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10 MNHMHEXAPIN pvéuns yépuv.
L. 4. Remarquez Adgniz abrégé comme prénom, mais mis après le nom qu'il accompagne. Peut-être faut-il voir là simplement le résultat d'un oubli du graveur; ayant omis le prénom
avant Pannychis, il l'aura placé après.
Mätezy pour pnrépuv, dont on a déjà des exemples. Bolu. Sur un cippe cylindrique.
AYAIKOZ AYAIKAQTOTATPI MNHMHEXAPIN
AUXUXLOS Akk® Tà murpt
vins dpi.
Bolu. Sur un fragment de sarcophage.
KOMIAHE=EM OAQPOITIA MNHMHE X A AN
VE Bolu. Sur une dalle devant la mosquée appelée Æudjt- Djami. AFAOHTYXHOER
HPAKAEIACKAHTIAAHCEZEYXHC
Àyabz
Hpareï À ox
Sous l’invocation de la Bonne Fortune. Au dieu Hercule, Asclépiade, pour obéir à un vœu.
(4) 11 ne peut y avoir de doute sur le sens de ce dernier vers, sur l'intention indiquée par cette périphrase , « la mère
des mortels », qui ne saurait désigner autre chose que la terre. On trouve tout à fait la même idée et le même rapproche-
+ Bolu. Devant une fontaine , sur une stèle, -ATONTE I QPOY Q Iovreiy Poipe -TANIANHYNHAYTO Avjroavi yuvh aôroë .NYIOIAYTOYNNI y viol aÿro 39:
Bolu. Sur une stèle à l'entrée d’une mosquée.
1 -BIA-ATON ce Jéuorèv DYAH D cote ailèul of lntitit el CRETE quAñ
AIATAZHE da révns
APETH3ENEKEN dperñc Eveney.
L'inscription n’est pas, comme on pourrait le croire au premier abord, consacrée à un empereur par une des tribus de Bithynium. Ce qui exclut cette interprétation, c’est la formule finale Six néons àperis évexev, dans laquelle il a à remarquer une singulière redondance, ce
Sa qui fait si gauchement double emploi avec évexev. Le citoyen auquel l'inscription est relative avait peut-être rempli certaines fonctions auprès d’un empereur, fonctions que détermi-
naient les lignes qui manquent.
Bolu. Sur un autel circulaire. Lettres de 0,05. ATAOHITYXHI Aya rôyn- AI E'PIKE "QI
Sous l’invocation de la Bonne Fortune. A Jupiter Hercien (protecteur des enclos).
al.
Bolu. Dans un cimetière, sur un cippe cylindrique. KOINTAQITTAKPIAIQI Koïyre Taxpiée AONTQAIKOINTOZ Advye Koïfvroc ITAKPIAAIOZ@AAAYPIE Taxpiios OANAUpIE TAIAIQTIATPONI rù Mo rarpün MNHMHZXAPIN pure pp.
L. 3. À la place de Ogg, nom inconnu, on pourrait lire Oéuvex, dont on a déjà des
er changement, de rapprocher les deux À. L. 4. TG iMo +a-
exemples ; il suffirait d’un très-lég, rpov. Cet emploi d'ios au lieu de suus (c'est la formule patrono suo du latin), fait déjà songer à l'importance que cet adjectif obtiendra dans le grec moderne, et au rôle qu'il y jouera, en
s’altérant un peu; ixés ou édixés, dérivé d’idos, en se combinant avec les pronoms personnels,
idim6e pou, idmés cou, idixéz Tov, forme les adjectifs possessifs des trois personnes. IlareGv, ra-
teévos, est un barbarisme dont on trouve de nombreux exemples dans les inscriptions de l’époque impériale (C. Z. Gr., n° 4038, 4037).
Si j'avais eu le temps de visiter, l’un après l’autre, tous les villages de la plaine de Bolu,
je ne doute point que je n’eusse pu sensiblement augmenter le nombre des inscriptions recueillies
ment dans une inscription latine recueillie par Gruter, page 636, n° 12 : mater genuit, mater recepit. En se tenant tout près du latin, on pourrait encore rétablir ainsi le dernier vers de notre in
ption grecque :
dans cette région; de plus, la route de Bolu à Kérédi, que nous avions d’abord songé à prendre
pour gagner la Galatie, nous en aurait certainement fourni quelques-unes; le chemin moderne
ne doit guère s'écarter, dans tout ce parcours, de la voie antique. Mais je me décidai à tra-
verser, du nord au sud, l'Olympe galate, par un sentier qui menait en vingt heures, disait-on,
de Bolu à Bei-Bazar; aucun voyageur n'avait encore suivi cette route, et d'ailleurs j'avais chance de descendre ainsi les pentes méridionales de l'Olympe, non loin du point où Manlius battit les Tolistoboies et les Trocmes (1). Je m'empresse de dire que je fus déçu dans cet espoir;
la description de Tite-Live est plus pittoresque que précise; il n'indique que très-vaguement la te]
région où eut lieu l'engagement, et il faudrait, pour reconnaitre, son récit à la main, le lieu du combat, que le hasard vous amenàt sur le champ de bataille même. En revanche, le pays que nous parcourümes durant trois jours, d'une plaine à l’autre, était admirable, et nous eùt encore plus vivement charmés si notre compagnon, M. Guillaume, n'avait été, pendant tout ce temps, dévoré par une fièvre qui lui laissait à peine la force de se tenir à cheval.
