HISTORIQUE, DESCRIPTION ET RESTAURATION
LES TEMPLES DE ROME ET D'AUGUSTE. — HISTORIQUE DE L'AUGUSTEUM D'ANCYRE.
Augusteum d’Ancyre est un des nombreux temples qu'élevèrent dans tout l’Empire romain, au génie et à la divinité d’Auguste, l’adulation et la servilité des peuples vaincus. Auguste n’accepta jamais qu’on lui rendit dans Rome même cet honneur excess condition toutefoi
sorte de lien rel
5 mais il l’aulorisa dans toutes les provinces de l'Empire, avec cette que le culte de Rome serait toujours associé au sien propre (1). Il attachait ainsi par une igieux toutes les provinces à la Métropole de l'Empire. Après sa mort, Tibère, suivant un vœu du sénat (2), construisit sur le Palatin un temple qui, achevé et dédié par Caligula (3), devint la chapelle domestique des Empereurs et resta l'unique temple d'Auguste dans la grande cité.
Les auteurs anciens, les ins
riptions et les médailles mentionnent un grand nombre de temples dont il ne reste plus trace et qui furent érigés « à la déesse Rome et au dieu Auguste ». Ce sont les temples de Sparte (4), de Pergame (3), de Cyzique (6) et d'Alexandrie (7); celui de Césarée (8) dans lequel étaient la statue d’Auguste, imitée du Jupiter olympien de Phidias, et la statue de Rome, semblable à la Junon d’Argos, sculptée par Polyclète; ceux de Nola (9), de Fano (10), de Narbonne (11), enfin, sans les citer tous, le fameux temple d’Auguste, élevé à Lyon, au confluent de la Saône et du Rhône, par toutes les Gaules réunies (12), et le temple consruit à Tarragone, capitale de l'Espagne citérieure (13). Ces deux derniers étaient tout à fait ana ‘Augusteum d’Ancyre, en ce sens qu'au lieu d'avoir une origine simp été érigés aux frais de provinces ent
ogues à ement municipale, tous les trois avaient
es.
D’autres temples d'Auguste ont laissé des vestiges plus ou moins importants. Nous citerons ceux de Mylasa (14), d’Apollonie de Pisidie (13), d'Athènes (16), dont il ne reste guère que les inscriptions dédicatoires, et ceux de Pola (17) et de Vienne (48), qui sont presque entièrement conser
Aujourd’hui, le plus intéressant de tous est celui que les villes de la Galatie érigèrent à Ancyre. Il l'emporte nonseulement par ses dimensions, par l'élégance de son architecture et par l’état de conservation des restes qui subsistent, mais aussi par l’importante inscription qu’il nous a conservée. Les Galates eurent en effet l’idée heureuse de reproduire, sur les parois du temple, les actions de celui auquel il était dédié, racontées par lui-même, dans un
(1) Suétone, Oct. Aug., LIT, LIX, — (2) Tacite, Ann., I, 11.
(3) Id., id., VI, 45; Suétone, Oct. Aug., XLVIT; Caliqula, XXI et XXII. — Pline, Æist, nat., XXXV, 10 et 29,
(4) Pausanias, III, 11. — (5) Tacite, Ann., IV, 37. — (6) Id., &., IV, 36. — (7) Philon, Legat. ad Caïum,
(8) Josèphe, De Bell. Jud., T, 21, ST. — (9) Suétone, Tibère, XL. — (10) Vitruve, V, 1.
(11) Egger, Latini sermonis vetustioris reliquiæ, p. 338. — Orelli, n° 2489.
(12) Strabon, Geogr., 1. IV, c. 3. — Aug. Bernard, le Temple d'Auguste et la Nationalité gauloise.
(13) Tacite, Ann., I, 78. — Spartien, Adrien, XI, — (14) Choiseul-Gouffier, Voyage pittoresque, éd. 1189, pl. 83. (15) Texier, l'Univers, Asie-Min., p. 449. — (16) Beulé, Acropole d'Athènes, Ed, 4862, p.331.
(47) Palladio, IV, 27. — Stuart et Revett, Antiqg. d'Ath., éd. fr, IV, c. 2.
