‹ Exploitation, débit et estimation des bois: cours fait à l'École impérialeChapitre 94 sur 116 · P0EB8T1BE1S · texte numérisé non relu

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L'estimation de la valeur capitale d'une ferme ou d'un champ est une opération qui ne peut jamais présenter de difficulté sérieuse, parce que, dans chaque localité, on peut toujours obtenir des renseignements précis sur la production moyenne des terres arables, et connaître le revenu net en argent qu'elles peuvent rapporter annuellement. Mais s'il s'agit d'un bois ou d'une forêt, la détermination du revenu net, qui doit servir de base à l'estimation de la valeur capitale de la propriété, p^ut donner lieu à des opérations qui exigent de la part de l'estimateur une connaissance théorique et pratique des questions les plus délicates de l'économie forestière. Pour apprécier cette difficulté et se faire une idée nette des moyens à employer pour la résoudre, il est nécessaire de se rendre compte d'abord de la différence entre le mode de constitution et de production des propriétés forestières et celui des champs , des prés, etc.

On sait que la production d'un sol boisé ne peut

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se récolter tous les ans comme celle d'un pré, par exemple, parce que la matière ligneuse n'acquiert de yaleur réelle et utilisable, comme produit forestier, qu'après un nombre d'années plus ou moins grand, suivant les essences, les climats, les terrains et les localités. Ces produits se forment par accroissements annuels et successifs de la matière ligneuse, de la même manière que s'accroît un capital placé à int^êts composés, à cette seule différence près que les capitaux monétaires fonctionnent suivant une loi déterminée et mathématique, tandis que l'accroissement annuel d'un bois et de la valeur en aident qu'il refNrésente à chaque âge, ne suit jamais une marche régulière et qui puisse être définie en termes rigoureux. L'accroissement ligneux, autrement dit la pousse ou la feuille de chaque année, est une fonction double du fonds de terre et des accroissements antérieurs, ou, en traduisant en argent, la plus value que le bois acquiert chaque année est le produit du capital qui représente la valeur du fonds. et celle des accroissements ligneux antérieurs, tout comme l'accroissement annuel d'une somme placée à intérêts composés est le produit du capital primitif et des intérêts accumulés à ce capital, depuis le jour où le {bernent a été fait.

Un propriétaire qui plante son champ en bois ne pourra donc en tirer un revenu qu'après un certain nombre d^années, 10 ans par exemple, si, avant cet kge, les bois n'ont pas de valeur commerciale comme produits forestiers. Avant cette époque, la superficie

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n^aura qu'une valeur d'aTenir, laquelle dépendra de celle que les produits pourront fournir lorsquMls serrat réalisables. D'où Ton voit, qu'avant de tirer aucun profit de sa plantation, le propriétaire est obligé de constituer un capital qui se compose au début de la valeur du fonds de terre, et qui s'accroît successivement, année par année, de la plus-value qu'acquiert le matériel ligneux. Quant au revenu net à réaliser au moment de l'exploitation, c'est-à-dire, à 10 ans, il sera égal à la valeur sur pied des bois à exploiter, diminuée de la dépense que l'on pourra être obligé de faire pour le repeuplement partiel ou total du terrain après l'exploitation, et des frais, accumulés avec intérêt, que l'on aura été forcé de débourser annuellement pour l'entretien, la garde et l'impôt, depuis la naissance du massif.

Maintenant, si au lieu d'un bois peuplé tout entier d'arbres du même âge et périodiquement exploitable tous les 10 ans, nous considérons une forêt formée de peuplements d'âges gradués et régulièrement aménagée à la même révolution, chaque année on pourra récolter un*produit uniforme égal à l'accroissement moyen de toute la superficie. Ainsi constituée, la propriété devient parfaitement assimilable à une ferme qui rapporte le même revenu tous les ans ; mais, pour assurer la perpétuité du revenu d'une forêt ^insi aménagée, on voit que, à côté de la coupe âgée de 10 ans que Ton exploite chaque année, il faut entretenir et ajouter au capital du fonds de terre un capital superficiel représenté par la valeur d'à-

venir des coupes âgées de 1 à 9 ans. Quant à la valeur nette du revenu annuel, on peut la considérer comme étant égale au produit moyen de la vente des coupes sur pied, diminution faite des frais que l'on est obligé de débourser annuellement, pour la culture, Tentretien, la garde et l'impôt.

