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fage, mais à condition qu’on y place les bûches de champ et non pas couchées; car elles sont très étroites et sans profondeur.
M. Taylor m'apporta lui-même un excellent lit de plumes en peaux d’'élan cousues ensemble, deux oreillers, une table, un petit fauteuil à siège de bois, une cuvette et un chandelier en fer battu. Il me fit allumer un bon feu et mit à ma disposition tout son bois de chauffage. Je n'avais pas été mieux traité par l’aimable gentleman du fort des Esquimaux, M. Roderick Mac-Farlane, l'hiver précédent.
Voilà ce que l’on appelle une hospitalité vraiment écossaise et comme l’on n'en trouve plus
que très rarement en France.
— «Il y a plus de trente ans, me dit l'ancien explorateur, en ruminant son exécrable chique, que je connais cette place-cite. Tu vois ben, là-bas, Père, cette tache blanche, au bas de la côte et sur le bord du lac des Oies grises ? Eh ben, c’est la place de la cabane que j'avais construite dans mon jeune temps, quand j'étais homme (1) et que je pêchais pour le défunt Master Dease. En 1848, j'y ai passé l'hiver avec le lieutenant Hooper, qui m'y fit présent de ceci. » Et le petit vieux me montra une grande lunette de marine, qui lui servait à explorer la surface du lac.
« Quand j'étais homme » était une expres-
(1) Expression Canadienne signifiant: quand j'étais serviteur, engage.
Si0 cits pli on tres d'I dé vric Mia ce nôt pou Il &’ Cais no Fra que:
chet de « Hop volu lem
Savir
sion qui revenait fréquemment dans les récits plus ou moins brodés et savamment amplifiés, de M. Taylor, le loustic de ses collègues en commission, et qui, comme plusieurs autres employés de la Compagnie de la Baie d'Hudson, aimait à parler de ses humbles débuts de matelot, de pêcheur et de manouvrier, dans sa vie de self-made man; un titre, ma foi, très honorable ct très glorieux, où que ce soit qu'on le rencontre porté par un honnôte homme.
Ce drôle de petit vieux aurait pu donner pour enseigne à son fort : aux trois François. I s'était, en effet, entouré de trois Métis français catholiques qui se réjouissaient de ce prénom : François Gendron, François Richard et François Nadaud; tous trois timoniers de barques et exerçant aussi les fonctions de pêcheurs, de voyageurs, de scieurs de long et de constructeurs. Le Savanois protestant John Hope, dont j'ai déjà parlé dans mon second volume (1), était l'interprète du fort, mais seulement pour la forme et les émoluments; car il ne savait pas un mot de la langue dènè, ne parlait que le jargon esclave, et avait pour patron un homme qui comprenait parfaitement ses clients sauvages.
Quatre Ecossais presbytériens et célibataires \ complétaient le personnel de ce petit poste de | provisions.
(Autour du Grand Lac des Esclaves. Paris, 1891, Albert Savine, 12, rue des Pyramides,
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M. Taylor n’était pas seul. Il avait avec lui (sa fille, Jenny, qu’il avait eue de sa première (femme, une Esclave du Mackenzie, et Laura | Collins. fille de sa scconde femme, une A mérilcaine qu'il avait perdue au mois de décembre précédent, après : an de mariage. La mal-
(heureuse femme était morte en ‘donnant le jjour à un petit garçon, que le vieux gentleman 'élevait au biberen, grâce aux soins de sa demi- ‘sœur, Laura, qui devait lui tenir lieu de mère.
Telle était la famille avec laquelle je devais habiter et prendre mes repas. Quelques mots, maintenant, du Grand Lac des Ours ne seront pas inutiles.
Sir John Franklin, qui passa l'hiver de 1825 et une partie de celui de 1826 au Grand Lac des Ours, lors de sa seconde expédition à la recherche du passage au Nord-Ouest, assigrait pour position, au fort d'hivernement qu'il avait fait construire par M. Dease et ses Canadiens à cinq minutes du fort Norman actuel, 65° 11° 56” de latitude nord, et 123° 12° 44" de longitude ouest de Greenwich; variation du compas 39° 9" Est (1). Cette position géographique est donc la même pour le fort Norman où je me trouvais.