(18) Rey et Viety, Monuments de Vienne, p. 44 et suiv., pl. 7 et suiv.
document dont il acheva la rédaction peu de temps avant sa mort, et qui fut gravé sur deux tables d’airain devant son mausolée (1). Pour que le peuple galate, réuni autour du temple, pût lire et comprendre cette histoire sommaire, le texte latin écrit par Auguste fut traduit dans la langue grecque, que parlait la province, et ensuite gravé sous un des portiques latéraux
. Le temple fut construit très-probablement dans
lan 25 avant J.les premières années de l'ère chrétienne, puis achevé et dédié vers l'an 40. Auguste mourut en l'an 14; on . E. la traduction en langue
La Galatie était incorporée à l'Empire depuis
grava dans le pronaos le texte latin de son testament politique, et sous le portique grecque de ce même document. Nous démontrerons facilement que le temple fut complétement édifié, terminé et dédiéfavant qu'on songeût à y ajouter ces longues et précieuses inscriptions. L'inscription que reçut l’ante de gauche du pronaos, très-intéressante par les détails qu’elle nous fait connaître, ; à chaque célébration des jeux, qui étaient i que le temple était situé
par les noms gaulois qu'elle contient, fut gravée en plusieurs foi probablement quinquennaux, on y ajoutait quelques lignes. Elle nous apprend au: dans une enceinte qui servait aux réunions publiques, près d’un hippodrome, et que tout ce vaste ensemble fut consacré par Pylæménès, fils d'Amyntas, le dernier roi de la Galatie. Ce groupe de monuments, don il ne reste
ue le temple ruiné, occupait la partie basse de la ville, ajoutée par les Romains à l’oppidum phrygien et galate, quifrépondait à ce que les Tures apppellent aujourd’hui #aleh, la citadelle.
Le peu que nous savons de l’histoire du temple pendant tout le temps que dura le culte d'Auguste, fondateur par un mur en terre,
e l'Empire, nous est appris par la trop courte et incomplète inscription, cachée jusqu” et que nous avons découverte sur l’ante de droite. Il y est question de réparations faites, par les grands-prêtres
d’Auguste, aux combles en marbre de l'édifice, réparations qui, d’après la forme des caractères de l'inscription, auraient été faites à une époque où le monument avait déjà un ou deux siècles d'existence (2).
Le culte d'Auguste et de ses successeurs se développa rapidement, prit une grande importance et dura longtemps; les nombreux colléges augustaux, leurs grands-prêtres et la suprématie dont ils jouissaient en donnent
une preuve suffisante. Ce culte subsista jusqu'au moment où le christianisme, prêché de très-bonne heure en
Galatie, y devint dominant. Les chrétiens purent alors s'emparer des temples païens pour les transformer en églises. Pourtant cette transformation du temple ne saurait être placée, au plus tôt, qu’au commencement du quatrième siècle, après la grande persécution de Dioclétien, qui fut la dernière. Cest à cette époque que saint Clément, devenu plus tard patron d’Ancyre, souffrit le martyre dans un endroit de la ville que la tradition montre encore (3). En 314 un premier concile se réunit à Ancyre, un deuxième en 358. Il est plus probable néanmoins que la transformation du temple n’eut lieu qu’à la fin du quatrième siècle, car nous voyons en 362, quand l’em-
pereur Julien passe à Ancyre, les pontifes allant au-devant de lui pour honorer le restaurateur du paganisme (4). On déterminerait difficilement aujourd’hui la part des chrétiens dans la dégradation du monument, et il serait impossible de dire s’ils ont laissé subsister les portiques ou s’ils les ont démolis. Tout porte à croire qu'ils en ont renversé une partie pour établir, sur l'emplacement du pronaos postérieur, le chœur à voûte basse et la crypte dont les restes importants subsistent encore. Ils ont été moins respectueux, semble-t-il, que leurs coreligion-