Que si enfin le propriétaire réserve, dans chaque coupe, un certain nombre d'arbres destinés à parcourir plusieurs révolutions et à acquérir de fortes dimensions, on Voit encore, par analogie avec les cas précédents, que la valeur de ces réserves s'ajoutera au capital producteur, tandis que la valeur de celles qui seront abattues dans chaque coupe feront partie du revenu de la propriété.

Les considérations qui précèdent font voir de quelle manière se constitue le capital producteur des propriétés forestières et comment se forme le revenu ou le produit à récolter après un temps déterminé. C'est le rapport de ces deux quantités, autrement dit la proportion du revenu net au capital engagé, qui donne la mesure du bénéfice que le propriétaire relire de sa culture. Or, on comprend à priori que si, au lieu d'exploiter son bois à 1 ans, le propriétaire se décide à reculer le terme d'exploitation à 1 5 ans, à 20 ans, etc., le revenu et le capital producteur s'accroîtront simultanément dans des proportions qui pourront être différentes, et si, comme précédemment, on compare le revenu à 15 ans, à 20 ans, etc. avec le capital qui a servi à le produire, on sera conduit à choisir pour terme d'exploitation l'âge auquel le revenu sera le

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plus grand possible par rapport au eapital prodi^^teur . Cet âge correspond à ce qu'on appelle, en économie forestière, le terme de t exploitaMKté commerciale ou relative à la rente la plus élevée.

D'où l'on conclut, réciproquement, que pour procéder d'une manière exacte à l'estimation de la valeur en fonds et superficie d'une propriété forestière, il faut prendre pour base de cette estimation le revenu net qu'elle pourra fournir, en exploitant les bois i l'âge où ils ont atteint le terme de leur exploitabilité commerciale.

Ces principes généraux posés, nous allons voir comment on procède à la fixation du terme de l'exploitabilité commerciale d'un bois ou d'une forêt et, par suite, comment on détermine le revenu qui doit servir de base à l'estimation de la valeur capitale de la propriété.

% II. FIXATION DD TEEME DE l'bXPL0ITÀBILIt6 COMHBBGIALE ET DU BBTBND COBEBSYOlfDÂNT d'uN BOIS KOPLi d'abBBBS DE MÂME AGE. {TatlHi

iimpleSf futaies réfpUièret.)

Supposons d'abord que l'on ait à opérer sur une portion de forêt ou sur un bois paiplé tout entier d'arbres de même âge, destiné à être exploité périodiquement à des intervalles égaux et parvenu dès à présent au terme de son exploitabilité niïmma, c'està-dire, à l'âge où les produits, en raison de leurs dimensions et de leurs qualités, commencent à avoir une valeur commerciale assurée.' Supposons en outre,

pour fixer les idées, que ce bois ait actuellement 10 ans et que l'on se demande s'il peut y avoir avantage, au point de vue pécuniaire, à l'exploiter tous les 1 5 ans plutôt que tous les i ans ?

La théorie (1) répond d'une manière générale à cette question que le terme de l'exploitabilité la plus avantageuse sera atteint, lorsque le gain qui résulte du retard apporté à l'exploitation cessera de dédommager le propriétaire du sacrifice ou de la perte qu'il fait en différant sa coupe. Or, au cas particulier, le gain que réalisera le propriétaire, en retardant de 5 ans l'exploitation de son bois, sera représenté par la différence entre les valeurs nettes de la superficie à 1 & ans et à 1 ans, tandis que là perte qui résulte pour lui de la même opération comprendra : ries intérêts composés pendant 5 ans de la somme qu'il aurait pu réaliser en exploitant son bois à 10 ans ; 2" la valeur d'avenir des 5 premières feuilles ou pousses qui se seraient reproduites, si l'exploitation avait eu lieu 5 ans plus tôt. Si donc on effectue ces calculs et que l'on compare entre elles les valeurs du gain et de la perte, on verra s'il y a avantage ou non à reculer le terme de l'exploitation jusqu'à 15 ans. Si la différence entre le gain et la perte est négative, on en conclura que la révolution de 10 ans est préférable à celle de 1 5 ans ; si elle est nulle, cela prouvera qu'il n'y a ni avantage ni perte à ^exploiter soit à 10 ans, soit à 15 ans ; si

(i) Voyez le Cours de culture des bois de MM. LorenU cl Parade, livre second, chapitre !«', article IV.

