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en 755, au moment où il se rendait en Espagne pour en inspecter les troupes. IL n'avait que dix-huit ans. Son frère ainé, Caius, le suivait dans la tombe dix-huit mois plus tard. Plusieurs inscriptions (1), s’ajoutant au témoignage de Dion, de Tacite et de Suétone (2), nous avaient déjà appris de quelles dignités la prodigue tendresse d’Auguste pour ses petits-fils avait revêtu leur jeunesse, et avec quel empressement le sénat, les chevaliers et le peuple avaient aidé le vieux prince à combler d’honneurs précoces ces adolescents, en qui Rome pouvait espérer voir revivre à la fois leur aïeul et leur père, Auguste et Agrippa, ce grand homme trop tôt enlevé à l'empire. Ce que cette inscription de Nicomédie à de particulier et d’intéressant, c’est qu’elle est de l'année même (752 U. C.) où Lucius César prit la robe virile; elle témoigne aïnsi du retentissement qu'avaient eu jusque dans les provinces les plus éloignées les priviléges accordés par Au-
gus es petits-fils, et la solennité avec laquelle, en les conduisant lui-même au Forum, il les avait, en quelque sorte, officiellement présentés au sénat et au peuple comme ses héritiers et ses successeurs (Cf. Monumentum Ancyranum, texte latin, fin de la seconde colonne, et commencement de la troisième). L. César ne mit jamais le pied en Asie, et n'était pas connu des Nicomédiens; mais, dans ces dernières années, le monde romain commençait à se demander avec inquiétude qui remplacerait le prince vicillissant, quel maître on aurait après Auguste. L’astre de Tibère semblait éclipsé sans retour; vivant à Rhodes, dans une retraite qui avait tout l’air d'une disgrâce, le fils de Livie, malgré les rares talents qu'il avait montrés et la gloire militaire qu'il avait conquise en Germanie, était rejeté dans l'ombre par la fortune grandissante des fils d'Agrippa, issus du sang même d’Auguste, et plus agréables à ses yeux, plus chers à son cœur. Tout le monde se tournait donc vers le soleil levant. Pendant que certaines villes, comme pour mieux faire leur cour aux deux jeunes Césars, allaient jusqu'à briser les statues de Tibère, Nicomédie s'empressait d’honorer, par un témoignage public de son respect, l'adolescent que la volonté de César Auguste venait de montrer aux regards et aux espérances de la terre entière. C'était d’ailleurs cette même année que Caius César, le frère aîné de Lucius, partait pour l'Orient, avec le titre de proconsul et les pouvoirs de lieutenant de l'empereur. Si Caïus n’était pas encore en Asie Mineure, il s'apprêtait à s’y rendre, et son voyage était déjà annoncé. En débarquant sur cette terre, où il venait s'essayer à la guerre et au gouvernement, qu'y pouvaitil trouver qui lui fût plus sensible que cet hommage rendu à son frère et à lui-même par une des villes les plus riches et les plus populeuses de l'Asie, la capitale de la Bithynie? Une statue de Caius s'élevait sans doute, à côté de celle de Lucius, sur le forum de Nicomédie.
Les inscriptions latines remontant aux premières années de l'ère chrétienne sont relativement assez rares, même en Italie; à plus forte raison le sont-elles tout à fait, vers cette même date, dans tout l'Orient, où le latin n'avait pas encore eu le temps de se répandre. Quand, peu d'an-
nées après l'adoption et la mort de Luceius, on inscrit sur les parois du temple de Rome et d’Auguste le texte original de l'/ndex rerum gestarum, on à soin d'y joindre une traduction en grec, pour que le récit puisse être compris par les populations aux yeux desquelles on l'expose.
Les nombreuses colonies de vétérans établies par Auguste lui-même en Asie Mineure contribuent rapidement à y rendre plus général l'usage du latin; la prolongation de relations intimes avec Rome et l'Italie, d’où arrivent chaque année des magistrats de tout grade, accompagnés de
tout un cortége de créatures et de subalternes, dont un certain nombre restent et s’établissent
dans le pays où ils se trouvent ainsi amenés par les circonstances, l'extension du titre de citoyen romain et le service dans les légions, le retour dans la province d'esclaves originaires de ces contrées, et affranchis après un long séjour en Italie, toutes ces causes familiarisent peu à
(4) Orelli, Znser. lat. sel. coll., n°6304, 210, 637,638, 641, 643, G4o, 642, etc (2) Dion, LIV, 8, 18; LV, 9. Suéton., sug., ©. 64. Tacite, Annal., 1, 3. nl 2
peu les populations de l'Asie avec la langue de leurs maîtres, si bien qu'à partir du second siècle, sur certains points, à Ancyre par exemple, les inscriptions latines deviennent presque aussi nombreuses que les grecques; villes, magistrats et particuliers se servent alors volontiers du latin aussi bien dans de simples épitaphes que dans les inscriptions honorifiques et votives. Mais, deux ans avant notre ère, nous sommes loin de cette transformation, et notre inscription, à ce titre, mérite encore d'être remarquée comme une singularité.
