‹ Exploration archéologique de la Galatie et de la BithynieChapitre 4 sur 153 · API · texte numérisé non relu

API

On pourrait voir dans API une abréviation d'&puéc, abréviation qu'on trouve aussi, sous la forme &o0. dans les papyrus d'Herculanum, où elle accompagne un chiffre désignant le numéro des pages, et on la traduirait alors : Nombre, 600. Elle indiquerait que cette entrée donnait accès à un certain nombre de gradins renfermant en tout six cents places, que six cents des spectateurs avaient à entrer et à sortir par cette porte. En revanche, il me parait difficile d'expliquer de la même manière la lettre x (80), qui se lit sur d’autres blocs de la même arcade. Ce n’est sans doute qu'une marque de taille, un de ces numéros que l’on mettait aux blocs, sur les chantiers, avant de les livrer tout préparés aux maçons.

Nous ne fümes pas aussi heureux à Nicée qu'à Nicomédie. Les nombreuses inscriptions que je trouvai, encastrées dans les murs, avaient toutes été déjà recueillies, et en en vérifiant plusieurs sur les feuilles du Corpus, que j'avais emportées pour pouvoir soumettre partout à cette sorte de confrontation les textes déjà donnés, je ne trouvai cette fois que d’insignifiantes variantes. Voici la seule inscription nouvelle que j'aie pu découvrir à Nicée, et encore, si je la reproduis, n'est-ce qu'à cause de ses barbarismes, curieux pour l’histoire de la prononciation, et des noms propres assez bizarres qu'elle paraît contenir. J'en donne le texte tel que j'ai cru le lire, mais il faut évidemment y faire quelques changements pour y trouver un sens. La pierre est fruste,

(1) Description de l Asie Mineure, t. \, pages 29-58; planches 5 à 15. (2) Ces passages ont 9 mètres de diamètre, et les blocs 0",75 de haut.

te

et l'inscription de très-basse époque. Aussi, les lettres, qui avaient été gauchement et superficiellement gravées, se distinguent-elles maintenant très-difficilement.

Dans la cour de l’église grecque.

ENOMKMM Eva xx TMKITETA réure Ta TIMNOCV rs d €EIOCNIK aùe Nix MAIOY uaiou AEKMN Acx(a)u

OY où

La lettre que j'ai prise pour un Mù, dans la première ligne, serait un A, et de même dans la seconde. Katéure pour xaréxerrau, deuôs pour di6c. Je ne connais pas d'exemple des trois noms propres que parait contenir l'inscription. Peut-être faudrait-il lire le dernier Aoxnvoÿ, et y voir l’ethnique de Docimia, ville de Phrygie, voisine de Synnada.

À Basar-keui, un des villages de la rive septentrionale, je trouve, sur une base qui était adossée à quelque édifice, et qui portait sans doute une statue, l'inscription suivante :

Lettres de 0,08.

MEIOI KATEZKE + + «pueîot xaTE 0:

VAZA ETTINRO dasa(v) à

La terminaison pet appartient probablement à un ethnique qui, si la pierre n’eût pas été ainsi mutilée, nous aurait peut-être donné le nom de l’une des petites villes qui, dans l'antiquité, se partageaient sans doute la culture de ces beaux et fertiles rivages, de ces admirables campagnes, où l'on ne rencontre maintenant que de pauvres hameaux clair-semés et désolés par la fièvre.

APAMÉE DES MYRLÉENS.

À Gheumlek, l'ancienne Kious, où ont jadis été recueillies d'assez nombreuses inscriptions, dont quelques-unes fort curieuses, nous n’en avons pas trouvé une seule. Nous avons seulement remarqué quelques fragments d'architecture épars çà et là dans les murailles. L’acropole était évidemment là où se trouve maintenant la résidence du gouverneur ture, et la nécropole à un kilomètre environ plus loin, sur la route de Nicée. Il y a là de nombreuses tombes, en forme d'auge, creusées dans le roc. Un petit village qui se trouve sur la côte, entre Gheumlek et Moudania, Xurmuschlu, contient aussi quelques débris antiques, des sarcophages et différents fragments d'architecture; mais nous n’y voyons pas d'inscriptions.

