AB
peuples voisins ; à leur tour ils se voient pillés, réduits en esclavage, massacrés par un plus puissant voisin. La première guerre de Mithridate VI Eupator contre les Romains (88-84) coùta cher à
la Galatie. Des contingents galates avaient eu beau combattre, en Asie et en Grèce, sous le drapeau de Mithridate; le roi redoutait l'humeur changeante et les brusques caprices de ces âmes ardentes et mobiles; autour de la table où les avait conviés et réunis sa meurtrière hospitalité, il fit égorger tous les princes galates, avec leurs femmes et leurs enfants qui les avaient accompagnés. Trois seulement des invités réussirent à se frayer un passage à travers les assassins. Au malheureux pays ainsi dépouillé de tous ses chefs, le roi imposa pour satrape un certain Eumachos, qui réduisit la Galatie à la dernière misère (1). De l’exaspération générale naquit une conspiration,
dirigée par Éporédorix, un des tétrarques (2) ; elle devait venger la Galatie en la débarrassant de
Mithridate et de son gouverneur; mais elle échoua, et n’eut d’autre effet que de provoquer de nouveaux supplices (3). Il fallut, pour forcer Mithridate à évacuer la Galatie appauvrie d'hommes et d'argent, la paix de Dardanos (4).
Dans la troisième guerre contre Mithridate (74-64), la Galatie, qui avait eu tant à souffrir de ses cruautés, se rangea sans hésiter du côté des Romains, et un tétrarque, qui commence alors à se placer au premier rang parmi ses compatriotes par sa vaillance et ses talents, Déjotare, défendit la frontière gauloise et repoussa les troupes du roi (5). La cavalerie gauloise rendit de grands services à Lucullus ; un jour seulement, par l’avide précipitation qu'elle mit à se jeter sur le butin, elle permit à Mithridate de s'échapper (6). Cependant, comme pour venger la noblesse gauloise
massacrée, ce fut par la main d’un Gaulois que périt le grand ennemi de Rome. Quand il se vit
perdu et trahi, trahi même par le poison, Mithridate ordonna au chef de sa garde gauloise, Bitoitos,
de lui plonger son épée dans le cœur ; l’aventurier obéit (7).
Pompée, chargé, après la mort de Mithridate, d'organiser l'Asie, traita avec bienveillance les Galates qui avaient soutenu Rome pendant tout le cours de la guerre. La Galatie garda son indépendance, et sa division en trois tribus et en un nombre variable de petites principautés ; mais Pompée achève de subordonner à l’un des tétrarques galates, Déjotare, tous les autres chefs de clans et de bandes armées. Par le rôle brillant qu’il avait joué dans la guerre contre Mithridate, Déjotare s'était placé au premier rang dans l'opinion de ses compatriotes et des généraux romains; en lui accordant la Petite Arménie et quelques districts du Pont avec le titre de roi, Pompée lui fait une situation hors ligne, et lui assure, en Galatie même, un ascendant marqué et une influence prépondérante (8).
Déjotare paraît avoir été un homme intelligent et capable, un politique habile, un brave soldat,
(1) Appien, Mithr., XLI, XLVI, LIV, LVIN.
(2) Plutarque (De Firt. mul., XXI) l'appelle Porédorix, nom qui n'aurait pas d’analogues et ne s’expliquerait pas
aisément, tandis que les noms composés du mot qui dans les anciens dialectes celtiques voulait dire cheval, £pos, sont
très-abondants. D’après une glose de Pline (4. N., I, 17), qui nous explique le mot Eporedios, Eporedorix, ce serait le chef dompteur de chevaux. Plutarque ou le copiste a dù oublier ici la lettre initiale. Voir sur ces noms où entre comme élément composant le nom du cheval, les Études sur les noms d'hommes gaulois empruntés aux animaux, par M. Adolphe Pictet (Revue archéologique, N. 8., X, 304; XI, 109). Le nom gaulois Éporédorix est d’ailleurs celui d’un chef éduen mentionné par César (De B. Gal., VU, 39, 76) et par une inscription d’Autun (Orelli, Z. L. $. 4. C., 1974).
(3) Plut., De virt. mul., XXL. Appien fait aussi allusion à cette conspiration (WétArid., XLVIT).
(4) Appien, Mithrid., LN. Vellei., IE, 23, Oros., VI, 2, Memnon, 97:
() Appien, Withr., Oros., VI, 2.
(6) Appien, Withr., LXXXIT. Memnon, 46. Plut., Zucul., XIV, XXVIIL. Memnon est le seul des trois historiens qui, en racontant le fait, attribue aux Gaulois l'acte d'avidité qui permit à Mitbridate de s'échapper.
(7) Appien, Withr., CXI, 249. Oros., VI, 5.