En quittant Bolu, on atteint, en moins d'une heure, le pied de la montagne. Les pentes assez douces que l'on commence à gravir sont d'abord cultivées; un peu plus haut les céréales sont remplacées par la forêt. C'est d'abord un épais et vigoureux taillis de frènes et de coudriers, de hêtres et de merisiers; au-dessus commencent les pins, qui peuplent seuls les régions élevées. Trois heures et demie après être sortis de la ville, nous atteignimes le sommet, non le sommet de l'Olympe, mais le sommet de la pente de l'Olympe qui regarde Bolu; devant nous s'étendaient, comme une large terrasse, de vastes plateaux herbeux arrosés par de nombreux ruisseaux et parsemés de pins. Au delà s’élevaient, à deux ou trois lieues de nous, les vrais
sommets de l'Olympe galate, qui forment comme le second étage au milieu du plateau; ils sont
boi fils de l'aveugle. »
resque jusqu'à la cime; le plus haut d'entre eux porte le nom de Queur-Oghlou, «le d Ï gl
Tout le pays que nous traversons pendant le reste de cette journée et pendant toute celle du lendemain rappelle certaines parties de la Suisse; ce sont d'immenses pâturages coupés de ravins et de bouquets de bois qui donnent par moments à la prairie l'aspect d'un grand parc anglais. Sur les pelouses, que n’a pas encore desséchées tout à fait le soleil de juillet, sont épars
de nombreux groupes de chalets grossièrement construits en bois de grume, ou troncs de pins
non équarris; à l'entour paissent les bestiaux, qui cherchent les creux où l'herbe est restée plus verte aux abords d’un ruisseau ou à l'ombre de quelque haut rocher. Ce doit être là ce district pastoral que Strabon mentionne comme appartenant à Bithynium, et comme fournissant
un fromage très-recherché : « Bithynium, dit Strabon, possède le territoire de Salone, excellent
pour l'élève des bestiaux, et qui donne le fromage salonite (2) ». C’est sans doute ce mème fromage que Pline vante sous le nom de fromage bithynien, comme le meilleur que l’on fit au-
delà des mers et le plus apprécié des gourmets (3). Il n’est rien en Orient que n'ait atteint l’uni-
verselle décadence, et en même temps que les lettres et les arts disparaissaient, on perdait le secret des plus élémentaires industries. L'herbe des pâturages de l'Olympe est toujours aussi
fraîche et aussi drue qu'il y a dix-huit siècles, quand, le mois de mai venu, les habitants de
la plaine y montent avec leurs troupeaux qu'ils chassent devant eux par les mêmes sentiers qu'au temps de Strabon ou de Pline; mais le fromage qu'ils nous font goùter dans leurs Zai/as, ou villages d'été, est aigre et se conserve mal.
Nous ne trouvons pas d'inscriptions dans toute cette montagne, qui n'a guère dû jamais être habitée que par des bergers; mais quelques traces de constructions et quelques noms
(4) Liv. XXXVIIT, 19-23.
(2) Strabon, XII, 4, 7.
3) Plin., 4. N., XI, 97.
MT
conservés par la tradition y rappellent pourtant le passé. Un district qui se trouve à l'ouest de celui que nous traversons, et qui contient une trentaine de ces ïaïlas, porte le nom de Baurou, qui m'a l'air plutôt d'origine antique que d’origine turque. À dix minutes d'Añnan-tailasi, où nous couchâmes le premier soir après avoir quitté Bolu, sur une éminence entre deux dépressions du plateau, se reconnaissent les restes d’un village antique; un piédestal quadrangulaire d'un assez bon style, gisant à terre, remonte à l'époque romaine. Les débris d’une église chrétienne, avec son abside, indiquent que ce lieu a été habité jusqu’au moyen âge. Tout à l'entour, de nombreuses traces de maisons de pierre sembleraient prouver qu'autrefois, au lieu de ces campements d'été, il y aurait eu ici une population fixée au sol et qui passait aussi l'hiver dans la montagne. L'église était construite en blocs de pierre d’assez grande dimension, et une corniche ornait extérieurement le haut du mur. On appelle ce site Solakla-daghi. Avant d'arriver au village où nous couchâmes le second soir, Alen-keui, on rencontre un
ravin que les paysans appellent Ærékli-Dérési; Érékii, c'est l'altération ordinaire du nom ancien d'Héraklès et des villes qui se croyaient fondées par le fils d'Alemène ou qui l'avaient adopté est un mot turc qui signifie gorge, défilé. Composée ainsi d’un mot grec et
d’un mot turc, cette dénomination nous a conservé sans doute, au milieu de ces montagnes
pour patron; déré
qui ne sont plus habitées depuis plusieurs siècles que par des pâtres de race tartare, le souvenir de quelque temple d’Hercule situé au cœur même de la montagne, et peut-être d’une
bourgade voisine portant le nom d'Héraclée. Cette brèche qui s'ouvre brusquement sous les pas du voyageur, à peu près à égale distance de Bolu et de Beïbazar, sépare maintenant le territoire de ces deux villes; j'imagine que dans l’antiquité elle formait peut-être la limite de la Bithynie et de la Galatie. Il serait intéressant de suivre cette gorge dans toute sa longueur, de remonter Jusqu'à sa naissance le torrent qui la parcourt, et qui descend au Sakharia. D'après les renseignements que me donnent les paysans d’Alen-heui, dans le canton de Xerbusu, qui s'étend au sud de cette vallée, entre elle et Beïbazar, et qui contient d’assez nombreux villages fixes, il y aurait, sur plusieurs points, des débris antiques et des pierres portant des inscriptions.
Je connais peu de si
es plus étranges que ce ravin, et qui m'aient laissé une plus profonde impression. (est une fente étroite et creuse qui coupe en deux la montagne; seulement, au lieu de se prolonger en ligne droite, elle fait sans cesse des zigzags qui n'en changent point la direction générale, mais qui donnent à la vallée un aspect plus original encore et plus saisissant. Dans chacun des angles rentrants que forme en se dérobant brusquement une des falaises, l'autre se précipite aussitôt comme pour remplir l'espace vide. C'est une série de caps aigus et sombres, comme de prodigieuses dents qui s’emboîtent les unes dans les autres. Ce qui ajoute encore à l'effet, c’est le riz qu’on cultive au fond du ravin; cette bande étroite de claire et brillante verdure fait paraître le ravin plus bizarre et la roche plus noire. Sur le torrent est jeté un pont de planches tordu par le vent. On passe à pied le lit du torrent, qui n’a pendant l'été que très-peu d’eau; l'hiver il doit être infranchissable. Si, une fois arrivé là, an se retourne, on ne distingue plus, parmi les broussailles, le sentier en lacets par où l’on a mis plus d'une heure à descendre, et l'on n’aperçoit pas celui par où l'on s’élèvera péniblement jusqu’au bord opposé; il semble impossible de sortir de cette espèce d’abime (1).