Nous sommes un peu plus heureux à Moudania, l'ancienne Apamée des Myrléens. La ville antique se trouvait à un kilomètre environ vers le sud-est de Moudania, sur la route de Gheumlek; c'est du moins à peu près à cette distance que se rencontrent, dans un même alignement, sur la plage, les restes de deux môles qui formaient le port d'Apamée, et, sur la pente de la colline, le théâtre, à quatre cents mètres environ du rivage. Ce théâtre a joué de malheur; il a été découvert par hasard l'an dernier, et le capitan-pacha a ordonné aussitôt qu'on le déblayât; mais ce n'était pas, on se l’imagine aisément, dans une intention de curiosité scientifique. Il fait construire en ce moment, à Moudania, un quai et un môle; il avait besoin de pierres; ce monument, très-bien conservé, se présentait à point pour lui en fournir. On a retrouvé en place, à ce qu'il parait, presque tous les gradins en marbre blanc et une partie du mur de la scène; mais, à mesure que les blocs antiques étaient dégagés de la terre qui les avait cachés et sauvés jusque-là, on les emportait à Moudania, où ils étaient équarris et retaillés suivant les besoins de la construction. Tout ce qu’on distingue maintenant, c’est l'emplacement du théâtre; les blocs enlevés ont encore laissé sur le sol une empreinte qui elle-même s’effacera bientôt. C’est grand dommage : ce monument aurait été, à ce qu'il semble, assez curieux à étudier.

Le théâtre était orienté comme le prescrit Vitruve, les gradins regardant vers le nord. Quoiqu'on ne puisse plus aujourd'hui mesurer la profondeur de la scène, ni déterminer d'une manière certaine l'importance de l'orchestre relativement au reste du théâtre, différents indices portent à croire que cet édifice avait tous les caractères d’un théâtre grec, et qu'il datait ainsi du royaume de Bithynie, non de la domination romaine. L'orchestre avait, à peu de chose près, vingt-huit mètres de diamètre, et, autant qu'on peut juger, dans l'état actuel des lieux» de l’espace occupé par les gradins sur le flanc de la petite colline, le rapport de l'orchestre à l’ensemble de l'édifice était celui qui distingue les théâtres grecs. La richesse inusitée de la matière, le soin extrème avec lequel sont traités tous les détails, conduisent au même résultat (voir planche IV, figure 1). Aïnsi, la face verticale de chaque gradin se termine, à son bord supérieur, vers la scène, par un gros listel qui fait saillie sur cette face, et qui s’y rattache

par une gorge. Sur la partie postérieure de la face horizontale court une large bande creuse destinée à recevoir les pieds des personnes assises sur le gradin supérieur (1).

Il me paraît assez probable que ce bel édifice, dont M. Guillaume a dessiné les derniers débris au bord de la mer, sur le chantier, entre les mains des ouvriers qui travaillaient à les équarrir, fut construit par le roi Prusias [*, quand, après s'être emparé par force de Myrléa, de concert avec Philippe V de Macédoine, et l'avoir à peu près détruite, il la releva de ses ruines, en changea le nom, y envoya de nouveaux habitants, et en devint ainsi, en quelque sorte, le nouveau fondateur (2).

Au-dessus du théâtre, tout autour d'un plateau qu'isolent deux petits ravins, il y a des restes de murailles, mais qui paraissent de très-bas temps. D’autres terrasses, soutenues par des murs

que couvrent des broussailles, descendent au rivage. Sur la grève, se trouvent de nombreuses traces de substructions. Ce point paraît être resté habité jusqu'à l’époque byzantine, et ce fut

sans doute à la suite de quelque siége et de quelque destruction générale que les maisons se déplacèrent, et qu'une nouvelle ville se forma à quelque distance vers le nord-ouest.

