‹ Exploration de la région du Grand lac des Ours [microforme]Chapitre 13 sur 54 · ET · texte numérisé non relu

ET

> rem ET

générale fut attirée par une tache noire q'ii se mouvait lentement sur le lac, dans la direction du chemin qu'avait suivi le courrier du fort Simpson. À l’œil nu, je ne la distinguais pas. L'œil d’aigle des Indiens y voyait des rennes ou des loups. Comme on n’attendait personne de ce côté, nul d’entre eux ne pensa à des compatriotes. Le petit M. Taylor se munit de la lunettedu lieutenant Hooper, qui nous montraune femme indienne et deux enfants, arrivant d’un pas lent et fatigué.

Une heure et demie s’écoula avant que le petit groupe atteignit le fort Norman. Il se composait de la femme Elisa Xotew, la Vrille, belle-sœur de M. Taylor et tante de sa fille Jenny. et de ses deux enfants, T'aél'i, la Vague, et Zaa, les Miettes. On aurait dit trois squelettes ambulants.

À leur aspect, nous fmes tous émus de compassion. Noirs, enfumés, maigres, dépenaillés et les yeux hagards, ils avaient l’air hypnotisé de gens qui ont longtemps contemplé la mort de près, et qui viennent de soutenir une cruelle et suprême lutte pour la vie. Toute leur histoire, cet extérieur tabide,

Interrogée, Kotew ne put trouver d’expressions pour me répondre. Sa pensée encore divaguante semblait frappée d’'hébétude et de consternation. Elle se signa avec dévotion, murmura faiblement : « Marci ! » et éclata en sanglots. Elle pleura longtemps sans pouvoir proférerune parole. M. Taylor l’introduisit chez

ds

Ind qua tern C'ét.

eux aval tané

Ta meu tiren sur ] rive pour alors Il les

n'en Yamo Suppl frère.

bando l’atte

te

jai se ction 1 fort s pas.

ennes sonne ; COMla luraune it d'un

que le . I se Vrille,

lui, avec ses deux petits squelettes d'enfants, et leur fit prendre du bouillon et quelques aliments légers, en petite quantité. Alors seulement la pauvre Elisa put parleretnousraconter ce qu’elle avait souffert. Son histoire était invraisemblable.

Au mois d'octobre 1865, Elisa Kotew avec son mari T'{séédéttou-oullé, Homme sans tabac, et leurs quatre enfants, tous baptisés et catholiques, se trouvaient dans les Montagnes-Rocheuses de la rive gauche, en compagnie des Indiens du lac des Saules ou Xk'ay-lor-Ottiné, quand sévit la rouge”ie épidémique qui quaterna le Mackenzie. Nul ne la leur avait portée. C'était le fameux microbe qui était allé vers eux à travers l’espace. Jusque là, ces Indiens avaient ignoré la nature de cette affection cu— tanée.

Tant que ces Danites furent malades, ils demeurèrent sous leurs tentes. Dès qu'ils se sentirent mieux, ils levèrent le camp, et revinrent sur leurs pas, vers les steppes à rennes de la rive droite du Mackenzie. Malheureusement pour l'Homme sans tabac, 1l tomba malade alors queses voisinsconvalescentss’enfuyaient. Il les pria de l’attendre quelques jours. On n'en voulut rien faire. Les deux frères d’Elisa, Yamontchilé et Béya, furent même sourds aux supplications de leur sœur et de leur beaufrère. Ils conseillèrent à la pauvre femme d’abandonner son mari au sort inéluctable aui l’attendait, et de sauver la vie à ses enfants en

partant avec eux. Sa conscience de chrétienne s'étant refusée à commettre cette action dénaturée, ses frères l’abandonnèrent elle-même au milieu de la chaîne des Pics, dépourvue de tous moyens d'existence.

Alors la courageuse Esclave fit une chose héroïque. Elle entreprit, sans chiens ni traineau, de conduire son mari malade au fort Norman du Grand LacdesOurs, dans ces steppes plantureux où la vie animale abonde et assure la subsistance des Indiens. A cette fin, elle cousit ensemble des peaux de jambes de renne avec leur poil. Le cuir en est fort, le poil lisse, court et dru. De ces peaux, elle fabriqua une sacoche allongée et pouvant se lacer au moyen d’une lanière. A une des extrémités elle fixa solidement d’autres lanières en manière de traits; elle coucha son mari dans la sacoche sur des peaux et des hardes, bien enveloppé dans ses couvertures; elle-mème prit sur son dos un lourd paquet d'effets et de provisions sèches; elle chargea par-dessus à califourchon, son enfant dernier-né, s’attela au traineausacoche et s’en alla en trainant le malade, suivie de ses autres enfants, dont l’ainé, Joseph la Vague, portait le troisième, trop petit pour cheminer longtemps.

La petite caravane n'allait pas vite comme bien l’on pense. Elle se trainait cahin-caha, et de longs jours s’écoulèrent avant qu’elle püt franchir les chaînes parallèles des Rocheuses et atteindre le fleuve Mackenzie, qui heureuse-

aimé femn g'auc derni cons Ours peux la vi courr son p

Ir au ci de Di enfa

Lot voirs vint ( Sel, 7 du pi abon

ienne dénamême rue de

chose i traiu fort teppes assure n, elle renne ] lisse, ua une

ment était déja congelé. Chaque soir, Élisa tendait des lacets aux lièvres blancs arctiques et aux gelinottes des neiges, cette seconde Providence des faméliques Déné. Chaque matin, la Vague et les Miettes allaient les détacher des brimbales et ramasser les coilets.