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enfin elle est positive, on sera conduit à se demander s'il n'y aurait pas avantage à reculer encore le terme d'exploitation, auquel cas on opérerait de la même manière sur les résultats de l'exploitation à 1 5 ans et à 20 BXïs, et ainsi de suite jusqu'à ce que l'on trouvât qu'il n'y a plus aucun avantage pour le propriétaire à différer sa coupe.

Si simple que cette théorie paraisse, elle présente des difficultés très-sérieuses dans son application, notamment en ce qui concerne la valeur à assigner au second élément de la perte ou, au cas particulier, aux cinq premières feuilles ou pousses qui se fussent reproduites si l'exploitation avait eu lieu à 10 ans. Mais on peut éviter les difficultés ou les objections qui peuvent naître du calcul de la perte, et arriver directement à la solution du problème qui nous occupe, par une opération arithmétique très-facile.

En effet, rappetons-nous qu'il s'agit de fixer le terme d'exploitabilité d'un massif d'arbres de même âge, de façon à en tirer le produit le plus*profitable à l'intérêt pécuniaire du propriétaire ; autrement dit, il s'agit de régler les conditions de la production, de manière à donner à la propriété la plus grande valeur vénale qu'elle puisse atteindre, comme propriété de rapport ou comme placement de fonds. Si le bois sur lequel on opère devait être exploité indéfiniment à l'âge de 10 ans, sa valeur en fonds et superficie, au début de la révolution, ou immédiatement après une exploitation, serait égale au capital qui, placé à perpétuité au taux des placements en biens fonds dans la loca-

lité, serait susceptible de produire, en intérêts seulement, tous les 1 ans, une somme égale à la \aleur nette de la superficie à 10 ans. De même si, au lieu de 1 ans, le terme d'exploitation devait être fixé à 15 ans, la valeur capitale de la propriété, au début de la révolution, serait égale à la somme qui; placée au même taux, serait susceptible de fournir, en intérêts seulement, tous les 15 ans, un revenu égal à la valeur nette de la superficie à 1 5 ans.

On voit suffisamment par là comment on devrait opérer pour déterminer la valeur capitale la plus grande que Ton pourrait offrir d'une telle propriété comme placement de fonds. Or, à cette valeur maxima correspond évidement la production la plus lucrative, et, par conséquent le terme d'exploitation le plus avantageux. Donc en résumé : Pour fixer le terme de t exploitabilité commerciale dun bois à exploiter périodiquement, il suffît de connaître les valeurs nettes de la superficie à tous les âges postérieurs à troque où les produits deviennent commerçables , de capitaliser chacun de ces revenus comme une rente périodique à toucher pour la première fois à F âge cor-respondant, et de prendre pour terme d exploitabilité ïâge auquel la valeur capitale est maxima.

Cette manière de fixer le terme de l'exploitabilité commerciale d'un bois peuplé tout entier d'arbres de même âge*peut également s'appliquer aux forêts aménagées en coupes annuelles, telles que les taillis simples et les futaies régulières, dont tous les produits de chaque exploitation sont fournis par des bois d'un

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âge uniforme. Il est clair, en effet, que si on expérimente sur un peuplement placé dans les conditions moyennes de production d'une forêt ou d'une série d'exploitation ainsi constituée , le propriétaire aura intérêt à exploiter au même âge tous les massifs de la série qui végéteront dans les mêmes conditions. D'ailleurs, on pourrait toujours, à l'aide d'un calcul d'escompte, obtenir la valeur actuelle des revenus successifs à toucher annuellement, pendant chacune des révolutions auxquelles la forêt peut être soumise, et déterminer le capital équivalent à la somme de ces revenus escomptés, cette somme étant considérée comme un produit unique à toucher périodiquement à l'âge marqué par la révolution correspondante ; il ne resterait plus alors qu'à comparer entre elles les valeurs capitales correspondantes à chaque révolution, comme on le fait pour les bois à exploitations périodiques. .