(4) Je ne veux point négliger d'indiquer ici, pour les voyageurs futurs, les sites que je n’ai pu visiter moi-même, mais où se trouveraient, d’après les renseignements que j'ai recueill
dans cette région auprès des paysans, « des pierres écrites, » comme ils disent, «de vieilles pierres (éasili-tach, eski-tach). » À Bolu, on me cite, comme contenant des inscriptions, vers l'ouest de la ville, dans la direction de Muderlu, Tenidjé (deux heures de Bolu), et Kepni (cinq heures); d’un autre côté, vers l’est, sur la route de Keredi, Guneich et Baltallu (cinq heures). En nous rendant d’Uskub à Bolu , nous nous étions arrêtés, trois heures avant d'arriver à cette dernière ville, à un corps de garde où des zaptiès nous parlérent d’une forteresse située à six heures de là, et qui s'appelle Marucha.
MODREN Æ.
La petite ville de Muperzu, quoique habitée aujourd'hui par des Tures seulement, parait avoir remplacé la ville grecque de Modrenæ, souvent citée à l’époque byzantine; dans le nom moderne on reconnaît sans peine le nom ancien, légèrement modifié par la substitution d'une terminaison turque à celle qu'il avait avant les invasions barbares. Modrenæ, cité épiscopale,
est comprise par Constantin Porphyrogénète dans le thème des Buccellaires (1)
il ajoute que
c'est une simple bourgade, zou6r et on pourrait encore la désigner de même, partout
ailleurs qu'en Turquie; elle compte environ six cents maisons serrées dans une gorge étroite arrosée par de belles eaux. Des hauteurs qui la dominent et la pressent de toutes parts, la ville présente un coup d'œil original, qui rappelle certains paysages du Tyrol. Les maisons, bâties en bois et couvertes de copeaux de sapin, sont éparses des deux côtés de la gorge, sur les saillies du roc et le long du ruisseau.
Ce qui donna, pendant le cours du moyen âge, quelque importance à Modrenæ, ce fut son château fort, qui se dresse au-dessus et au sud de la ville, au sommet d'un haut mamelon pyramidal. Les murs sont en blocage, et paraissent d’une époque très-basse. L'intérieur de cette citadelle démantelée, habité encore aujourd'hui par quelques familles turques, ne contient ni sources ni puits, mais seulement des citernes. Ce château, difficile à emporter d'assaut avant l'invention de l'artillerie, barrait la route à l'ennemi qui, voulant éviter les passages toujours fortement gardés de la vallée du Sangarius, se serait jeté dans les montagnes pour gagner directement la côte, soit en traversant l'Olympe du sud au nord et en venant déboucher dans la plaine de Prusias ad Hypinm, soit en descendant vers le grand pont du Sangarius et Nicomédie le long de la rivière de Muderlu. Cette dernière route, que nous avons, si je ne me trompe, suivie les premiers, ne présente que peu de difficultés; elle conduit, à travers un pays
admirablement boisé, et où il serait facile à une armée de dissimuler sa marche, jusqu'à l’en-
droit où la voie militaire traversait le fleuve sur le pont de Justinien, et ce chemin est plus court d'au moins un jour de marche que la route des caravanes, qui passe par Torbalu, Tereklu
et Geïweh. M. Kiepert a été induit en erreur, je ne sais par quelle autorité, pour le cours de
la rivière de Muderlu, dont il fait la partie supérieure du Billæus ou Filias-Tchaï; les eaux de
Muderlu vont toutes au Sangarius, et cet affluent, qui reçoit en chemin de nombreux torrents
descendus de ravins, où d’épaisses forêts entretiennent toujours une abondante humidité, forme une assez profonde vallée qui court à peu près de l’est-sud-est à l'ouest-nord-ouest. Le plus souvent le sentier suit le bord de la rivière que l’on entend plutôt qu'on ne la voit, cachée qu'elle est sous d’impénétrables fourrés; parfois aussi il gravit les hauteurs, pour éviter quelque trop long détour ou quelque défilé infranchissable. À sept ou huit lieues du Sangarius, les mon-
(1) De Thematib., p. 11. Cette bourgade était assez peu importante pour que ni Ptolémée ni Étienne de Byzance n’en fassent mention.
tagnes boisées s’abaissent et s'écartent; mais la forêt, çà et là coupée de clairières et de défri chements, continue dans la plaine.
Quoique Modrenæ ne soit pas mentionnée dans les auteurs avant le Bas-Empire (1), nous y trouvons quelques fragments antérieurs à cette époque, et entre autres les deux inscriptions suivantes :
Sur un cippe quadrangulaire. Lettres de 0,03 AAKIBIAAHNKAON Abd nv #[a]hov KATEXEITOAECLH KAAHITEHXPHE TATONTMAIAQNE 5 AKAIÏIAEKETH
Fe Tode sil]
IJov Er-
Ce tombeau renferme le bel Alcibiade, le meilleur des enfants d’une mère belle aussi, mort à dix-sept ans.
Je prends ici x4%6<, xa, pour des adjectifs qualificatifs, et non pour des noms propres; ce qui my décide surtout, c'est le +é qui suit xz%%e<, et qui trahit l'intention d’un rapprochement dont l'idée a peut-être été suggérée à une douleur pédantesque par ce nom d’Alcibiade que portait l'enfant regretté. Si Æalé avait été le nom de la mère, malgré l’abus que font les inscriptions, à l'époque romaine, de la particule +é, rien n’en expliquerait ici la présence et n'en justificrait l'emploi.
Sur un cippe cireulaire en marbre de couleur. Lettres de 0,03.