(8) Strabon, XII, 3, 23. Hirt., De B. Al, Le tre de roi qui lui avait été donné dans la Petite Arménie, et qu’il portait
aussi en Galatie, soulevait des résistances dans cette dernière contrée, parmi les tétrarques irrités de la différence qu'il mettait entre eux et Déjotare. Appien, Mithr., CXIV.
un capitaine plein d'activité et d'expérience. Dans la situation où était l'Asie Mineure depuis la création de la province d'Asie, au milieu de ces royaumes chancelants qui tous, à l'exception du royaume de Pont, ne subsistaient encore que grâce à la dédaigneuse tolérance de Rome, il n’y avait qu'un seul moyen d'arriver, servir les Romains et mériter leur reconnaissance. C'est ce que comprit, c'est ce que fit dès sa jeunesse Déjotare ; c’est ainsi qu'il s'éleva au-dessus des autres chefs galates, et qu'il parvint un jour à la royauté. Il réussit à se rendre utile à tous les généraux romains qui dirigèrent en Asie la longue guerre contre Mithridate ; l’un après l'autre, Sylla, Muréna, Servilius, Lucullus, Pompée, apprécièrent ses services et l'en récompensèrent. Le Sénat le remercia par plusieurs décrets où il était parlé de lui dans les termes les plus honorables, et il confirma toutes les faveurs que lui avait accordées Pompée (1). Le nom de Déjotare était populaire à Rome; tous les capitaines qui avaient commandé en Orient étaient ses protecteurs et ses patrons; tous les officiers qui avaient fait la guerre dans ce pays avaient été ses compagnons d'armes et vantaient sa bravoure, son infatigable énergie. Depuis la chute de Mithridate, les grandes guerres avaient cessé, et Déjotare n'avait plus l’occasion de se signaler par d'aussi éclatants services ; mais il savait pourtant enentretenir, par d’habiles témoignages de dévouement, la bienveillance du sénat et les dispositions favorables des plus grands personnages de Rome. Il ne venait pas un magistrat romain gouverner une des provinces de l’Asie Mineure que Déjotare ne se hâtât de se mettre à sa disposition, de venir lui présenter ses hommages, et de se l’attacher par des liens personnels d'amitié et d'hospitalité. Cest ainsi qu'il aida Cicéron, proconsul de Cilicie, dans son expédition contre les montagnards de la Pisidie, et qu'il eut le bonheur de s'assurer, pour l'avenir, le secours de cette puissante éloquence qui devait un jour le sauver du ressentiment de César 2).
Tous ceux qui approchaient Déjotare gardaient de lui un bon souvenir. On était flatté de son empressement; sa verte vieillesse inspirait le respect ; on aimait à l’entendre raconter ces glorieuses campagnes auxquelles il avait pris une part honorable, à le voir commander ses troupes armées et disciplinées à la romaine (3). II semblait que l'autorité et la fortune de Déjotare fussent si bien établies sur l’amitié de tout ce qu’il y avait à Rome de considérable qu'il füt assuré de jouir en paix, jusqu'à sa
mort, de la situation que lui avaient faite les nobles travaux de sa jeunesse
. Il n’en fut pourtant pas ainsi. La guerre civile fut l'écueil où vint se heurter et où put craindre de se br
r sa vieillesse. C'était à Pompée qu'il devait son titre de roi et la moitié de ses possessions, tandis qu’il ne connaissait César que de nom et pour quelques légers services que celui-ci lui avait rendus pendant son consulat ; il n’hésita donc pas à répondre à l'appel de
n ancien bienfaiteur, et il vint rejoindre en Grèce, avec l'élite de ses troupes, l’armée qui se disait celle de la république. Il fut accueilli avec distinction ; les lieutenants, les vétérans de Pompée revirent avec plaisir le compagnon de leurs guerres d'Asie, vieilli, mais non lassé par l’âge. Le brillant cavalier d'autrefois ne pouvait plus monter lui-même à cheval ; mais, une fois que ses serviteurs l'avaient soulevé et mis en selle, il y restait longtemps encore, ferme et droit comme un jeune homme. Après la défaite de Pharsale, il retourna en Asie Mineure, et, pendant la guerre d'Asie, il rendit de bons offices au lieutenant qui commandait pour César dans la province, à Cn. Domitius Calvinus. Il logea une partie de ses troupes, il l’aida à les nourrir et à les payer; il mit sous ses ordres une légion de Gaulois auxquels il avait, depuis de longues années, fait prendre les armes, imposé la discipline et la tactique romaines.
Aussi, quoique les secours de Déjotare n’eussent pas porté bonheur à Calvinus, qui se fit battre
(1) Cic., De Harusp. resp, XI, 29. Pour se rendre compte de la popularité dont jouissait à Rome Déjotare, il suffit de parcourir un /rdex des œuvres de
icéron; on verra combien de fois le nom de ce prince y est mentionné, dans des ouvrages de la nature la plus variée, Dans le De Divinatione, Cicéron cite à plusieurs repr modèle de piété envers les dieux.
s Déjotare comme un
(2) Cic. ad Aüic., V, 18, 19; V, 20,9; V, 21, 14; VI, 1, 4et 14. (3) Cic. Epist. ad Atic., NI, 1, 14. Hirtius, De bello Alexandrino, LXNWI.
par Pharnace, quand César, vainqueur à Alexandrie, vint régler les affaires d'Asie, le prince galate ne fut pas sévèrement traité; César le priva de la Petite Arménie dont Pompée lui avait fait don; mais il lui laissa la Galatie et son titre de roi. Il employa Déjotare et ses troupes dans sa courte guerre contre Pharnace ; il lui abandonna ensuite une part dans la dépouille du vaincu.
