HISTORIQUE DE LA CYSTOSCOPIE A VISION DIRECTE
Les débuts de la cystoscopie à vision directe semblent devoir être rapportés à Desormeaux qui le premier, en i853 put, sur le vivant, examiner la muqueuse vésicale grâce à un tube endoscopique introduit dans Turètre. C'est bien lui qui mérite le nom de « Père de TEndoscopie » qui lui a été donné.
Plus tard Griinfeld, devienne, en 1881, tenta aussi d'élever en méthode pratique l'examen direct de la vessie' dans les deux sexes, grâce à un tube droit, mais lesconditions dans lesquelles cet auteur el ses prédécesseurs avaient tenté de pratiquer Toxamen de la vessie étaient
I. L'historique de la cystoscopie h vision directe se mêle dans une certaine mesure avec celle de l'endoscopie en g^énéral. Consulter ^^alcinent sur cette question le chapitre de l'Historique de l'ur^troscopie traitée dans ce livre. Voir première partie, chapitre iv, page 58.
I. Griinfeld. Die Endoskopie des Harnrohre und Blase, in Deutsche Chirunjie von BiUroth und Liiecke, Heft 5i, 1881, ch. xxxiii, p. 209.
EltPLOHATlOK DE U VESSIE
tellement imparfaites, qu'ils n'en purent retirer que peu d'avanlages.
Griinfeld en effet regardait la miiqucii»e vésicnle â travers une couche d'urine qu'il ne savait pas évacuer. De
Mode ck' prthciiïioii du lubc rii<la>co]iique de Koll; (Keltj).
plus il n'a jamais pu vi>if(|iie tri-s ilillicilemont lesorilices iirt^'téraHX chez l'hoinine.
II n'en est pas moins vrai que Griinleld a publié des upplicatioDs de cette méthode de cystoscopïe dans le trai-
HlSTORiQLE DE LA CYSTOSCOPIE A VISION DIRECTE I7I
lement des tumeurs de la vessie chez rhomme et chez la femme ^
Quoi qu'il en soit, la méthode de cystoscopie à vision directe n'a été véritablement bien mise en valeur que depuis les travaux du P' Kelly (de Baltimore) qui datent de 1893'.
Kelly se servait de simples tubes munis de manches, dans rintérieur desquels il envoyait des rayons lumineux par l'intermédiaire d'une lumière externe placée sur le front de l'observateur. Pour dilater la vessie il avait recours à l'action de l'air atmosphérique. Kelly avait en effet remarqué que dans la position génu-pectorale, les viscères abdominaux sont entraînés par la pesanteur et se portent du coté du diaphragme. 11 se formait ainsi une tendance au vide du coté du petit bassin, qui se traduisait du coté de la vessie par une dilatation brusque et complète, aussitôt qu'on plaçait dans l'urètre une sonde permettant Tentrée de l'air dans sa cavité. L'organe se distendait, disait Kelly, « comme un ballon rempli d'air». Kelly utilisa cette méthode avec les plus brillants succès chez la femme.
En 1898 il publia même une observation de cathétérisme de Turetère chez l'homme à l'aide d'un cystoscope ouvert\
En 1896, le P' Pawlick de Prague avait fait construire un cystoscope à vision directe composé d'un spéculum muni d'une poignée (voir fig. 71 et 72). Il plaçait ses malades soit en position génu-pectorale, soit parfois en position de Trendelenbourg, ce cjui amenait la distension de la vessie par l'entrée de Tair. Avec cet instrument, Pawlick
I. Orùiifeld. l eber Cysluscopic iiii ull^emciiieii. Wiener hlin. Wochenschrifl, 1889, n" 21, p. AaS.
a. Kelly. Johns Hopkins Hospital Bulletin, décembre i8y3 j Ameriean Journal of Obstelrics, janvier 1894 ; Id., juillet 189^, n® 85.
3. Kelly. Cystoscopy nnd Cjulbetcrization of tbe ureters iu the Mule, in Annah of Surgery, April 1898.
EXPLOBATION DE I.A VESSIE
examinait lii cavité vésicale sous l'éclairage direct de iumièrc solaire. A défaut de celle-ci, il employait un appareil d'éclairage éleclrifjne nuquel était annexé un appareil d'irrigation permettant lo refroidissement de l'appareil' (voir fig, ya).
