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AFFECTIONS NON TRAUMATIQUES DES OS

En dehors du traumatisme, vous verrez, à la jambe, toute FIG. 813. — Tibia Lannelongue. une série de lésions, dont le diagnostic aura également

pour élément principal l'examen à l’œil et à la main. Il faut établir deux catégories de ces lésions, suivant qu’elles procèdent DES OS ou qu’elles siègent DANS LES PARTIES MOLLES.

AUX OS, vous trouverez : des courbures rachitiques, de types divers, à convexité antérieure ou latérale, le plus souvent, associées

au genu valgum, au genu varum, au genu recurvatum, aux piedsbots, bilatérales d'ordinaire.

Signalons encore la courbure antérieure du tibia, plus ou moins saillante (fig. 813 et 814), le tibia Lannelongue, témoin de l'hérédosyphilis.

Vous rencontrerez aussi des exostoses épiphysaires de l'extrémité übiale supérieure, internes, en crochet descendant, (fig. 814 bis et 815) qui, parfois soulèvent la peau, et qu'on reconnaît, en tout cas, au moindre palper. Explorez toujours l’autre jambe : elles sont souvent bilatérales.

Il y a d’autres exostoses à l’épiphyse tibiale supérieure : des exostoses postérieures, qui s’infiltrent dans lépaisseur des muscles et acquièrent, dans certains cas, un grand volume. Vous sentez un gros bloc dur, osseux, bosselé, immobile, qui émerge en haut du creux poplité et qui descend plus ou moins bas dans le mollet : vous êtes surpris, et, tout naturellement, vous pensez au sarcome, au sarcome ossifiant.

L'interprétation peut être exacte, parfois; mais 1l faut connaître ces volumineuses exostoses du mollet, bénignes, curables et qui se reconnaîtront à leur très lente évolution, à leur dureté osseuse « totale », à leur implantation pédiculaire (avec pédicule plus ou moins large, du este) à la face postérieure du tibia, tout en haut (c’est la radiographie, qui fournit alors des données démonstraie Ê : FIG. 814. — Tibia Lannelongue

M. Alquier a bien décrit ces exo- : de D PDU stoses; j'en ai vu, au cours de la l guerre, un exemple, des mieux caractérisés. Il s'agissait d’un jeune soldat, chez qui je constatai le gros « bloc osseux sous-poplité », dont je parlais tout à l'heure; la tumeur remontait à dix ans, elle s'était développée peu à peu, sans douleur; mais elle entravait un peu la flexion du genou et gênait la marche. Je découvris par une incision interne, et j’excisai, au ciseau, la masse osseuse. L’excision fut incomplète, car, à quelques mois de là, j'appris qu’une nouvelle intervention avait eu lieu dans un hôpital de la zone des étapes, qu'on avait

conclu au sarcome, et que l’amputation de la cuisse était décidée. Sur ma demande, on voulut bien me renvoyer le malade, et m'adresser, avecilui, la tumeur, « restante ou récidivée », qui avait été extirpée; l'examen histologique ne confirma nullement l'hypothèse néoplasique.

FIG. 814 bis. — Exostose épiphysaire du tibia, en haut et en dedans.

Après quelques semaines de traitement, mon jeune soldat guérit; il est resté guéri, il s’est marié, il est père de famille.

Vous pourrez avoir affaire encore à des tumeurs osseuses localisées, dont les caractères cliniques manifesteront nettement la nature : ainsi en était-1l de l’épithélioma du tibia, représenté figure 816 : la peau était ulcérée et un volumineux champignon, gosselé et saignant, faisait relief à la face interne du tibia; au-dessous de ce champignon proéminent, Je pénétrai dans un os, ulcéré, lui aussi, friable, saignant, el l'examen histologique des fragments prélevés démontra l’épithélioma : l’amputation de cuisse fut pratiquée.

Mais voici une autre «image clinique », dont l'interprétation soulèvera parfois de tout autres difficultés.

À telle ou telle hauteur de la jambe, vous trouvez une GROSSE TUMEUR DIFFUSE, QUI FAIT CORPS AVEC LES OS, le plus souvent avec le tibia, une tumeur qui figure un relief réguliérement convexe ou plus ou moins bosselé, et que recouvre une peau tendue, mais indemne et mobile; — une tumeur qui date de loin, qui s’est développée lentement, sans à-coups notables, et qui a été longtemps négligée, parce qu’elle ne gênait que peu la marche et le travail.

Vous serez témoins, dans toutes les régions, de ces accoutumances étranges (chez certains sujets) aux grosses tumeurs, qui ne font pas souffrir.

Explorez-la, cette masse saillante; ne vous contentez pas de palper la surface et les contours du relief; cherchez si elle procède du tibia ou du péroné, et poursuivez-la dans la profondeur, en avant, à travers les muscles -antérieurs, relâchés

IG. 819. — Exostose épiphysaire de l'extrémité supérieure du tibia.

FIG. 816. — Épithélioma du tibia.

par la flexion du pied, en arrière, en pliant le genou, pour détendre « ? 7 € les muscles du mollet, et ne manquez pas de compléter l'examen dans ee z LE DL Ar NA le décubitus ventral. (Voy. plus haut, fig. 796 et 797.)

Vous reconnaîtrez, de la sorte, plus ou moins nettement, Jusqu'où la masse se prolonge, en haut, en bas, en arrière, dans l’espace interosseux, au contact et autour de l’os adjacent; et vous en apprécierez les caractères de surface, la consistance, l’indolence ou les « points sensibles ».

A quoi penser? — A l’ostéomyélite chronique, au sarcome, à la syphilis.

La « tumeur ostéomyélitique » est dure, compacte, un peu bosselée, d'ordinaire; si l’on démêle une poussée aiguë, douloureuse, fébrile dans les commémoratifs (parfois malaisés à préciser, les accidents aigus remontant à l'enfance, et l’ostéomyélite chronique s’observant à une échéance beaucoup plus tardive), on trouvera là, pour le dia-

FIG. 817. — Ostéomyélite chronique d'emblée, hypertrophique et généralisée, du tibia.

gnostic, un appoint de grande valeur; une ou plusieurs cicatrices cutanées, même distantes de la zone actuellement affectée (la croissance les en a écartées) seraient aussi particulièrement démonstratives,

S'agit-il d’ostéomyélite chronique d'emblée, il est rare encore — quand la masse grossit, lentement, mais progressivement — que l’on n’observe pas, si l’on suit le malade, quelques élévations thermiques, quelques douleurs, surtout nocturnes; vous verrez enfin, dans certains cas, ces douleurs s’accuser, par crises ou continues, la fièvre survenir, par intermittences, puis s'établir, à grandes oscillations; la masse, toujours dure, devenir « sensible » sur toute sa continuité, et nettement douloureuse en certains points : un abcès se crée sous l’épaisse carapace osseuse périphérique, abcès central, (abcès douloureux des os), etitoute thérapeutique restera illusoire, jusqu’à ce qu’on ait trépané l'os et ouvert cet abcès profond.

C’est le type habituel. Il convient de rappeler une autre forme de «tumeur ostéitique », assez rare, du reste, tumeur de surface convexe, régulière et lisse, et dont la paroi en coque mince se déprime parfois sous le doigt qui explore, en crépitant (crépitation parcheminée): on

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