ATIDOYETIATP ATOY Arooùe rare[i] Argoulw] Z.EANTICT.HM...A Ué'oavr ér[n] p' [rai] à- AEA..AAEZANA..ZI dep] AxËavI| po] Cé-
EAN-ICT.KA.KAUAHTI cavrt ér{n] 2x za
5 AOMHEMNAMEEN NON RRR pvdune épuv.
est une forme nouvelle d’un nom que l'on a déjà rencontré dans les inscriptions d'Asie Mineure sous la forme Atos (C. I. Gr., n° 2733, 2. 2836, 5. 95, 2). L. 4 et 5. Faudrait-
.? Les lettres étaient très-effacées et très-difficiles à ‘distinguer.
il lire xai pret oti QU (( y
aurait, à ce qu'il paraît, des inscriptions à lire dans les environs. Il s'en trouve, m'as-
(4) IL est question dans Strabon (XII, 3, 7), d’une ville de Monra qui se trouv
tprès des sources du Gallus, affluent du Sangarius , auquel il se joindrait à trois cents stades de Nicomédie. Strabon ne nous dit pas si le Gallus se jette sur la rive droite ou sur la rive gauche du fleuve, et il a l'air de faire entendre que le Gallus se réunit au Sangarius non loin du point où le Sangarius passe le plus près de Nicomédie. Ce dernier trait conviendrait très-bien à la rivière de Muderlu, et la similitude des noms conduirait aisément à identifier la Modra de Strabon, rx Médex, avec la Modrenæ, 4 Modonvat, de Constantin Porphyrogénète. Mais, en y regardant de plus près, on reconnait que cette identification ne peut s'admettre, à moins qu'on ne suppose dans Strabon une de ces erreurs qui n'y sont pas rares, malgré toute son érudition et sa conscience, erreurs que suffit d'ailleurs à expliquer le manque de cartes. Strabon place en effet Modra dans la Phrygie Hellespontienne ou Épictète
qui ne s'est jamais étendue sur la rive droite du Sangarius et n’a jamais compris le pays où se:trouve Muderlu, caché dans les replis de l'Olympe bithynien. C’est conduits par ce renseignement que MM. Kiepert et Ch. Müller ont cherché le Gallus, l’un dans la rivi
Tun ne la fait pas figurer sur la
ère d'Aineh-Gheul, Vautre dans celle de Lefkeh ; quant à Modra,
arte, l’autre l’y place au pied de l'Olympe mysien, sans autre indication que le passage de Strabon. Il faudrait donc admettre qu’il y aurait eu à la fois en Phrygie Modra, et Modrenæ en Bithynie; le radical évidemment identique qui se retrouve dans ces deux mots aurait sans doute eu un sens dans l’ancienne langue de ces provinces, et aurait ainsi servi à y former plusieurs noms de lieu. Ce qui demeure obscur pour moi, c'est que la distance entre Nicomédie et le Sangarius soit indiquée par un point qui est très-loin d’être le plus voisin de Nicomédie que l’on puisse prendre sur le cours du fleuve. Les trois cents stades qui sépareraient Nicomédie de l'embouchure du Gallus peuvent se rapporter à peu près à l'embouchure de la rivière d’4ineh-Gheul ou de celle de Lefkeh si on mesure à vol d'oiseau sur la carte; mais sur le terrain, dans cette contrée montagneuse, il y a bien plus de cinquante-cinq mille mètres.
sure-t-on, dans différents villages dont on me dicte les noms, Zchïtevren, situé à une heure et demie, et Oullala, à cinq heures vers le sud, dans la direction de Nali-Xhan. À Karadÿja-kaïa, village que la route d'Ismidt laisse à trois quarts d'heure sur la gauche, se trouve «une pierre écrite» qui, d'après la description qu'on m'en donne, doit être un sarcophage.
Mais ce qui me cause bien plus de regrets, ce sont des ruines importantes que nous paraissons avoir laissées à quelques heures dans l’ouest, en allant de Sivri-Hissar à Nali-khan à travers le district encore inexploré qui porte le nom d’Æssi-Mahtch. Ce district, qui figure sur la dernière édition de la carte de M. Kiepert comme une sorte de {erra incognila, est compris entre Sivri-Hissar et Eski-Shéir au sud, Torbalu, Nali-khan et Beï-bazar au nord. Les populations qui habitent ce canton montagneux et boisé ont une réputation toute particulière de turbulence, et n'obéissent que très-capricieusement aux pachas et mudirs dont elles sont censées dépendre. Ce ne fut qu'après bien des représentations et des avertissements que le mudir de Sivri-Hissar nous laissa prendre cette route que n'avait encore suivie aucun voyageur, et une seconde tentative que je fis, deux mois plus tard, pour pousser, de Beï-bazar où nous retenait la maladie de M. Guillaume, une nouvelle pointe au cœur de ce pays, échoua devant l'impossibilité
de trouver à Beï-bazar un guide qui consentit, pour quelque prix que ce fùt, à s'engager avec
montagnes, Dans notre marche, du sud au nord, à travers la partie orientale si-Maliteh et arrivé à Nali-khan, j'appris de plusieurs personnes qu'à dix heures environ vers le sud de
moi dans €
de ce district, nous n'avions rencontré aucun site antique; mais, une fois sorti d'A
Nali-khan, dans un village nommé /rméni-keui, se trouveraient de nombreuses inscriptions et
si d’un
une forteresse qui contient encore les ruines de beaucoup de maisons. On me parle aus autre endroit situé plus près de Nali-khan,et connu sous le nom d’/ki-kilisseh (les deux églises); c'est à peu de distance du village de Tchardak, et il y aurait là de grandes pierres, des citernes, des colonnes portant des inscriptions. C'est à Muderlu que l’on me donna ces détails
sur des sites que les exigences du voyage ne me permirent pas de retourner visiter, mais que
je recommande aux voyageurs futurs. Toute la partie moyenne du bassin du Sangarius est très-
mal connue, et il y reste beaucoup à découvrir. L'un des deux emplacements que l'on m'a signalés, le dernier probablement, doit être celui de cette Juliopolis, qui est mentionnée par plusieurs auteurs anciens comme voisine de Dadastana, et située à l'entrée de la Bithynie, #7 capite Bithyniæ, dit Pline le Jeune (1). M. Kiepert a été conduit, par la comparaison des textes, à placer conjecturalement Juliopolis dans le voisinage de Nali-khan, et je ne doute point que la découverte des ruines que je signale ne confirme un jour ou l’autre sa conjecture; seulement il me paraît s'être trompé, comme l’a très-bien prouvé un des hommes qui connaissent le mieux l'Asie Mineure, M. le D' Mordtmann, en identifiant Gordium et Juliopolis. C'est, comme je le montrerai plus tard avec M. Mordtmann, au sud-est de Pessinunte qu'il faut chercher Gordium, dont je crois pouvoir indiquer le véritable emplacement. (2). On doit retrouver auprès de Juliopolis des traces des grands travaux qu'y avait exécutés Justinien , d’après Procope (3), pour préserver la ville et la route qui passait auprès, des ravages de deux torrents voisins, affluents du Sangarius.