Les travaux du P' Kelly suscitèrent des perfectionnemetits ijui furent bicnliM apportés à son instrumentation. Un des plus inléressanls f<it celui du D' ("larccau de Boston'
de Paivlick el
qui le premier pensa ù Ttl-vacualion de l'uiinc par un canal accessoire inclus dans le corps du tube cystoscopiquc appliqué chez la femme, et fit construire un appareil do ce genre dès 1895. Dans un tube cystoscopique, le D' Garceau avait fait souder un tube accessoire de petit calibre
1. Cb. I. l'awlii^k. IJfntnlhtati /. Gyneeul,, 189(1 ot Hevue gynffol. el fhir. nWom,. n" ô oclobr» 1897, p. 78)1-8)»,
1. Kdgur (iireeau. titulnii meiUcal «nd Suiyù-ul Jouninl, 3i nrluhrc l8g5, p. 4i4.Yûl. CXXXIII, D»i8.
niSTOKlQLE DE lA CYSFOSGOPIF A VISION DIKEGTE
qui était disposé de telle façon que lorsque le manche du cystoscope était dirigé vers la cuisse droite de la femme le tube accessoire se trouvait à la partie inférieure du spéculum. L'aspiration de l'urine était obtenue par un
FiG. 73. — Tube endoscopi({uo du D*" Garceau avec son tube aspirateur
pour l'urine.
injecteur de Davidson dont la poire pouvait être maintenue par la même main qui tenait le manche du spéculum de telle manière que l'opérateur n'avait l)Csoin d'aucun assistant.
L'idée très simple de l'aspiration de l'urine au fur et à mesure de sa production devait venir à tous ceux qui employaient cette instrumentation. Aussi ne tardait-elle pas à avoir bientôt dos imitattMirs. En Europe, c'est notre distingué confrère le D' Hogge (de Liège) (|ui en 1897 '^^'" sait construire un instrument similaire, utilisable seule-
ment chez la femme \ Le conduit d'aspiration également soudé au tube cystoscopique, seterminaitàTextérieurparun petir tube métallique sur lequel venait s'adapter un tuyau de caoutchouc qui aboutissait lui-même à un récipient dans lequel on pouvait le vider d'une manière automatique.
J'ai montré cet instrument, obligeamment mis à ma disposition par son auteur, au Congrès d'urologie de 1906.
Bien étrange se trouve donc être la revendication qu'émettait le D"* de Keersinaecker* (d'Anvers)^ lorsqu'il réclamait pour lui la priorité de cette innovation. En effet la première publication du D*" de Keersmaecker est postérieure de plus de deux ans à celle du D*" Garceau, et de plus de 6 mois à celle du D** Hogge, ce qui du reste n'a pas empêché le D"" de Keersmaecker de passer complètement sous silence les communications de ses prédécesseurs.
D'autres modifications ont élé faites pour tenter de perfectionner l'instrumentation de Kelly.
Il faut ici signaler l'intéressant cystoscope imaginé par le D"* Brandsford Lewis (de S*-Louis) qui décrivit son instrumentation et sa technique en 1900 — devant l'association américaine des chirurgiens génîto-urinaires.
Le Cystoscope du D*^ Brandsford Lewis se compose d'un tube auquel est annexé un manche et un bec : ce dernier supporte une petite lampe électrique froide. l*our introduire Tinstrument dans la vessie, on place dans le tube un mandrin (|u'on relire une fois l'introduction effectuée. L'ouverture extérieure du tube est ensuite obturée par un oculaire, composé d'une simple glace, grî^ce à laquelle il n'y a au(*une inversion d'images.
I. l!o{rjr(». CiVSfoscope à liiinifM'C e\t«'rne pour le ralliélérisiiic perm.inciit des uretère* chez la remnie. Sor. mnlirorhiranj. tir l/ihjc, i«"'" avi-il i^[)1 el Annales i(e la Sor. niédicochirunj. tle Liiuje, juin 181)7.
a. De Keersmaecker. Sorirté bcl<jr <Vurol(ufic, (» juin ujor).