Une autre inscription latine, d’une belle conservation, se lit sur une stèle qui a été récemment retirée de terre, en creusant les fondations de la nouvelle église de Saint-Pandéleimon.
(Hauteur des lettres, 0®,03).
DIMANES CLAVDIHERCVLANI PROTECTORIS AVRELIANIAVOVS 5 TIVIXITANNOS QVADRAGINTA POSVITMEMO RIAMCLAVDIVS DIONISIVS 10 PROTECTORAVG VSTIFRATER IPSIVS
L'inscription est de la seconde moitié du troisième siècle. Elle a été gravée sur la tombe, en l'honneur de Claudius Hereulanus, par son frère Claudius Dionisius, comme lui, garde du corps de l'empereur Aurélien. Ce titre de garde du corps est celui qui me parait être le plus exact équivalent du mot latin ici employé, et donner la plus juste idée des fonctions de ces protectores domestici, protectores divini lateris. Cette dernière expression porte sa date en elle-même, et suffirait presque, en l'absence de données chronologiques, à nous apprendre vers quel temps a été créé l'office ainsi désigné; elle appartient bien à cette langue exagérée, emphatique et servile
que l'on voit poindre dès le second siècle de notre ère (il y en a déjà comme des germes dans ème siècle,
le panégyrique de Trajan), et qui prend décidément le dessus dans le courant du trois quand se sont enfin effacés les souvenirs républicains, et que l'Empire, laissant peu à peu tomber
des formes désormais surannées et vides, s’est fait son ordre à lui, sa hiérarchie et sa nomenclature propre. Les marbres sont d'accord avec ces inductions; la plus ancienne inscription où soient mentionnées ces fonctions paraît être celle de Pétronius Taurus Volusianus, consul en l'an 261 de notre ère; ce personnage commanda cette espèce de garde palatine, après avoir été à la tête de la quatrième cohorte prétorienne, et avant de passer au tribunat de la première (1). Notre inscription est postérieure de quelques années seulement à celle de Pétronius, trouvée à Arezzo. C'est par erreur qu'une inscription bien connue d’Otricoli {Or., 1869), où figure un protector divini lateris, aurait été rapportée par Orelli au règne d'Héliogabale; quelques lettres encore visibles du nom de l’empereur conduisent M. Henzen à y lire plutôt le nom de Maxence
ou celui de Magnence (2).
(1) Grut., 1028, 2.
(2) A propos de l'inscription ci-dessus, qui lui avait été communiquée pendant le cours de notre voyage, M. G. Henzen a donné, dans le Bulletin de correspondance archéologique pour l'année 1861, pages 122-123, l'indication des textes
anciens et modernes relatifs aux protectores. Nous ne pouvons que renvoyer à cette courte et substantielle note du
savant épigraphiste.
Ce qui ajoute quelque intérêt à l'inscription de Nicomédie, c’est qu'elle est surmontée d'un
«1|\bas-relief, haut de 0", 64, qui représente le défunt. L’exécution en est assez gros-
||sière, et la tête manque; mais il suffit pourtant à nous donner une idée du caractère Nil et du costume des protectores. C'était une garde à cheval, armée de lances ou de piques, comme on peut le voir dans le croquis ci-joint.
| | | poque impériale; la pierre était brisée à peu près vers le milieu, dans le sens de sa
Nous avons trouvé au même endroit une autre inscription funéraire, aussi de l’é-
| hauteur, en deux morceaux, dont l’un manque, et plusieurs lettres ne se laissaient lire que fort difficilement. L'inscription ne paraît d’ailleurs pas avoir rien contenu
d'important, ni qui sorte des formules accoutumées des inscriptions funéraires.
Hauteur de la stèle, 0",80. — Hauteur des lettres, 0", 5.) HR AMNIOEROMNoORS EZKEYAZAEMAYTA EMHXZEOHKHNTIMT P KAIEAYTOHYA METATOEOINA ANOÏIÆEEIA
vois Zi
Sasa aa
Le dernier mot qui se lise sur la pierre, &vo:
, Conduit à croire que les dernières lignes contenaient une de ces imprécations que le constructeur du tombeau prononçait contre le sacrilége qui oserait l'ouvrir, soït pour chercher les objets qui avaient pu être déposés avec le mort, soit pour y établir un nouvel hôte à la place de l’ancien. On sait combien les anciens se préoccupaient d'assurer à leurs restes les honneurs et la paix du tombeau, et combien, dans leurs idées, le traitement que l'ombre du défunt devait rencontrer dans les enfers était intimement lié au destin de sa dépouille mortelle, à des accidents dont nous nous inquiétons à peine, tandis qu'ils avaient pour eux une importance capitale. Pour les malheurs qui atteignent un vivant il y a des consolations et des réparations; ceux qui frappent un cadavre sont irréparables; il convient done de multiplier les précautions pour préserver de toute profanation la demeure et les cendres du mort. C'est ce sentiment qui s'exprime, d’un bout à l’autre du monde grécoromain, dans ces épitaphes qui nous sont parvenues en si grand nombre, par des formules et des précautions diverses, toutes inspirées d’une même pensée et tendant à une même fin. Tantôt c'est seulement sur le sentiment religieux et sur la crainte des Dieux que compte le défunt pour protéger son tombeau; il prononce en son propre nom, ou il charge les Dieux de prononcer une terrible malédiction contre le sacrilége qui oserait troubler son suprême repos; d’autres fois il e
aye d'intéresser les générations qui lui succéderont sur la terre à veiller sur son
dernier sommeil : par une disposition qu'autorisaient sans doute les lois de toutes les cités antiques, le mort fixe le montant d'une amende que devra le profanateur de son tombeau, ici à la ville, là au trésor d’un temple voisin, ailleurs au particulier qui constatera et dénoncera le délit. Quelle avait été la formule adoptée, c'est ce que ne nous permet pas de déterminer le déplorable état de l'inscription.
