UT
reur (1), ce monument n'aurait été achevé que sous celui de Marc-Aurèle; l'inauguration solennelle en aurait été faite en l’an 167 de notre ère (2), et nous avons encore le discours que prononça à cette occasion, dans l’agora de Cyzique, le rhéteur Ælius Aristide, d'Hadriani (3). Voici le passage le plus important de ce discours, celui qui contient seul quelques renseignements assez précis sur l'aspect général et le caractère de cet édifice (4) :
«Me voici maintenant en pleine mer! Comment en dire autant que je voudrais? Je veux vous en dire du moins quelques mots pour l'acquit de ma conscience. D’autres peuples ont tenté avant vous de pareilles entreprises; mais, de ce jour, ils ne pourront passer auprès de vous que pour des enfants. L'ouvrage que vous avez accompli, y penser aurait pu être regardé comme un signe de folie; le réaliser paraissait au-dessus des forces humaines. On se demanderait volontiers si la portion de l’île que vous avez enlevée et qui est entrée dans la construction du temple n’est pas plus considérable que celle qui reste en place. Tout le monde, je pense, s’accordera à reconnaître qu'il n'y avait qu'une ville pour bâtir un aussi colossal édifice,
et que seules vos carrières pouvaient fournir une telle masse de pierre. Auparavant, c'était par le relief des différentes îles que le navigateur les distinguait l’une de l’autre, qu'il pouvait dire : Celle-ci est Cyzique, celle-là est Proconèse, cette autre porte tel autre nom. Maintenant votre temple suffit à remplacer les montagnes, et votre cité est la seule qui, pour guider les navigateurs vers ses ports, n'ait plus besoin de phares, de fanaux et de hautes tours. Remplissant, pour ainsi dire, tout l'horizon, le temple indique la situation de la ville, et témoigne en même temps de votre magnificence. Malgré sa grandeur, il est plus beau encore qu'il n’est grand. Si Homère et Hésiode venaient à passer par ici, j'imagine qu'ils appliqueraient volontiers à ce monument ce que la légende raconte du mur de Troie, à savoir que Poseidon et Apollon se sont réunis pour faire présent à la cité de ce grand ouvrage, l'un offrant la pierre qu'il fallait tirer des gouffres de la mer, et fournissant les moyens de la transporter; l’autre ayant voulu orner d'un aussi superbe édifice la ville qui ne pouvait moins attendre de son divin patron. On peut dire que chacun des blocs de marbre est aussi grand que tout un temple ordinaire, que le temple a les dimensions de tout un péribole, et qu'enfin avec son péribole il occupe autant d'espace que toute une ville. Ce que vous admirez, est-ce surtout le luxe, et tout ce qui ajoute à la facilité de la vie? Alors vous pourrez voir ici, non plus des maisons à trois étages et des galères à trois rangs de rames, mais un temple gigantesque dont les proportions dépassent celles de tous les autres édifices analogues, et qui, lui aussi, se divise en trois parties superposées l’une à l'autre. Il y a à voir et à admirer séparément l'étage souterrain, l'étage d’en
particulièrement pour Cyzique; sur de nombreuses médailles Cyzique porte le titre d’Adpavi. Cette conjecture est confirmée par un passage d’un écrivain du sixième siècle, Malalas, qui attribue formellement à Hadrien le commencement de l'érection d’un temple colossal, que l’on comptait parmi les merveilles du monde, « Il plaça, ajoute l’historien, sur le faite du temple, son buste en marbre, de grande dimension, accompagné de l'inscription : D'Hadri qu’on peut voir encore maintenant. » (Johannis Malalæ Chronogr., p. 279, ed. Niebubr.) Enfin, sept merveilles du monde où le temple de Cyzique remplace le temple d'Éphè
d'Hadrien , vads Apuavoë. Nicétas (V. Orelli ad Philon. Byz., p. 144)
en dieu, C’est ce dans les énumérations des se, il est désigné sous le titre de temple nomme comme la septième merveille du monde Tù Adpuevoÿ iepèv ëv Kulixe, qui, dans les vers de II orbis spectaculis, est indiqué ainsi : 44} Kutéxou gépiorns dhfayhs déuoc. Cf. Montfaucon , l'Antiquité expliquée, t. WE, p. 122.
(4) La Chronique d'Alexandrie (p. 254, C. Paris), Cedrenus (p- 249, C. Paris) et le scholiaste de Lucien (ad Icarom., 24, p. 779, Reitz), s'accordent à mentionner la fondation d’un temple à Cyzique, par Hadrien , et le passage de Malalas,
cité plus haut, ne permet pas de douter qu'il ne s'agisse ici du grand temple que l’on comptait parmi les sept merveilles du monde.
(2) Masson, Collectanea in Aristidis Vitam , p- 100, ff. (3) Sur Ælius Aristide, voir plus haut, p- 62. (4) Oratio ad Cyzicenos, p. 389, éd. Dindorf.