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identique à celle des premiers patins. Le laçage seul varie. [Il se compose d’une natte très forte, carrée et espacée, afin que la neige n’adhère pas après les pieds en y formant de petits boutons de glace qui le blesseraient durant la marche.
Enfin en avril-mai, quand les neiges fondent et se changent en un brouet épais et liquide, les suspensions (4a) à rennes sont mises de coté, et le chasseur se fabrique des raquettes à cygnes, qui sont toutes petites, et dont il se servira jusqu'à l'apparition des premiers voliers de cygnes-trompette.
Et n’espérez pas que le Dènè conserve ces chaussures à neige ou snow shoes d'une année à l’autre. Non. La saison passée, les raquettes seront brisées, et leurs lanières détortillées serviront à d’autres usages. Ce n’est pas de l’imprévoyance; mais ainsi le veut le La gofwen ou observance des raquettes. Quant à chasser le renne avec des patins d'automne, et le castor avec des patins à rennes, c’est là une transgression qui ferait de l’Indien un hérétique aux coutumes de ses ancêtres et dont il ne se rendra pas coupable, parce qu’il croirait rompre avec toute l’économie de la vie du désert, sa vie à lui, et, par conséquent, exposer celleci à lui être enlevée avant le temps prescrit par la destinée. Sans cette conformité aux gofiwens ou tabous, rennes, castors, cygnes et gibier ailé disparaïitraient à jamais. Telle est sa conviction et vous ne la lui arracherez pas,
À quoi bon le taquiner et le chagriner, d’ailleurs’ On ne réforme pas leshommes enun jour.
Je m'occupai, dans ce camp, à me procurer trois jeunes gens résolus qui voulussent bien m'accompagner chez les farouches Esquimaux, au mois de juin suivant. Paul A/él8, le Battefeu, m'avait déjà donné sa parole. Je devais le rencontrer à l'embouchure de la T'élini-Dié, le 10 juin. Un autre jeune homme que je venais de baptiser, un Cir concis, orand observateur des rites des forêts, Edouard Nni-k'achyé, la Mousse qui croit, s’offrit pour ètre mon second. J'auraissurtoutvouluavoir Nninkon,parce qu'il était grand et fort, vaillant et laborieux, et surtout doux, obéissant et raisonnable. Mais il avait déjà engagé sa parole envers M. Taylor, pour se rendre au Portage de la Loche, à titre de matelot-portefaix, et il ne pouvait plus revenir sur son engagement. [ln’yarien àquoiles Dènè tiennent davantage qu'à leur parole donnée librement, Mais j'obtins de ce bon serviteur qu’il descendrait avec moi jusqu’au Mackenzie, pour diriger et gouverner mes deux pirogues d’écorce. L'infortuné ignorait alors que ses dixneuf ans ne pourraient supporter les énormes fatigues d’un tel voyage, et qu'il ne reverrait plus ses forêts ni ses steppes. Pauvre enfant, wort à la fleur de l’âge, sans avoir connu les douceurs de l’hymen, sans même avoir reçu la grâce baptismale! Les desseins de Dieu sont impénétrables.
Le 29 avril, trois jeunes gens qui étaient allés
au fort Norman à mon insu, pour y porter des provisions sèches, nousapprirent, àleurretour, avec ces grandes marques d'étonnement et de Joiequetémoignentchaque annéecessylvicoles, en contemplant la résurrection de la nature, morte et glacée pendant de longs mois, que toute la neige était fondue sur le lac et d un les bois, que l’on ne pouvait plus se servir de raquettes, et que l’on enfonçait jusqu'aux mollets dans l’eau de neige fondue.
J'eus le tort de m’alarmer de cette nouvelle. Je pensais à ma viande fraiche, qui devait être enfouie sous l’eau et en train de se putréfier: à la privation de provisions où cet accident devait me plonger; à l'impossibilité où j'allais me trouver de faire découper et boucaner cette viande, si je ne partais le plus tôt possible, et je résolus de quitter le camp cette mème nuit.