Ce fut ainsi qu'ils vécurent. Mais ce mode précaire d'entretien et le manque de soins, de chaleur, de confort et de médicaments n'étaient pas de nature à guérir Zséédéttou-oullé. L'heureux homme, — heureux d’être tant et si bien aimé ! — mourut dans les bras de son excellente femme et de ses petits enfants, sur la rive gauche du fleuve. Avant de fermer l'œil, les dernières paroles du pauvre Indien furent des conseils pour ceux qu'il aimait:

— « Hâte-toi de te diriger vers le lac des Ours, dit-il à la Vrille, et si tu vois que tu ne peux nourrir mes quatre fils, sauve du moins la vie aux deux ainés. Tu rencontreras le courrier sur la rivière au Sel. Place-toi sur son passage. »

Il ne put en dire davantage; il leva les yeux au ciel avec résignation, invoqua le saint nom de Dieu, puis, regardant une dernière fois ses enfants, il expira.

Lorsque Kotew eut rendu les derniers devoirs à son mari, elle traversa le fleuve et s’en vint camper à l'embouchure de la rivière au Sel, T'éway-Dié, un cours d’eau salé qui sourd du pied du Rocher-Clarke. La neige était si abondante, les lapins si rares et il y avait déjà

si longtemps qu'elle peinait, que la pauvre femme n’eut pas la force d'aller plus loin. Elle sesentait perdue si elle entreprenaitdefranchir cette dernière chaine de montagnes.

Elle construisit donc une cahute en branchages qu’elle recouvrit d’un lambeau de tente en peau, et tous les cinq s’y tapirent en attendant le passage de ce courrier qui était leur seule et dernière espérance après Dieu. S'il changeait son itinéraire, c'était pour eux la mort, la mort par la faim.

On comprend les angoisses et l'anxiété de la pauvre mère. Réduite à battre l’estrade pendant des semaines, des mois neut-être, autour de ce gourbil et dans un périmètre nécessairement restreint, elle vit diminuer chaque jour ses moyens d'existence, sans cependant pouvoir quitter ces lieux qui, seuls, lui permettaient de surveiller les abords du Mackenzie et ceux de la rivière au Sel, afin de ne pas manquer le courrier, quelque voie qu’il pût avoir choisie. Mais Kotew se vit bientôt forcée de priver de nourriture ses deux plus jeunes enfants, afin de sauver les deux aînés. Quel martyre pour une mère.! Quelle désolation pour ces pauvres petits êtres, nécessairement sacr!fiés par celle à laquelle ils devaient le jour !

Les deux innocents moururent de faim en sauvant leurs ainés. Je n’ai pas osé demander à la pauvre mère ce qu’elle avait fait des de"x petits cadavres ! Puis, les peaux d’élan, de chèvre,les parchemins, les lanières, les vieux

sot tou HOI ma

un

not pro fais cun l'he A cons pris étra vOya foue désir tion Ils tente ils n° peme nouv dans dont uniq rier ( eux l.

et du être;

nomb ses Ca

uvre Elle nchir

brantente rttent leur 1, S'il ‘ux la été de e pen-

autour ESSAI-

pour

n, de vieux

souliers, tout y passa: rengaine éternelle de toutes les scènes de famine, dans l’extrème nord. De temps en temps, rarement, la Vague, malgré sa faiblesse, parvenait à tuer une pie, un écureuil, plus rarement encore une gelinotte, un ptarmigan. Ces chétives et maigres proies étaient englouties avec délices, et ne faisaient que trois bouchées, une pour clacun; tout juste de quoi ne pas mourir sur l'heure.

Ainsi qu'il arrive toujours en pareill:: circonstances, les malheureux faméliques furent pris de fièvre et en proie à des hallucinations étranges. Ils entendaient sans cesse venir des voyageurs, aboyer des chiens, claquer des fouets; acousmates trompeurs, que l’ardent désir d’être sauvés suggérait à leur imagination maladive.

Ils auraient dû peut-être se déplacer un peu, tenter le voyage du Grand Lac des Ours; mais ils n’en avaient plus la force. Changer de campement, déblayer un autre site, construire une nouvelle hutte, et surtout se frayer un sentier dans la grande neige, étaient autant de labeurs dont ils n'étaient plus capables. Leur seule et unique ressource devait être l’arrivée du courrier du fort Norman. Ce courrier c'était pour eux la vie. Il leur donnerait de la viande fraiche et du poisson ; il leur prêterait un chien, peutètre; ils profiteraient de son sentier, deses nombreux bivouacs, de son bois tout büché, de ses cachettes de provisions préparées pour le

retour. Ils en obtiendraient un peu de thé, des allumettes, qui sait, même, du tabac! Il était tout pour eux. Il ne fallait donc pas perdre cette seule attache qu'ils eussentencore à l'existence. I] fallait bien se garder de déparquer de leur hutte. Mais combien le temps était long depuis leur départ des Montagnes! Cinq grands mois s'étaient déjà écoulés, et celui-ci, le mois de mars, allait-il donc passer encore sans qu’il vissent arriver ce bienheureux courrier ?

Un jour, Joseph se hâta vers la loge plus vite qu’il ne l'avait fait jusque là :

— « Mère, dit-il faiblement, voilà les Blancs. Je viens d'entendre crier : « Marche! marche!»

— « Ah! dit-elle, tu les as entendus si souvent déjà ! Encore une illusion. Je n’en crois plus tes oréilles ni les miennes. Quelque corbeau qui se sera moqué de toi. »

— « Non pas, reprit l'enfant, les yeux brillants d’allégresse. Écoute, mère, les voici qui viennent. Le bruit se rapproche, nous sommes

auvés ! »

Alors elle retrouva des forces. Électrisée, elle bondit hors de sa hutte, perplexe, redoutant déjà que les voyageurs encore invisibles qu’elle entendait venir prissent une autre direction. Elle courut sur la rivière, trébuchant, effarée. Elle cria, elle appela de toute sa force: ses deux enfants joignant leur faible voix à celle de leur mère.

Deux voix mâles répondirent à leur appel, et, quelques instants après, le Savanois John

Hof carl Sim larn L'hc frai( avec cons step lait ç gran Keit de ce allée pau SSE plir loppe laien vus € uera

John

Hope et l'Écossais Mac-Dougall arrivaient au carbet. Ils portaient le packet du Nord au fort Simpson.

