‹ Exploration archéologique de la Galatie et de la BithynieChapitre 133 sur 153 · KA! OS · texte numérisé non relu

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M. Mordtmann, qui a vu l'inscription en 1858, croit avoir lu ainsi le nom du personnage auquel aurait été élevée la tombe (/nstitut de correspondance archéologique, Annales, 1861,

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Ce nom, tel qu'il le transcrit, n'est point explicable par le grec, et ne paraît point non plus offrir d’analogie avec les noms galates ou proprement orientaux que nous présentent ces contrées. M. Mordtmann ne nous semble pas avoir réussi plus que nous à déchiffrer les caractères. Hamilton, je ne sais pourquoi, n’a pas transcrit l'inscription de ce tombeau qu'il paraît pourtant avoir vu pendant les trois jours qu'il a passés à Amasia (1). Quant à M. E. Boré, entrainé par ses préoccupations religieuses, ne va-t-il pas s'imaginer que le monument est contemporain de ces peintures dont nous avons signalé les traces ? Cette idée le conduit à ne pas lire ce titre de grand prêtre de la Terre, vñc doyssesoe qui, à lui seul, aurait suffi à lui montrer son erreur : en revanche, il croit reconnaïtre dans la dernière ligne le nom du Christ (2). Ni M. Mordtmann, ni moi, n'avons trouvé le moindre vestige de ce nom.

Cette tombe doit être plus moderne que les tombes royales, tout en appartenant encore à une assez haute antiquité. Vers le temps de César ou d'Auguste, quelque personnage important , — C'était un grand prêtre de la Terre,

du pays, important par la haute situation qu’il occupai c'est-à-dire de la déesse Mà, que l'on adorait à Comana, — important par sa richesse, — il fallait beaucoup d'argent pour entreprendre et terminer un pareil ouvrage, — voulut reposer dans une tombe pareille à celle des anciens rois. Je ne sais si, tant que dura la dynastie nationale, il eût été permis à un sujet de lutter ainsi de magnificence avec le souverain. D'un autre côté, le style de la décoration, la simplicité du chapiteau, la forme pyramidale de la porte, l'absence de toute moulure proprement romaine, enfin le caractère des lettres, nous font croire que ce monument ne peut guère être plus moderne que le règne d’Auguste. On voit, par Strabon, quelle position occupaient encore à ce moment les grands prêtres de Comana ou de Zéla (3). Avant que le pays füt tout entier réduit en province romaine, ils étaient, depuis la chute des rois de Pont, des princes indépendants, placés à la tête d’une nombreuse hiérarchie de prêtres ; ils possédaient, au nom du temple, de vastes domaines et d'immenses revenus. (est ce que nous indique très-bien Strabon dans ce qu'il nous raconte de ce Dyteutos, descendant d’une illustre famille galate, qui fut nommé, par Auguste, grand prêtre de Comana (4). Nous avons peut-être ici le tombeau de quelque

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(2) Correspondance et mémoires d'un vo ageur en Orient. Olivier Fulgence, Partis, 1840, tome I, D9102

(3) Voir ce que Strabon dit du temple de Cabira (XIL 3, 31), de celui de Comana (ibid., 32-36) et de celui de Zéla (ibid., 37).

grand prêtre de Zéla ou de Comana, né à Amasia, tel que ce Dorylaos, fils de Phüétère et parent du géographe Strabon qui, nous raconte celui-ci, avait été élevé par Mithridate Eupator à la dignité de grand prêtre de Comana (1).

Nous n’eùmes pas le temps de faire plus d’une visite à la citadelle, et nous devons nous borner à en signaler les monuments à nos successeurs. Un jour où le temps était un peu moins mauvais que d’habitude, nous entreprimes cette promenade, déjà plusieurs fois différée. On ne nous indiqua point, sans doute pour n'avoir point la peine de faire avec nous cette pénible ascension, que l’acropole fût accessible de face, par la nécropole et le palais. Nous montâmes par le côté de l'est, en faisant un long détour. Le chemin, quoique encore très-roide, est pourtant praticable pour les chevaux. Au pied de la côte, on nous montre un endroit où se sont trouvés plusieurs tombeaux voütés, en blocage, des bas temps de l'empire. Un d’eux, le seul qui subsiste, a été reblanchi etréparé par un Ture, qui s’en est fait une petite cellule. Le pic se divise à son sommet en deux plateaux, qui portent l’un et l’autre des tours et des restes de maisons. Entre ces deux sommets se trouve une dépression du sol encore marquée, mais qui était certainement bien plus sensible encore avant que des débris de toute nature s'y fussent entassés. C’est le petit isthme ou col (by), dont parle Strabon. De là, il y a encore à peu près la distance qu'il indique jusqu’au point culminant du sommet occidental, le plus élevé des deux, celui qui porte la forteresse proprement dite. Sur cette pente sont accumulées les défenses. Avant d'arriver à la cime, nous traversons successivement cinq enceintes. Celles que nous rencontrons d’abord sont modernes, c'est-à-dire du moyen

âge, byzantin où musulman, mais faites en grande partie de débris antiques. La dernière, au contraire, repose presque tout entière sur des débris antiques très-bien conservés jusqu’à une assez grande hauteur. Les tours sont carrées. Le style de l'appareil nous rappelle Cyzique. C’est la même alternative de longs blocs et de blocs posés en boutisse. La construction est belle et soignée ; elle date certainement des rois de Pont. Mais ce qu’il y a de plus curieux, c’est un profond souterrain qui descend jusqu'à l’un de ces réservoirs d’eau (u9seiz) dont parle Strabon. Des deux galeries (oÿoryyee) qu'il mentionne, ce doit être celle qui, dit-il, est taillée dans la direction du col, c'est-à-dire des ouvrages extérieurs ; car, malgré sa grande profondeur, elle est loin de descendre jusqu’au niveau du fleuve. De l’autre galerie, nous avons cru retrouver la trace dans les débris du passage souterrain où maçonné dont toute la partie inférieure se reconnaît encore au-dessous du palais. Ce qui est certain, c’est que la galerie que nous avons explorée dans l’acropole est un travail considérable, qui a dû coûter bien des efforts et du temps. Elle forme une voûte creusée dans le rocher et renforcée çà et là par nn revêtement de maçonnerie. Près de l'entrée, il y a une voûte en briques qui est portée sur des pieds-droits de la même matière, C'est peut-être là, comme l’a pensé Hamilton, une réparation de l’époque musulmane ; mais, plus bas, on trouve à plusieurs reprises des murs en bel appareil hellénique qui suppléent à des vides du rocher. Deux puits, qui paraissent bouchés à peu de distance de leur orifice inférieur, viennent s'ouvrir dans la voûte; ils avaient été pratiqués pour faciliter le creusement de la galerie en permettant d'attaquer le roc sur plusieurs points à la fois; ils donnaient aussi de l'air et du jour.

Le souterrain, dans son état actuel, a environ 80 mètres de profondeur (2). M. Guillaume compte près de 300 marches; or chaque marche a, en moyenne, 0275 de hauteur. La largeur de la galerie est de 3"50, la hauteur moyenne de 3 mètres. Au fond, nous arrivons à un bassin, entouré, lui aussi, d’un mur d'appareil hellénique et comblé par des blocs éboulés, entre lesquels nous distünguons une eau claire et froide, agréable au goût.

Les proportions de tout cet ouvrage sont plus vastes qu'il n'eût été strictement nécessaire

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