Au milieu de l'orchestre du théâtre, quand on l’a dégagé, se trouvait, contre le gradin

inférieur, un bloc de marbre, en forme de piédestal, qui portait une inscription latine honorifique. Je n'ai pu la voir; elle avait été emportée par ordre du capitan-pacha, à l'arsenal de Constantinople, où toutes nos recherches subséquentes n’ont pu nous la faire retrouver; mais on m'en à communiqué plusieurs copies : l'une avait été publiée dans le Courrier d'Orient du 12 février 1861 ; une seconde était due à un négociant français établi à Moudania, M. Roche; la troisième enfin a été dressée tout exprès pour moi par M. Mongieri, médecin de l’Arsenal, qui, sur ma recommandation, a bien voulu s’enquérir de la pierre, et a fini par la trouver tout récemment. C'est en comparant ces diverses lectures, et en me servant surtout de la dernière de ces copies que je crois pouvoir établir ainsi le texte

Dalle carrée de 0",70 de côté. — Hauteur des lettres 0°,05 et 0",04. ID HANOMPIECIEAERO Altilio Pecullo, .RIB-MIL-LEG:IIII-SCYTHIC BENEFICIO-DIVI-CLAVDI- PRAEF:COH:III-SAGITTAR 5 ADLECTO:INTER:PRAETOR

tJrib(uno) mil(itum) leg(ionis) quartæ Scythic(æ beneficio Divi Claudi ,

præf(ecto) coh(ortis) tertiæ sagittar(iorum, adlecto inter prætor(ios

.B-IMP:VESPASIANO:AVG: a]b imp(eratore) Vespasiano Aug(usto, - EG-PROPR:PROVINGIAE:ASIAE: IJeg(ato) pro pr(ætore) provinciæ Asiæ, -OL-:IVL:CONC:APAMEA cJol(onia) Jul(ia) Conc(ordia) Apamea

PATRONO:SVO-: patrono suo.

Variantes des autres copies : ligne 1 : après TILIO, P‘F-C-V-Lol...0. Ligne 8 : COL:IVLIA:CON‘APAMEA. La ligne 9

n'était donnée par aucune des deux copies autre que celle de M. Mongieri.

Tout incomplète qu’elle est, cette inscription est précieuse pour la géographie antique. On avait déjà placé Apamée en cet endroit, d’après les indications de Strabon (XII, 4, $ 3), et le nombre assez grand d'inscriptions funéraires qui y avaient été trouvées (3); mais aucun texte lapidaire, que je sache, n'avait encore été découvert à Moudania qui contint le nom d'Apamée, et qui fixât ainsi, d’une manière définitive, le site de la ville ancienne. Quant au fait de l'envoi d'une colonie romaine à Apamée, nous le connaissions déjà par Strabon (Il. c.), et les médailles

(4) C£. Théâtre d'Uskub , pages 23 et 24, PI. Il.

(2) Strabon, XII, 4.

(3) Boeckh, C. I. Gr., n° 3710-3716. Le Bas, Voyage archéologique, n® 1124-1130. Ter

QU

(cf. Mionnet, Med. grecq., IV, 312, 415 et Suppl. V, 6, 16) nous donnaient les titres de Jwha Concordia, pris ici par la colonie.

L'inscription aurait plus d'intérêt encore si elle nous avait conservé intact le nom du personnage dont elle était destinée à honorer la mémoire. Atilius, précédé d’un prénom abrégé en une lettre, semble pouvoir se restituer avec sûreté; mais le surnom Pécullus, que donne la plus soigneusement faite des trois copies, m'inspire des doutes. En tout cas, cette leçon paraît infirmer la supposition que M. Henzen avait émise sous toutes réserves, d’après le texte tel que je l'avais emprunté au Courrier d'Orient : il avait pensé qu'il faudrait peut-être lire ici T. Atilius Rufus, et qu'il s'agirait alors d'un personnage que nous trouvons légat de la Pannonie en l'an 80 (Orelli,

5428), et, sous Domitien, proconsul de Syrie (Tac., Agric.; 40) (1).

(4) Bulletin de l'Institut archéologique ; 1861, pages 122, 123

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