Tel est le procédé, éminemment simple, à l'aide duquel on peut fixer le terme de l'exploitabilité commerciale d'un bois dont tous les produits sont fournis par des arbres de même âge. Cest le revenu net que ton obtiendrait en exploitant les bois à cet âge qui doit servir de base à f estimation de la valeur capitale de la propriété. Pour déterminer ce revenu, on voit qu'il est nécessaire de savoir évaluer le rendement probable que l'on pourrait tirer de la superficie, en exploitant les bois à des âges plus ou moins éloignés de l'âge actuel. Or, il n'y a ni théorie, ni règle précise à tracer pour procéder à l'évaluation de la production

probable d'un bois à un âge qudcônque ; il n'y a que l'expérience, c'est-à-dire, la connaissance acquise des lois de la végétation, qui puisse servir de guide en cette matière ; car, soit que l'on ait à évaluer la production future déjeunes bois, soit que l'on ait à rechercher ce que valait la superficie à des époques antérieures à l'âge du peuplement sur lequel on opère, tous les pocédés que la théorie indique, comme servant à là détermination de l'accroissement futur ou passé des bois, ne sont que des moyens plus ou moins empiriques et qui exigent implicitement, de la part de ceux qui les emploient, beaucoup de tact, de discernement, un coup d'œil exercé, en un mot, toutes les qualités d'un forestier expérimenté. On comprend d'après cela que le terme de l'exploitabilité commerciale d'un bois ne peut jamais s'obtenir avec une exactitude précise et mathématique, et que cet âge peut varier pour chaque forêt avec les essences, les conditions de la végétation, et l'utilité ou la valeur que l'on assigne aux produits dans chaque localité, suivant les dimensions et la qualité des bois. Mais pour les forestiers vraiment habiles, et nous entendons par là ceux qui, à la connaissance des lois de la végétation, réunissent celle des circonstances économiques qui régissent la production des forêts, la fixation du terme de l'exploitabilité commerciale et du revenu probable à cet âge ne présentera jamais de difficulté sérieuse, parce qu'ils sauront écarter, parmi les données du problème, celles qui n'offrent qu'un caractère aléatoire, et ne voudront baser leurs recherches et leurs

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évaluations que sur des faits positifs et certains (1). Ajoutons, au surplus, que dans beaucoup de localités, le terme de cette exploitabilité se trouve assez exactement fixé par Tàge auquel les particuliers exploitent leurs forêts.

S III. FIXiTIOir DU TERME DE L'EXPLOlTABILIti COMMBRCIÀLS XT DO RETENU A CET ÂGE d'un PEUPLEMENT COMPOSÉ DB BOIS D*À6ES DIFFÉRENTS.

{Tatllis composés, futaies j'ardinées^ elc).

Voyons maintenant comment il faudrait procéder à la détermination du revenu qui doit être pris pour base de Festimation, si, au lieu d'un bois ou d'une forêt dont chaque coupe ne comprend que des bois

(1) Nous n'entendons pas dire que la valeur capitale d'une forêt doit, dans tous les cas, se déduire strictement du revenu k l'âge d'exploitabilité des peuplements existants, qiAels que soient l'état de végétation et la consistance de ces peuplements. Nous prétendons, au contraire, que, toutes les fois que Ton pourra apprécier la plus value que le revenu sera susceptible d'atteindre dans l'avenir, il sera nécessaire d'en tenir compte dans l'estimation de la valeur capitale de la propriété, de même qu'il faudra tegir compte de la dépende à faire en travaux d'amélioration pour obtenir ce résultat. C'est ainsi, par exemple, qu'il faudrait procéder k l'égard de vides importants, de peuplements compromis par des exploitations vicieuses, de massifs réduits à végéter misérablement faute de quelques travaux d'amélioration, tels que fossés d'assainissement, etc., etc., en un mot, de tous les peuplements dont la production peut être améliorée par des moyens certains, et dont la plus value nette, au moment des exploitations à venir, peut s'apprécier avec certitude. De même, si les ressources d'une forêt ont été épuisées ou amoindries par des exploitations exagérées, il est évident que le revenu qu'elle a fourni en dernier lieu ne peut être pris pour base de l'estimation de sa valeur capitale.

de même âge, on avait à opérer sur un peuplement dont les produits, annuels ou périodiques, devraient être fournis par des arbres d'âges différents, un taillis sous-futaie, par exemple, ou une futaie jardinée.

Dans un taillis composé, le rendement de chaque coupe se compose de deux éléments : du produit de tout le sous-bois, et du produit de ceux des arbres de réserve qui sont abandonnés à Texploitation. Pour ce qui est du sous-bois, œa procède, comme pour les taillis simples, à la détermination du revenu net qu'il peut fournir à Tâge où il a atteint son exploitabilité commerciale. Seulement on doit remarquer que la révolution à lui appliquer doit être déterminée, eu égard eux essences et aux conditions de fertilité, de façon à assurer la bonne venue des arbres de réserve, en même temps que la reproduction des souchesdu taillis. Plus la révolution des taillis est longue, plus beaux sont les résultats que Ton obtient de la réserve, et comme le contigent de la futaie peut entrer pour une forte part, et le plus souvent même pour la plus forte part, dans le produit total de chaque coupe, il peut être de l'intérêt du propriétaire de favoriser plus spécialement le développement des arbres de réserve, en reculant l'âge d'exploitation du sous-bois au-delà du terme de son exploitabilité commerciale. Cet âge, que l'expérience a fixé, pour nos principales essences et suivant les sols, entre les limites de 20 à 25 ans au minimum et 40 ans au maximum ^ pourra se déterminer, en faisant abstraction de la réserve, de la manière qui a été tracée pour les taillis simples, mais en