L'aspect des trois infortunés arracha des larmes de pitié à ces hommes rudes mais bons. L'honnèête John donna aussitôt de la viaude fraiche à Elisa, en lui recommandant d'en user avec la plus grande modération. Puis il lui conseilla dese hâter vers le fort Norman, avant que la neige eût comblé son sentier à travers steppes et montagnes. Ah ! c’est qu’il leur fallait encore traverser la chaine dextrière, et les erands steppes riverains, et l'immense baie Keith. Le Grand Lac des Ours n’était pas le pays de cette famille esclave. Elle n’y était jamais allée, elle en ignorait même le chemin. La pauvre Indienne n’était donc pas au bout de ses perplexités. Et si le chemin allait se remplir de neige; si la poudrerie allait les envelopper dans les steppes sans arbres; s'ils allaient s’égarer dans ces vastes espaces dépourvus d'habitants! Aucun Européen n’imagiuera jamais tout ce qu'il y a à souffrir dans les pays arctiques, quand on voyage à l’aventure dans une contrée inconnue et dépourvue de routes, de poteaux indicateurs et d'habitations quelconques.

Au sommet du Rocher-Clarke, à 2.000 pieds d'altitude, ils trouvèrent une cache à provisions, de laquelle on leur avait permis de prendre tout ce dont ilsauraient besoin. Dès lors, ils étaient à l'abri du danger imminent de perdre la vie.

re TR Se Een ni

} ê | | \ Î {il | | 4 Î ë fat !

NÉ: | | Li Î fl è À f Ë Î A1 ! | n |: Î î el | } [hi a” | | ji | | r | | | | | | à | | À | Î j, | | 1} H EN:

| qi) | { Î l | (à | | { | Î il 1 | ou | |: | |!

À la (4 e k!

EU | A } MA it h | | | n 1 H

A ae TE I BAGUE mm nt er +

ah Mrs Te

DES RME LA RE er

Le reste ne fut plus qu’une question de temps et de patience.

La malheureuse veuve conserva longtemps encore l’effarement des traits et l’affreuse fixité du regard qu’une souffrance extrème, l'excès de la faim et l’angustie de cette longue agonie avaient imprimés à sa physionomie honnête.

A son propos, M. Taylor me raconta qu'il était mort, l'automne précédent, une jeune femme récemment accouchée, qui fui ensevelie à la mode indienne, c’est-à-dire sur le sol, abritée par une petite toiture formée de pieux enfoncés obliquement dans la terre, puis recouverte de larges écorces de sapin. Le lendemain, le vieil Oi’adien ayant passé à côté du tombeau, qui n’était distant que de deux cents pas du fort Norman, il entendit des vagissements qui en sortaient. Frappé d'horreur, il souleva les écorces, écarta quelques pieux el regarda par l’étroite ouverture. Sur le sein vacque et glacé de l’Indienne, se tordait, dans les affres de la faim ei de l’agonie, le pauvre petit enfant de la défunte, qui le regardait froidement dansl’insensibilitédeses yeuxde morte. Le coinmis essaya de sauver la vie au malheureux nourrisson; mais il était trop tard.

L'enfant expira peu d’instants après.

Le premier avril me réservait une agréable surprise qui n’était point un poisson fallacieux. Une douzaine de Flancs-de chien Z'a-kfwélè-"ottiné, de ceux que j'avais visités et évangélisés

gurie enza malac

Croup Danit vée C Indier qui tr

Eu comm ritoir'e fait la r'égén J'accé

qu'il eune seveur le ée de , puis > lencôté deux S Va reur, eux el sein dans auvre froi- 1orte.

maltard.

sable lieux.

é-"ol- Slisés

dans leurs déserts, en 1864, firent tout à coup apparition au fort Norman avec des traineaux chargés de provisions. A leur tête était le même Olivier Sa- k‘le ou la Graisse d’Ours, qui m'’avait emmené avec lui deux ans auparavant (1) Il m’apprit la mort de son beau-père, le Soleilreluisant ou Confidence, que la scarlatine épidémique avait emporté, ainsi qu'une foule d'autres Plats-Côtés-de-chien de ma connaissance. Des familles entières avaient été moissonnées, entre autres celle du l’infortuné Timon-lsaté, l’'énergumène.

Ah ! quand on pense que la même razzia avait été opérée successivement par ia phtysie galopante, par la fièvre typhoïde, par la strangurie, par la coqueluche, la rougeole, l’influenza et la syphilis, cet horrible cortège de maladies que les Européens conduisent en croupe partout où 1ls s’introduisent, et que les Danites américains ignoraient avant leur arrivée chez eux, on peut bien pardonner à ces Indiens de nous appeler Éwié-daettini, Ceux qui traînent la mort après eux.

Eu égard à ces désastres, Olivier me conjura, comme la première fois, dele suivre sur le territoire flanc-de-chien, ainsi que je lui en avais fait la promesse en 1864, afin de compléter la régénération spirituelle de toute sa tribu.

J'accédai à sa demande sans me faire prier et

A) Voir Aulour du Grand Lac des Esclaves. Paris, 1x1. Albert Savine, 12, rue des Pyramides, chap. IX:

avec joie, bien décidé, cette fois, de ne pas laisser, chez ces bonne gens, uneseule âme qui ne fût baptisée. Aussitôt je fis mes préparatifs de départ; mais je fus trahi par mon serviteur, qui, ignorant la douceur des Flancs-de-chien, était effrayé d’avoir à me suivre si loin du pays peau-de-lièvre. Aussitôt prévenu, M. Taylor usa d’un subterfuge mesquin, pour me retenir au fort Norman et frustrer les Flancs-de-chien dans leur légitime attente. Sans m'en prévenir, il fit atteler mes chiens et les envoya avecdeux deses gens de l’autre côté de la baie Keith, chez ses propres clients sauvages. Il avait, d’ailleurs, très mal accueilli Olivier et sa suite, parce qu'ils étaient !es pourvoyeurs du fort Raë, et qu’il n'avait pas besoin de leur concours pour approvisionner son propre poste-detroque.