Quant au Grand Lacdes Ours, il s'étend du 64° 45° au 69° 58’ de latitude nord, et du 119° au 125° 30° de longitude ouest de Paris
(i) Narralive of a second Expedition to the shores of the Polar Sea. Tondon, 1828, John Murray, Albemarle street, p, 89,
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. Lac à la ASS1— qu'il ana L, 65° noinpas e est me
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Ii mesure donc 69 lieues kifométriques et demie du nord-est au sud-ouest (1), et 55 lieues et demie du X.-0.-0. au S.-E.-E. (2). Ce sont les deux directions dans lesquelles s’ouvrent les cinq golfes ou profondes baies qui découpent en étoile cette Caspienne améri-
caine; savoir : la baie Smith au N.-0., la baie.
Dease au N.-E., la baie Mac-Tavish au S.-E., ia baie Keith au S.-0., et la baie Mac-Vicar au Sud.
Les eaux de cet immense réservoir d’eau douce reposant dans une excavation granitique sur laquelle se superposent, à l'ouest, des couches calcaires, et n'étant traversées par aucun fleuve sédimenteux, elles conservent la plus grande limpidité et sont si profondes que Richardson n’a pu en atteindre le fond avec 45 brasses de ligne, dans la baie Mac-Tavish.
La baie Keith, qui porte le nom du chieffactor James Keith, alors chef du district Athabasca et patron du célèbre M. Campbell, est la plus plate des cinq, du moins à son extrémité occidentale qui donne naissance à la Télini-dié, seui déversoir du Grand Lac des Ours, n’en déplaise au D' Richardson.
La baie Dease doit son nom à un commis de la! baie d'Hudson que Franklin prit au Grand | Lac des Esclaves. Ce fut M. Dease qui construisit le fort Franklin, où il demeura chargé
(1) 271 kilometres, 800 metres (2) 222 kilom. 240 m.
du matériel, et qui, plus tard, bâtit le fort Confidence (1836) à l'extrémité orientale dela baie qui porta depuis son nom. Il était le frère \ ou le cousin de M. Charles Dease, facteur du fort Good-Hope, que Franklin visita dans son poste, en 1825, poste qui occupait alors la rive gauche du Mackenzie, au lieu dit Yék/iwéé ou le Renard, par 67° 28° 21” de latitude nord, et 130° 51° 38° de longitude ouest de Greenwich, variation 47° 28° 41” est. C'était, à cette époque, le poste commercial le plus reculé de l'Amérique septentrionale, et 1l était consacré aux seuls Indiens Loucheux ou Pindjir.
Jamais les Canadiens employés au service
du fort ne s’aventuraient au-delà de la rivière ne de la Traite, qui porta depuis le nom du Cana- AT
| dien Travaillant, la Rallougou-tschig des | | Loucheux. ci ( Le commerce avec les Esquimaux ne s’y pre
faisait que par l'intermédiaire de ces derniers
Indiens, à l'embouchure de la Tsi-hha-tschig 1 A
ou rivière de la Terre Blanche, que Franklin ; tac appela, jene sais trop pourquoi, rivière Rouge; D sn
un nom qui lui est resté. Là était la limite con- NE ot]: ventionnelle qu'Innoït et Dindjié ne devaient tcke
\ pas franchir. En 1795 (1), M. Liwinggtone, de la la Compagnie du Nord-Ouest, s'étant aventuré Ù OK, Jusqu'à ce lieu, sis à la sortie des Remparts du Lou Détroit, pour commercer directement avec les ass
le 1
(1) C'est-à-dire deux ans après la découverte officielle à du fleuve Mackenzie par le chevalier écossais sir Alex- SCPE ander Mackenzie.
fort e la ère du son s la Wwée Dr, en ette 5 de acré djié.
vice 1ère ina des
ielle lex-
Esquimaux, il y fut massacré sans pitié avec tous ses gens. .
Quant à la baie Mac-Vicar, elle a reçu de Franklin le nom du facteur de ce nom, en charge au fort Résolution en 1825. Ce nouveau poste commercial venait à peine d'y remplacer les anciens forts Moose-deer et Providence, vus par Franklin en 1819. Ce fut ce même M. Robert Mac-Vicar, qui, de concert avec M, Dease, réconcilia les Flancs-de-Chien du Grand Lac.
des Esclaves avec leurs voisins, les Couteaux- Jaunes, après le départ du célèbre navigateur.
