‹ Exploration archéologique de la Galatie et de la BithynieChapitre 84 sur 153 · ÉTAT ACTUEL DU MONUMENT · texte numérisé non relu

ÉTAT ACTUEL DU MONUMENT

Parmi tant d'é

lifices en marbre qui embellirent Ancyre, l'Augusteum seul est resté debout; quoique mutilé, il offre des détails intéressants dont l'étude peut aider l'architecte à reconstituer le temple dans son éta primitif.

Orientés du sud-ouest au nord-est, les murs longitudinaux, terminés par des antes carrées, sont debout dans toute

leur hauteur; un mur transversal seul est resté, complet aussi, avec la belle porte antérieure de la cella, une des

portes antiques les mieux conserv

, et une des plus intéressantes qui soientarrivées jusqu'à nous, comme nous le verrons plus loin. Le second mur transversal, probablement tout semblable au précédent, a disparu complétement; ses fondations mêmes ont été déracinées. Il n’a laissé de traces que sur les murs longitudinaux où les arrachements de ses extrémité

sont encore visibles (voyez pl. 17 et 18). Des portiques qui ont dû entourer le temple, il ne reste rien; les fouilles elles-mêmes ne nous ont fourni aucun témoignage de leur existence ; nous ferons

ressortir néanmoins les raisons qui démontrent que ces portiques ont dû exister. I faut remarquer ici la symétrie absolue qui existe, comme décoration et comme dimensions, entre le pronaos conservé et ce qui fut probablement un second pronaos. Le pronaos principal était, croyons-nou

celui dont la porte est restée intacte. En effet, ce sont ses parois latérales qu’on a choisies pour y graver l’/nder Rerum gestarum, les hauts faits de l’empereur déifié; c’est sur les antes qui

terminent ses murs qu’on a inscrit, d'une part les fêtes de la dédicace du temple et celles des jeux quinquennaux, de l’autre les réparations faites plus tard par les grands-prêtres augustaux. Nous croyons que le temple était achevé, comme nous l'avons déjà dit, avant qu’on eût eu l'idée d'y placer aucune inscription; les deux pronaos, autant que nous pouvons en juger, étaient alors tout à fait semblables ; quand on voulut graver le texte latin du Testament,

on dut enlever six rangées de bossages pour obtenir la surface nécessaire. Cela est démontré, croyons-nous, par la comparaison des deux pronaos et surtout par l'examen de la paroi S. E. du pronaos principal où, à gauche de la deuxième partie de l'inscription latine, un bossage de la rangée supérieure est resté, probablement parce qu'il ne gênait en rien la disposition régulière de l'inscription (voyez pl. 17). On a dù également abattre les trois rangées inférieures des bossages de la face longitudinale extérieure S. E., pour y inscrire la traduction grecque (voy. pl.

3). Il est évident que si l’idée des inscriptions eût été @ i pour les recev

ontemporaine de l'édification du temple, oir une disposition spéciale, appropriée, dans le genre de celle qui existe au temple de Jupiter à Aizani (1). Tous les bossages qui recouvrent les murs à l'intérieur et à l'extérieur indiquent la grandeur vraie des blocs ; exactement réglés de hauteur, l'irrégularité des refends verticaux accuse franchement

nous trouverions i

la réalité de la construction. Les antes sont enterrées aujourd’hui jusqu’au-dessus du bandeau de soubassement; leur proportion indique que l’ordre des portiques était très-svelte et semblable à celui du temple de Vesta à Rome qui a onze diamètres. Elles diminuent d'une manière très-accentuée, de près d’un sixième.

Les chapiteaux étaient composites; les ornements en ont presque entièrement disparu. Celui sous lequel est gravée la longue inscription dédicatoire a conservé, sur la face qui regarde le pronaos, les traces du torse et de l'aile d’une Victoire qui en formait le centre (voyez pl. 18). A l'autre extrémité du même mur, la face du chapiteau qui regarde la mosquée a conservé les mêmes vestiges; {ous deux ont encore aussi une partie de la moulure ornée de

trèfles qui surmontait également le rinceau dont la muraille est couronnée dans les pronaos et sous les portiques latéraux. Ces rinceaux prenaient naissance des chapiteaux mêmes (voyez pl. 17 et 18), et près de leur départ d’autres Victoires ailées étaient assises sur les premiers enroulements (voyez pl. 17). La mieux conservée de ces dernières Victoires se trouve près du chapiteau N. O., sur la face tournée vers la mosquée.