Dans le cours de cette expédition, César avait passé plusieurs jours chez Déjotare ; il était devenu son hôte. Deux ans après, les députés du roi de Galatie se trouvaient à Rome, et parmi eux un petitfils de ce prince, Castor. Celui-ci aceusa tout d'un coup son grand-père maternel d’avoir formé le projet d’assassiner César pendant qu'il était son hôte. Ce projet n'aurait échoué que par des circonstances indépendantes de la volonté du roi; César aurait été sauvé par son heureuse étoile. Castor apportait à l'appui de cette accusation les dépositions d’un médecin esclave de Déjotare, Philippe, qu'il avait décidé à s'enfuir et à l'accompagner à Rome. La cause se plaida devant César, à la fois juge et partie dans cette affaire ; Cicéron défendit le vieux roi par un habile et éloquent plaidoyer qui eut au moins ce résultat de faire surseoir à toute décision immédiate. César se réservait de prononcer sur les lieux mêmes, quand il traverserait l'Asie Mineure pour marcher contre les Parthes. On sait ce qui l’empêcha de donner suite à ce projet.
Déjotare ne put que ressentir vivement l'injure qui lui avait été faite, l'alarme qui lui avait été causée. Le coupable principal était hors de sa portée. Il atteignit ses parents et se vengea sur eux du crime de leur fils. Nous savons déjà, par Cicéron, qu'au moment où l’accusateur se trouvait à Rome, ses frères avaient été jetés en prison par Déjotare (1). Sans doute ils n’en sortirent pas vivants. Quant au père du dénonciateur, ce doit être cet autre Castor Saocandarius, gendre de Déjotare, dont parle Strabon ; Déjotare l’égorgea avec sa propre fille, qu'il lui avait donnée en mariage (2).
Ce fut probablement après la mort de César que Déjotare osa se permettre une si cruelle ven-
geance ; il s'était empressé, sans attendre le décret de restitution que ses envoyés achetaient, au même moment, d'Antoine, à beaux deniers comptants, de ressaisir la Petite Arménie (3). Dans la guerre civile que ralluma le meurtre du dictateur, les sympathies de celui qui devait tout à Pompée ne pouvaient manquer d'être pour ceux qui se portaient ses héritiers, pour Brutus
et Cassius. Déjotare prit, après quelques hésitations, le parti des républicains, et leur envoya
l'élite de sa cavalerie, commandée par son secrétaire particulier, Amyntas (4). Vit-il le dénouement de la lutte, ou mourut-il avant la bataille de Philippes ? Les renseignements nous manquent à ce sujet. Il y a lieu de croire que son fils unique, qui avait aussi reçu du sénat le titre de roi, était mort avant lui (5).
C'est d’ailleurs ce que l’on aurait pu conclure de ce fait, attesté par Strabon , que c’était dans la Ga-
Déjotare appartenait à la tribu des Tolistoboïens, où son père occupait déjà le rang de tétrarque
latie occidentale qu’il résidait ordinairement. « Les Tolistoboïens, » dit le géographe, «touchent aux Bithyniens et à la contrée que l'on appelle Phrygie Épictète ; leurs forteresses sont Bloukion et Pêion ; la première était la capitale de Déjotare, et la seconde l'endroit où on gardait son trésor (7). » Chez les Tectosages et chez les Trocmes, Déjotare aurait été plus près de son royaume de la Petite Arménie
(1) Cic., Pr. reg. Dej., 22.
(2) Strabon, XII, 5. On a traduit généralement le passage en question (Togée comme si l’article y marquait la descendance. Un passage de César (2. C., TX, 4), où ce même nom se trouve reproduit
es P = RS De rù r0ù Kéoropos Bucikeroy roÿ Exwxavdapiou)
sous une forme légèrement altérée, Tarcondarius Castor, montre qu'il s’agit ici d’un surnom gaulois pris par ce Castor, aventurier grec, et non de l'indication de sa filiation. (Suidas, s. v. Késroe). (3) Cic., Philip. I, 93-96.
(4) Dio. XLVII, 24, 48.
(5) Cic. ad Ate., N, 17, © (6) Strabon, XII, 3, 13.
(7) Strabon, XIE 5, 2. Le Boÿxwy de Strabon doit être le castellum Luceiun des manuscrits du discours de Cicéron,
318, 4. Philipp. XI, 15, 38.
pro rege Dejotaro, 17, 21.