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se maintenant entre les limites que nous venons d'indiquer.

Reste donc à apprécier la part pour laquelle la futaie doit contribuer au rendement total de chaque coupe. Or, on sait que dans un taillis sous futaie la réserve se compose d'un certain nombre d'arbres ou , balweatix qu'on laisse sur pied, à chaque exploitation du taillis, et que l'on classe suivant leur âge en catégories différentes. Les àaliveaux de [âge sont des sujets que l'on choisit parmi les plus belles perches du taillis et qui ont le même âge que celui-ci au moment de son exploitation ; les baliveaux modernes sont des arbres de deux révolutions ; les baliveaux anciens sont . de plusieurs sortes et se divisent en anciens de trois âg«s, anciens de quatre âges, etc. Dans les forêts bien traitées, le nombre des baliveaux de chaque catégorie, à réserver lors de l'exploitation, est réglé par un plan de balivage conçu de façon à pourvoir aux exigences de la culture (1] et à satisfaire les intérêts du propriétaire. Le surplus de ces arbres est destiné à l'exploitation et, par conséquent, à fournir le contingent de la réserve dans le produit de la coupe. Dans ce cas, et dans toutes les circonstsuaces où l'on opère sur un taillis composé que l'on considère comme parfaitement constitué, la part pour laquelle la futaie contribue au rendement de chaque coupe est facile à estimer ; car si, après l'exploitation du taillis, la réserve se compose, par exemple, de 50 baliveaux de

(1) Voyez le Coure de culture des bois, livre IV, chapitre II.

principes: 297

Fâge, 40 modernes, 30 anciens de trois âges et 20 anciens de quatre âges, il est clair que la part de la futaie dans le rendement de l'exploitation suivante sera représentée par le produit de 20 anciens de 5 âges, 10 anciens de 4 âges, 10 anciens de 3 âges et 10 modernes. Mais si les conditions qui doivent assurer la meilleure production du peuplement à estimer ne sont pas convenablement remplies, en ce " qui concerne la constitution de la réserve, il peut être nécessaire de tenir compte des améliorations qui devront être introduites sous ce rapport et de la plus value qui en résultera dans la production à venir . Pour mieux faire comprendre la marche générale à suivre dans l'estimation des peuplements de cette nature, nous allons d'abord nous supposer placé dans la po-

sition d'un propriétaire qui veut élever des réserves dans un taillis simple, et examiner jusqu'à quel point cette opération peut être utile ou préjudiciable à ses intérêts.

Considérons un massif de taillis simple parvenu au terme de son.exploitabilité commerciale, que nous supposerons être 25 ans. Si, en abattant le taillis, le propriétaire veut réserver un certain nombre de brins de chêne, par exemple, pour ne les exploiter que lorsqu'ils seront proprés à donner du bois d'oeuvre, cette opération aura pour effet de diminuer le revenu de la coupe d'une quantité égale à la valeur des brins réservés. Mais ces brins croissant en quelque sorte isolément au milieu des rejets du taillis, recevront de toutes parts les influences de la lumière ; d'ailleurs le

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sol qui les porte sera protégé par le couvert du souslK)is, et enfin, à partir de 25 ans, ils entreront dans un âge plus favorable à leur développement ; d^où il résulte en somme que les conditions dans lesquelles ces réserves vont végéter, ne sont pas les mêmes que celles où vont se retrouver les sujets qui repousseront de souche et qui formeront la masse du sous-bois. Ces arbres, considérés individuellement ou en masse, prendront annuellement plus d'accroissement qu'ils n'en ont pris dans les 25 premières années de leur vie, et qu'ils n'en auraient pris si on avait laissé croître le massif entier du taillis jusqu'à 50 ans.