Je fis part de ma résolution à mes ouailles. Je priai Nninkon d'avoir à se préparer, et je fis moi-même mon paquet. Mais je m'aperçus une fois de plus que, lorsque l’on est à la mercides . nomades, on est loin de pouvoir toujours agir
à sa guise, à moins de rompre avec eux et
d'être parfaitement indépendant. Sinon, leur humeur tyrannique d'enfants gâtés prend le dessus et veut avoir sur vous droit de maitrise. Or, je n’ai jamais souffert, à tort ou à raison, que mon semblable me mit le pied sur le cou, toutes les fois que j'ai pu être maitre de mes actes. Lors donc que les parents de Nninkon me signifièrent que mon serviteur leur était
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devenu nécessaire, et qu'ils ne pouvaient me le céder de nouveau, je résolus de me passer de ses services :
—« Peu importe, leur dis-je, K'oulou-k'oulou! Je partirai seul. Vous savez que je n'agis pas en enfant. Quand je fais une chose, c’est que j'en vois la nécessité. Je partirai un peu après minuit, parce que mon retour est devenu indispensable à mes intérêts. Je crois avoir assez servi les vôtres, pour le moment. Nous nous reverrons chez moi un peu plus tard. »
Ma déclaration fut accueillie par des éclats de rire qui me mirent de mauvaise humeur.
— « Kli-gofwen adi, ikkè la, na‘ét'a, s'écria Etiri-tchô, le Grand-Monstre. Il est farceur, notre Père, il aime à plaisanter. Il lui serait impossible de retrouver seulement le rivage du Grand Lac des Ours, et il parle de s’en aller au fort Norman tout seul? Ah! en vérité, il est farceur quand il veut nous faire rire ! » Et il accompagnait sa tirade de ricanements moqueurs.
—- «Farceur ou non, lui répondis-je, de l'air le plus sérieux et même un peu vexé, vous me verrez partir cette nuit, et je vous prouverai que je puis me conduire à travers bois aussi bien que l’un d’entre vous ».
Is ignoraient le phénomène de la boussole, un instrument qui ne me quittait jamais, pas plus que ma montre, mon baromètre et mon thermomètre. D'ailleurs, je m'étais parfaitement orienté, la position du soleil eût suffi pour
que j’eusse pu me diriger; car il faisait déjà jour toute la nuit, et enfin je n'avais jamais éprouvé le vertige de l’égarement.
En rentrant chez moi, j'entendis le Grand- Monstre qui disait à ses compagnons :
— « Il ne faut pas vous troubler de tout ce que notre Père vient d'affirmer. Soyez certains qu'il se gardera bien d’exécuter son projet.
Est-il croyable qu'un Blanc se sente capable de se rendre chez lui, d'ici, tout seul ? Ces genslà ne sont pas des ommes (1), pour se conduire comme nous à travers bois. Encore, s’il me demandait un de mes trois fils pour le guider! Mais, non, tout seul ! Est-ce croyable? »
L'Efflanqué, le Métis peau-de-lièvre, lui répondit :
— « Tu te trompes grandement, sé quen, mon beau-frère, si tu penses que notre Père, reculera devant cette difficulté. Il ne ressemble pas aux petits engagés du fort, quine peuvent pas faire quatre pas dans la forèt sans s’y égarer. Puis, il a la tète dure comme du fer. Ce qu’il se propose de faire il le fait. S’il a dit qu'il partira, il tiendra parole. Les prêtres ne nous ressemblent pas. Nous parlons beaucoup et ne faisons rien. Eux, ne disent pas grand’chose; mais ce qu'ils ont concerté ils l’accomplissent. »
Le 30 avril, de grand matin, je confiai à monsauvage mon traineau et tout mon bagage,
(1) Des Déné.
afin qu’il me les ramenât plus tard, quand la glace du lac serait libre. Je ne pris qu’une légère gibecière en filet, /'é-m1, dans laquelle je glissai deux pluts-de-côte boucanés, un gobelet et mon bréviaire. J'y joignis une de mes couvertures et une petite hache bien acérée, Je mis dans mon sac-à-fumer de l’amadou, des allumettes, un batte-feu, un silex et de l'écorce de bouleau; et je partis, avec ma boussole dans ma poche. J'avais calculé que, en moins de deux heures de marche dans l'Est, je devais atteindre le rivage du Grand Lac des Ours. Li était toute la difficulté. Le reste n’était rien, et, le soir même, je comptais bien coucher chez moi.
Mon départ plongea mes ouailles dans une stupéfaction que je ne pus m'expliquer. Qu’estce que deux heures de marche dans le bois ?
Je vous le demande. Ils s’entre-regardaient sans mot dire. À la fin, le Grand-Monstre, blessé sans doute de ce que je me passais du concours de ses enfants, s’écria d'un air dépité :
— « Aré-khé,mesamis, je vous dis, en vérité, que notre Père a perdu la tête.
