nos jours à marcher dans les mêmes errements, à courir les mêmes risques, à préparer les mêmes mécomptes dans l'avenir. Quoi qu'on leur dise, les Agents forestiers qui persistent à faire emploi de ce mode d'estimation, vous répondent invariablement qu'ils sont sûrs de leurs estimations, que leurs gardes sont très-habiles, qu'ils estiment avec une précision mathématique, et que d'ailleurs ils surveillent leurs opérations.

Et d'abord, tout le monde sait que tant que les Agents tiendront eux-mêmes le calepin des opérations, ils ne pourront que très-imparfaitement surveiller les estimations, de même qu'ils ne peuvent que très-imparfaitement diriger et surveiller les martelages. D'ailleurs, pour pouvoir rectifier les estimations faites. par les gardes, il faudrait que les Agents fussent eux-mêmes plus habiles que

leurs subordonnés ; or, cela n'est pas et ne peut pas être. Quant à Thabileté réelle de certains estimateurs en ce genre, nous ne la contestons pas. Nous reconnaissons même que dans chaque localité forestière, il y a beaucoup d'hommes, gardes ou bûcherons, capables d'estimer très-exactement le volume d'un arbre sur pied, et même de décomposer ce \olume, d'après les dimensions et la forme de l'arbre, dans les différentes sortes de marchandises que l'on en pourra tirer. Mais, sans même faire sortir ces prati* ciens habiles de leur localité, il suffît souvent de les employer dans une forêt voisine de celle où ils ont l'habitude d'opérer, pour voir leur expérience leur faire défaut. Il y a plus, c'est que l'état de l'atmosphère exerce souvent une influence sensible sur les résultats de ce mode d'estimation ; c'est qu'enfin la vue se fatigue vite, quand elle est soumise à ce genre de travail, et ne pourrait soutenir longtemps une tension aussi grande sans donner des résultats entachés d'erreurs. — Concluons donc que l'emploi de ce mode d'estimation devrait être proscrit des futaies et remplacé par un procédé plus sûr en même temps que plus susceptible de contrôle.

Mais, de ce que nous condamnons l'emploi de ce mode dans l'estimation des coupes de futaie, est-ce à dire que nous regardons comme superflu pour un forestier de savoir estimer à vue d'oeil, avec une certaine approximation, le volume d'un arbre sur pied et son rendement en marchandises fabriquées ? Loin delà. Nous considérons, au contraire, que tout fo-

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restier, pour devenir un praticien habile et con* sommé, doit s'efforcer de devenir bon estimateur ; que non-seulement il doit apprendre à estimer les arbres individuellement, mais qu'il doit encore s'appliquer à estimer approximativement, par hectare, des massifs entiers de bois de tous âges et de toute consistance. Pour arriver à ce résultat, il faut se former le coup d'œil en observant beaucoup, en suivant de près les exploitations, en faisant abattre, façonner et débiter sous ses yeux des arbres que l'on a vus sur pied, que l'on a examinés sous tous les aspects, et dont on s'est fixé les formes et les dimensions dans la mémoire. Ou bien, il faut suivre assez longtemps et très-attentivement les opérations d'un estimateur habile, et vérifier les types que l'on s'est créés, ou se rectifier le coup d'œil par des expériences sur les arbres abattus ou à abattre dans les coupes en exploitation. Le premier pas à faire dans cette étude et le plus important, c'est de s'exercer à estimer juste le diamètre et la hauteur d'un arbre quelconque, et on y arrive assez vite en s'aidant, dès le début, du compas forestier et du dendromètre. Ces premières données acquises, on se perfectionne d'autant plus vite que l'on fait plus d'applications, et que l'on se donne la peine de se vérifier par le procédé plus sûr que nous avons exposé dans l'article second. Disons seulement pour finir, que lorsqu'on veut estimer à vue d'œil un arbre sur pied, il faut d'abord l'approcher de tout près, pour se rendre bien compte de son diamètre à hauteur d'homme et de la manière

dont la tige se soutient ; qu'ensuite, il faut Texaminer de plus loin et sous tous les aspects, de manière à bien voir tout le développement des branches et de la cime. Après ce premier examen, on estime séparément la partie de la tige propre à donner du bois d'œuvre en stères ou en mètres cubes, et le restant de Tarbre en stères de chauffage et en fagots.

Artiele IT.

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