Quand je m'aperçus du vilain tour que le petit Nick m'avait joué, il n'était plus temps de le prévenir ni de le réparer; mes chiens étaient déjà hors de vue. Et le vieii Orcadien, guignant de l’œil et salivant son éternelle chique, me disait avec un sourire malin et un faux air bonhomme :

— « Ah ! ben, Père, c'est mieux comme ca,

tu vois. Je ne te voyais pas partir avec plaisir. Tu es ben, icite. Y’a pas mal de sauvages, pas mal de viande fraiche, pas mal de bon poisson. Vas pas chercher la misère par là-bas. Reste avec nous et tout le monde sera content de toi. »

> pas 1e qui ratifs iteur, hien, 1 PAYS 'aylor etenir -chien venir, cdeux Keith, avait, suite, du fort ncours te-de-

Pour ces paroles aimables, je l’aurais volontiers embrassé; mais, eu égard à l'ironie du sourire dont le petit vieux les accompagna, je lui aurais encore plus volontiers tordu le cou, si cela eût été chrétien et licite.

Je me vis donc obligé de laisser partir seuls les bons Plats-cotés-de-chien, qui voulaient m'emmener quand même. Ils s'éloignèrent les larmes aux yeux et avec force marques de respect et d'affection. Mais deux d’entre eux me promirent de revenir bientôt se faire baptiser avec toute leur famille, Cyprien Nontèli et Bernard Yanéya; et ils tinrent parole.

Eux partis, je consacrai tout mon temps aux Indiens du lac des Ours qui, tous les deux jours, venaient me visiter par escouades. Les dimanches étaient des jours de visite générale, parce que, ce jour-là, ils s’abstenaient de chasser. Mais, comme ces bonnes gens avaient plus de quatre milles anglais à franchir à pied, et autant pour s’en retourner chez eux, je leur persuadai de venir camper derrière le fort, à proximité et à l’abri du bois; ce qu’ils firent avec ple‘-'r,bienquecene fütpasdansleurs habitudes, en cette saison. Je les aurais eus même constamment au fort, sans les attaques immodestes des matelots écossais ou orcadiens qui étaient au service de M.Taylor. Ces jeunes étourdisnelaissaient passer aucune sauvagesse sans se permettre des assauts siodieux, que je me vis obligé de remplir les fonctions de gendarrie, à la porte de ma demeure, aux heures

PR OR Gm-emeesonm—

RÉ

des offices, jusqu’à ce que la dernière femme

ee nee RL

y fût entrée.

Parmi mes nouvelles ouailles si bonnes, si respectueuses, si désireuses d’embrasser le catholicisme, quelles que fussent les légères menées des jeunes matelots du fort Norman, il ne s’en trouvait que trois ou quatre qui eussent été baptisées par feu M. Grollier, au fort Norman du Mackenzie, en 1863. Toutes les autres, sans être ce que l’on appelle des païens, étaient encore catéchumènes.

Parmi ces quatre néophytes se trouvait un Esclavequi s'était jeté dans le mysticismed’une religion de son invention, religion toute de rêves, de révélations prétendues et de visions ridicules, que sa vanité ou sa bêtise imaginait. Il se nommait Eléazar Ni-dénichyé, la Terre plantureuse; mais les serviteurs du fort ne le connaissaient que sous le sobriquet peu flatteur de Bon-à-rien.

— « Ah! mon beau-frère, me dit un jour ce pauvre maniaque, d'un air dolent etconvaincu, nous prèchons en vain, moi et toi. En vain nous conjurons les hommes de se convertir, d'abandonner leurs fétiches, d'adresser leurs prières au seul Fait-terre, Mioltsi. Ils se rient de nous, ils ne nous écoutent pas. Ils ne nous obéiront jamais. Tu les crois bons; mais ils te trompent. Dans les bois, ils rient de tout

excepté de leur méchante jonglerie. C’est déplorable! »

Il continua sur ce ton pendant longtemps,

ime faisant son prêtre à merveille, bien qu’il ne füt qu'un jongleur irrémédiablement encroûté.

s, si À J'aurais pu le reprendre sévèrement de sa conr le duite, lui reprocher son hyprocrisie, l’excomères munier et lé mettre à la porte, ainsi que d’aunan, | cuns missionnaires avaient, fait vis-à-vis d’au- > qui tres jongleurs ou In/'onhè (Ombres), devenus *, au prêtresdènè.Jen’en fisrien, ét le laissai pérorcr Jutes à son aise. Il venait d’ailleurs si humblement , des À au-devant des coups !

| — « Ne me rudoie pas, me disait-il d’un air it un calin. Je ne te suis pas opposé. Je ne m'élève d'une pas contre toi. Je te suis, au contraire, tout à le de fait favorable. Je parle toujours comme toi et sions en ta faveur. Je fais prier mes parents, je rénagi- cite le chapelet, je leur chante des cantiques, chyé, je leur parle du ciel et je leur donne ma bénérs du diction. Dis, fais-je mal en cela, et ne le iquet semble-t-il pas que l’on me calomnie en me représentant comme faisant le sorcier ? »

ur ce Je me rappelai cette parole du divin Maitre : aincu, « Celui qui n’est pas contre vous est pour vain « vous », et je laissai aller le pauvre fou avec rertir, quelques conseils paternels :

leurs — « Tout ce que tu me dis là est parfait et rient louable, Je tolère même tes bénédictions. La nous bénédiction d’un honnète homme et d’un chréais 1ls tien ne peut que porter bonheur à des infidèles. e tout Mais, je t'en prie, laisse de côté les rèves, le3 st dé- visions prétendues dont tu te glorifies, les révélations que tu dis recevoir de Dieu même, emps, les transes, les résurrections simulées et les

apparitions d'anges; parce que, en cela, ou bien tu es halluciné et malade, et alors il faut te soigner ; ou bien tu mens, tu trompes tes compatriotes et deviens un imposteur. Voilà ce que tu ne dois pas faire, parce que c’est de l’irréligion et de la supercherie ».