 l'exploitation suivante du taillis, les réserves seront âgées de 50 ans, et auront une valeur immédiatement réalisable qu il sera facile de déterminer. Pour se rendre compte de l'intérêt que le propriétaire peut trouver à élever ces réserves sur son taillis, on remarquera d'une part que, si ces arbres avaient été exploités 25 ans plus tôt, le prix que l'on en aurait tiré aurait pu être placé dans les mêmes conditions de solidité que les capitaux en fonds de bois dans la localité, d'autre part que les arbres réservés pendant une seconde révolution ont pu causer un certain préjudice au sous-bois et amoindrir le revenu du taillis. La somme des intérêts perdus et du préjudice causé au sous-bois, mise en regard de la plus value que les réserves auront acquise pendant la seconde révolution, fera connaître le bénéfice ou la perte qui résultera pour le propriétaire de la constitution d'une réserve sur son taillis. S'il y a bénéfice, le propriétaire con-

tinuera à faire une réserve en baliveaux de Tàge et pourra être tenté de laisser les modernes parcourir une troisième révolution du taillis; mais en même temps il pourra être amené à réduire le nombre des arbres réservés comme modernes, afin de ne pas compromettre la venue du taillis par un couvert trop considérable. En comparant, comme précédemment, le sacrifice qu'il s'impose en réservant un certain nombre de modernes avec la plus value que ces arbres auront acquise à 75 ans, le propriétaire pourra apprécier le profit ou la perte, qui résultera pour lui de cette seconde opération. Cette expérience répétée sur les baliveaux de toutes catégories qui peuvent composer la réserve dans un taillis composé, le conduira à fixer le nombre des baliveaux de chaque catégorie à réserver et à abattre' lors de chaque coupe, et à prendre pour terme d'exploitabilité dès réserves les plus anciennes Tàge où la plus value nette qu'elles prendraient, si on les laissait 25 ans de plus sur pied, cessera de le dédommager du sacrifice qu'il s'impose en ne les exploitant pas.

Donc, réciproquement, quand on veut estimer la valeur en fonds et superficie d'une forêt ou d'une portion de forêt peuplée d'un taillis composé, il faut d'abord déterminer l'âge correspondant à Texploitabilité commerciale du taillis considéré séparément, et le revenu qu'on en pourra tirer à cet âge. Passant ensuite à l'examen de la réserve, on appréciera, comme il vient d'être dit, l'intérêt que peut présenter l'éducation de réserves de 2, de 3, de 4, etc. révolutions, et

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l'on fixera l'âge que les réserves ne peuvent dépasser sans perte pour le propriétaire. Cet âge représentera le terme de l'exploitabilité commerciale, des réserves, ce qui veut dire que toutes celles qui auront atteint ou dépassé cet âge, devront être considérées comme immédiatement exploitables, et que tous les baliveaux moins âgés , quoiqu' ayant une valeur immédiatement réalisable, puisqu'ils peuvent fournir des produits commerçables, ne sont pas encore exploitables, dans la saine acception du mot, parce qu'ils ont, à ce moment même, une valeur d'avenir plus grande que celle que l'on pourrait réaliser en les exploitant.

Quant à la part pour laquelle la réserve contribuera à la formation du revenu, on la déduira du plan de balivage adopté (1), en estimant pour leur valeur réalisable, au moment de la coupe du taillis, les modernes, anciens, etc., qui devront être abandonnés à l'exploitation.

On voit d'après ce qui précède, que l'estimation de la valeur en fonds et superficie des taillis composés

(1) La coDstitation du plan de balivage est ropération la plas délicate da traitement des taillis composés, et varie avee les ctrcoastanees physiques et économiques dans lesquelles la forêt se trouve placée. Cette question ne saurait être traitée ici sans trop nous écarter de notre sujet, et comme nous avons posé en fait qu'on ne pouvait procéder, d'une mauière sûre, k Testimation de la valeur en fonds et superficie de ces sortes de forêts sans être un forestier consommé, nous devons admettre que tout estimateur, qui accepte la respontabililé de telles opérations, a une connaissance exacte des préceptes posés par les maîtres auxquels nous avons déjà plusieurs fois renvoyé nos lecteurs. (Voirie Cours de culture des bois de MAf. Lorentz et Parade, quatrième édition, livre IV, cjiap. II.)

présente des difficultés que nous n'avions pas rencontrées dans les forêts où le revenu, annuel ou périodique, est fourni par une coupe dont tous les bois sont de même âge. Ces difficultés, nous le disons en passant, sont telles qu'elles ne peuvent être abordées et sérieusement résolues que par des hommes de métier, qui, à un coup d'œil exercé et à des connaissances pratiques suffisantes, réunissent l'appui indispensable d'une théorie solide. En effet, nous avons dit plus haut que dans la fixation du terme d'exploitabilité de la réserve^ il fallait tenir compte de la valeur réalisable des baliveaux de chaque catégorie, déduction faite du préjudice causé par leur présence au taillis environnant. Or comment estimer ce préjudice?