Un des ouvriers qui travaillent à la taille des pierres pour le nouveau palais nous montre un fragment qui a été trouvé, il y a quelque temps, à plusieurs mètres de profondeur, en creusant les fondations. Les lettres sont belles et très-lisibles, mais malheureusement ce n’est qu'un faible débris d’une inscription qui n'aurait pas manqué d'être intéressante; la forme des lettres comme les quelques mots qui se lisent sur le marbre indiquent que l'inscription est antérieure à la conquête romaine, et conduisent à y voir un texte contemporain des rois de Bithynie. Ni dans le
Corpus, ni dans le Voyage archéologique de M. Le Bas, parmi les inscriptions copiées en Bithynie,
je n’en trouve aucune qui nous fasse remonter, d'une manière certaine, jusqu’à l'autonomie et la période royale; la seule qui puisse être de ce temps est le décret de proxénie, voté par la ville de Kious (aujourd'hui Gheumlek), en l'honneur d’Adolos de Sigée (C. J. Gr., 3723); encore
ne porte-t-elle pas avec elle sa date comme celle-ci, où il paraît être fait mention de l’un des
deux Prusias qui ont occupé le trône de Bithynie.
{Lettres de 0,01 EHIAOKKE E>XTAAKEN Eroher ONTOMb..ONK cv rôp [a Je KAIAPIZTAONAEYZ za doisrov 5 HSA..KOMIAHS cie éPohomdis TAIASDAAH3ET ra dopañis : HNBOYAHNKAÏT rhv Bou za rl diuov
EPIEKAZTONTA TIMIAZ3OYOENE
10 NANAZTPODHNA POY3IOYKAITHZH OMMOI= NX AIRE
Il est diffic
pourtant qu'il s'agissait d'un de ces décrets honorifiques qu'a produits en si grande abondance
e de tirer quelque chose d'un texte aussi mutilé; la formule qui le termine prouve
l'époque macédonienne, prodigue de louanges et de flatteries. En l'honneur de qui a-t-il été rendu? c’est ce qu'il paraît à peu près impossible de savoir. S'agit-il ici de quelque officier et serviteur de Prusias, ou bien de l’un des grands personnages de Rome, avec qui le roi se serait trouvé en rapport, et dont il aurait eu à se louer, soit en Asie Mineure, soit pendant le cours de son voyage en Italie et de son séjour à Rome? J'inclinerais volontiers à croire que l'inscription, quel que füt le personnage à qui elle s'appliquât, est relative à la visite que fit au peuple romain, l'an 167 de notre ère,le souverain de la Bithynie, Prusias IT, celui dont Polybe blâme avec tant de vivacité les lâches et bas empressements, la servile contenance en face du sénat
romain (1). Le mot ë5ra) pourrait se rapporter à ce questeur que le sénat romain envoya au-
, Qui à aussi
devant de Prusias jusqu'à Capoue ; dvaxoudn désignerait le retour du roi, &vaotpown
quelquefois le sens de retour, voudrait plutôt dire ici le séjour du roi à Rome, séjour pendant lequel
le personnage en question n'aurait rien épargné pour rendre au roi tous les honneurs possibles,
œiotyius oùbèv ( ) éQum:v duéanrov?]; le nom de Prusias est ici si voisin du mot ävaotposi qu'il ne peut guère se rapporter qu'à lui. L. 6, dogans se rattacherait aisément au même sens général; 1. 7, il est peut-être question des hommages que Prusias avait été porter au sénat et au peuple romain, +Jñv Bouniv xx! rov [Stuov Pouiey]; la ligne suivante disait sans doute que le roi de Bithynie avait consulté ses puissants protecteurs sur fous les détails qui intéressaient son royaume, sur tous les profits qu'il pouvait espérer d’une alliance à laquelle il avait fait tant de sacrifices.
Il pourrait se faire que le personnage honoré dans l'inscription dont il ne nous est parvenu que de si faibles débris fût ce questeur, Lucius Cornélius Scipion, qui, par ordre du sénat, alla recevoir Prusias à Capoue, re
ta attaché à la personne du roi tout le temps qu'il demeura à Rome, et ne le quitta qu'à Brindes, au moment où il s’'embarqua pour retourner en Orient (2).
(1) Polyb., XXX, 16, XXXVIII, 2. (2) Live XLN, 44