Il me le promit et se retira satisfait, avec quelques présents d'objets religieux que je lui fis.

Les parents de la Terre plantureuse meurent

de la reconnaissance de n'avoir pas humilié ni

repoussé leur prêtre; ce qu’ils avaient redouté de ma part. Chez eux, c'étaitpurement vanité ces et amour-propre; mais ils tenaient à Nidéni- pret chyé, parce qu’il vivait chrétiennement avec sa non: femme, et que, à part ses visions, c'était un den homme exemplaire. Ils étaient fiers de pouvoir Indi se vanter que, même chez eux, il pût y avoir sers des vocations au sacerdoce. Sachant que le pans malheureux toqué serait bien vite dédaigné et tem] oublié par ses proches, j'avais agi avec pru- la p dence, sans faire d'éclat. Si je m'étais élevé des contre Éléazar, il se serait cabré, et tous ses salt parents auraient fait schisme avant même de n'An devenir chrétiens. rend Un beau jour d'hiver de 1867, Nidénichyé que vint au fort Norman seul, avec un traineau patit chargé, son camp n'étant qu’à une journée de Ecos marche dans l’ouest. Il troqua sa venaison Sexe boucanée et ses fourrures chez M. Taylor, Instr vint me donner la main et prier dans ma cha- de Fe

pelle; puis il continua sa route, s’en retournant

mm rs

bien SOÏ- 1pa-

que réli-

avec e lui

rent ié ni louté anité déniec sa t un voir avoir e le né et pruélevé S ses ne de

ichyé neau e de haisOn ylor, chanant

seul encore vers sa demeure, accroupi sur son traineau vide. Quand ses chiens arrivèrent au camp, Bon-à-rien était étendu de tout son long sur le traineau, mais il n’en bougeait pas.

On l’appela, on le secoua. Rien. Il était mort, mort sans doute d’une congestion cérébrale causée par le froid, qui était extrême ce jour-là. A la fin d'avril 1866, le fort Norman-Franklin regorgeant de viande, et tous les sauvages en étant eux-mêmes copieusement approvisionnés, je leur conseillai de ne plus tuer de rennes. Chasser pour le plaisir de détruire ces animaux ou pour le mince bénéfice d’en prendre la langue et les deux flancs, c'était mépriser les dons de Dieu et rire de sa Providence. N'ayant plusqu’à prier età sedivertir, les Indiens nes’en firent pasdéfaut, dédaigneuxdes sarcasmes des jeunes fous que M. Taylor n’était pas assez influent pour réprimer. Pendant longtemps, les choses furent tolérables. Je faisais la police à la porte de ma maison, aux heures des exercices religieux, et ma présence suffisait pour en imposer à ces trop jovials petits n’Anglais, que leur gauloiserie par trop épicée rendait grossièrement sadiques. Mais, outre que cette faction de tous les jours était incompatible avec ma dignité personnelle, les petits Ecossais s’enhardirent jusqu’à attendre le beau sexe au sortir de l’église, ou plutôt de mes instructions, toute respectabilité étant bannis de leurs agissements.

Pour le coup, les Dèné n’y tinrent plus :

— « Adieu, me dirent-ils, nous nous en allons. Nous ne voulons plus demeurer avec les Gens-de-la. Pierre (1). A la vérité, ils ne ñous font pas de mal, ils ne nous battent pas, ils ne se se mettent pas en colère, ils sont doux etaiment à rire; mais, avec eux, il n'y a pas de vertu possible pour nos femmes et nos filles. Ce sont des satyres. Nous sommes loin de les imiter, de leur ressembler, même dansles bois! Viens-t'en avec nous; car nous partons tous de ces lieux. »

Ils avaient raison, et vainement je m'étais plaint à M. Taylor. Ilavait ri des drôleries de ses jeunes compatriotes et de ce qu’il appelait leurs farces. Il n’y avait pas de mal à cela, disait-il, puisque ce n'était que pour badiner.

Voyant que je ne gagnais rien avec le vieux gosse, aussi léger et gaulois queses serviteurs, je m'’entendis avec les trois Métis du fort, et nous allämes construire une petite maison de prière à 300 pas du fort Norman. Ce n'était qu'une /og-house de vingt pieds carrés et qui devait me servir de chapelle et de demeure; <\ mais c'était le seul moyen de retenir les sau-

vages autour de moi, tout en les retirant du fort, où chaque jour la morale publique était ostensiblement outragée. Dès le 10 mai, je pus célébrer les offices dans cette chapelle, et, le 23 du même mois, j'allai m'y installer tout à fait, à la grande tristesse de M. Taylor. Cependant,

'h (1) K/wé-Gottiné, nom des À ériga ic et des Écossais, en 0e dène peau-de-lievre.

1s en avec ls ne ; pas, , doux Jas de filles.

de les s bois!

s Tous

n'étais ies de ppelait la, diner.

| vieux iteurs, ort, et son de n'était et qui neure ; S Sauant du e était je pus t, le 23 fait, à ndant,

sais, en

pour ne pas me faire un ennemi de ce pauvre vieillard qui m'avait toujours traité en gentleman, je continuaià aller prendre mon repas chez lui, tous les dimanches, après la grand’messe.

Malheureusement, au mois de juin, lorsque la neige fut fondue, je m’aperçus un peu tard que le terrain sur lequel je m'étais placé formait un ilot entouré d’eaude toutes parts, et que cette ile déserte et rocailleuse, sorte de banc de gravier étanche qui s'élevait au milieu du steppe moussu, était un cimetière de l’automne précédent. J'étais entouré de morts sur trois côtés, Je résolus alors d’aller me construire une résidence plus spacieuse non loin de la forèt, à un kilomètre du fort; mais je n’eus jamais les moyens de mener à bonne fin cette entreprise, bien que j'eusse fait couper et équarrir toutes les pièces de charpente, l’été suivant.