Les rivières appelées Gallus sont nombreuses dans toute cette contrée ; les géographes en ont distingué jusqu’à trois en Phrygie (v. Pauly, Real Encyclopedie s. v.); la rivière de Muderlu , qui se jette dans le Sangarius au-dessous de Geñveh , portait peut-être aussi ce nom, et alors Strabon, confondant le Gallus bithynien , perdu dans d’épaisses forêts, avec le Gallus phrygien plus connu, aurait déplacé Modra, et aurait transporté au pied de l’Oly mpe mysien cette ville de l'Olympe bithynien. Nous devrions alors reconnaitre dars Modra, en dépit de cette confusion , l’aïeule de Modrenæ et de Muderlu.
(1) Epist., X, 8r. Cf. Plin., A. N. V. 43. Ptolem., V. 1, 14. Jin. Anton., p. 149. Itin. Hieros., PÔ7E
(2) V. Sitzungsberichte der kônigl. bayer. Akademie der Wissenchaften , philosophisch- philologische Class, 1860, p- 170 et seqq. M. Mordtmann, dans cette dissertation, distingue très-nettement les différentes Juliopolis de l'Asie Mineure que l’on a souvent confondues, et je me contente de renvoyer à son excellent travail.
(3) De Ædif., N. 4.
HADRIANT AD OLYMPUM.
Si l'on passe le Sangarius entre Geiweh et Wesir-khan, et que l'on remonte une des vallées qui conduisent vers les sommets de l'Olympe de Brousse, on se trouve dans une région boisée, que nous assignerons encore à la Bithynie, quoique la haute montagne qui la domine ait été connue dans l'antiquité sous le nom d'Olympe mysien. C’est que toute cette région de l'Asie Mineure, depuis le commencement des temps vraiment historiques, subit tant de remaniements territoriaux ; c'est que ces populations primitives, déjà très-voisines par l’origine et la langue, se fondirent si complétement les unes dans les autres sous l'influence de la civilisation et de la langue grecques, puis de la: conquête romaine, que déjà, au premier siècle de notre ère, Strabon se plaint de la peine qu’il éprouve à définir exactement les grandes divisions géographiques consacrées par la tradition, et à distinguer les uns des autres Bithyniens, Thyniens, Mariandyniens, Phrygiens, Mysiens(1). Jusqu'à la fondation des royaumes formés du partage de l'empire d'Alexandre, ces populations, qui paraissent se rattacher toutes à la grande famille thrace, et par elle à la souche indo-européenne, vécurent par petits groupes isolés, par villages et tribus dont la domination perse ne génait pas l'indépendance. Les satrapies perses, dont nous connais-
sons si peu l'étendue et l'histoire administrative, ne peuvent nous servir à établir des limites que les anciens eux-mêmes se trouvaient embarrassés de fixer. Les frontières des royaumes de Bithynie, de Pergame et de Pont varièrent sans cesse pendant les deux siècles que durèrent ces monarchies toujours en lutte l’une contre l'autre. Il faut aller jusqu’à la période de la domination romaine pour trouver établies de véritables divisions territoriales, qui ne subirent, pendant plus de quatre siècles, que de très-légères variations. La Bithynie, dans les limites que nous lui donnons ici, est la province de Bithynie telle qu'elle fut organisée par les Romains en 74 avant notre ère, à la suite du testament de Nicomède IT; c’est surtout quand il s’agit d'une ville née seulement à l'époque romaine, comme Hadriani, au second siècle de notre ère, qu'il est naturel et légitime de nous reporter seulement aux divisions romaines. Tout l'Olympe mysien était alors compris dans la Bithynie, avec les deux villes dont le territoire en occupait les versants sep-
(4) Strabon, XIT, 3, 3; 4, 4. Dans ce dernier passage, il pose bien la difficulté, et en donne une explication satisfaisante : « Il est malaisé, » dit-il, « de déterminer les frontières des Bithyniens, des Phrygiens, des Mysiens, des Doliones aux environs de Cyzique, des Mygdoniens et des Troyens, et pourtant on est d'accord pour reconnaître que ce sont là des populations distinctes; ainsi, pour les Phrygiens et les Mysiens, il y a un dicton populaire :
Le territoire des Mysiens est séparé de celui des Phrygiens ;
mais quelle est la limite? voilà ce qu'il est difficile de décider. La raison de cet embarras, c’est que ces tribus, étrangères au pays qu’elles avaient envahi les armes à la main, n’occupaient pas d'une manière permanente les territoires dont elles s'étaient emparées, mais qu’elles avaient conservé des habitudes nomades, qu’elles attaquaient sans cesse leurs voisins . les repoussaient ou se faisaient repousser par eux. On peut d’ailleurs regarder toutes ces populations comme thraces, parce qu’on les retrouve, avec de très
égères différences, sur le continent opposé, de l'autre côté des détroits. »
tentrional et méridional, Prusa ad Olympum, fondée par le roi de Bithynie Prusias [*, et Hadriani, qui date évidemment, comme cité de quelque importance, du rè prit le nom. Qu'Hadriani appartint alors à la province de Bithynie,
ne de l'empereur dont elle
’est ce que conduit à croire une note de Suidas, ainsi conçue : ASavoi® rôle Muoine, tüs vôv Bifuviue, « Hadriani, ville de cette partie de la Mysie qui est comprise aujourd’hui dans la Bithynie (1).» Un peu plus tard, dans la division des provinces telle qu'elle se présente au commencement de l'empire byzantin, d'après le Synecdème d'Hiéroclès, Hadriani figure avec Nicomédie, Nicée, Prusa ad Olympum, dans la Pontique première, formée de toute la portion occidentale de l'ancienne province Bithyno-Pontique. Mais ce qui montre qu'au temps des Antonins l'ancienne dénomination de Mysie subsistait encore, sinon dans la langue administrative, au moins dans l'usage populaire, c'est que Philostrate, dans sa Vie du rhéteur Aristide, appelle Hadriani une petite ville de Mysie (2).
