‹ Exploration archéologique de la Galatie et de la BithynieChapitre 18 sur 153 · CYZIQUE · texte numérisé non relu

CYZIQUE

Cyzique, fondée, d'après les plus anciennes traditions, par des Pélasges thessaliens qui fuyaient devant les Éoliens (1), puis occupée par des Pélasges tyrrhéniens chassés de Béotie (2), reçut plus tard des colons milésiens (3); c'est à ce moment que commence son existence historique (4). Elle n’est pourtant encore qu’un des nombreux comptoirs semés par Milet, pour les besoins de son vaste commerce, sur les côtes alors toutes barbares de la Propontide et du Pont-Euxin. Cyzique, malgré son admirable position entre deux vastes rades, au centre de la Propontide, et en face de l’une des régions les plus fertiles de l'Asie Mineure, ne prit quelque importance qu'après la fin de la guerre du Péloponnèse. C’est au milieu du troisième siècle avant notre ère, vingt-deux ans environ après la paix d'Antalcidas, qu'elle chasse sa garnison persane (5). Dès qu'elle eut ainsi proclamé son indépendance, elle se hâta sans doute de s’entourer de murailles ; car, ville ouverte pendant tout le cours de la guerre du Péloponnèse, nous la trouvons déjà bien fortifiée au moment de l'expédition d'Alexandre, et elle résista avec succès à un coup de main tenté sur elle, au début de la guerre, par Memnon le Rhodien (6).

Située sur la pointe méridionale d'une grande île montagneuse qui porte son nom, et que séparait du continent un étroit bras de mer maintenant changé en un marais (voir pl. I), elle se rattacha à la terre ferme, sur le conseil d'Alexandre, par deux ponts qu'il était facile de rompre lorsqu'une attaque la menaçait : c'était, tout en se mettant en plus intime communication avec la côte voisine, garder tous les avantages de sa situation insulaire (7). Au milieu des luttes qui suivirent la mort d'Alexandre, Cyzique sut maintenir son indépendance, que favori-

(1) Conon, c. 31.

(2) V. Ottfr. Müller, Orchom., p. 444.

(3) Arist., Oral. ad Cyzie., vol. 1, p. 383 (Dind.) Scko/. Apoll. Rhod., 1,955-959. Euseb., Chronic., p. 116, 120. (Scal.) Syncellus, p. 213.

(4) Pour l’histoire de Cyzique, voir surtout la Monographie de Marquardt,

cus und sein Gebiet, Berlin, 1836.

Cet excellent travail, où sont réunis et commentés tous les textes relatifs à l’histoire de Cyzique, n’a qu’un défaut, c'est d'être antérieur aux voyages scientifiques qui ont permis d'établir avec quelque exactitude la topographie de toute cette région. Les témoignages des géographes anciens, que Marquardt discute avec soin et exactitude, ne peuvent lui suffire pour s'orienter au milieu des rivières et des lacs qui remplissent toute cette région de la Mysie.

(3) Nous n'avons sur cette révolution que des renseignements très-brefs et tr Timoth., Y.

(6) Thucyd., VIIT, 108. Kiwxov érefyiorov o5cuv.… Diod., XVII, 7. Polyæn., V, 44, 5.

(7) Sur les avantages de cette situation de Cyzique, voir un passage d’Aristide, Orat. ad G

Da

-vagues, Diod., XV, 80. Corn. Nep ;,

zic., p. 387, éd. Dindorf.

sèrent ses relations amicales avec les rois de Pergame (1), puis bientôt après avec les Romains. Dans la troisième guerre contre Mithridate, le roi de Pont assiégea Cyzique avec des forces Le) ? Le V

considérables, et la ville, après une résistance opiniâtre, était réduite aux dernières extrémités, quand elle fut délivrée par l’arrivée de Lucullus. Rome la récompensa de sa fidélité en lui

ant les droits d’une cité libre et en agrandissant son territoire. En 734 de Rome,

reconnais elle perdit, pour quelques années, sa liberté, à la suite d'une sorte d’émeute où furent exercées dans ses murs des violences sur la personne de quelques citoyens romains (2); mais elle la recouvra cinq ans après (3).

«Cyzique, dit Strabon vers cette époque (4), peut rivaliser avec les premières cités de l'Asie par sa grandeur, par sa beauté, par les dispositions qui y ont été prises et pour les temps de paix et pour les temps de guerre; elle rappelle, par sa constitution, la république des Rhodiens, celle des Massaliotes et celle des anciens Carthaginois. Je laisse de côté bien des détails curieux; je dirai seulement qu'elle entretient trois architectes chargés de veiller sur les édifices et les machines de l'État; qu'elle a aussi trois grands magasins, remplis l’un d'armes, l'autre de machines, le troisième de blé; on empèche que le blé ne se gâte en y mêlant la terre de la Chalcidique. On vit bien, dans le siége que la ville eut à soutenir contre Mithridate, ands égards;

l'utilité de ces approvisionnements.... Les Romains témoignèrent à cette cité de & elle a conservé sa liberté jusqu'à ce jour, et elle possède un territoire très-étendu, dont cer-

taines parties lui appartiennent depuis longtemps, tandis que d'autres ont été ajoutées par les Romains.» D'après l'énumération qui suit des cantons qui relevaient alors de Cyzique, on voit que toute la Mysie septentrionale, jusqu'à la Troade, lui était alors soumise. Mais le temps était passé de ces souverainetés locales, qui devaient gêner les gouverneurs de province, en les mettant sans cesse en présence d’une fiction qu'il leur devenait de plus en plus difficile de respecter. Tous ces régimes particuliers, toutes ces situations en apparence indépendantes, si bien imaginées pour servir de transition entre l’ancien et le nouvel état, disparurent, à très-peu d'exceptions près, dans le premier siècle de notre ère. À la suite de désordres semblables à ceux qui avaient déjà fait retirer à Cyzique la liberté, elle la perdit définitivement sous Tibère (5); mais elle n’en resta pas moins, jusqu'au milieu du cinquième siècle, une des villes les plus riches et les plus prospères de toute l'Asie. Un terrible tremblement de terre, l'an 443 de notre ère, lui causa des désastres qui ne furent point réparés (6), et les Arabes, qui s’en emparèrent en 675, la saccagèrent si cruellement qu'elle ne s’est jamais relevée (7).

Un dernier tremblement de terre, en 1063, acheva de détruire ce qui pouvait subsister encore de ses maisons et de ses édifices, et laissa peu à faire aux ravages des Turcs (8). Depuis bien des siècles le terrain qu’elle occupait est inhabité et désert. Hors de l'enceinte et à peu de distance se trouvent les chétifs villages d'Zrmeni-keui et de Hamamtlu, Vun chrétien, l'autre musulman. Tout ce qui restait dans ce district de population et de commerce s’est porté ines d'Zrdek, Vancienne Anrakë, colonie de Milet, mentionnée

vers les deux petites villes vois

(4) Polyb., XXII, 18. Attale I‘ avait épousé une femme de Cyzique, Apollonias, que Polybe et Plutarque (De frat. am. vol. VII, p. 875. R.) louent pour sa haute vertu et pour les sentiments d’amour fraternel qu’elle sut inspirer à ses fils, exemple rare dans les cours des successeurs d'Alexandre. Cf. Suidas, s. v. 'AroNods.

(2) Dio Cassius, p. 525, E. Zonaras, X, 34 (p. 535 Par.) Cf. Sueton., Augustus, 47.

(3) Dio Cassius, p. 537, D.

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