S I. DKS RÉSINEUX QUI SERVENT' AUX CONSTRUCTIONS NATALES
La mauriiie emploie dans ses constructions une quantité considérable de bcûs résineux paripi les*
(1) le poarrais citer une grande forêt dans laquelle j'ai va sooreiii' enlever, soas les yeux mèue des fournissears, quantité de chênes propres a la marine, soit pour les besoins d'uoe usine où ces bois devaient être débités en planches et madriers, soit pour le service d'une marine étrangère. — Dans les deux dernières années, on a vu également lei plus beaux bois de marine débités en merram dans plusieurs fsrèts^
quels figurent au premier rang les pins syhestre, laricio et des Florides.
Le sapin et Tépicéa ne sont employés dans la marine militaire qu'à des ouvrages de menuiserie. Ces bois proviennent, pour la plus grande partie, des provinces de la Baltique (Russie, Suède et Norwège) , et sont fournis à nos ports sous la forme de billons ronds, de poutres équarries à quatre ou à huit pans et de jdanches de diverses dimensions.
Le mélèze est peu employé parce qu'il est rare, et qu'il est surtout assez difficile de s'en procurer qui ait des dimensions convenables. Ceux qui arrivent dans nos ports proviennent de l'Adriatique et sont connus sous le nom de mélèzes de Trieste. Le mélèze peut servir à des emplois importants, tels que baux, barrots de gaillard et bordages, quand il a des dimensions suffisantes et qu'il est de b^ nne qualité.
Le pin sert à faire des baux, des demi-baux et des barrots de gaillard qui sont assujettis aux mêmes conditions de recette que les baux et barrots de chêne. Il est aussi très-recherché pour bordages, mais son emploi spécial et essentiel c'est la mâture. Le pin sert exclusivement à la mâture des bâtiments de la marine militaire, parce que de tous les bois résineux le pin est le plus résistant (1), le plus élas-
(1) Ce qui fait la véritable sapériorité du pin sur le sapin, c'est la résine concrète qui imprègne ses tissus et le garantit contre toutes les causes de destruction dont sont plus particulièrement menacés les bois prompts k se dessécher. Quant aux autres qualités, des expériences faites en 18^, par une commission composée de forestiers et d'ingé-
tique et le plus durable. On le préfère au sapin, dont on fait usage cependant dans la marine du commerce, parce que le sapin ne renfermant pas de résine, son bois se dessèche promptement et profondément, qu'il est sujet à s'échauffer, à se pourrir et dure peu, et que les mâts de cette essence ne se redressent pas exactement comme ceux de pin, quand ils ont été courbés sous Taction d'une pression forte et quelque peu prolongée. Mais les pins que nous produisons en France n'ont ni les dimensions, ni les formes, ni les qualités de bois réclamées pour la mâture, et jusqu'à présent on a préféré pour cet usage le pin sylvestre du nord de l'Europe , le pin des Florides {pinus australis), et le pin laricio ou de Corse.
Les observations faites par MM. Martins et Bravais, sur la croissance des pins les plus estimés du nord de l'Europe (1), nous apprennent que ces bois croissent dans des terrains secs et sablonneux, et dans des contrées dont la température moyenne est comprise entre 2^ et 6° cent. Dans ces climats, le bois croit lentement mais également, les couches annuelles ont une épaisseur d'un millimètre environ, et les
niears civils, militaires et maritimes, ont constaté que les sapins des forêts du département de TAude, arrondissement de Limoux, offrent une plus grande force de résistance ou de ténacité que les autres bois résineux (le pin des Florides excepté), tels que le pin du nord, le pin du Cauada, le mélèze de Trieste, l'épicéa et le sapin de Trieste que Ton emploie dans les chantiers de la marine à Toulon. (1) Ann, forest., T. H.
