‹ Exploration de la région du Grand lac des Ours [microforme]Chapitre 18 sur 54 · PR AU ORE J'UTN · texte numérisé non relu

PR AU ORE J'UTN

Les Esclaves et les Flancs-de-Chien du Grand Lac des Ours étaient campés, cette année-là, sur ce bourrelet sablonneux. Ils étendaient leurs excursions de chasse entre lestrois montagnes des Maringouins, Brûlée, et du Grand- Ennemi. De leur camp, un sentier battu conduisait au lac /ntaa-t'ié, dans le Sud-Est, au bord duquel se trouvaient alors les Flancs-de- Chien du fort Raë; tandis qu'un autre sentier également battu conduisait au lac du Bras, T'ou-koné-t'oué, où l’on m’affirmait que les Esclaves du fort Simpson étaient réunis. La présence du renne dans cette zone expliquait ces rassemblements considérables d’Indiens danites, à si peu de distance les uns des autres.

Je fus reçu par mes ouailles avec la chaleur de sentiments et l’effervescence de cordialité accoutumées. Dans cette circonstance, les hommes étaient tous à la chasse à l'exception de deux ou trois, et ce fut la portion féminine du camp qui m'accueillit et m'en fit les honneurs. Je suis un peu confus de dire que je fus pris et emporté d'assaut au milieu d’un tohu-bohu indescriptible. Certaines femmes me secouaient les bras à me les arracher. D’autres me saisissaient à bras-le-corps comme si elles eussent voulu lutter avec moi; et les plus vieilles n’étaient pas les dernières à me prodiguer ces témoignes naïfs et même un peu sauvages, mais non équivoques, d'une affection véritable. Ces amitiés bruyantes étaient accompagnées des mêmes compliments à brûle-pourpoint, aux-

quels d’autres m'avaient déjà accoutumé :

« Toujours de plus en plus jeune, notre Père; «toujours de plus en plus frais. Toujours beau, « toujours ingambe ! Quelles jambes de renne! « Il ne vieillira pas, celui-là. Non, non, il ne « vieillira pas! » D’aucunes décidaient magistralement qu’il n’y avait pas le moindre doute que j'étais le plus vaillant, le plus savant etle plus aimant de tous les missionnaires du Mackenzie. À

Ce qui ne laissait pas le moindre doute dans mon esprit, c'est que ces louanges outrées, indice d’un enthousiasme tintamaresque vraiment risible, étaient cependant dictées par un excellent esprit, un bon cœur et une véritable affection ; sentiments qui, on le sait, ont pour effet naturel de rendre aveugle et partial en faveur de l’idole populaire ou familiale.

D'ailleurs, c’est le défaut des Dènè d’être trop exclusifs et absolus. Ils ne prisent, n'aiment, n’admirent et n’exaltent que leur propre pasteur. À côté de lui, tous les autres prètres ne sont que de la camelote. Les Dènè ressemblent un peu à ces Marseillais de la paroisse desGrands-Carmes, qui, pendant la Révolution française, allaient massacrer les prêtres de la ville et piller leurs églises, à seule fin d’enrichir leur propre curé et leur seule paroisse.

J'ai observé ce mème esprit jaloux et chauvin partout cù j'ai passé. Un missionnaire peut donc être sûr d’être aimé, chez les Dénè, du moment qu’il se déclarera leur pasteur et de—

meurera avec eux. Je connais des Français qui auraient besoin de prendre exemple sur ce bon peuple, non pas, à la vérité, pour mépriser et dédaigner les pasteurs des environs, mais pour apprendre à respecter et à estimer un peu plus celui que la Providence leur a donné pour père.

Je pris mon logement chez;un Esclave chrétien nommé Zouzé-tchô, le grand Joseph, homme très doux, aimant et d'une simplicité d'enfant, ce qui ne l’empêchait pas d’être un excellent chasseur, bien qu'il se fût crevé un œil à la chasse, dans sa jeunesse. Ce cas est très fréquent chez les sylvicoles. Sa femme était aussi bonne que lui, et tous deux avaient des traits de Kirghiz.

C'était le quatrième jour de mon voyage.

J'étais fatigué par la course dans les steppes, et ne fus pas fàché de n’avoir pas à prècher ni à catéchiser, cette même soirée. Je la passai à épuler et converser avec mes hôtes, en passant en revue tous les événements marquants qui s'étaient accomplis depuis ma dernière visite.

Le lendemain seulement, après la messe et une instruction en peau-de-lièvre, je visitai les malades du camp et entendis les confessions.

On m'apporta, ce jour-là, une grande quantité de victuailles consistant en viande fraiche, flancs de renne boucanés, dépouilles, pains de graisse fondue, graisse douce, moelle crue et os à moelle, sacs de viande pilée, peaux et lanières. Je rétribuai tous ces dons de mon

para aura liéne aura que .

de le secri dans hont sens tait ( est &

mieux, afin de nerien devoir à personne, comme saint Paul, et de ne pas encourir le reproche de n’aller si loin, chez les Indiens, que pour mettre leurs provisions à contribution.

est que, par le fait, j appris dans ce Camp, que le petit M. Taylor, qui jusque là avait été si bon pour moi, avait fini par selaisser mordre au cœur par le démon de la jalousie, et qu'il ne pouvait plus souffrir de voir mes ouailles me combler de dons en victuailles, bien que ses hangars regorgeassent de provisions et qu'il ne sût plus qu'en faire ni où les mettre. Mais il aurait tenu, l'excellent gentleman, à me continuer sa protection et J’aide qu'il m'avait toujours donnée avec tant de générosité; et il considérait comme une espèce d’injustice que

je ne dépendisse plus que de mes néophytes.

Cette émancipation le rendait jaloux.

Jusque là il n’y avait pas de mal. Mais il parait que lui et ses serviteurs protestants auraient usé de certaines calomnies, pour m’aliéner l'esprit et le cœur des Indiens. Il leur aurait dit que mon baptème les faisait mourir, que la religion catholique éloignait les rennes de leur pays, qu’elle était la cause des maladies secrètes ou cutanées qui faisaient irruption dans le pays, et autres insanités indignes d’un honnête homme ou même d’un homme de bon sens.

— « Mais, ajouta Zouzé-tchù qui me rapportait ces racontars, la fausseté de ces discours est si évidente qu’ils ne peuvent parvenir à

Page 1