L'empereur Hadrien, grand amateur de chasse, aussi sensible d’ailleurs aux beautés de la nature qu'à celles de l’art, paraît avoir eu un goût tout particulier pour cette région giboyeuse
et boisée qui s'étend au sud de l'Olympe, pour ces vastes forêts de pins, plus claires et plus faciles à traverser que les sombres futaies de hêtres et de chênes de l'Olympe bithynien. Dans ce district, sans doute en réunissant les habitants de villages épars dans les replis de la montagne, il fonda deux villes qui portèrent son nom, Hadriani et Hadrianou Therai, /es Chasses d'Hadrien; cette dernière avait dû sa naissance et le choix de son emplacement au plaisir qu'avait eu l'empereur de tuer, en ce lieu même, un de ces ours que nourrit encore l'Olympe. Nous ne savons que très-peu de chose de l'histoire de ces deux villes (3). Hadriani paraît avoir été de beaucoup la plus importante des deux. Elle nous a laissé, d'Hadrien jusqu'à Gallien et Salonine, une longue suite de médailles impériales qui portent les noms de nombreux magistrats locaux, désignés tantôt sous le titre d’archonte, tantôt sous celui de stratége (4). Elle existait à peine depuis une trentaine d'années qu'elle acquit une certaine notoriété dans le monde gréco-romain par l'immense réputation que se fit, en Orient et jusqu’en Italie, un de ses enfants, le rhétenr Ælius Aristide. Aristide, dans différents passages de son œuvre, mentionne sa patrie, où il vint à plusieurs reprises se reposer de ses longs voyages (5). Né sous Hadrien, il témoigne par son prénom d'Ælius de la reconnaissance des nouveaux citoyens, auxquels le fondateur de la ville naissante avait sans doute accordé des exemptions d'impôt et autres priviléges.
Après la victoire du christianisme, Hadriani devient une ville épiscopale (6). Mais il paraît que
dès lors son nom commençait à se corrompre dans l'usage populaire. On trouve déjà, dans les actes du second concile de Nicée, la forme Adranous, tékews Âdozvods (7), qui est à peu près celle que l’on peut entendre encore dans la bouche des paysans turcs, seuls habitants des vallées de l'Olympe. Lors de la conquête de cette province, berceau de la puissance des Turcs ottomans,
l'autorité musulmane emprunta à la géographie administrative de l'empire byzantin cette dé-
(4) Suidas. s. v. Aristides.
(2) Philostr., J'itæ sophistarum.
(3) Plusieurs témoignages nous attestent la passion qu'avait pour la chasse l'empereur Hadrien. Spartien, fit. Hadr. : « Venandi usque ad reprehensionem studiosus. Oppidum Hadrianotheras in quodam loco, quod illic et feliciter esset
Muctx oinions Ade
venatus et ursam occidisset aliquando, constituit. » Dion : « [6x ù Un àv ovoace, » Cedrenus
rapporte le même fait. Casaubon se trompe, dans ses notes à l'Histoire Auguste, en identifiant Hadriani et Hadrianotheræ, qui sont mentionnées à la fois, comme distinctes, dans un passage d’Aristide, Sermones sacré, 1, p. 500. (4) Mionnet, Il, 430 et seqq. Suppl. V, 4o et seqq. Une inscription recueillie par Hamilton (n° 2) mentionne un stratége, {3) Sermones sacri, p. 547, 596, etc.
(6) Socrat. Hist. eccl., 36
(7) Ap. Wesseling, Notæ in Synecdemum Hieroclis, dans la Byzantine de Bonn.
nomination, qui s'applique maintenant, non à tel ou tel des nombreux villages de ce canton, mais à l'ensemble de tout le district. Tandis que les premiers éditeurs d’Aristide cherchaient, par conjecture, à déterminer, d'après plusieurs passages de leur auteur, quelle avait pu être la position de sa patrie, et dans quelle région il fallait la chercher, le premier, le colonel Leake,
auquel la géographie des terres classiques doit de si précieuses découvertes, apercevant dans un
géographe turc, Aboubekr, le nom d'Ædrenous donné à un caza au sud de Olympe, comprit que ce devait être là une trace de l'Hadriani d'Aristide et des médailles (1),et après lui, M. William Hamilton, le premier, si je ne me trompe, a traversé ce pays et retrouvé sur le terrain, auprès du village de Beidjik, l'emplacement même de l’ancienne cité, depuis bien des années ruinée et déserte (2).
Hadrien avait heureusement choi
si l'emplacement de la cité nouvelle. Elle était située auprès de l'endroit où la voie de Pruse à Pergame traversait le Rhyndacus, et sur cette route même; à la hauteur de la ville, la vallée du Rhyndacus, étroite et profonde au-dessus et au-dessous
de ce point, s'ouvre et s’élargit sensiblement. Tout le district qui formait autrefois le territoire d'Hadriani et qui en a porté le nom jusqu'à nos jours, au lieu d’être couvert de bois et coupé, comme le pays qui l'entoure, de gorges presque infranchissables et d’âpres ravins, où la forêt seule peut prospérer, se compose de spacieuses vallées dont le fond est parcouru par de petits ruisseaux affluents du Rhyndacus; les pentes, doucement inclinées, se prêtent à peu près partout à la culture. Aussi ce canton a-t-il conservé une population plus dense que le reste de l'ancienne Mysie Abrettène; s'il ne renferme aucune ville, on y compte, nous assure-t-on, une centaine de villages (beaucoup, il est vrai, ne sont que de petits hameaux). La race turque est belle dans toutes ces montagnes, où aucun élément grec ne paraît avoir survéeu à la conquête; ce sont ici les descendants directs des compagnons d'Othman et d'Orkhan, des conquérants de Brousse et de Nicée. Les hommes sont, dans tous les villages que nous traversons, de Kassaba à Harmandjik, en remontant la vallée du Rhyndacus, d’une grandeur et. d’une force remarquables. Un des villages d'Édrinas porte encore le nom d’Orchanas; le sultan Orchan,
raconte-t-on dans le pays. aurait ré
idé là pendant une partie de sa vie.