Chacun des cinq golfes dont se compose le Grand Lac des Ours est séparé du voisin par une presqu'ile où une terre formant promontoire par sa forme élevée et sa nature montaoneuse, Æhta-tchin-la, ou le Cap boisé, sépare la baie Dease de la baie Mac-Tavish. Entre celleei et la baie ou lac Mac-Vicar, se trouve la presqu'ile montagneuse nommée Kokhkwin-tchô ou le Grand Steppe. A son tour, la baie Mac- Vicar est séparée de la baie Keith par la montagne des Grands Ours, Sa-/chü-jyoué, qui forme presqu'ile ; tandis qu'entre la baie Keith etla baie Smith s'étend la Grande Pointe, Éhtaichô, avec sestrois montagnes de X/6-/sen-éva, la montagne de l’Armoise, ou le Petit Steppe, Kokkèra-ghè ou les Hauteurs du sentier, et Loué-a-jyoué où la montagne des Petits-Poissons. La baie Smith et celle de Dease sont sur le mème prolongement et aucun cap ne les sépare, cependant entre elles s'étend la Terre
sinueuse, T-darori ou Ti-dé'ay, qui recèle les : pes: sources de la rivière Mac-Farlane et du fleuve C’es
Anderson.
Cet immenselacnerecoitpas moins detrente- ÆS répo six cours d'eau dont quatre plus importants que M; lesautres : lesrivières Xk'a-(sè-yé-dié etInt'in- À oub] ta wél'on, dans la baie Smith; la T'a-tché-wé- préc tchô, la Grande Queue de l'Eau ou rivière Dease, à l'extrémité du golfe de ce nom; la SN j'étai Minl'a-al'a-dié où Rivière que l’on cherche, SN truitd au fond de la baie Mac-Tavish; et enfin la C'est
Ÿ T'ié-nilinè où rivière des Lacs, qui déverse dans la baie Mac-Vicar les eaux d’un chapelet dixli de grands bassins naturels sis au nord du lac cela & la Martre. La rivière Dease seule est portée ls déni sur la carte de sir John Franklin. Mai
Quant à la vaste baie Keith, elle ne reçoit D nant i aucun grand cours d’eau, par la bonne raison È mora qu’elle donne naissance à l’exutoire même de marse ce bassin arctique, la Télini-dié, ou rivière de | — la Déverse. Nous avons déjà vu que c’est un r'ecom affluent du Mackenzie. J'ai pè
Les eaux cristallines de cette mer intérieure S livres, nourrissent les truites saumonées (Salmo /a- M l° dem rio) les plus grosses et les plus renommées D —: du Nord-Ouest. Elles atteignent, en moyenne, BS je, jec de 30à35 livres anglaises; mais on en trouve de } \icole: plus pesantes encore, témoin la conversation Mais i suivante que j'eus avec M. Taylor le jour même | de ma de mon arrivée au fort Norman : tendu ]
— « Quand j'étais homme, me dit à table le petit Orkney, j'ai pêché une truite qui (1) Ahi
pesait cinquante livres comme pas heune (une). C'est vrai, ca, Père,
— «Oh ! je n’en doute pas, master Nick(1),»
répondis-Je au vieux pêcheur.
Mais lors de ma visite de 1867, M. Taylor, oublieux du chiffre qu’il avait accusé l’année précédente me redisait :
— « Tu ne croirais pas, Père, que quand j'étais homme de la Compagnie, j'ai pris ici une truite qui pesait 60 livres comme pas heune.
C'est cependant la pure vérité.
— « Tiens, me dis-je, sa truite a grossi de dix livres depuis l’année dernière; mais enfin cela se peut. » Et je ne fis aucune observation déplacée.
Mais en 1868, le petit master Nichol revenant à la charge avec sa truite paradoxale, qui me rappelait la fameuse sardine du capitaine marseillais Pamphile :
— « Quand j'étais homme au lac d'Ours, recommença-t-il avec son aplomb accoutumé, J'ai pêché une truite qui pesait soi-xan-te-cinq livres, Père, comme pas heune! Oh! tu peux le demander à (rendron .
