AVANT-BRAS
TRAUMATISMES
C’est un traumatisme grave, une fracture de l’avant-bras, une fracture des deux os avec déviation fragmentaire : on peut dire qu'une semblable fracture se consolide rarement avec une restau-
F: AVANT-BRAS 52b ration fonctionnelle complète. La figure 601 en montre les raisons :
déplacés dans l’espace interosseux, les fragments ont une singulière tendance à se souder entre eux, cubitus et radius, pour enrayer toute da ue à |
rotation de l’avant-bras: même s’ils n'entrent pas en coalescence, le relief « interosseux », qu’ils dessinent, ou que dessine l’un d'eux,
FIG. 6or. — Fractures de l’avant-bras.
A, Chevauchement du fragment cubital inférieur et du fragment radial supérieur dans l'espace interosseux; — B, fracture consolidée : soudure des deux 083; — C, fracture consolidée : radiug incurvé; fragment supérieur du cubitus chevauché dans l'espace interosseux ; — D, fracture du radius sans déplacement notable: fracture du cubitus chevauchée, raccourcissement, menace de main-bote cubitale; — E, fracture du tiers supérieur du ‘eubitus (l'ex-
trémitéinférieure du radius était aussi fracturée); — F, fracture de l'extrémité inférieure du radius ; — G, fracture de l'extrémité inférieure du radius el de l'apophyse styloïde du cubitus.
peut former cale et s'opposer à la libre pratique de la pronation ou de la supination; — chevauchés en dehors, ils tiraillentet désaxent,
par leur raccourcissement inégal, ou le raccourcissement isolé de
l’un d’eux, l'articulation du poignet. Ajoutons encore les raideurs du poignet ou du coude, qui en sont une conséquence fréquente.
FIG. Go2., — Exploration ce l’avani-bras fracturé : inflexion d'arrière en avant.
Il ya donc un intérêt majeur à les bien explorer, non qu'elles soient, en-général, malaisées à reconnaître, mais pour apprécier d'emblée,
FIG. 608. — Exploration de V'avant-bras fracturé : pronation et supination
autant que faire se peut, leur mobilité, leur chevauchement, leurs déviations fragmentaires. La radiographie devra toujours, tale ment, compléter cet examen, mais il n'en est pas moins utile, et l’on se trouvera toujours bien, d’avoir repéré, à la main, les deux ans
Ayez recours aux manœuvres d'exploration suivantes, qui vous
p AVANT-BRAS PAM permettront de reconnaître la solution de continuité osseuse,
double, et d’en préciser plus où moins nettement les caractères :
FIG. Go. — Exploration de l’avant-bras fracturé : palper longitudinal des deux bords de l’avant-bras.
Fig, 602 : Inflexion d’arrière en avant, la main gauche fixant l’'avant-bras au-dessous du coude, pendant que la main droite relève
FIG. 605. — Exploration du radius.
le poignet; douleur, mobilité, souvent crépitation la fracture ‘des deux os, lorsqu'elle existe, se manifeste d'ordinaire sans peine. Ajoutons que, les mains appliquées comme le représente la figure, vous
êtes au mieux placé pour provoquer la douleur locale, « par pression
dans l'axe », et que, même si la mobilité est incertaine, et que la crépitation manque, ce sera là un signe, le plus souvent, révélateur. Fig. 603 : Votre main gauche immobilise en haut, comme tout à
FIG. 606. — Exploration du cubitus (pour la recherche d’une fracture isolée).
l'heure; vous faites tourner le poignet en dedans, en dehors (pronation; supination); les fragments « se décalent » à la moindre pronation. k
Fig. 604 : Si vous n'obtenez rien de net, suivez les deux bords de
FIG. 6o7. — Inflexion sous-périostée des deux os de L’avant-bras (fissures).
l’avant-bras, sur toute leur longueur; le procédé représenté ici est recommandable : vous encadrez avec les doigts lun des bords de l’avant-bras, et vous parcourez l’autre avec les deux pouces, le gauche descendant du coude, le droit remontant du poignet.
AVANT-BRAS 529 # + Vous pouvez encore pratiquer cet examen du cubitus et du radius,
comme le montrent les figures 605 et 606; et le procédé, bien appliqué, fera découvrir encore la fracture isolée, sans déplacement, de l’un ou de l’autre des deux cs.