et de ces forteresses qu'il faisait bâtir pour tenir en respect la population; s’il s'était fixé à l’autre extrémité de la Galatie, c’est que là se trouvaient ses domaines héréditaires et les serviteurs dévoués à sa famille depuis plusieurs générations, depuis le temps même de la conquête. Pline énumère pour la Galatie, outre les trois grandes tribus que mentionnent tous les écrivains, une quinzaine d’autres peuplades, dont plusieurs portent des noms qui ne présentent pas le caractère gaulois et qui sembleraient bien plutôt grecs (1). Ce même écrivain ajoute que la Galatie comprenait 195 peuples et tétrarchies ; c’est, on le voit, une constitution assez analogue à celle de la Gaule européenne telle que la trouva César. Ce que Pline appelle là des peuples n’est autre chose que des espèces de clans dont chacun obéit à un chef qui le mène à la guerre. On peut se figurer la situation de tous ces tétrarques galates comme tout à fait analogue à celle que possédaient dans cette contrée même,
jusqu’au commencement de ce siècle, les déré-beys, petits souverains locaux, qui, pendant une suite
quelquefois assez longue de générations, restaient maîtres d’une petite ville et de sa banlieue, et
quelquefois, favorisés par les circonstances, arrivaient à gouverner toute une province. C’est ainsi
que Déjotare, d’abord un simple tétrarque tolistoboïen, possesseur seulement de quelque tour comme
celles que l’on rencontrait, il y a une cinquantaine d'années, dans toute l'Asie Mineure, à l'entrée de chaque défilé, Déjotare, chef peut-être de cinquante à cent cavaliers, finit par avoir sous sa domination le tiers où tout au moins un bon quart de la péninsule. Dans l’histoire moderne de l'Anatolie, on trouverait des exemples tout à fait semblables ; au siècle dernier, un de ces princes des vallées, le chef de la célèbre maison des Tchapan-oglou, conquit en quelques années une sorte de royaume dont l'étendue était à peu près celle du pays soumis à Déjotare. Sa capitale était à Zusgat, non loin de Tavium, l’ancienne capitale des Tolistoboïens, et il régnait, par lui-même
ou par ses vassaux, de Siwas à Koutahia, de l'Arménie à la Phrygie (2).
Déjotare n'était pas le seul prince galate à qui eût profité la conquête romaine et qu'ett élevé un caprice des généraux romains. Un de ses gendres, Brogitaros, avait acheté de Clodius, pendant le tribunat de ce démagogue célèbre, la grande prètrise de Pessinunte et le titre de roi.
attestée
Cette royauté, que n’avait pas confirmée le Sénat, paraît avoir très-peu duré ; mais elle e non-seulement par deux passages de Cicéron, mais aussi par un beau tétradrachme, pièce unique que possède le cabinet de Paris (3). Pompée, quelque temps auparavant, avait donné à un certain Bogodiatoros le fort de Mithridation, avec un district du Pont (4). Un général romain, dont le nom n'est pas mentionné, avait accordé à Atéporix, autre tétrarque gaulois, une partie de la Zélaïtide (5). Par sa mère, fille d'Adobogion, c’était encore un Gaulois et un descendant des princes celtes, que ce Mithridate de Pergame qui servit utilement César dans sa guerre d'Alexandrie, et qui reçut de lui, après la bataille de Zéla et la mort de Pharnace, d’abord la Galatie, où il ne resta pas, puis le royaume da Bosphore, où il alla se faire tuer par Asandre (6). Nous citerons encore Adiatorix, auquel le triamvir Antoine confia la ville d'Héraclée Pontique. Pendant la guerre d'Acüium, il y massacra tous les Romains. Octave, vainqueur en Égypte, saisit le meurtrier et le fit périr, mais investit son fils Dyteutos de la grande prètrise de Comana, qui constituait, à propre-
(1) Plin., A. N., V, 42.
(2) G. Perrot, Souvenirs d'un Voyage en Asie Mineure, p. 385-391. (3) Cic., De Harusp. resp., 13. Pro Sestio, 26. CF. Ep.
les autres princes dont Mionnet attribue les médailles
. ad Quint. , 9. Mionnet, Médailles grecques, t.IV,p. 405. Tous
à la Galatie sont, les numismatistes l'ont reconnu depuis lors, des
chefs de la (4) Strabon, XII, 5
leçon de tous les manuscrits pour substituer Déjotare à Bogodiotare, dont le nom et l'existence n’ont pourtant rien
aule propre. Nous n’avons pas d’autres rois galates que Déjot: Brogitaros et Amyntas.
Les derniers éditeurs de Strabon, MM. Th. Müller et Dübner, changent arbitrairement la
d’invraisemblable.
(5) Strabon, XII, 3, 37.
(6) Appian., Mithrid., 1213 Strabon, XI, 4, 3. He 48
ment parler, une opulente principauté (1). Les Romains, à cette époque, se servent beaucoup de ces tétrarques gaulois et en mettent partout. C'était pour la plupart des hommes d'action, qu’il était bon de s'attacher et d’avoir sous la main. A les employer, il y avait encore un autre avantage. Leur règne passager ser
it de transition entre l'ancienne indépendance et la domination romaine, qu'il faisait souvent désirer. La plupart de ces petits princes exploitaient et tyrannisaient sans pudeur les malheureux peuples qu'on leur avait livrés, et leur faisaient envier l’ordre qui régnait, sous la main du consul ou du préteur romain, dans les pays voisins, déjà réduits en provinces.
Ce fut là le rôle que joua Amyntas pour toute la région centrale de l'Asie Mineure; en domptant, avec une singulière énergie, les rudes et vaillantes populations de l'Isaurie et de la Pisidie, en prenant et démantelant leurs forteresses, vrais repaires de brigands, il facilita la tâche du futur gouverneur romain; par la dureté avec laquelle il traita les vaincus et exploita son royaume, il prépara toutes ces contrées à subir sans aucune résistance et peut-être à désirer la conquête romaine.