Nous avions eu, cetteannée-là, un printemps hàtif, si je le compare avec celui de 1826, dont Franklin a enregistré les dates. Le 30 avril, nous aperçümes la première oïe grise. Franklin ne commença à en voir que le 7 mai. Le 10 mai, mon serviteur tua des canards, et le gibier ailé se montrait nombreux partout où il y avait de l’eau vive, le long des rivages. Du temps de Franklin, il ne commença à paraitre que le 16 mai. ;

Le 14 mai, la glace du petit lac des Oiesgrises se brisa et le courants’ytraça un sillon dans la glace forte du lac des Ours. Cela n'eut lieu que le 20 mai, en 1826.

Le 27 mai 1866, le petit lac des Oies grises était entièrement débarrassé de glace, et l'on remarquait de nombreux bordages d’eau vive autour du Grand Lac. Des nuées de courlis, de vanneaux, de râles d’eau, de sarcelles, de tournepierres, de pluviers et de francolins y barbottaient ou se jouaient sur les plages échauffées.

Enfin je pus partir du Grand Lac des Ours, avec les barques du fort Norman, le4 juin 1866, tandis que, quarante ans auparavant, Franklin ne put le faire avant le 15 du même mois.

Dès cette première année, je fis 55 baptèmes etbénis3 mariages et 2 sépultures. Cependant, quand je quittai ma petite mission, que j'avais placée sous le vocable de Ste Thérèse, patronne de ma pauvre mère, elle n'avait encore ni porte, ni fenêtres, ni plancher. Mais les Métis catholiques y mirent la dernière main pendant l'été, et je l’achevai tout à fait en 1867, de manière à la rendre habitable et confortable. Mamaisonnette-chapelie, soigneusementcrépie au lait de chaux, ornée de tentures de flanelle rouge àlambrequinsroses, d’un autel que j'avais peint à l'huile, au fort Good-Hope, et de deux tableaux qui représentaient le Couronnement de la Vierge, de Vélasquez, et Marie-Réparatrice, avait un air si coquet, que d'ores et déjà tout le personnel du fort, venait y assister aux offices, même les protestants.

Je dois avouer toutefois que, pendant l'hiver de 1867 et malgré un grand feu de sapin que

jye expo:

assez grad temp une $ souffi ma pl baril d’une briser mon :

l'abri Pen Lacde Je Cot nier, 1 dorma laine dehors L’ar des bo me liv graphi raient langue s'en ac chama tience

L server

les der lard, le

'rises t l'on

vive urlis, 8, de ins y lages

Ours, 1866, Franmois.

tèmes aidant, PAVAIS ronne re nl Métis ndant , de table.

crépie anelle ’AVAIS à deux ement Éparat déjà er aux

"hiver n que

jy entretenais toute la journée, ma maison, exposée aux quatre vents du lac, ne fut jamais assez chaude pour que le thermomètre centigrade s’y élevât au-dessus de + 6° de chaleur, température qui n’est passuffisante pourassurer une santé parfaite et empêcher le corps de souffrir. Aussi, l’encre se congelait-elle sur ma plume, quand j'écrivais à côté du feu; mon baril d’eau fraiche était-il toujours couvert d'une épaisse couche de glace, qu’il me fallait briser à coups de hache tous les matins; et mon vin de messe lui-même n'était-il pas à l'abri de la gelée.

Pendant huit hivers que je résidai au Grand Lac des Ours, je n’y eus jamais le luxe d’un lit, de couchais sur le plancher ou dans le grenier, mais à terre, sur une peau d'ours, et y dormais tout habillé, dans un sac mi-partiede laine et de fourrure de renne avec le poil en dehors.

L'amour que je professais pour mes enfants des bois et des steppes ne m’empêchait pas de me livrer à mes études linguistiques et ethno-

| craphiques. Tout au contraire, ils y concou-

raient et y coopéraient par leurs leçons de langue et de choses, ei mon grand dictionnaire s’en accrut d'autant. Il y avait là aussi plusieurs chamans qui mirent plus d’une fois ma patience à l'épreuve par leur obstination à con-

D server leurs anciennes superstitions. Ils furent

les derniers à se rendre, ent: ; autres un vieillard, le plus âgé du Grand Lac des Ours, qui

portait jusqu'à sept noms, un pour chaque jour de la semaine.

Je vis aussi, parmi les Flancs-de-chien, une vieille femme nommée Minttsi-ratchô, le mois du Grand-Vent (Janvier), qui, du temps de Franklin, avait été l’occasion du meurtre de onze de ses compatriotes par trois Métis français, engagés au service de la Compagnie du Nord-Ouest. Un de ces forcenés s'était tellement énamouré du Grand-Vent, qu'il voulait à toute force l’avoir pour femme. Elle se réfugia avec sa peuplade dans les forêts qui s'étendent au

nord de la baie Smith, où les trois misérables

la suivirent, surprirentles malheureux Indiens

endormis ou couchés, et en assassinèrent onze, EM pour s'emparer de cette fille, qu’ils ramenèrent

au fort Franklin malgré elle. Le principal instigateur de ce massacre abominable fut attiré subrepticement au fort Simpson, par la Compagnie, enchaiïné et envoyé à Montréal, où il fut pendu haut et court, comme il le méritait.

Cependant, les Flancs-de-chien du Grand Lac des Ours étaient renommés pour leur dureté

de cœur et leur penchant au meurtre. Sir John BS

Franklin énumère trente-et-un assassinats qui auraient été commis entre 1799 et 1826 parmi ces Indiens, dont 17 pendant son séjour; ce qui est énorme. Mais j'ai la douleur de constater que plusieurs meurtres furent aussi perpétrés depuis ma première visite au grand I, bien qu'en mon absence et par des infidèles adonnés au chamanisme ou jonglerie, Plusieurs

de ce eure petit sous expos par 1 dans Cas à sième sous la pet Cet nomn orphe sa SœI peau Nitaÿy

à religic

denai Je l’av départ rant d jamais résolu

SI € remis ceux-C condui

Loùles

leur oi queme orguei

18 jour

n, une e MOIS nps de rtre de & frannie du [lement à toute ria AVEC dent au

sérables Ë

Indiens

nt onze, Be Lenèrent

pal inst attiré Compa- Dù il fui ait.