C'est à cinquante minutes de marche vers l'E.-N.-E. du village de Serdchélé, situé sur un joli ruisseau qui descend au Rhyndacus, que nous rencontrâmes les premiers vestiges de la ville d'Hadriani. Sur une colline de forme ronde qui domine le fleuve se trouvent les restes d’une enceinte byzantine, dans l'intérieur de laquelle on voit des traces de maisons; on distmgue dans l'eau des piles de maçonnerie, où se trouvent engagés de gros blocs qui devaient faire partie du pont élevé certainement en cet endroit par les Romains. Cette position facile à dé-
fendre, et qui surveillait le passage du fleuve, fut sans doute, aux heures de misère et de
terreur, le dernier abri de la ville expirante; c'est là que la population, ruinée par les invasions des barbares, appauvrie et diminuée par les guerres étrangères et civiles, se réfugia pour prolonger quelque temps encore sa triste agonie. Rien d'antique d’ailleurs sur cette colline, que
quelques fragments d'architecture mêlés aux constructions; ce sont peut-être des débris de quelque temple qui se serait élevé en cet endroit, au-dessus de la jolie plaine que forme en s'élargissant la vallée du Rhyndacus.
La ville proprement dite ne s'était point élevée si près du fleuve dont les inondations sont parfois, nous dit-on, très-redoutables; elle se trouvait à environ trois kilomètres du Rhyndacus, au $. O. du pont, dans une petite plaine que des collines basses, à larges pentes, séparent du fleuve; le village de Beidjik est à deux mille mètres environ à l'E. des ruines. Le sol est, sur
(4) W. M. Leake, Journal of à tour in Asia Minor, page 272.
(2) Hamilton, Researches in Asia Minor, &. 1, pages 87-92.
une assez grande étendue, jonché de fragments antiques; mais la ruine qui attire le plus l'attention, la seule dont le caractère soit reconnaissable, c'est un grand édifice rectangulaire dont nous donnons le plan et quelques détails dans la planche IV, figures 8, 9, 10 et 11. Il avait 78", 60 de long sur 55",08 de large. C’est à l'ouest que l'enceinte est le mieux conservée; il ne manque là que le couronnement au-dessus des belles assises en grands blocs, soigneusement appareillées, qui formaient une muraille épaisse de 0",60. Cette muraille offre encore un piédroit intérieur et une porte latérale (E du plan) qui a conservé les montants de son chambranle (voir pl. IV, fig. 9). Le long de ce mur existe encore le massif ou l'aire surélevée qui portait le pavement d'un
portique, et on distingue une dalle appartenant à la bordure de ce pavement. Parallèlement au mur du sud nous retrouvons une partie de cette aire et une dalle semblable. La plus grande partie de ce mur est cachée sous d’épaisses broussailles. Il en est de même de celui de l’est, mais nous avons pu néanmoins reconnaitre de ce côté des murs de refend et les assises inférieures d'un autre mur parallèle à l’enceinte, où ils venaient s'appuyer, formant ainsi une rangée de chambres adossées à la muraille principale et s'ouvrant sur une cour intérieure. Tout près de là, en G, se voient de grandes dalles qui devaient appartenir au pavement de la cour intérieure; en F se trouve le seuil d'une porte, avec ses trous de gonds; peut-être n'est-il pas à sa place primitive. En I K, un soubassement en belle pierre court parallèlement au mur de l'est; il formait la partie inférieure du mur qui séparait les chambres du portique que nous croyons avoir régné à l'intérieur; la figure 10 représente le profil de ce soubassement. Le mur du nord a presque entièrement disparu et les blocs ont été enlevés. Vers le milieu de l'enceinte, mais non dans l'axe, se trouve le soubassement d'un petit édicule qui contient les restes d’un escalier souterrain. Il est difficile de dire s’il est de l’époque primitive. Dans l'enceinte sont épars divers fragments d'architecture. Ce sont 1° des tronçons de colonnes en marbre, sans cannelures, de 0,30 de diamètre; 2° des bases également en marbre, dont nous avons donné le profil (fig. 11); 3° des fragments d'un entablement taillé dans un seul bloc, qui porte à la fois l’architrave, une frise bombée et au moins la partie inférieure de la corniche; le plan de joint supérieur est brisé. Tous ces fragments appartenaient à un même ordre, qui était évidemment celui du portique qui se développait intérieurement sur les quatre côtés du rectangle. Tous, ainsi que le chambranle (fig. 9), sont d’un style purement romain, et appartiennent bien à
l'art qui a fleuri dans les provinces à l’époque des Antonins. Extérieurement, à quelque dis-
tance, au nord-ouest de l'enceinte, se trouve un grand fragment (cinq mètres de long) d’une corniche en marbre blanc; l'exécution en est très-soignée; mais l’excessive richesse de l'ornementation trahit une époque de décadence. Entre les modillons sont sculptées des figures, parmi lesquelles nous remarquons celle du soleil. Le modillon d'angle est placé selon la diagonale. Dans l'état actuel des lieux et sur une simple inspection des vestiges apparents, il n’est pas aisé de déterminer quelle était la véritable destination de cet édifice, et nous ne savons trop comment l'appeler, forum, pœcile où gymnase. Par l'ensemble de sa forme et par ce que nous entrevoyons de sa distribution intérieure, cet édifice présente une grande analogie avec celui qu'avaient partiellement dégagé et mis au jour, en 1860, les fouilles exécutées par les soins de la Société archéologique d'Athènes : on l’appelait alors le gymnase de Ptolémée, et depuis on a changé ce nom en celui de portique d’Attale. Quoi qu'il en soit de cette désignation, la disposition générale paraît, de part et d'autre, avoir été la même; mais le monument athénien était dans de plus grandes proportions. Le portique d’Attale avait 110 mètres de long, et l'édifice d'Hadriani 78,60. La dimension des chambres qui, dans les deux constructions, sont adossées au mur d'enceinte et ouvraient sur la colonnade intérieure, est plus petite à Hadriani qu'à Athènes; elles n'ont ici de profondeur que 4",10, tandis qu'à Athènes elles mesurent 4°,35. Sur l'emplacement même de la ville antique, nous ne trouvons pas d'inscriptions; c'est dans
le cimetière et parmi les maisons du village de Beidjeh que nous en rencontrons un certain nombre, qui ont été lues par les voyageurs qui nous ont précédés (1) Voici la seule inédite que nous ayons copiée.
Sur une des faces d’un cippe de forme quadrangulaire haut de 0",80. Lettres de 0,035,
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AOTEANAXPA D'éEav dyparl rev.