A Philippes, entre les deux batailles, les cinq mille cavaliers gaulois que commandait Amyntas avaient tourné bride et passé dans le camp d'Octave (42 av. J.-C.) (2). Amyntas fut récompensé de cette trahison, après la victoire, par le don du titre de roi ; il reçut d'Antoine la plus grande partie de la Galatie, et plusieurs cantons de la Lycaonie, de la Pamphylie et de la Pisidie (3). Les districts galates qui avaient été attribués par Octave à un certain Castor, peut-être le dénonciateur de Déjotare, revinrent bientôt, par la mortde ce prince, à Amyntas (4). Amyntas, en Égypte, après Actium, trahit, avec deux mille cavaliers, Antoine pour Octave, comme il avait trahi quelques années auparavant Brutus(5). Cette trahison sembla, comme l’autre, lui porter bonheur. Auguste ajouta au royaume d’Amyntas la Cilicie Trachée et lui permit d'étendre autant qu’il le voudrait ses domaines aux dépens des brigands isauriens, montagnards indomptés qui avaient déjà fourni aux généraux romains la matière de plusieurs triomphes. Amyntas, après plusieurs expéditions pénibles et heureuses, s'était rendu maître des principaux cols du Taurus; il s'était emparé de Derbé et de Cremna, places fortes qui avaient eu jusque alors la réputation d'imprenables, et il avait presque achevé la conquête des Omonadéens, qui ne passaient pas pour moins redoutables, quand il périt dans une embuscade, sur la frontière de Gilicie (6). C'était, à ce moment, le plus puissant prince de l'Asie Mineure. Quoiqu'il
laissât des fils, Auguste ne jugea pas nécessaire de prolonger l'expérience, et réunit à l'empire romain toutes les contrées qui composaient le royaume d’Amyntas (7).
Ces princes galates, et les grands propriétaires qui, sous le nouveau régime, héritèrent, sinon du pouvoir politique de leurs aïcux et de la turbulente indépendance d'autrefois, au moins de grandes fortunes et d’opulents patrimoines, paraissent avoir possédé de vastes domaines dont ils s’occupaient volontiers et qu'ils savaient administrer avec succès. Strabon nous parle des 300 troupeaux de moutons que les pâtres d'Amyntas promenaient sur le steppe de la Lycaonie (8). Cicéron loue dans Déjotare des qualités qu'aurait appréciées le vieux Caton. «Ce n’était pas seulement, » dit-il, «un tétrarque de noble naissance; on louait encore en lui l’habileté avec laquelle il gouvernait sa fortune, les soins qu'il donnait à la culture de ses domaines et à l'élève du bétail (9). » C’est là sans doute une des sources des immenses richesses que semblent posséder, même après la réduction de la Galatie
a mi
(3) Velleius, IL, 84 ; Horat., Zpod., 9, 17.
(6) Strabon, XII, 6.
(7) Dio. LIL, 26.
(8) Strab., XIE, 6, r.
(9) Cic., Pro rege Dejot., IX.
en province romaine, les héritiers des grandes familles gauloises. Sans ce goût et cette application, les chefs galates auraient eu bien vite dissipé les trésors qu'avait mis entre leurs mains le pillage de l'Asie Mineure. Du jour où la victoire de Manlius eut commencé à arrêter leurs courses aventureuses, ils se tournèrent de ce côté sans renoncer à l’usage des armes, et ils surent exploiter avec une intelligente persévérance le sol dont ils s'étaient emparés ef les capitaux que la victoire et le pillage avaient mis entre leurs mains.
On a pu voir déjà, par plusieurs des événements que nous avons été amenés à rappeler, par plus
d’une anecdote à laquelle nous avons fait allusion, que les Gaulois avaient subi rapidement l'influence des populations auxquelles les avait mêlés la conquête. Cette influence de l'Hellénisme s'était d'autant plus efficacement exercée en Asie Mineure que les Gaulois n’arrivèrent dans la péninsule qu'après avoir traversé de vastes espaces de pays, parcouru les armes à la main la Grèce, la Macédoine et la Thrace, et pris sur leur route, dans la société des esclaves qu’ils entrainaient avec eux et des captives auxquelles ils s’unissaient et qui leur donnaient des enfants, plus d’une impression et d’une idée nouvelle, plus d'une superstition étrangère. Dans les renseignements, empruntés pour la plupart à Timée, que les historiens nous donnent sur l'invasion de la Grèce, non plus que dans ce qu'ils nous apprennent de la colonie gauloise d'Asie, nous ne trouvons aucune allusion à des druides ou même à des bardes qui auraient accompagné les tribus d’envahisseurs (1).
