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Il est facile de répondre que dans toute exploitation privée, on rencontre une bureaucratie qui sommeille et qui se développe dès que l’importance de l’entreprise s’accroît. La plupart des grandes compagnies n’ont rien à envier aux Administrations à ce point de vue. Leurs services s’engorgent vite d'employés inutiles qui grèvent lourdement leurs frais généraux et les obligent à écraser un peu plus le consommateur. Dès que les grands chefs ne peuvent plus assurer un contrôle effectif sur tous leurs employés, la bonne gestion de l’affaire repose uniquement sur la valeur et la loyauté des sous-ordres. Pourquoi ces derniers seraient-ils de moindre valeur dans une régie directe que dans une régie intér ssée par exemple ? On croirait, à entendre certaines critiques, que les entreprises privées ne font jamais faillite et que tous ceux qui touchent, de près ou de loin,.à nos administrations perdent de ce fait les brillantes qualités dont ils ne manqueraient pas de faire preuve si, par contre, ils étaient commerçants ou industriels. Toute exploitation, quelle qu’elle soit, se révélera bonne ou mauvaise suivant l’étoffe de ceux qui sont à sæ tête et non suivant leur étiquette dans le corps social.
Les grandes crises que nous venons de subir ont prouvé qu’en toutes circonstances, il ne subsiste en fin de compte . que la valeur propre de l'individu et qu'importe peu le cadre dans lequel les circonstances lui commandent d’évoluer. | |
Il faut simplement modifier l’organisation des régies et donner à cette dernière un caractère nettement commercial ou industriel.
Personne ne conteste que le système politique et administratif de nos administrations ne puisse pas leur permettre de suivre les méthodes des entreprises privées. I
serait bien étonnant qu’à un de distance, les mêmes institutions puissent convenir à un milieu modifié dans sa forme et dans son esprit. Il faut qu’il existe l’analogiel4 plus grande entre une société anonyme et la régie. Toutes deux seront des abstractions personnifiant des intérêts généraux et leur volonté sera exprimée par un organisme de fonctionnaires pour la régie et d'administrateurs, HoÛr la société. : vies
On ne se plaindra Fe alors des formalités saniet tives et l’aiguillon de lintérêt assurera la prospérité des services publics municipalisés (1). En revanche, il subsistera la garantie que peuvent offrir des fonctionnaires, aw double point de vue honorabilité et culture, dans un milieu . où ces’ qualités sont quelquefois difficiles à trouver.
Il y à également intérêt à ne pas livrer, même sous un. sérieux contrôle, l'exploitation de certaines de nos richesses nationales à des entreprises privées. Que ce soit en tergps: de paix ou en temps de guerre, il est bon que tous lesiservices publics, et surtout les plus importants, ne soient pas entièrement en dehors de l’action administrative, c’est-àdire finalement gouvernementale.
Le but de toute entreprise privée est en fin de compte la réalisation du maximum de bénéfices. Ce but apparaît
comme une nécessité d’un caractère angoissant dans le:cas
d’une concession, et les rapports entre concessionnäires.et consommateurs acquièrent de ce fait un caractère très spécial. Les compagnies ou sociétés se bornent uniquement à assurer les. perfectionnements susceptibles d'augmenter le chiffre des dividendes. Toute autre considération les amènerait à la faillite du fait de la concurrence. |
‘ (4): Les régies amèneront d’ailleurs un développement de la consommation, puisqu'elles font baisser les prix.
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Il y aura donc toujours antagonisme entre l'intérêt privé de l’entrepreneur et l’intérêt général ; la concurrence même ne peut le faire disparaître, si elle l’atténue. Le consommateur en souffre comme l’ouvrier et il vient un moment où celui-là risquant d’être écrasé par les taux prohibitifs, est obligé de se grouper en associations ou en syndicats. En effet, au début des entreprises de même nature, sous l'influence de la concurrence, la lutte est circonscrite entre l'entreprise et ses salariés et le consommateur peut respirer, mais lorsqu'une de ces entreprises est parvenue au stade du monopole, elle se trouve dans un conîlit d’intérêts essentiels et permanent avec la collectivité tout en-
-tière (@)..
Au contraire, la Municipalité n’étant pas astreinte à distribuer des dividendes et n’étant pas obligée, puisque le temps n'existe pas pour elle, de réaliser des bénéfices donnés en un temps donné, va se proposer d’autres buts d’ordre social et moral. Elle pourra accorder à ses ouvriers une rétribution de leur travail en rapport, non pas tant avec
la valeur de ce dernier sur le marché qu’avec les besoins ou les responsabilités des travailleurs. Et cela d'autant plus facilement qu’elle ne sera pas harcelée par la concurrence.
C'est ainsi que la municipalisation de l’électricité à Genève, en 1918, a eu pour conséquence un relèvement important des salaires ; il a été accordé des congés annuels avec solde, des pen‘ions d'invalidité et de retraite ; toutes mesures inconnues du temps de l’exploitation privée. En France; les régies municipales de Lyon ont pris des mesures des p'us favorables vis-à-vis de leur personnel, qui est
(1) Annales de la régie directe, nov. 1917, octobre 1918, Do Les régies et leur évolution, par M. EncarD MiLHaun. :
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