Sur le mur transversal, au-dessus de la porte, sont restés plusieurs blocs de l’architrave qui suivait toute la ligne extérieure du temple et recevait les poutres des plafonds des pronaos et des portiques.

Il ne manque presque aucun détail de la porte si intéressante par ses proportions, par la disposition de ses différentes parties, par l’inclinaison des pieds-droits, et par la hardiesse de sa frise bombée. Nous voyons à la partie inférieure les pieds-droits reposant sur les extrémités subsistantes du seuil qui fut coupé, quand les chrétiens mirent au même niveau la cella et le pronaos. Sur ces extrémités du seuil se voient encore les traces des degrés

(1) Texier, Descript., P, t. I, p. 418 et 191, pl. 25 et 33. Le Bas et Landron, Voyage archéologique, pl. 28, 29 et 31.

par lesquels on arrivait du pronaos dans la cella du temple (voyez pl. 15). L'élégante décoration de cette porte est en harmonie avec la richesse des parois du pronaos et des portiques; la riche moulure inférieure et le méandre du soubassement (voyez pl. 24 et 31) n’ont pu être dessinés que dans la fouille pratiquée à l'extrémité du mur S. E. sur la face intérieure (voyez pl. 14 et 17). Cette belle décoration existe pourtant sous terre dans tout le développement des pronaos et des portiques latéraux; elle n’est pas plus interrompue que les bossages et le rinceau supérieur.

La richesse de la porte et des parois extérieures contraste avec la simplicité de l'intérieur de la cella, On a fait ressortir déjà cette différence capitale entre les temples antiques et nos églises; le temple a sa plus grande richesse à l'extérieur, où s'accomplissaient les sacrifices et où devait rester la foule, tandis que l'église est surtout ornée dans l'intérieur qui reçoit tous les fidèles et où se développent loutes les pompes et les cérémonies du culte. Ici, dans la cella, la moulure presque partout détruite qui reposait sur le sol est simple et sans ornement: la même assise qui porte le méandre extérieur offre à l’intérieur un bandeau tout uni ; le chambranle de la porte, si finement sculpté au dehors, est dans la cella d’une simplicité que peut seule égaler la rudesse du larmier qui en forme le couronnement. L’assise qui porte au dehors le rinceau présente à l'intérieur une architrave assez sobre sur laquelle reposaient sans doute les poutres du plafond.

Les bossages n'existent que sur treize assises; puis vient une élégante corniche, de profil grec, au-dessous d laquelle étaient sculptées des guirlandes dont il ne reste que les attaches; cette corniche, très-saillante (0*,48), forme une sorte de tablette qui portait probablement les offrandes et les ex-voto qui composaient les richesses du temple. Au-dessus d’elle la muraille est lisse, avec un léger fruit en retraite. En ce point ni dans aucun autre parmi les plus refouillés et protégés, je n'ai aperçu la moindre trace de couleur.

On entre dans la cella par une petite porte turque encadrée dans la grande porte antique (voyez pl. 15). Au-dessus de cette porte en ogive est encastrée une inscription arabe, dont les caractères en relief sont aujourd’hui placés le tête en bas. L'inscription se compose d’un verset du Coran (ch. xvu, $ 20) et du nom d’un Mohammed-ibn-abi- Bekir, qui avait restauré le médressé, Elle n’a point de date, et M. Belin, qui a bien voulu nous en donner la’ traduction, ne saurait lui en assigner une, même par conjecture,