Fig. 605 : Le radius est empaumé par les deux mains, pouce en dessus, et les deux mains se rapprochent progressivement l’une de l'autre, en palpant, en cherchant à mobiliser.
Fig: 606 : Même manœuvre sur le cubitus, mais, cette fois, les pouces sont en arrière, le long de la crête cubitale.
Chez les jeunes sujets, vous pourrez parfois reconnaître, par les mêmes manœuvres, la fracture sous-périostée; — vous verrez encore linflexion à concavité antérieure des deux os) avec fissures multiples (fig.
Plus tard, ce sera par des procédés analogues d’exploration que l’on précisera les cals vicieux de lavantbras, les raideurs des articulations radio-cubitales, supérieure et inférieure, du coude, du poignet, et les divers éléments de l’impotence fonctionnelle consécutive, plus ou moins accusée, que l’on observe trop souvent.
Je voudrais insister encore sur les gros cals, non pas ceux qui résultent de fractures comminutives, infectées ou non (plaies de guerre, en particulier) mais les cals énormes qui se développent parfois, autour d’une fracture transversale, chez les enfants ou les adolescents.
La figure 608 montre un de ces cals, unilatéral, cette fois, consécutif à une fracture du tiers inférieur du cubitus, et remplissant
FIG. 608. — Gros cal du cubilus, remplissant l’espace interosseux.
EXPLOR, ET DIAGN.
l'espace interosseux; — plus souvent l'on se trouve en présence de cals fusiformes, circonférentiels, et qui peuvent passer pour de tout autres « tumeurs ».
Je garde le souvenir — il date de plus de vingt-cinq ans — d’une petite fille de onze ans, qui me fut amenée par son grand-père, un médecin célèbre de l’époque; elle avait, à l’avant-bras droit, sur la crête cubitale, une tumeur saillante, comme un œuf de poule, et qui faisait corps avec l'os; la tumeur avait grossi progressivement au cours des deux derniers mois; il n’y avait aucun souvenir de traumatisme et, tout naturellement, le grand-père pensait au sarcome, d'autant mieux que l'enfant était maigre et pâle. Mais la masse était dure, uniformément dure; on ne relevait ni douleurs ni ganglions; de plus, le cubitus semblait légèrement incurvé sur son bord postérieur : je conclus à un cal hypertrophique, et l'interprétation se vérifia de tout point, car l'on apprit, plus tard, que l'enfant était tombée sur son avant-bras, deux mois avant, et que l'accident avait été soigneusement dissimulé, Le « pseudo-sarcome » disparut peu à peu.
J'ai vu, depuis lors, plusieurs exemples du même genre, et le fait
est bien connu; mais il est intéressant à signaler.
Cela nous amène aux TUMEURS DE L'AVANT-BRAS, et d’abord aux tumeurs osseuses.
Sarcomes, ostéites syphilitiques, ostéo-myélites chroniques d'emblée : telles sont, ici comme sur toutes les diaphyses, les hypothèses à soulever et à discuter; nous avons déjà dit, et nous le répéterons plus loin, quelle part revient à l'exploration manuelle.
La figure 609 représente un sarcome du tiers supérieur du radius, opéré, une première fois, par résection locale, et récidivé, avec ulcération cutanée : l'amputation du bras était seule à pratiquer. et le fût, effectivement.
D’autres tumeurs siègent dans les parties molles.
Voyez figure 610 un abcès froid du long supinateur, cantonné dans le muscle, et procédant d'une tuberculose musculaire.
Fig. 611: 1l s’agit d’un anévrysme, d’un gros anévrysme de l'artère radiale droite; l’histoire en était fort curieuse : il avait succédé à un coup d'épée, en duel, remontant à vingt-quatre ans (une petite cicatrice, visible sur la photographie, témoignait de ce coup de pointe): la tumeur, indolente, peu gênante, avait grossi dans les dernières années. L'anévrysme fut incisé, extirpé, et la radiale liée, au-dessus et au-dessous; la guérison fut des plus simples.
I faut se souvenir de ces anévrysmes de l’avant-bras. qui peuvent se développer à la suite de plaies étroites par coup de couteau etc de sétons par petites balles, sans gravité immédiate. es