‹ Exploitation, débit et estimation des bois: cours fait à l'École impérialeChapitre 83 sur 116 · DANS LES BOIS D'OEUVRE · texte numérisé non relu

DANS LES BOIS D'OEUVRE

S I. QivitJLLnis,

Ce que nous venons de dire suffit pour apprendre à distinguer les différentes qualités de bois de chêne, de sapin et de pin sylvestre. Cette distinction est importante à faire lorsqu'il s'agit de bois de grandes constructions et spécialement de bois de marine, car il est constant que là plus ou moins bonne qualité des bois qui entrent dans la construction d'un vaisseau peut faire varier du simple au double la durée du bâtiment. Cette importance sera plus frappante encore lorsqu'on saura que la marine militaire emploie annuellement environ 40,000 mètres cubes de bois de chêne, qu'il entre à peu près 5,000 mètres cubes de bois dans la charpente d'un vaisseau de premier rang, et que le prix de revient de la construction seule ne coûte pas moins d'un million et demi à l'Etat.

Mais, après avoir fait connaître les caractères généraux d'après lesquels on apprécie la qualité des bois abattus, il nous reste à parler des défauts ou vices particuliers qui peuvent affecter tous les bois, particulièrement les bois de chêne, et faire rejeter des constructions ceux mêmes qui, par leur constitution, seraient de la meilleure qualité. Ces vices ou défauts sont :

La torsion des fibres ;

La gélivUre ;

La roulure;

La cadranure et là pourriture ;

La grisette, les nœuds, les taches du bois ;

La lunure ;

La frotture^ Yentr'écorce, les /row^ de vers.

S II. DB LÀ TOESIOIf DBS FIBBBS.

Les bois à fibres torses, que Ton appelle aussi bois tors ou bois virants, sont ceux dont les fibres, au lieu d'être parallèles à Taxe de l'arbre, décrivent autour de lui des hélices plus ou moins allongées. Ces bois sont moins résistants et moins élastiques que les bois à fibres droites, mais ce défaut, quand il n'est pas excessif, n'empêche pas que les bois ne soient utilement employés dans les constructions civiles. La marine ne considère pas non plus la torsion des fibres comme une cause suffisante de rebut pour les bois courbants, mais elle l'exclut absolument de tous les bois droits et de toutes les pièces qui peuvent être débitées en bordages. On conçoit en effet qu'un bois virant ne peut donner que de mauvais bordages, parce qu'en le débitant à la scie, il est impossible que les fibres ne soient pas coupées à divers endroits, ce qui diminue considérablement la force du bois. Débités en planches du commerce, les bois tors ne fournissent aussi que de mauvais sciages; ils sont d'ailleurs essentiellement impropres à la fente.

Les bois dont la fibre est torse sont faciles à re-* connaître tant que l'arbre est recouvert de sonécorce.

DBS BOIS d'obuyrb. 831

mais quand ils sont débités en planches, ou simplement équarris, il faut une certaine habitude pour distinguer un bois virant de celui qui a les filnres droites.

S ni. DS LA GÉUTVaB.

La géliyure consiste dans une crevasse ou fente longitudinale qui va de la circonférence de Tarbre vers le centre, à des profondeurs variablest, et dont la cicatrice forme extérieurement un bourrelet qui reste toujours visible {PL IX, fig. 1). Lagélivure rompt les fibres du bois dans la direction des rayons médullaires, et, quand elle s'étend beaucoup en longueur et en profondeur, elle altère la force du bois au point que la pièce ne peut plus être employée dans les grandes constructions, même dans son entier. Si au contraire la gélivure s'étend peu, la pièce peut encore servir à certains usages comme charpente, mais on préfère généralement débiter les bois gélifs en planches ou en merrain.

La fente de la gélivure a presque toujours ses deux parois atteintes de pourriture, par suite de l'infiltration des eaux; elle n'en devient alors que plus dangereuse, et il faut qu'on puisse l'enlever complètement pour que la pièce soit utilisable en marine. Mais une gélivure peu développée peut être tolérée dans les pièces de marine qui ne sont pas destinées au débit.

On pense que la gélivure est ordinairement produite par une dilatation inégale dans les fibres du

bois, soit par suite des gelées et des yents froids, soit par Faction intense du soleil. La fente se recouvre ensuite de bon bois et, par conséquent, ne règne pas toujours du centre à la circonférence.

Duhamel prétend aussi qu'il a produit des gélivures dans le corps de jeunes arbres en les pliant et les forçant beaucoup, de la même manière que pourrait le faire un grand Tent, ou un poids considérable de givre. D a observé que la gélivure et la roulure se trouvent souvent réunies dans un même corps d'arbre. — Les coups de marteau peuvent aussi produire la gélivure.

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