En mettant le pied dans l’intérieur, on voit à gauche la brèche énorme faite au mur de la cella en 1834 par le cheik de la mosquée (voyez pl. 18); cet acte sauvage m'a permis d'étudier la structure intérieure de cette belle mu-

raille. À droite sont les retrouver unecella aussi

trois fenêtres irréguliè- complète. Vient ensuite

rement percées par les le deuxième pronaos,

chrétiens pour éclairer identique au premier,

leur église. Deux de ces comme nous l'avons Le]

fenêtres ontconservé les dit, sauf les inscripclaustra, réservés dans tions, et enfin le chœur

le marbre et qui ser- carré, aux murailles

vaient de clôture (voyez pl. 16et17). Un peu plus loin, à droite et à gauche, se montrent traces incontestables du mur transversal disparu (voyez pl. 17 et 18).

Malgré tant de dégradations, il est rare de aujourd’hui comment cette construc

épai

s, ajouté par les chrétiens. Ces murailles en pierre ne portent

LA

de la voûte; le mur pignon du fond est resté debout.

Cette voûte était trèsbasse.

Nous ne voyons plus on byzantine se rattachait aux murs du temple; les parties teintées en gris clair (voyez pl. 14) sont de grossière construction turque en brique crue. Peut-être y avait-il là deux petites portes qui s’ouvraient sur le portique subsisltant ou sur des sacristies placées à droite et à gauche du chœur.

Une petite ouverture de 0,72 de large sur 0,84 de hauteur, fermée en are de cercle, donne entrée à la crypte que les chrétiens byzantins avaient ménagée sous le chœur. Cinq marches inégales et assez hautes, appuyées contre

plus que les reir

Échelle de 0%,02 pour mètre.

deux murs latéraux en pierre, conduisent au sol inférieur; il y avait sans doute trois autres marches en avant de l'entrée pour atteindre le sol du pronaos. La voûte plein-cintre de la crypte est en pierre, elle est parfaitement exécutée ainsi que les murs pignons : c’est de la belle construction byzantine. Le sommet offre une disposition singulière; c’est un renfoncement rectangulaire formé par la surélévation de la clef (voir la planche 17 et la coupe ci-dessus).

Au-delà du chœur nous trouvons une propriété particulière. Sur la gauche, au N. O. et en avant au S. O., sont les terrains transformés en cimetière et appartenant à la mosquée, la mosquée elle-même, un #rbeh ou tombeau d’un saint musulman et le minaret. Sur la droite, c'est-à-dire au S. E., trois maisons turques s'appuient à la mu-

raille du temple. Dans la première, une colonne et demie environ de la traduction grecque était visible, les six co-

lonnes suivantes étaient cachées derrière un contre-mur. La deuxième maison contenait dans sa grange obscure les colonnes 10 à 13. Un gros contre-fort séparant ces deux maisons nous à caché la neuvième colonne, et nous oyez pl. 14 et 23). La roisième habitation a remplacé celle que

avons dû renoncer, non sans regrets, à le démolir M. Hamilton a détruite pour lire les colonnes 14 à 17 et la moitié de la 18°. Bien pay

sans doute par lui à son propriétaire, elle a été reconstruite avec soin, et lesdites colonnes sont ensevelies derechef pour longtemps. La cour de cette troisième habitation laisse à découvert la dernière et 19° colonne et la moitié de la 18° (voyez l'état

actuel pl. 23). Nous retrouvons là au

le soubassement complétement dégagé, mais très-fruste et détérioré. Une

assise et demie de libages y sont à découvert. La première assise n’a que 0,32 d'épaisseur, elle est en retraite de toute la saillie de la moulure inférieure en marbre ; cette épaisseur est exactement celle de la rainure formée à l'intérieur de la cella, à la partie supérieure de l'énorme libage qui occupe la différence de niveau entre le sol de la cella et celui des pronaos et portiques (voyez pl. 16). Elle indique probablement l'épaisseur du dallage dans la cella et sous les portiques.

Ici s'arrête l'énumération de tout ce qui est apparent dans les restes de l’Augusteum; le chapitre suivant dira les

résultats de nos fouilles et ce qu’elles nous ont fait connaitre.

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