— « Ah! ça, Morsieur Nick, lui répliquaije, je crois que vous me la faites à la facon de Nicolet, toujours de plus fort en plus fort. » Mais il ne comprit ni l’allusion ni la-propos de ma réponse, parce qu'il n'avait jamais entendu parler des tours de Nicolet.
(1) Abréviation de Nichol ou Nicolas,
Le corégone ou poisson-blanc /Coregonus lucidus seu albus), le nez-cassé, que j'ai surnommé C. globulosus, et le brochet se trouvent aussi dans les eaux du Grand Lac des Ours, quoiqu’ils y soient moins nombreux que la truite. Mais le poisson qui y foisonne le plus est un poisson de mer, notre hareng vulgaire (Clupea harengus), le l'oué-a des Dènè Esclaves.
La pêche journalière de ce poisson, aux mois de mars et d'avril et avec seulement cinq filets de 45 brasses de long, re s'élève pas à moins
de 900 à 1.000 pièces. Il y est exquis et je Le |
préfère de beaucoup à la truite. Ce petit poisson met ordinairement trois ans pour atteindr son entier développement. En 1866, il n'avait
pas plus de 15 centimètres de long, et l’année h suivante je lui en trouvais 20. Ce ne fut que la M troisième année que Je le vis mesurer de 25 à
28 centimètres. Puis il retomba à 15.
Je sais bien que ce phénomène s'explique B par la croissance de la jeune génération; mais pourquoi les tailles n’y sont-elles pas mêlées ? À
Que deviennent les gros poissons, la quatrième
année ? Et comment retournent-ils à la mer
Glaciale, — si tant est qu’ils y émigrent, — puisque on ne pêche pas de hareng le long du Mackenzie ?
Explique qui pourra cette anomalie.
Pendant l'été, le hareng est vif, frétillant; il bondit fréquemment hors de l’eau en se jouant sous les chauds rayons du soleil. En
hiver, au contraire, et une fois emprisonné Bi
dan neu vien proc pèct gage ETS posté laut lorm placé heur Le p et Co) Il yb COUp entre pas m Cet semer pleine On:
Caribo bois, cervid des f« r'uisse, aunes, toutes teaux au-des cents p
nus ur ent urs, a la plus Faire Aves.
mois filets noins Je le )iSSON indr avait année
dans sa ténébreuse et froide prison de glace de neuf à douze pieds d'épaisseur, le hareng devient gourd et lent comme une limace. Je me procurais parfoislepasse- -tempsfructueux d'une pèche à l’indienne, en compagnie de mon engagé. Il creusait dès le matin un puits dans la olace à une lieue du rivage, et j'allais m'y poster avec lui après déjeuner, armés l'un et l'autre d'une perche terminée par un trident lormé de deux os effilés et d’une pointe acérée, placée entre eux, l’oué-okol. En moins d’une heure, nous prenions chacun de30 à 40 harengs. Le poisson passait dans le trou noir lentement et comme engourdi par le froid ou le sommeil. Il y brillait comme un petit lingot d'argent. Un coup perpendiculaire, et il était embroché entre les cornes de l'instrument. Il n'y frétillait pas même, expirant.
Cette pèche à la fourchette était un des délassements des Écossais du fort Norman, pêche pleine d’agréments et de profits.
On ne trouve ni l'élan (4/ces americanus) ni le caribou (Æangifer caribou) où grand renne des bois, au lac des Ours, parce que ces deux cervidés recherchent les fourrés inextricables des forèts, les plaines basses, coupées de ruisseaux et de bocages, abondantes en saules, aunes, bouleaux etautres arbres amis de l’onde:; toutes choses qui font défaut sur les hauts plateaux du Grand Lac des Ours, dont l’atlitude au-dessus du Mackenzie est de mille à douze cents pieds ; le laclui-mème en ayantdeux cents.