naires d'Athènes dans la transformation du Parthénon (5). Ce qui est certain, c’est que leur église devant contenir plus de monde que le temple qui, d’après le culte païen, ne recevait pas les adorateurs du dieu, ils ont agrandi la cella en détruisant le mur du fond, les colonnes qui devaient exister entre les antes postérieures, et aussi les colonnes correspondantes sur la façade, car le chœur semble s'étendre plus loin que le portique primitif. Le pronaos antérieur fut respecté et forma le narthex, qui se trouve toujours à l’entrée des églises byzantines. Les chrétiens ont enlevé aussi le dallage et abaissé le sol de la cella au niveau du pronaos; ils ont pour cela supprimé les marches qui précédaient la porte, dont ils ont scié l'énorme seuil. Cette modification du sol est démontrée par les croix byzantines gravées à la pointe ou sculptées à une même hauteur sur les soubassements de la cella et du pronaos postérieur (voyez les planches 17 et 18), et par la place qu’occupe l'inscription chrétienne qui se trouve sur le soubassement du mur N. O. de la cella (voyez p. 263 et pl. 18). Les libages des fondaite, dès cette époque, se trouver mis à nu. Enfin les chrétiens ont fait subir au temple une autre alteinte qui semble toutefois prouver qu'ils en avaient respecté la toiture. Pour éclairer l'intérieur, où la lumière n’arrivait que par la porte, ils ont percé dans le mur S. E. de la cella trois fenêtres à plein-cintre (voyez pl. 14 et 16), en évidant adroitement dans la masse les claustra, dans les montants desquels on voit se
tions ont dû, par s
continuer les joints des assises.
Qu'est devenu tout le marbre ainsi enlevé à l'édifice? — Les colonnes, si elles étaient monolithes, comme au temple de Jupiter à Aizani, ont pu être transportées à Constantinople avec tant d’autres colonnes provenant d'édiet autres édifices d’Angora
fices antiques de l’Asie-Mineure, car nous n’avons trouvé dans les aucune colonne qui ait pu appartenir à l’Augusteum; si, au contraire, elles étaient formées de tambours super-
lises, mosquées
(4) Suétone, Oct. Aug., CI. — (2) Voir p. 262. — (3) Voir p. 270. — (4) Amm. Marcel, 1. XXI, c. 9. (5) Beulé, l'Acrop. d'Ath., Ed, 4862, p. 28.
posés, comme aux temples d'Apollon Didyme à Milet, ou de Vénus à Aphrodisias, ces tambours ont dû servir, ainsi que les autres blocs, à fabriquer de la chaux, car la contrée volcanique où était située Ancyre ne contient ni marbre, ni pierre calcaire, et la crypte chrétienne avec ce qui reste du chœur n'offre pas un morceau de marbre : tout est pierre. Cette pierre du chœur et de la crypte m'a paru tout à fait analogue à celle des libages qui forment les profondes fondations du temple. Peut-être provient-elle des fondements du mur qui terminait la cella et que les chrétiens ont détruit, comme nous venons de le voir; en effet, nous n’avons plus trouvé trace de ces fonde-
ments dans les fouilles que nous avons faites sur l'emplacement de ce mur : on avait déraciné jusqu'aux derniers blocs.
Le temple resta dans l’état que nous venons de décrire, et servit d'église jusqu’à l'époque où vinrent et se succédèrent les invasions des Perses, des kalifes Ommiades et Abassides, des Seldjoukides et enfin des Ottomans. On parle de portes en bronze du temple que Haroun-al-Raschid, au commencement du neuvième siècle, aurait enlevées comme trophée et fait transporte
à Bagdad (1); mais la traduction d'une prétendue inscription grecque qui aurait été gravée sur les battants rend bien suspecte cette assertion. L'épigraphie grecque n’a point de textes qui aient une analogie, même lointaine, avec cette moralité d’un caractère tout oriental.