arbres n'atteignent leur maturité que \ers Tâge de 250 à 300 ans. Pour obtenir ces résultats en France, ces naturalistes conseillent de créer des pineraies dans les Âlpes, à des hauteurs telles que la température moyenne de Thi^er soit au-dessous de '• — 4®. Toutefois, ajoutent-ils, on ne saurait se dissimuler l'infériorité des climats de montagne sur les climats des plaines du continent Européen. En effet, ce qu'il faut pour que le pin acquière un beau développement, c'est un été chaud et court, de 13 à 14"* eh moyenne, et un hiver rigoureux dont la moyenne est indifférente, pourvu qu'elle soit au-dessous de — 4"". Ces naturalistes citent enfin le climat de Briançon comme étant à peu près dans les conditions favorables à l'éducation des pins propres à la mâture ; or, il existe dans cette contrée un pin, le pin à crochets {pinus uncinata), qui a beaucoup d'analogie avec le pin sylvestre, dont le grain est fin et serré, la croissance lente et égale, et qui, s'il était assez résineux, pourrait peut-être remplacer dans nos chantiers les pins du nord de l'Europe. Mais la térébenthine que l'on voit en abondance dans ce pin, quand il est fraîchement coupé, est très-fluide et s'évapore promptement, de telle sorte qu'après la dessiccation le bois ne renferme presque plus de résine.
Nous avons en outre le pin laricio qui peuple des étendues considérables en Corse et dont les excellentes qualités sont bien connues de nos constructeurs. Au sujet du pin laricio, on lit ce qui suit, dans un mémoire adressé à M. le Ministre de la
Marine par un ingénieur qui fut chargé, vers 1845, de parcourir les forêts de la Corse, et de faire connaître approximativement les ressources qu'elles peuvent offrir aux constructions navales : « Le pin B laricio crott dans des sols granitiques très-peu pro- » fonds, son grain est fin et serré , ses couches » annuelles sont étroites, ce qui est le caractère (1) B des bois de bonne qualité ; son tronc très-droit » parvient à une très-grande élévation sans branches x> et semble destiné par son port à la mâture ; la D résine y est abondante, ce qui lui assure de la flexi-* y> bilité et de la durée. Son aubier varie de 20 à 30 B^ centimètres sur le diamètre, et, dans certaines » localités, il n'est que de 8 à 1 cent* » — L'auteur de ce mémoire ajoute que, dès 1787, on tira de la Corse un grand nombre de mâts des plus fortes dimensions, et que pendant 10 ans, de 1812 à 1822, les pins de Corse suffirent à l'alimentation du port de Toulon. Enfin, Dans ces dernières années, on a constaté que ces forêts renfermaient encore un bon nombre d'arbres propres à donner des mâts, des mâteraux, des plançons, des baux et des espars. La difficulté est de sortir ces bois des forêts qu'ils peuplent et de les amener jusque dans les ports d'embarquement de la Corse. Or, en tenant compte des
(i) Ua bois résineux dont le grain est fin et serré est généralement de bonne qnalité, mais on n'en peut pas dire antant de tons les bois dont les coaches annuelles sont étroites , car pour le chêne notamment, plus son aecroissemeiU est rapide, toutes circonstances égales d'ailleurs, plus son bois a de qualité.
dépenses que coûterait rétablissement des routes nécessaires à la vidange de ces produits, et en affectant cette dépense uniquement à la production forestière actuelle, on a calculé que ces bois rendus à Toulon coûteraient à l'Ëtat moins cher que ceux qu'il fait venir du nord de l'Europe et des Florides. On va même jusqu'à affirmer que, si ces forêts étaient convenablement traitées et aménagées, leurs produits suffiraient aux approvisionnements de nos arsenaux en bois résineux, et notamment en mâtures qu'il est si difficile de se procurer à présent, et dont la rareté augmente tous les jours.
En présence de ces faits, nous croyons utile de faire connaître les conditions générales que doivent présenter les bois résineux dont on se sert pour la mâture dans les constructions navales^