Par contre, le renne des déserts (Cervus larandus, ou Rangifer Groenlandicus) abonde dans ses steppes sans horizon. Les Indiens l'y nomment ékfwen, la chair, éfié, la pâture, la vie, sous-entendu humaine. Considérés en corps, ils l’appellent nontèlr, les nomades, les émigrants. Mais c’est alors un nom collectif qui ne s'applique plus au renne solitaire ou considéré isolément, kon-ya. Ce renne foisonne sur les bords du Grand Lac des Ours comme le hareng dans ses eaux; et ces deux animaux en font un pays d’abondance et de bénédiction pour les pauvres Dènè. Je trouvai chez les Indiens du lac cette même persuasion erronée des Peaux-de-lièvre de Good-Hope, à savoir qu'il existe une secrète antipathie entre le poisson et le renne, de telle sorte que le premier disparait et se cache dès que celui-ci fait apparition sur le lac: ef vice vers,
. À mon arrivée au Grand Lac des Ours, le 20 mars 1866, il y avait déjà plus de dix mille kilogrammes de flancs de rennes boucanés et séchés, dans le hangar du fort Norman; ce qui, par conséquent, faisait dix mille rennes tués. Mais combien d’autres avaient été dévorés jusqu'aux flancs, seule partie de l’animal qui, avec sa langue et sa peau. soit un objet de commerce ! Quant à la viande fraiche que je vis entassée et cordée toute glacée, dans le même hangar, M. Taylor ne put m'en fournir le chiffre même approximatif. Il ne la pesait pas. Mais 11 mé dit posséder 400 kilos de graisse
fondu aux (| d'ions assur conso tous prêt € fort, € mème langu exprè:
L'exce Il p musea des ste qui en énorm planti, aussi tulle SiOnS. Qua presqu land, dès qu élevée:
touren lacs et Eu « Grand Glacial qui l’e
fondue en pains et 2.000 langues boucanées auxquelles il ne touchait pas. Nous ne manwions que les langues fraiches, et je puis assurer qu'il s’en faisait dans le fort une consommation journalière incroyable, puisque tous les serviteurs en recevaient pour leur prêt et à chaque repas. Avant mon départ du fort, au mois de juin 1887, M. Taylor me fit même présent d’un sac qui contenait 80 de ces langues de renne, qu'il avait fait saler tout exprès pour mon voyage à la mer (Glaciale, L'excellent homme !
I parait que jadis l'ours noir frugivore au museau couleur de chair et le grand ours jaune des steppes étaient aussi très communs, au lac qui en porte le nom. Ils y atteignaientunetaille énorme; mais on à déjà détruit beaucoup de ces plantigrades. Il ne m'a pas paru qu’ils y fussent aussi fréquents qu’au Mackenzie, quoique leur taille n'ait rien perdu de ses grandes dimen- Sion.
Quant au castor (Fiber ranadensis), il y est presque aussi abondant quelerenne du Groenland, et sert de pain quotidien aux sauvages, dès qu’arrive le printemps. Toutes les terres élevées, toutes les basses montagnes qui entourent cette mer d’eau douce, sont diaprées de lacs et d’étangs où le castor fourmille.
Eu égard au froid extrème qui règne au Grand Lac des Ours, à sa proximité de la mer Glaciale et aux steppes immenses et dénudés qui l'entourent, sa région est peu favorable
aux animaux à fourrure précieuse. Le froid y est beaucoup plus vif qu’au fort Good-Hope, et le vent d’Est ou KXAama-san y déploie une furie exceptionnelle. On y voit donc très peu de martres, de renards et de musquach ou ratsmusqués, Par contre, on y trouve le glouton ou carcajou, des loups blancs et gris,le vison ou foutreau, ainsi que la loutre, qui y est grande et très belle.
Dans tout le district du Mackenzie, lessteppes du Grand Lac des Ours se sont acquis une réputation bien méritée d'horreur, de désolati n et de mélancolie. Les steppes de lichen blanc, rares sur la côte septentrionale, qui est boisée et montagneuse, ainsi que sur les rivages orientaux, qui sont granitiques et dévastés, mais couverts de bruyères, de lycopode et de fougères, bordent, au contraire, les plages sablonneuses et plates du sud et de l’ouest, sur un espace immense, qui n’a de limites que la chaine des Montagnes-Rocheuses qui borde la rive droite du Mackenzie.
Ces steppes de lichen occupent donc une orande portion dudit lac, qui aurait été desséchée par une cause inconnue; ou bien 1ls sont la prolongation des prairies de l’ouest, qui, jusque au Grand Lac des Esclaves, sont couvertes de graminées et de cypéracées. J'incline pour cette seconde hypothèse. Cette zone longitudinale de déserts porte le nom caractéristique de Dié-"6-ellon-t'iélé, plancher ou steppe qui s'étend de chaque côté du