and Lac dureté

Sir John Be

nats qui 6 parmi our; Ce le consssi perand lac, nfidèles lusieurs

de ces faits sont d'autant plus navrants qu’ils eurent pour objets de faibles créatures. Un petit enfant fut dévoré par des chiens presque sous les yeux de sa famille. Il leur avait donc été exposé en proie. Un autre enfant fut arraché par lambeaux du sein de sa mère primipare, dans le but de sauver les jours de celle-ci; un cas assez fréquent, me dit-on. Enfir un troisième enfant fut enterré vif par son beau-frère, sous les yeux de sa propre sœur et de toute la peuplade en marche. ;

Cette dernière victime était un pauvre enfant nommé Paul Tékwihi, âgé de cinq ans et orphelin depuis 1865. Il avait été recueilli par sa sœur ainée, Kha-khié-monné, la Bordure de peau de lièvre, femme du jongleur esclave Nilajyé, homme foncièrement hostile à la

À religion chrétienne. Le petit Paul était infirme

de naissance, il avait lenombril en suppuration. Je l'avais baptisé etsoigné en 1866. Après mon départ, le mal s’aggravant et sa santé demeurant débile, Nitajyé jugea que l'enfant ne serait

jamais fort ni-en état de lui être utile, et il

résclut de s’en débarrasser.

Si du moins ce cruel jeune homme avait remis l’innocent aux Métis du fort Norman, ceux-ci l’auraient adopté ou bien l’auraient

conduit en barque à l’hospice de la Providence, E où les Sœurs de charité l’auraient admis dans

leur orphelinat. Mais ce sauvage, systémati— quement adonné à la jonglerie, était trop orgueilleux et en même temps trop envieux

des Blancs et de leurs prêtres, pour leur donner cet enfant à élever, en trahissant ainsi l’insensibilité de son âme vile. Il préféra ôter la vie à son petit beau-frère plutôt que d’avoir recours à un prêtre ou à des Blancs. Il y a donc aussi du fanatisme dans l'erreur et le mensonge.

Nitajyé commença par repousser le petit Paul en lui interdisant l'entrée de sa loge, demeure de sa propre sœur, comme à un animal dangereux. Que pouvait comprendre cet agneau à une telle conduite ? N’était-elle pas de nature à faire désespérer l'enfant? Il s’en allait désolé et en jetant les hauts cris, glanait quelques bouchées de côté et d’autre, en rôdant demi-nu à travers les loges; puis il revenait instinctivement chez sa sœur, qui l’accueillait et le cachait, en l’absence de son barbare mari.

Mais Nitajyé faisait sans cesse des scènes à sa femme, à l’occasion de son frère, dont il ne

voulait plus à aucun prix et qu'il ne pouvait }

cependant pas empêcher de revenir chez lui.

Alors il le tua comme on tue un petit chien vicieux et incurable. Le misérable ! si du moins il lui avait fracassé le crâne d’un coup de fusil, où transpercé le cœur de sa dague ! Mais pourquoi réserver à cet innocent les angoisses et les affres d’une agonie que l’on épargne même aux scélérats ?

Un matin que la peuplade changeait de lieu de Campement, le jongleur annonça publiquement sa détermination aux autres sauvages.

renne GrIR enterr.

tombe] Et t( du jus:

bourre Ce c horrib] tour a oculair Catéchi la caus je n’ai méchai

nner isena vie LOUFS aussi e.

petit loge, A anhire cet le pas 1] s’en Janait rodant venait eillait rbare

ènes à il ne ouvait eg lui.

chien moins up de | Mais rOiSSeS argne

le lieu liqueages

D'aucuns essayèrent timidementdeledétourner de ce meurtre : Le prêtre, lui disait-on, condamne de telles actions comme criminelles et monstrueuses. — Le prêtre! il s’en moquait bien, lui. Comment pourrait-il l’en punir? — La viande ne manquait pas au camp, ajoutait-on ; lerenne abondait. Comment cette petite bouche d'orphelin pouvait-elle affamer son beau-frère?

Le meurtrier demeura sourd et se mit en colère. Devant son rire, tous les cœurs tremblèrent, Il était sorcier, s’il allait se venger de leurs contradictions ! Et pas une âme compatissante ne s'offrit à recueillir l'enfant; pas une seule! « Gentes sinè affectu! »

Alors Nitajyé enferma le petit Paul dans une vieille enveloppe de traineau en peau de renne ; il l’y ficela solidement en dépit de ses cris; il creusa une fosse dans la neige, l'y enterra vif, recouvrit le paquet de neige, et fit tomber un gros sapin sur le tas.

Et tout fut dit.

Que le petit martyr de l'innocence obtienne du juste Juge le pardon et la conversion de son bourreau !

Ce qui ajoute à l’infamie de ce meurtre horrible, c’est qu’il me fut raconté, à mon retour au lac des Ours, en 1867, par un témoin oculaire, un homme doux, poli, civilisé ei catéchumène empressé. « J’ai eu beau plaider la cause de l’orphelin, me disait-il en souriant, je n’ai pu empêcher sa mort. Ce Nitajyé est si méchant ! »

ge DuSL.pape nacre

+ = a 2 TT ve cevçne SES = GO ta + rm a à: te D = PES = à " ER RER Re de ES = ee en ee ce EE = == ET

— « Mais comment n’as-tu pu l’empêcher?

lui dis-je les larmes aux yeux. Nitajyé n’est qu’un jeune homme, un blanc-bec de 22 ans, et tu en as plus de trente. Ne pouvais-tu donc te jeter sur lui, dans un mouvement de sainte colère, le terrasser et lui ôter les moyens d’exécuter son forfait? Ne pouvais-tu, au moins, lui enlever l’enfant, feindre de l’adopter et me le réserver ? Je l’aurais élevé, moi. »

