ESSAI DE RESTAURATION
Les restes du temple d’Ancyre sont assez importants pour qu'on puisse le considérer comme un des temples les plus complets parmi ceux que l’antiquité nous a laissés; il nous offre en effet certaines parties ordinairement peu conservées, {elles que la cella et sa décoration intérieure, la porte d'entrée, ete. Cependant d’autres parties, plus
généralement subsistantes dans les ruines des temples antiques, manquent ici absolument : ce sont les portiques et
(4) Donaldson, op, cit., p, 20.
leur entablement. Quelques éléments encore doivent aussi être suppléés pour offrir une restauration de ce monument; ce sont, après les portiques, l'ordre dont ceux-ci étaient formés, les frontons, le second mur transversal dont
il ne reste que les attaches, la couverture, les plafonds, les statues de Rome et d'Auguste, le piédestal qui les porte
ires.
et divers autres acce Les portiques forment la partie la plus importante de cette restauration; il n’en reste rien; les fondations mêmes est démontrée par de
ise en doute, car elle
semblent avoir disparu (1). L’e Ces indices sont : 1° l'identité de décoration des parois des pronaos et des parois extérieures des murs autres étaient dans des conditions semblables,
stence cependant n’en doit pas être m nombreux indic
longitudinaux ; cette identité prouve, il nous semble, que les unes et le L'inclinaison du rinceau qui forme la partie supérieure
c’est-à-dire qu’elles élaient toutes recouvertes d’un portique. de cette décoration ; cette inclinaison, parfaitement appropriée sous un portique où dans un pronaos, n'aurait aucune st-à-dire immédiate-
raison d’être et serait même impossible sur la face latérale d’un temple non périptère, c ue, existe au temple d’Aizani, contempo-
ment au-dessous d’un entablement. Ce rinceau, ou une décoration anale ain et voisin,!pour ainsi dire, de notre temple; cette ornementation y forme aussi le couronnement de la décoration tait de même au temple de Diane, à
extérieure du mur de la cella, sous le portique en partie subsistant (2). en Magnésie. 3° La disparition complète de l'entablement ; elle démontre aussi, jusqu’à un certain point, que cet entableur les colonnes d’un portique, avec lesquelles il a dû forcément
ment ne reposait pas sur le mur de la cella, mais disparaître. 4° La diminution des antes sur les trois faces; elle indique, croyons-nous, que des colonnes leur étaient ; en effet, au portique d'Octavie, à Rome, une face seulement de l’ante étant
opposées sur chacun des trois côt
à une colonne, cette face diminue seule, et les deux autres sont d’égale largeur en haut et en bas du füt (3).
oppos 5° Les nombreuses médailles d'Ancyre, qui portent au revers la représentation d’un temple, nous montrent toutes, ou peu s’en faut, des temples hexastyles où octostyles entourés de colonnes. Une médaille seulement, de Gallienus,
tion qui ne saurait s'appliquer ici (4).
rastyle ; deux autres portent un temple distyle, dispos
offre un temple té D'autre part, si les il faut observer que la disposition des lieux n’a permis de fouiller à cette fin qu’en un seul point (voir page 303), que
isté,
ouilles ne nous ont pas fait retrouver les fondations du portique que nous croyons avoir e
ces fondations peuvent avoir été démolies pour en réemployer les matériaux, comme nous savons qu'il en est arrivé i que, pressé par les
ible au
pour les fondations du second mur transversal (voir pag nous n’ayons pas poussé assez loin notre fouille. Comme nous le verrons tout à l'heure, le temple, au
2), et qu’enfin i
st pos:
circonstance
; à quatre mètres seulement
lieu d’être simplement périptère, a pu être pseudo-diptère, et, dans ce cas, ce n’est pa qu'il aurait fallu pousser la fouille, mais à près de six mètres, pour trouver la fondation des colonnes du portique, si elle est restée dans le sol, ce qui nous paraît encore peu probable.