Les bandes qui commencèrent par ravager l'Orient, puis qui finirent par s’y établir, paraissent ainsi avoir rapidement perdu la tradition de ces hautes vérités religieuses dont les Druides et les Bardes étaient les dépositaires. Si nous en croyons les auteurs grecs et latins, ils auraient tout au moins conservé, dans la première période de l'invasion, un rite qui occupait une certaine place dans les cérémonies solennelles de la Gaule, l'habitude des sacrifices humains, et c’est bien une idée de cette nature qui parait avoir présidé à un massacre que nous raconte Diodore : après une de leurs premières victoires, tandis que les prisonniers vulgaires servaient de but aux javelines des Gaulois, les plus forts et les plus beaux auraient été, en présence de toute l'armée, immolés aux Dieux(2). Il paraît pourtant probable que ces rites barbares disparurent assez vite; quand, près d'un siècle après l'établissement des Gaulois en Asie Mineure, le Manlius de Tite-Live les accuse d’avoir conservé l'usage des sacrifices humains, il n’y a là, à ce qu'il nous semble, qu’un artifice oratoire justifié par le but que poursuit Manlius dans ce discours : il cherche à obtenir du Sénat mécontent et hostile le triomphe qu'on lui refuse, et, pour vaincre ces résistances, il exagère la férocité des ennemis qu'il a
attaqués sans ordre, il exagère les dangers qu'ils faisaient courir à l'Asie et le service qu'a rendu son
expédition improvisée (3). Ayant à traiter un pareil thème, l'historien ne pouvait manquer d’insister sur ces sacrifices humains que l’on était accoutumé à imputer aux Gaulois ; il y avait là matière à
quelques phrases brillantes, qui rentraient trop bien dans le sujet et l'intention du discours, pour que Tite-Live y renonçât. Quant à voir là un témoignage historique formel et précis, ce serait évi-
demment y mettre trop de complaisance. Si, pendant les vingt ou trente premières années de leur
séjour en Asie Mineure, les Gaulois firent encore la même guerre d’extermination qu'en Macédoine ou en Grèce, dès qu'ils eurent pris des demeures fixes et qu'ils se furent installés au centre de la Péninsule, les relations qu'ils durent établir avec leurs voisins, les fréquentes unions avec des femmes du pays, leur intérêt même, tout les engagea à laisser tomber peu à peu ces sanglantes coutumes; il n'y avait plus, chez les Gaulois d'Asie, pour perpétuer la tradition de ces sacrifices, ces dogmes
(4) Voir la dissertation intitulée : De fontibus veterum auctorum in enarrandis expeditiontbus a Gallis in Macedoniam dique Græcian susceptis. Scripsit D' Guil. Ad. Schmidt, Berlin, 1834. Sur les sources principales où ont puisé les écrivains postérieurs pour l’histoire du royaume gaulois de Thrace et du passage des Gaulois en Asie, voir Contzen, Die Wanderungen der Kelien, P- 209-211.
(2) Diod., XXI, 13.
(8) Liv., XXXVI, 17.
sévères, ces nobles croyances dont l'immolation de victimes humaines n’était qu'une perversion, une interprétation erronée et excessive. La génération qui s'établit entre le Sangarios et l'Halys était déjà née tout entière loin de la Gaule et des bois sacrés où se conservait le secret de
était colorée de teintes nouvelles, et chaque pays
s dogmes;
soldats errants, leur imagination naïve et mobile s°
traversé y avait laissé quelque chose de ses superstitions. Il n’y avait donc plus, chez les tétrarques contemporains de Manlius, de sentiment qui les poussàt au meurtre prémédité, au meurtre religieux ; d'autre part, ces petits princes, qui vivaient surtout de pillage, n'avaient pas dù tarder à comprendre qu'ils avaient plus d'avantage à garder leurs prisonniers, à les vendre, ou à les échanger contre rançon, qu'à les massacrer. Dans le récit de la guerre de Manlius contre les Galates et dans le traité de paix qui la suivit, on ne trouve aucune trace de ces sacrifices humains que Tite-Live, par la bouche de Manlius et dans une amplification oratoire, croit pouvoir encore reprocher aux Galates. Dans le même livre, l'historien se réfute lui-même : il fait dire à Manlius parlant à ses
soldats : « Ces Gaulois, que vous allez combattre, croyez-vous par hasard qu'ils sont ce qu'étaient leurs pères et leurs aïeux ? ... La fertilité du sol, la beauté du climat, le voisinage de peuples civilisés, ont adouci toute cette férocité qu'ils avaient apportée avec eux (1).» Dans leur lutte contre les Romains, ils se montrent perfides, mais non plus farouches ni, comme aux Thermopyles, d'une bravoure folle et désespérée. Que si l’on prend à la lettre le récit de Tite-Live, c'est à peine si, surtout dans la seconde bataille, les Gaulois se comportent en gens de cœur ; ils se hâtent de demander la paix, et de se rendre sans conditions: Ils ne sont pas devenus làches, comme l'avenir le prouvera plus d’une fois; mais ils se découragent vite ; ils ont perdu beaucoup de l’ancienne énergie, ils n’ont plus confiance en eux-mêmes et en leurs destinées.
Longtemps encore pourtant et jusqu’au moment où ils se perdront et se confondront dans l’apparente uniformité du monde soumis aux Romains, les Gaulois d'Asie, malgré tous les emprunts qu'ils ont faits à leurs voisins, malgré tous les vices qu'ils avaient pris à la Grèce dégénérée et qu'ils avaient ajoutés à la violence native de leurs passions, les Gaulois se montrent, à certains égards, supérieurs en moralité à leurs voisins plus doux et plus civilisés. C’est ce dont témoignent deux ou trois anecdotes qui nous ont été conservées par hasard ; or combien d’autres faits analogues, mentionnés par des historiens aujourd'hui perdus, ont été oubliés avant d'arriver jusqu'à nous ! L'histoire de Camma, celle de Chiomara, nous donnent une haute idée des sentiments sérieux et profonds qu'apportaient souvent dans l'union conjugale les femmes gauloises ; elle nous fait admirer la noblesse et l'énergie de ces âmes rudes et fières. La dernière surtout est des plus curieuses. Quand même Polybe, ce judicieux et véridique historien, ne déclarerait pas avoir appris lui-même toute l'aventure à Sardes,
et en avoir vu l'héroïne, ce récit n’en garderait pas moins un caractère trop original pour que l’on püt le soupçonner d’avoir été composé par un narrateur inventif et romanesque.