3. De Keersmaecker. Annales de lu Snc. iehje tic chirnnjie, 5** aniit'-e, u*^** 5 et 6, 18 décembre 1897, p. 1 05- 106-167.
HISTORIQUE DE LA GYSTOSCOPIE A VISION DIRECTE J-jb
Pour déplisser la vessie, Brandsford Lewis* introduit dans la cavité vésicale de Pair chaud qui est maintenu sous pression par un robinet d'arrêt. Pour l'introduction de sondes destinées à cathétériser les uretères, des conduits spéciaux sont annexés. Enfin pour obtenir l'agrandissement des images et du champ visuel, on peut introduire à volonté, dans l'intérieur du tube cystoscopique, un appareil télescopique muni de lentilles et même de prisme.
Le malade doit être placé en position élevée du bassin; une fois que le tube cystoscopique a été introduit avec son mandrin dans la vessie, et que ce dernier a été retiré, on vide complètement le réservoir urinaire de tout le liquide qu'il peut encore contenir, puis on applique la glace sur l'orifice du tube. On pompe ensuite de l'air chaud dans la vessie de manière à bien déplisser tout l'organe, on allume alors la lampe et Ton peut de cette façon examiner la cavité vésicale en prenant la précaution d'aspirer de temps à autre l'urine vésicale par l'une des sondes urétérales au moyen d'une seringue. Le cathétérisme simple ou double des uretères peut être ainsi aisément pratiqué.
En 1908, le D' Thomas CuUen* avait fait construire un tube cystoscopique coudé, ne possédant pas de partie optique dans son intérieur et muni, au niveau de sa partie coudée d'une lampe renversée émettant des rayons lumineux verticaux de haut en bas (voir fig. 74).
Cette disposition instrumentale a été exactement reproduite par un appareil plus compliqué et plus impratique, présenté cependant comme nouveau à la Société de chirurgie de Paris le j.li mai 1906 bien qu'il ne soit que la copie des deux derniers appareils précédemment cités.
Mais il ne semble pas que cette disposition doive don-
I. Brnndsforil Lewis. Journal Cutaneons and yenito-urinary Diseases, 1900, p. 430.
a. Thom.'is Cullcn. A simple eleotric female Cystoscupe. Johns Hopkins IIosp. Baltimore, iQoS, June, vol. \IV, 160*167.
ner crheureux et de complets résultats. En effet, le défaut de tout tube cystoscopique à coudure fixe est double : d'une parties manœuvres intra-vésicales sont peu aisées à effectuer pour le chirurgien, et douloureusement ressenties par le malade, le coude empêchant le déplaccmenl facile de l'instrument dans la vessie. D'autre part, avec un instrument semblable, seul le bas-fond vésical est visible et toxit le reste de la vessie est inexploré.
Ces deux principaux défauts, qui sont capitaux, frappent d'emblée d'impuissance toute tentative nouvelle qui pourrait être faite dans ce sens.
FiG. 7.V
C)'stoscopc de Thomas Cullon sans partie optique avec lampo renversée, émettant en bas des rayons verticaux.
Ily a, en effet, très certainement, un grand intérètà garder au tubeendoscopi(|ue sa véritable forme de tube droit : son extrémité à bords nets |)ermet de bien isoler un point, un orifice urétéral par exemple, et de le faire saillir même dans rintérieurdu tube, de la méuK» manière (jiie Ton fait saillir le col de rutérus au fond d'uii spéculum vaginal.
En l-'rance, la méthode de (nstoscopie à vision directe a été peu pratiquée et jusqu'ici peu d'auteurs s'en sont occupés.
IIISTOHIQIF DK I.V GISTOSCOPIK A VISION DIIUXTE I^y
Un des premiers travaux parus sur celle question est celui de Janet en 1891 * qui fit construire un endoscope double comprenant un tube interne fenêtre qui glissait exactement à Tintérieur d'un lube externe ouvert.
En 1898, Clado ^^ préconisait la position de Trendelenburg pour faciliter le déplisscment de la vessie delà femme par l'introduction d'air dans Tintéricur de la cavité vésicale.