L'existence du portique étant ainsi suffisamment démontrée, il est plus difficile de déterminer si le temple était
à Euromus, ou bien octostyle et pseudo-diptère,
simplement hexastyle et périptère, comme à Priène, à Téos, à Mylase J ? J
nou
comme à Magnésie, à Aizani et à Aphrodisias. N'ayant pas pu retrouver la trace des fondations des colonnes, n'avons eu d’autre raison pour adopter le périptère hexastyle que le nombre de médailles propres d’Ancyre qui
portent au revers un temple hexastyle (5). Nous admettons néanmoins que le temple a pu être octostyle et pseudo-
on Vitruve, appliqua le premier cette disposition; nous
diptère, comme le temple de Magnésie, où Hermogène, se l'admettons d'autant mieux que l’arrangement du pseudo-diptère, très-goûté des anciens (6), se retrouve encore, (1) et à A
Nous avons doublé la largeur du portique devant le pronaos; cette proportion est probable, au moins pour le
phrodisia
d'une manière certaine, à Aizan
pronaos principal: elle seule donnait la reculée nécessaire pour qu’on pût lire la longue et haute inscription de ble. La
l’ante qui, avec un portique simple et une colonne très-rapprochée, eût été en grande partie à peu près inv de la même manière le portique de l’autre extrémité. Il en résulte -à-dire un nombre de
symétrie absolue des pronaos nous à fait dispo:
que, dans notre essai de restauration, la façade latérale du temple offre treize colonnes, c'e st ce qui existe dans le plus grand nombre
ale deux fois plus un celui des colonnes de la façade. C
colonnes qui és
des temples grecs, parmi les iples doriques, il est vrai. Vitruve a donné sur ce point encore une règle absolue; il
dit que « dans les périptères les entre-colonnements des côtés doivent être deux fois aussi nombreux que ceux de la
() Voir p. 300 et 303.
() Ph. Le Bas et Landron, Voyage archéologique.
(8) Desgodetz, Les édifices antiques de Rome, p. T3, Desgodetz donnait à ce monument le nom de Portique de Septime-Sévère.
(4) E. Mionnet, Descriplion des médailles antiques grecques et romaines, t. IV, p. et Supplément, t. VIT, p. 631.
(5) Mionnet, op. cit., dans les médailles propres d'Ancyre, en décrit une seule offrant au revers un temple distyle, deux avec un tétrascinq avec un hexastyle et quatre avec un octostyle. M. Texier (Univers pittoresque, Asie Mineure , p. 481) parle d’une médaille d’An- KOINON
D'après Mionnet, la médaille propre d'Ancyre, la plus ancienne parmi celles qui offrent un temple au revers, serait de Vespa (6) Vitruve, I. III, c. 8. (7) Ph. Le Bas et Landron, Voyage archéologique, pl: 21. (8) G. Texier, Description de l'Asie Mineure, L. IT, p. 151, pl. 150 et suiv.
« façade.» (L. IIT, c. 4.) Cela donnerait ici onze colonnes seulement pour la façade latérale, et déterminerait, dans tout le pourtour du temple, un simple portique de la largeur d’un entre-colonnement. Il est probable que Vitruve a formulé la règle ci-dessus d’après les œuvres de l'école ionienne dont nous avons parlé précédemment (page 309). En effet, l'application de cette règle se retrouve aux temples ioniques de Priène, de Téos, de Magnésie, d'Aphrodisias, c’est-à-dire à ous les temples ioniens où il a été possible de la vérifier, et même au temple corinthien d'Euromus. L'adoption du pseudo-diptère dans la restauration du temple d'Ancyre aurait donné le moyen d'y appliquer aussi cette règle, en divisant toutefois la distance qui sépare les antes dans le sens longitudinal en dix entre-colonnements au lieu de huit, comme nous l'avons fait. La façade principale aurait eu alors sept entre-colonnements et huit colonnes, et la façade latérale quatorze entre-colonnements et quinze colonnes. L’entre-colonnement ainsi obtenu
tement le pycnostyle, qui équivaut à un diamètre et demi; le pyenostyle, dit encore Vitruve (1. III, e. 2),
eût été exe
convient aux colonnes élancées.
I n'existe pas de commune mesure entre la distance qui sépare les axes des antes dans le sens de la longueur du temple, et leur distance suivant sa largeur. La première est de 27"20; les entre-colonnements sur la façade latérale
devant être égaux, si nous divisons cette distance en huit, l'entr'axe des colonnes est de 3"40, qui correspond à peu près à l’entre-colonnement eustyle (deux diamètres et un quart). La distance des axes sur le petit côté est de 11"34; nous aurions 3"78, c’est-à-dire un entre-colonnement plus grand que
si nous la divisions en trois parties égal celui de la face latérale. Nous croyons done qu'ici, comme Vitruve le prescrit (1. IL, c. 3), et comme cela existe dans
un grand nombre de temples antiques, l’entre-colonnement du milieu était plus grand que tous les autres; nous , comme cela se
avons même indiqué les entre-colonnements à droite et à gauche de l’axe un peu plus grands au voit dans divers temples, et notamment à celui d’Aizani (1). En résumé, l’entre-colonnement le plus grand est au
milieu ; il a deux diamètres trois quarts; les autre
+ en ont deux el demi, et ceux des angles sont égaux à l’entre-
-dire qu’ils ont deux diamètres et un quart.