Et Yettanétel, tout penaud, sourit placidement sans répondre. A la fin, sentant qu'i devait s’excuser : — « Oh! dit-il, j’ai détourné les yeux. Je n'aurais pas voulu, je n’aurais pas pu supporter un tel spectacle. J'ai détournéles yeux. Mais quant à sauver l'enfant, yazè kkènaendi illè, je n’y ai pas seulement pensé; je ne savais pas que cela fût nécessaire. »

Les bras m'en tombèrent. Et cette absence de cœur, de conscience! et cette indifférence suprême, ce sourire !.… J’allais l’appeler triple brute et le mettre à la porte d’un coup de pied dans le bas du dos, lorsque je me ressouvins du code païen, le même chez tous les peuples anciens et même chez des modernes qui ne sont plus sauvages; ce droit de vie et de mort que s'arrogeaient les parents; cette exposition ou cette destruction systématique des filles et des enfants mal conformés. Je me rappelai qu'à ce mème lac des Ours, et à la suite d’une instruction sur les devoirs des parents envers leurs enfants, toutes les femmes présentes s'étaient entreregardées les unes les autres, avouant

paie pou IMmpi SOrc uns et si Je Dènà laché du n là au pénil prit tion plir, Un par nom hom | Il av

ns

1er!

l'est ans, lonc inte exéins, t me

cidequ'il urné [S pas né les kkèé; je

tout haut, sans honte ni vergogne, et même avec une hilarité écœurante, qu’elles avaient toutes tué un ou plusieurs de leurs bébés! Oui, toutes, toutes : « De beaux petits chats, ma foi, pour qu'on s’apitoie autant sur leur sort! Ah! ils sont bien plus heureux dans la terre des àmes ! »

Je me rappelai ces choses et je me tus en pleurant. Mais quel bouleversement à opérer dans toutes ces cervelles atrophiées de sylvicoles ! Que de sentiments à créer, à faire naître, à développer ensuite dans ces cœurs de païens, malgré leur douceur! Comment faire pour en déménager au plus tôt la vieille et impure défroque des jongleurs, ka peur des sorciers, la crainte servile de se heurter les uns les autres, et le code des forêts, si facile et si commode ?

Je me hâte de dire, toutefois, que tous les Dènè n'étaient pas si cruels que Nitajyé, si lâches et si craintifs que Yettanétel, ou que, du moins, nombre d’entre eux n’en sont plus là aujourd’hui. Mais, dans cescommencements pénibles, il fallait former aux sauvages et l’esprit et le cœur. C'était tout une résurrection à entreprendre, tout une création à accomplir, etelle s’est faite, grâce à Dieu et par Dieu.

Un autre fait d’'insensibilité me fut présenté par une sorte de petit chef flanc-de-chien, nommé Ta-tsiè-zèlè, Celui qui crie à tue-tèête, homme à la figure noire, brutale et sournoise. Il avait épousé en mon absence sa belle-sœur,

le lendemain même de la mort de sa femme, Est-ce assez de cynisme ? Un animal n’en eût pas fait autant. Mais Ta-{siè-zèlè tuait jusqu’à soixante rennes dans une seule tournée de chasse. Que ne pouvait-on pardonner à un tel Nemrod, capable à lui seul de faire vivre tout un camp indien !

Ces faits divers. assez semblables aux perpétrations de la lie de notre société civilisée, prouvent combien les Dounè du Grand Lac des Ours avaient besoin des bienfaits de la religion. Leur sens moral était oblitéré au point que les jeunes gens se permettaient en public des actes répréhensibles dont ils ne rougissaient nullement. La conscience semblait ne pas exister chezeux, en dépit d’une douceur de caractère vraiment touchante. Leurintelligence pour le hien était nulle, et leur cœur insensible à tout, excepté à leurs plaisirs et à leur intérêt.

On ne peut cependant invoquer, à propos de ces nomades, les mots dégradation et déchéance, cet état dégénéré n'étant propre qu'aux hommes qui ont perdu lesentimentde l’honneur et de la vertu. Eux ne l'avaient jamais possédé ni goûté. Comment pouvait-on le leur rendre?

La grâce de Dieu devait donc créer en eux des sentiments et développer des facultés qui n'y étaient qu'en germes. Qui donc poussait impétueusement ces infortunés vers Dieu et sa sainte Religion? Qui donc les transformait en peu de semaines?siceu'estcettevoixdivine, intérieure,

qu SCÉ Die le dot ten inf mé Tel vite à D rép Deo con:

A des pro radi leu vag cou n’ét.

me me mel plus mên sep Le ce je n'ét:

qu'i

es

qui peut changer et transformer le plus grand scélérat en un vase d'élection : la grâce de Dieu, c’est-à-dire le plus grand des miracles et le seul que personne ne puisse révoquer en doute. Infortunés, ceux qui n’ont jamais entendu cette voix, cet appel de Dieu ! Mais plus infortunés encore ceux qui, l’ayant ouïie, l’ont méprisée et lui ont fermé l'oreille de leur cœur ! Tels n’ont pas été les Dènè. Rendons-leur vite cette justice. Comme Abraham, ils crurent à Dieu et en Dieu, et leur foi leur fut aussitôt réputéeàtitrede justification. Abraham credidit Deo, et reputatum est ei ad justitiam. Quelle consolante chose !

Au printemps de 1869, je fus témoin, au lac des Ours, d’une petite scène de famille qui me prouva une fois de plus les transformations radicales que ces Indiens ont subies comme à leur insu par l'effet du christianisme. Un sauvage moribond me fit appeler chez lui, et j'y courus avec mon serviteur Dzan-You, Son camp n’était qu’à une journée de traineau de ma demeure. Je lui administrai les derniers sacrements, remis à sa femme un dernier médicament sur l'efficacité duquel je ne comptais plus, et je me disposais à reprendre, le soir même, le chemin du retour, lorsqu'un incident se produisit.

La mere de Dzan-You, qui avait abandonné ce jeune homme à la dent des loups, alors qu’il n'était âgé que de deux ans à peine, et bien qu'il fût très beau, bien conformé et parfaite-

Page 1