Si on considère un moderne d'abord, on peut se dire rigoureusement que cet arbre aurait pu être exploité et vendu à 25 ans, et remplacé par un arbre qui aurait actuellement même valeur que lui. De sorte que, pour qu'il y ait eu intérêt à le laisser croître jusqu'à 50 ans, il faut qu'à cet âge le moderne ait une valeur plus grande que celle du baliveau de l'âge et de ses intérêts accumulés pendant 25 ans, plus le tort causé au taillis pendant le cours de la dernière révolution. Pécuniairement, ce tort serait égal à la valeur d'un brin de 25 ans, plus le dommage causé au sous-bois par le couvert du moderne. De même le préjudice causé au taillis par un ancien serait égal à la valeur en argent d'un brin de 25 ans qui aurait pu remplacer cet arbre, s'il avait été exploité comme moderne, et du tort apporté à la végétation du sous-

302 DE l'estimation en fonds et SUPEEFiaB.

bois par son couvert. Telle serait Tappréciation rigoureuse et mathématique que Ton pourrait faire du préjudice causé parle maintien d'une réserve pendant la dernière révolution du taillis ; mais, dans la pratique, on doit négliger de tenir compte, dans l'évaluation de ce préjudice, de la valeur du brin deFâge qui aurait pu remplacer la réserve, si on l'avait exploitée 25 ans plutôt, de même qu'on néglige de tenir compte de ce qu'on pourrait ajouter à la production possible du sol en supposant que tout le terrain est peuplé de la manière la plus uniforme et la plus complète (1). Reste donc à considérer comme préjudice, la valeur du dommage causé au sous-bois par le couvert des arbres de réserve. Ce dommage varie avec les essences qui forment la réserve et dont se compose le sous-bois; il varie aussi avec la qualité du terrain, le nombre des arbres réservés et la catégorie de réserve, moderne, ancien, etc., que l'on considère. Ainsi les réserves à feuillage léger, à quelque catégorie qu'elles appartiennent, ne causent qu'un dommage insignifiant, quand les essences qui forment le sous-bois redoutent peu le couvert, que le terrain est fertile et que d'ailleurs le nombre des arbres réservés n'est pas trop grand. Tel serait, par exemple, un balivage modéré en chêne, sur un sous-bois de hêtre et charme, dans un terrain fertile. Si, au contraire, le

(1) On peut d'aulant plus négliger la valear du brin de l'âge qae souvent elle D^atleinl pas 50 centimes et ne dépasse guère 50 ou 60 centimes.

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couvert de la réserve est épais, il sera d^autant plus préjudiciable au sous-bois que les arbres réservés seront plus vieux^ plus nombreux, moins élancés, et que le taillis a plus besoin de lumière pour végéter. C'est ainsi que le vide se fait le plus souvent sous les réserves de hêtre quand elles arrivent à la catégorie d'anciens, tandis que le sous-bois reste tout aussi fourni sous le couvert de vieux chênes, et n'éprouve souvent qu'un ralentissement insignifiant dans sa végétation, lorsque, nous le répétons, le balivage est réglé d'une manière convenable. En résumé, ce dommage s'apprécie en estimant la différence entre le revenu présumé que fournirait le taillis s'il était débarrassé du couvert de la réserve, et le revenu réel qu'il procure comme sous-bois dans le traitement eataillis

composé (1).

(1) Longtemps on a pu dire que le régime du taillis simple convenait surtout à l'intérêt particulier, ou, d'une manière générale, que les produits des taillis simples répondaient mieux au but de l'exploitabilité commerciale que les produits des taillis composés, parce que la constitution d'une réserve exigeait l'emploi d'un capital engagé trop fort par rapport au revenu qu'on pouvait en tirer. Cette assertion peut encore être vraie pour certains taillis croissant sur des sols maigres et peu profonds, mais il est incontestable aujourd'hui que dans tous les taillis situés en bon fonds, et dans les localités où le bois d'œuvre a quelque valeur, il y a intérêt, au point de vue du placement des capitaux en fonds de terre, à élever de la futaie de chêne éparse sur le sous-bois.