L'action de cette femme, le châtiment qu’elle fait infliger, sous ses yeux, au centurion romain qui l'a déshonorée par la force, la confiance avec laquelle Chiomara se présente ensuite devant son mari, cette tôte qu'elle jette à ses pieds pour lui apprendre à la fois sa honte et sa vengeance, le respect avec lequel celui-ci la traite, tout cela respire je ne sais quelle noblesse un peu sauvage, une sorte de grandeur barbare qui n’est pas tout à fait dans le goût grec ni romain. Lucrèce se tue parce que Sextus l’a déshonorée ; Chiomara consent à vivre, mais après s'être vengée de celui qui l'avait insultée. Si Lucrèce se frappe, n'est-ce point qu’elle craint que son mari ne se souvienne toujours trop de l'in-
volontaire flétrissure ? Collatin, un jour ou l’autre, n'en viendrait-il point à la soupçonner de n'avoir
pas résisté autant qu'elle l'aurait dù, d’avoir été, ne füt-ce qu’un instant, la complice de Sextus ?
Chiomara, ne se sentant pas coupable et se voyant vengée, ne doute point des sentiments d'Ortiagon. Enfin Lucrèce laisse à d’autres, laisse aux hommes de sa famille le soin de punir; Chiomara se fait
(4) XXXVIN, 17.
Justice elle-même ; le coupable est frappé, sinon de ses propres mains, au moins sous ses yeux et sur un signe d'elle. Malgré cet étrange cadeau d’une tète sanglante qu’elle apporte à son mari enroulée dans les plis de sa robe, la femme à demi barbare est peut-être ici plus près de nos idées modernes que la matrone romaine.
On trouve aussi chez les Galates, jusqu’au temps de la conquête romaine, des traits de générosité et de mépris de la mort qui prouvent bien que dans leurs veines coulait encore le sang de ces Gaulois qui, par le peu de cas qu'ils faisaient de la vie et la facilité avec laquelle ils la quittaient, avaient étonné les Grecs et les Romains. Telle est l'action que Strabon rapporte Auguste avait confié la grande-prêtrise de Comana (1):
à propos de Dyteutos à qui
«César, après avoir fait marcher devant son char de triomphe Adiatorix avec ses enfants et sa femme, décida de le faire périr avec l'aîné de ses enfants. C’est Dyteutos qui était l'aîné. Mais quand les soldats vinrent emmener les condamnés, le cadet leur affirma que c’était lui qui était l'aîné, et les deux frères se disputèrent longtemps à qui des deux mourrait, jusqu'à ce que le père et la mère eussent persuadé à Dyteutos de céder la victoire à son frère ; étant plus près de l'âge d'homme, Dyteutos serait plus capable de servir de soutien à sa mère et à son tout jeune frère qui allait rester orphelin. Le cadet mourut donc avec son père ; Dyteutos fut sauvé, et obtint plus tard cette dignité, car César, après la mort des condamnés, ayant appris ce
qui s'était passé, s’affligea de ne pouvoir leur réndre la vie, et combla ceux qui restaient de bienfaits et d'égards. »
Le père de ce Dyteutos, Adiatorix, ayant reçu d'Antoine le gouvernement d'Héraclée Pontique, où avait été établie, quelque temps auparavant, une colonie romaine, s'était avisé, dans l’année d'Actium, de massacrer en une nuit tous les Romains établis dans la ville (2). C'est ce crime qu'il expia après la victoire d'Auguste. Ces âmes des Gaulois sont toujours les mêmes, sujettes à de subits emportements, à de meurtrières fureurs.
Après que l'autorité tutélaire du gouverneur romain eut remplacé, dans ce pays, toutes ces petites royautés aux allures inégales, aux sanglants caprices ; après qu'un régime plus régulier se fut substitué à ce désordre, et que la loi réprima les violences et força même les puissants à soumettre leurs griefs à la décision du magistrat, on retrouve encore la trace et la marque du caractère gaulois dans le goût très-vif que paraît avoir eu cette province pour les combats de
adiateurs. Ces fils des intrépides et farouches aventuriers qui avaient effrayé le monde civilisé, et qui faisaient si peu de cas de leur propre vie et de celle des autres, semblent avoir trouvé un singulier plaisir à ces spectacles sanglants que repoussa avec tant de persistance le génie plus humain dela Grèce. En Galatie, aucune fête n’était plus appréciée et des grands qui l'offraient, et du peuple qui en jouissait. Dans la grande inscription du temple de Rome et d’Auguste, où sont relatées les différentes célébrations des jeux fondés en l’hon-
neur de l’empereur, il est sans cesse question de combats de gladiateurs (movousyi), de chasses
(aus), de combats de bêtes féroces et de taureaux (Ongouayior, ravpcuayiu). C'est un reste,
une corruption, si l'on veut, de l'antique vaillance, de l'héréditaire mépris de la mort. Les Galates ne versent plus leur sang au noble jeu des combats, mais ils voient volontiers et sans dégoût couler dans l'arène celui des gladiateurs et des bestiaires (3).