En 1902, Paul Dclbet* cherchant à augmenter le champ visuel, faisait construire un endoscope dont les lames s'écartaient en éventail dans la vessie, grâce à un mécanisme construit sur le principe des diaphragmes-iris. Cet instrument n'était utilisable que chez la femme. De plus, à la fin de l'examen, l'application des lames d'acier les unes contre les autres ne se faisait pas toujours très exactement et pinçait parfois la muqueuse. Bref, le maniement un peu délicat de l'instrument empêcha la vulgarisation de cet ingénieux appareil.
En 1908, Hartmann préconisait également la position de Trendelenburg pour examiner la vessie de la femme*.
J'ai commencé à étudier la question dès l'année 1902, lorsque, après avoir établi la construction de mon urétroscope% j'avais de suite pensé à la possibilité de prolonger son champ d'action de l'urètre à la vessie. Mais ce ne fut qu'en octobre 190^ que je ])ubliai au Congrès d'urologie un cysloscope à vision directe, qui me donnaitd'ex-
I. Janet. Un nouvel endoscope ur«^tro-cvslique. Annales des mal. des org. génilo-urinaires, 1891, p. ij'i"] et lievne générale des Sciences, 10 mars 1^9.1.
a. Clado. La oystoseopie dans le diajjnostic des aPFectlons de la vessie chez la femme. C. R. de l'Assoc. franc, d'urologie, ï8f)8, p. 333.
3. Paul Delbet. Spéculum eudo-v^sical pour l'examen du Irijjone et du basfond chez la femme. C. /?. de l'Assoc. franc, d'urologie, IQOU, p. 679.
f\. Hartmann. La cysloscopie directe riiez la femme, in Travaux de chirurgie analomo-cliniques . Paris, Stcinlieil, 190U, p. '|3.
. 5. Bulletin de la Société de chir. de Paris. 190a, dccembre 3 4- Voir aussi Presse médicale du 23 avril 1903.
cellents résultats pour l'examen de la vessie de la femme*.
Appliquant ensuite à Thomme ce que j'avais d'abord fait pour la femme, je fis construire un cystoscope à vision directe, chez Thomme, qui fut présenté à la Société de Chirurgie le i®*" mars igoS, par mon maître, le D' Pierre Delbet».
Enfin, je publiai mes résultats et des observations con cluantes dans mon ouvrage suri' « Endoscopie de l'urètre et de la vessie » paru en avril 1906 '. Cet ouvrage fut présenté à l'Académie de médecine par mon maître, le P^ Le Dentu*.
En juin igoS, je décrivais mon instrumentation et ma technique dans la Presse médicale^ et dans les Annales de Gynécologie et d'Obstétrique ^
Les excellents résultats que m'avait donnés la méthode de la cystoscopie à vision directe, avec mon instrument, furent consignés dans les Annales génito-nrinaires' .
En octobre igoS, je détaillais au Congrès d'urologie les perfectionnements tout récents de mon instrumentation qui me permettaient d'obtenir une vision et un éclairage incontestablement supérieurs à ceux obtenus jusqu'ici \
En novembre igo5% je montrai l'aide précieux que donnait mon cystoscope à vision directe dans la recherche des corps étrangers de la vessie.
1. (4. /^ de VAsso''. friuir. d'nrolofjie. iQûi, p. 022. De l'ii|>|>lic<iti<»n de l'un^trosropie à l'exaincii de la vessie et .ni liMileiiienl des cyslites de la femme.
2. liuUelin dr la Sor. de r/i/V. dr I^iiris, 7 mari l()(>5, p. 229 et u'i'l- .S. Luys. Kndoseopie de l'urclre el de la veîsie. Paris, Massoii, njoS. \. Le Deiitu. linllctin Acad. dr nu'd., \ juillet, p. \.
5. Luys. !^a cysloicopie à vision directe, in Presse mêdlnde du 2 '1 juin 1900, p. 3(1»^.
G. I-.uys, La oysloscopie directe chez la Femme. Annales de tjynérohMjie et d'obslélr'upie, mai l(|o5, p. 39 î.