Les circonstances qui favorisent surtout le maintien ou l'introduction du mode de traitement en taillis composé, dans les forêts possédées par les particuliers, sont les suivantes :

lo Les bois de chêne de fortes dimensions sont devenus rares en France, depuis un demi-siècle» pour bien des causes qu'il est inutile d'énumérer

304 DE l'sstimation en fonds et supercie.

Si Testimation des taillis composés exige, comme OD irient de le Toir, des connaissances spéciales en théorie et en pratique, il est bien plus difficile encore de procéder à Testimation de la valeur en fonds et superficie des futaies jardinées. Comme dans toutes les opérations du même genre, la. détermination du revenu correspondant à Texploitabilité commerciale devra servir de base à Testimation de la valeur capitale de la propriété. Ici le terme de Texploitabilité ne peut plus se déduire de la valeur des arbres à un âge déterminé , mais seulement des dimensions qu'ils doivent offrir pour être propres à l'emploi de leur destination, car les arbres croissant à l'état jardiné atteignent les dimensions qui les rendent exploi-

id, et ont acquis one valeur relativement plas grande que celle des bois de fea. Cette valeur tend à s'accroître encore chaque jour avec les besoins de la consommation et surtout avec Tamélioration incessante des voies de transport y tandis que les bois de feu ne peuvent pas profiter au même degré de l'eitension des débouchés et de l'économie apportée dans les transports par la création des nouvelles voies de communication, parce que, dans les localités on leur prix tendrait k s'élever au-dessus de cer^ taines limites, ils se trouvent en concurrence avec h houille et le coke dont l'usage se répand de plus en plus et menace sérieusement d'envahir les foyers industriels et domestiques au détriment du combustible forestier.

3fi L'abondance des capitaux, qui semble devoir s'accroître encore beaucoup dans l'avenir, doit avoir pour eifet de faire baisser le taux des placements. Or, plus le taux est faible, pins le terme de l'exploitabilité commerciale d'une forêt est reculé, ou, ce qui revient au même, plus le capital engagé dans la sflperficie peut être considérable par rapport au revenu. D'où cette conséquence que l'abaissement du taux de l'intérêt est essentiellement favorable à la production des bois de fortes ^mensions, et spécialement à l'éducation d'arbres de futaie dans les taillis possédés par les particuliers.

tables à des âges très-différents^ suivant les conditions dans lesquelles ils ont crû. Or, quelles seront ces dimensions? Gela dépendra de la nature des marchandises qui ont le cours le plus régulier dans la localité ; si ce sont, par exemple, les sciages, comme on peut scier en planches du commerce les arbres les plus forts aussi bien que ceux qui ont atteint strictement les dimensions requises pour ce genre de débit, il conviendra d'examiner si le propriétaire a intérêt à laisser les arbres sur pied jusqu'à ce qu'ils aient atteint leurs plus fortes dimensions commerciales, ou s'il doit les abattre aussitôt qu'ils ont les dimensions voulues pour être propres au sciage, ou bien s'il doit choisir un terme intermédiaire entre ces limites extrêmes. Ces dimensions étant déterminées, on considérera comme exploitables immédiatement les arbres qui les ont atteintes ou dépassées, puis on calculera la possibilité et le revenu probable de la forêt, en tenant compte du changement qui sera apporté dans la constitution des peuplements par l'extraction des arbres exploitables. Cette opération est extrêmement délicate et difficile, parce que les produits de chaque coupe ne se composeront pas seulement d'arbres exploitables, mais encore de brins plus faibles dont les dimensions et la valeur vénale sont très-vaxiables. On ne peut donc procéder que d'une manière empirique à la détermination de la possibilité matérielle et du revenu probable des futaies jardinées, et, pour peu que l'on connaisse ces sortes de forêts, on reconnaîtra qu'il faut avoir des notions bien exactes sur le débit des bois,

306 DE l'estimation EN FONDS ET SUPERFICIE.

et sur les lois de la végétation dans la localité où Ton opère, pour ne pas commettre d'erreur grave dans l'estimation de leur valeur en fonds et superficie. En général, le moyen le plus sûr de procéder à la détermination de la possibilité matérielle des futaies jardinées consiste à prendre pour base, ou pour point de comparaison, le chiffre moyen des produits effectif fournis par les exploitations jardinatoires des dernières années.

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