Devant, dans la suite de cette relation et dans la description des antiquités de la Galatie, faire souvent allusion à des événements qui appartiennent aux annales de la Galatie avant sa réduction en province romaine, nous avons dû présenter, où du moins résumer, telle que nous la comprenons, cette histoire de la Galatie indépendante (4). Pour ce qui est de la Galatie romaine, nous renverrons
(2) Strabon, XII, 3.
(3) C. 1. Gr. 039.
(4) On trouvera cette histoire racontée, avec plus de détails, dans le livre sous ce litre : Histoire des Gaulois d'Orient, ouvrag
HE
récemment publié par M. Félix Robiou, e couronné par l'Académie des inscriptions et belles-lettres dans sa
HO
au travail spécial que nous avons consacré à cette province, travail où se trouvent discutées toutes les questions relatives à l'étendue de la province, à ses acquisitions successives ou à ses démembrements, à la série des gouverneurs qui s’y sont succédé, aux magistrats envoyés de Rome qui y
représentaient le pouvoir central, aux magistrats municipaux investis de fonctions encore enviées l'état enfin et aux mœurs des provinciaux (1). Nous nous bornerons à indiquer rapidement les
principaux résultats de nos recherches; pour les textes sur lesquels s'appuient nos conclusions, nous nous en référerons le plus souvent à la monographie où nous les avons tous cités et discutés. Nous ne donnerons donc ici que les indications qui nous sont nécessaires pour décrire et commenter les monuments que nous avons eu l’occasion d'étudier, les inscriptions que nous sommes les premiers à publier.
Comme la plupart des provinces, la Galatie romaine commença à compter les années du jour de son incorporation dans l'empire ; l'ère Galate, — Cavedoni a achevé de lever tous les doutes, — commence à l’année 25 avant Jésus-Christ, à l'an 729 de Rome, sous le consulat d’Auguste, alors consul pour la neuvième fois, et de M. Junius Silanus.
La nouvelle province, formée après la mort d'Amyntas, s’étendit bien au-delà des limites de la contrée où s'étaient établies les trois tribus des Tectosages, des Tolistoboïens et des Trocmes, et que l'on pourrait appeler {4 Galatie propre. Amyntas, au moment de sa mort, possédait non-seulement la Galatie, mais, comme nous l’avons indiqué plus haut (p. 190), la Pisidie, une grande partie de la
Lycaonie et de la Pamphylie, quelques districts phrygiens, l’Isaurie, la Cilicie Trachée. Strabon répè
plusieurs fois que tout le pays soumis à Amyntas fut placé entre les mains d’un seul et même gouverneur romain (2); mais il résulte d’autres passages de Strabon lui-même, qu'il ne faut pas prendre à la
lettre cette assertion. Archélaüs, roi de Cappadoce, reçut la Cilicie Trachée (3); les villes de Pamphylie qui avaient été cédées à Amyntas pour des raisons stratégiques furent d'abord rendues à la liberté, puis, au bout de quelques années, rattachées à la province de Pamphylie.
A ces exceptions près, le royaume d'Amyntas et la province de Galatie avaient même étendue et mêmes limites. Pour la Lycaonie, Dion nous dit expressément qu’elle dépendait du gouverneur de la Galatie (4), et un monument élevé par le peuple d’Iconium en l’honneur d'un procurateur de Galatie amen attentif du texte de Pline l'Ancien, il résulte que
confirme le témoignage de l'historien (5). D'un e
si quelques districts de la Lycaonie appartenaient à la province d'Asie, Iconium et 14 villes lycao-
niennes formaient ce que Pline appelle la tétrarchie lycaonienne (tetrarchiam ex (ralatia), une annexe
de la Galatie (6). Nous savons par Strabon que Sagalassos était soumise au même gouverneur que le
reste du royaume d'Amyntas (7 était la ville principale de la Pisidie (8). Quant à cette Apollonie qui était sur la limite de la Pisidie et
), et d'autre part, médailles et inscriptions prouvent que Sagalassos
séance publique du 31 juillet 1863. Malgré le mérite du livre, malgré la distinction qu'il a obtenue et qui rend su-
perflu tout éloge, nous n’avons pas cru devoir renoncer à exposer des idées et des vues auxquelles nous avaient con-
duit des études faites sur les lieux mêmes il y a déjà plusieurs années. Pour ce qui est des objections que doivent soulever, selon nous, certaines des idées adoptées par M. Robiou, on peut consulter un article inséré dans la Revue critique, 1867, p. 242.
(1) De Galatia provincia romana, thesim proponebat facultati litterarum parisiensi G. Perrot ; in-8°, 176 pp., Paris, 1867, E. Thorin.
CAPE ME EITIC EE RES (3) Strabon, XIV, 5, G.