Suivant la règle générale d’après laquelle les divers cultes se succèdent sur les mêmes emplacements et parfois dans les mêmes édifices, l’'Augusteum resta pour les Turcs une propriété religieuse. Cependant le temple ne fut pas transformé en mosquée comme il l'avait été en église. Il fut sans doute trouvé trop petit. On construisit immédiatement à côté une mosquée plus grande et orientée suivant les prescriptions du Coran. Le temple n’en eut pas moins beaucoup à souffrir, car nous voyons (pl. 44, 15 et 18) l'angle de la mosquée se poser sur le mur même du pronaos, ce qui semble prouver qu'au moment de cette construction le portique du temple n'existait plus; la toiture qui était probablement en marbre avait été détruite en même temps que le portique. Que devinrent ces marbres
provenant des portiques et de la toiture? On a dit qu'ils avaient servi à construire la mosquée voisine, mais un examen altentif m'a prouvé qu’il ne se trouve dans les murs de la mosquée aucun débris du temple. Cette mosquée fut bâtie à une époque que nous n'avons pu déterminer avec certitude; elle porte le nom d'Hadji- Baïram (2). Chaque mosquée étant généralement accompagnée d’une école ou Médressé, le temple fut converti en école, et ses ruines portent encore aujourd’hui à Angora le nom d’A#-Médressé ou l'École blanche. La toiture du Médressé fut probablement portée par des poutres dont nous voyons les encastrements grossièrement taillés dans ’architrave qui termine les murs (voyez pl. 17 et 18). Plus tard, un Médressé fut construit de l’autre côté de la rue ; cette toiture disparut et des magasins d'une construction peu durable furent disposés dans la cella; M. Texier paraît les avoir vus debout en 1834, car il les a indiqués dans son plan (3). Nous n’en avons plus trouvé que les restes, des tuiles brisées et des pièces de bois couchées dans le Les portiques ayant disparu, des maisons ados,
sol.
onstruites en brique crue, comme toutes celles d’Angora, avaient été sées au mur S. E. de la cella. Pour n'avoir pas à pratiquer dans le marbre des trous difficiles à creuser, on avait appliqué sur la muraille plusieurs contre-murs qui portaient l'extrémité des solives. Ainsi fut cachée presque entièrement à tous les yeux, pendant des siècles, la longue traduction grecque, gravée sur la paroi du portiqueS. E.
Vers le même temps, tout l’espace situé entre les restes du temple et la mosquée fut transformé en cimetière ; une partie de la cella, le pronaos même, furent, dans ce but, encombrés de terres rapportées. Ces terres, dit
M. Texier, cachaient, en 1834, une partie de l'inscription latine; elles se seraient, en ce cas, singulièrement affaissées depuis lors, ainsi que les tombes en pierre, car nous avons vu cette inscription très-complétement déga Tournefort du reste l’avait vue comme nous en 1700 (4).
gée.
En 1834 les restes du noble édifice ont subi une dernière injure; un des descendants de Hadji-Baïram, cheik de la mosquée, ayant besoin de marbre pour construire des bains dans sa maison de campagne, trouva tout naturel d'abatire une partie du mur de la cella, celle qui manque à l'angle S. O.; heureusement les murs portant les plus précieuses inscriptions ont été protégés, l’un par l'angle de la mosquée dont il est le soutien, l’autre par les maisons qui lui sont adossées. Une partie seulement de l'inscription byzantine, reproduite page 263, fut détruite. Le cheik fut blâmé, même par ses coreligionnaires, qui nous ont dit que cet acte ne lui avait pas porté bonheur. Néanmoins, les voyageurs qui viennent de temps à autre étudier l'Augusteum , ceux surtout qui, comme nous, font à Angora un séjour prolongé, né laissent pas de les troubler, et nous avons entendu dire à certains d’entre eux que, pour être désormais plus tranquilles, ils détruiraient ce qui reste du temple. Émus de ces mena-
(4) Djihan-Numa, 643, ap. Hammer, I, 399.
(2) Tout ce que dit à ce sujet M. Texier, nous ne savons d’après quelles autorités, est un tissu de contradictions. Pour n’en donner qu'un échantillon : pour lui la mosquée a été construite à la fois au milieu du dix-huitième siècle (p. 482, Univers pittoresque) et sous le règne de Soliman le Grand (p.485), par Hadji-Baïram. Un peu plus loin (même page) il ajoute que Hadji-Baïram mourut l'an 67 de l'Hégire, ce qui fait l’an 690 et non 1220, comme il le dit, de notre ère,
(3) Texier, Description de l'Asie Mineure, 1.1, p. 199, pl. 63.
(4) Tournefort, II, p. 446.