A la mémoire d’un homme chéri et estimé de tout ce qu’il y a sur la terre de mortels opulents. Succédant à la gloire d’un vainqueur habile, de son père Xénophon, [un tel] s’est couvert d'honneur aux yeux de tous les hommes et parmi tout le peuple, charmant le troupeau du Dieu très-haut, et formant tous les fidèles au chant des psaumes sacrés et à la lecture des saints livres; dormant maintenant, dans le lieu saint, sous la protection du Christ sans tache, il est allé demander au prince de l’existence la vie et sa place aux joyeux banquets dans la demeure céleste; après avoir accompli sur la terre, sans mériter de blâme, dix-huit années, il attend maintenant la gloire sans tache.
Le nom du personnage auquel appartenait cette épitaphe manque; il devait se trouver dans quelque autre partie du monument. La phrase s’'interrompt au commencement de la troisième ligne; mais il est facile d'expliquer cet accusatif, que ne semble gouverner aucun verbe, en
sous-entendant quelque formule comme % y, rù ou xe60er.
L. 3, ruyiois pour èmuysious. Lignes 3 et Æ, éveéuevos est pour épailéuevos, de époupéou. Le sens que nous donnons ici à ce mot, quoique un peu différent de celui qui lui est attribué dans les lexiques et qu’il possède ordinairement, se justifie aisément par l’étymologie et la composition du verbe. L. 4, vexéropts pour vixiropos. Li. 5, à la fin de cette ligne et au commencement de l’autre devait se lire, si je ne me trompe, le nom de celui auquel s’appliquait notre épitaphe; les cassures de la pierre l'ont fait disparaître. L. 15, je ne garantis point le supplément Gaxep[av Saira, mais il ne s’écarte certainement guère de la signification du mot qui manque ici sur la pierre. L. 16, au lieu de rñcac, on pourrait lire aussi Cécuc; j'ai préféré rñcus, parce que je le trouve employé de la même manière dans une autre inscription chrétienne (C. Z. Gr., 2322 6). L. 18, ép[eouéver,
(4) Voy. Le Bas, Voyage archéologique, Inscriptions, partie V, n° 103 et seqq
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dont je ne trouve point d'exemple, est un composé dont le sens est indiqué tout d'abord par celui
qui ne m'étonnerait point de sa part, aurait construit avec l'accusatif au lieu de lui donner
du verbe xepuéve. On pourrait aussi lire , que l’auteur de l'épitaphe, par un solécisme
pour régime le datif. Le sens serait alors légèrement modifié, et il faudrait traduire : «il jouit de la gloire sans tache.»
Ces quelques lignes sont consacrées à la mémoire d'un jeune homme, mort à dix-huit ans, après avoir exercé les fonctions de chantre et de lecteur dans une des églises d'Hadriani, et fils d'un certain Xénophon, qui s'était distingué par ses succès IL es mais à chaque instant son inexpérience le trahit, et la mesure est rompue par des suites de
nous ne savons dans quel genre.
aisé de voir que l'auteur de cet éloge funèbre avait l'intention de le composer en vers;
mots tout à fait rebelles au rhythme. IE n'y a pas moins d'incertitude dans l'expression ; il semble parfois que le pauvre écrivain ne sache pas trop ce qu'il veut dire, et qu'il emploie, sans en bien comprendre la valeur, des mots et des épithètes empruntés à l'ancienne poésie grecque, et que sa mémoire à machinalement retenus; ceci me paraît sensible surtout dans les premières lignes. Certains adjectifs, kaghios par exemple, sont répétés jusqu'à satiété. Au milieu pourtant de toute cette confusion, à travers cette espèce de bégayement sénile, on saisit pourtant l'accent inspiré de la foi nouvelle; si elle n’a point encore trouvé sa langue et créé ses symboles, elle communique déjà à cette épitaphe je ne sais quelle sereine et joyeuse confiance que n'avaient point connue les douleurs païennes; elle réussit même un instant à triompher de la gaucherie de l'écrivain, et à donner à son style un tour qui frappe l'imagination. Il y a vraiment une certaine grandeur dans ce trait : «il est allé demander la vie au prince de l'existence. » C'est comme un rapide éclair qui perce un instant la nuit, et qui fait entrevoir à l'œil surpris de lointains horizons.
L'inscription appartient à une époque où l'Église chrétienne est déjà publiquement constituée, où elle n’a plus à dérober sous de mystérieux symboles ni le nom du Dieu qu'elle adore, ni le lieu et l'ordre de ses cérémonies; en même temps les caractères sont encore ici ceux dont on se sert dès le second siècle de notre ère et pendant tout le troisième. Ils n'ont encore rien de ces formes allongées qu'ils prendront plus tard. Je serais donc disposé à croire que cette inscription a dù être gravée sur la pierre dans le cours du quatrième siècle après Jésus-Christ.
A Mireh, petit village voisin de Beidjeh, sur une pierre qui, disent les vieillards, a été ap-
portée de Beïdjeh, et qui sert de marche à un escalier, se lit l'inscription funéraire suivante :
Lettres de 0,02.
AY PHEMMONIOZTH RAIN Ag(fuos) Supôvuo T 4
TATHMOYTYNHEKIAYP h AME rdrn puou qui Adp(nix) Âpe HTINKAITEHMHTPIMOYAYP nan ONEZIMIMNHMOCXAPIN D ere
Aurélius Emmonius à ma très-chère épouse Aurélia Amérétium et à ma mère Aurélia Onésimé, hommage à leur mémoire.
L. 1, je ne connais pas d'exemple du nom Emmonios. L. 2, l'n substitué à la diphthongue « semble indiquer que la prononciation ne confondait pas encore toujours et partout les sons des rns. L. 4,
voyelles : et n. Âue(o)ätiov, nom inconnu que l'on peut rapprocher d'Âpépioros et d'À
Ovsciun pour Ovnsiun.
A Tchakmak, Village à six heures au sud-est d’Hadriani, sur un autel renversé. La face qui porte les leltres est trop fortement échancrée des deux côtés pour qu'il soit possible d'indiquer le nombre de lettres qui manquent
KNOI MIAG@I akx1!
YKYT TIMOO MO NAT ANTAPIR TONB@MONA