ises sur les dez retrouvés dans nos
colonnement uniforme de la façade latérale, c’est-à
es entre les antes répondent à celles de la façade et sont as ”
Les colonnes placé
fouilles (voir pages 302 et 303). Vitruve disant (L. IV, c.
que ces colonnes doivent être moins grosses que les co-
lonnes extérieures, nous leur avons donné un diamètre égal à celui des antes, et nous avons un peu augmenté ce
diamètre pour les colonnes extérieures, parce que la proportion de l’ante (plus de onze diamètres de bauteur) nous
sait extrêmement grêle, et que cette proportion est sans exemple parmi les colonnes antiques (2). Nous avons
parais ainsi ramené la colonne aux proportions de l’ordre du temple de Vesta, à Rome, le plus élancé des ordres corinthiens
antiques.
Cette extrême élégance est une des raisons qui nous ont fait adopter l'ordre corinthien dans notre restauration,
de préférence à l'ordre ionique, quoique l'emploi de celui-ci domine à peu près exclusivement dans les temples de sie Mineure, aux temples de Junon à Samos, d’Apollon Didyme à Milet, de Minerve à Priène, de Bacchus à Téos,
de Diane à Magnésie, de Jupiter à Aizani et de Vénus à Aphrodisias. Dans (ous ces temples, la proportion de la colonne varie entre huit diamètres un quart et dix diamètres. Elle ne dépasse pas cette proportion de dix diamètres, qui est celle de l'ordre du temple de Jupiter à Aïzani, le plus élégant, croyons-nous, des ordres ioniques de l’antiquité. Notre proportion de onze diamètres devait done appartenir, il nous semble, à un ordre corinthien, La proportion et ce qui reste de la composition du chapiteau de l’ante semblent bien correspondre aussi à un ordre corinthien. Aux
ias à Priène, un chapiteau d'ante, de forme élevée, correspond, il est vrai, à un érente et ne possède pas ces feuilles de la
Propylées du temple de Minerve ordre ionique (3); mais ce chapiteau est composé d’une manière toute d partie inférieure, qui semblent, dans notre chapiteau, répondre au premier rang de feuilles d’un chapiteau corin-
thien (#). D'autre part, la prédilection pour l'ordre ionique, quand celui-ci eut succédé presque généralement au dorique (5), a dû disparaître à son {our sous l'influence de la domination romaine et faire place au corinthien. Nous
en avons un exemple en Asie-Mineure, dans le temple périptère d'Euromus, que nous croyons contemporain du temple d’Ancyre. Ge temple est corinthien; nous aurons même à signaler plus loin les grandes analogies qu'il offre comme disposition générale et même comme détails avec notre temple (6).
Il n'est pas douteux que les colonnes du portique fussent cannelées, quoique les antes soient restées lisses, car nous avons retrouvé dans les fouilles un fragment d’une cannelure de colonne parfaitement à l'échelle de l’ordre
(1) Ph. Le Bas et Landron, Voyage archéologique, pl. 24.
(2) Au temple de Jupiter, à Aizani, d’après M. Landron (op. eit.), les colonnes composites placées entre les antes ont un diamètre de 0*900, égal à la largeur des antes, et les colonnes ioniques extérieures ont 0"964 de diamètre. Les temples de Jupiter Néméen à Argos, de Jupiter Panhellénien à Égine, et de Minerve à Priène, ont aussi leurs colonnes placées entre les antes d’un diamètre plus petit que les colonnes extérieures. (Voir Antiquities of Lonia.)
(3) Chandler, Antiquities of Ionia.
(4) Voir pl. 31.
(5) Vitruve, L. IV, c. 3. Heuzey et Daumet, Mission archéologique de Macédoine, p. 22
(6) Antiquities of Ionia. Dans l'édition de 1769, t. I, c. 4, ce temple est appelé temple à lackly; dans celle de 1894, il est désigné sous le nom de temple de Labranda. Nous croyons avec Choiseul-Gouffier (Voyage de la Grèce, ch. XI) et Kiepert (Carte de l'Asie Mineure) que ce temple a réellement appartenu à la ville d'Euromus.