— « Je vais te montrer, Grand-Monstre, mon fils bien aimé, lui répondis-je en riant, que j'en ai autant et plus que toi. Si vous doutez que je puisse par moi-même gagner les bords du lac, que l’on me suive à distance. Vous verrez bien si vous avez affaire à un détraqué ou à un homme sensé. »
Là-dessus je les quittai.
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Je me convainquis bien vite que j'avais entrepris une rude tâche. Non seulement on ne voyait de partout que flaques d'eau, froide comme la glace; mais encore le peu de neige qui ne fût pas fondu était suspendu dans le vide sur les herbes, les buissons, les embarras inextricables de cette forêt vierge; de sorte que. lorsque je croyais trouver, en cette neige, une surface solide, un banc épais, où je ne fusse pas mouillé, elle s’effondrait tout d'un bloc, et J'enfonçais jusqu’à mi-jambes dans les flaques d'eau froide qu'elle m'avait dérobées.
Les raquettes ne m’étant, dès lors, d'aucun usage et ne servant qu’à obstruer ma marche, Je les avait retirées et les portais sous mon bras. Mais le pireétait un froid intense que j'éprouvai bientôtaux pieds et aux jambes; parce queje ne marchais que dans de l’eau de neige jusqu'aux mollets, et que je ne pouvais espérer de me réchauffer en marchant. Cependant je n'hésitai pas une seconde à effectuer mon voyage. Puisque les sauvages pouvaient supporter ces désagréments et endurer cette souffrance, pourquoi ne j'aurais-je pu moi-même? Je ne voulais pas leur montrer moins de pouvoir d'endurance et de stoïcisme dans la douleur.
Je compris alors que les Dènè, qui connaissaient tous ces inconvénients d’un voyage au printemps, n'avaient tant insisté pour me faire temporiser que parce qu’ils voulaient donner à
l'eau de la fonte le temps de s’écouler sur le lac, et à l’eau qui couvraiilel#c celui de filtrer
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à travers la glace, en laissant celle-ci vive et étanche,
Je compris aussi et alors seulement que j'avais commis une sottise en agissant avec hauteur et suffisance. Je déplorai ma présomption quand je sentis, dans mes jambes, qui gelaient, la conséquence de cette roideur de caractère qui m'avait empêché de me rendre aux raisons de gens plus expérimentés que moi.
Mais revenir sur mes pas comme un lâche, essuyer les quolibets et les risées de mes néophytes, en montrant de la faiblesse, oh! jamais de la vie. Plutôt périr dans les bois. C'eût été commettre une brioche plus grosse que la première. C'ent été compromettre ma réputation de voyageur résolu et d'homme du nord rompu à la misère. À quelque chose malheur est bon, me dis-je par fiche de consolation.
Quand tu auras goûté un peu de souffrance, mon fils, tu croiras plus facilement aux conseils de tes amis. Et je continuai à marcher à srandes enjambées vers l'Est.
J'étais sûr, très sûr de la direction à tenir, et sans anxiété de ce côté. Mais j'étais trop couvert pour ne pas transpirer beaucoup sous la surcharge de mes vêtements, et je soufflais comme un bœuf, brûlant comme un fiévreux de la tète à la ceinture, et grelottant de froidde la ceinture à la plante des pieds. De quoi gagner une pleurésie mortelle, quoi ! Mais est-ce qu'on prend des pleurésies, des fluxions de poitrine,
des bronchites, dans ce singulier pays et sous ce climat rigoureux ? Je n’en avais jamais entendu parler. Je n’y pensai done même pas.
Au bout de trois quarts d'heure de marche, j'entends derrière moi : < Hum! hum! ». Je me retourne et qui vois-je? Nninkon, le bon garcon, qui me suivait de loin, son fusil sur l'épaule, une gibecière et une couverture comme les miennes, en sautoir, et qui forçait le pas pour ine Joindre.
Sans me dire un mot, sans témoigner ni joie ni mauvaise humeur, il me dépassa et prit les devants. Je le suivis dans le même silence, et sans lui demander l'explication de sa conduite; mais non sans Jubiler intérieurement de me voir un compagnon de route.
Pendant vingt minutes encore il garda là mème direction vers l'Est; puis je m’apercus qu'il obliquait trop au nord et je lui en fis l'observation :
— «Tu t'éloignes du lac, lui criai-je. Cela va allonger la route.
— « Je lesais, répondit-il tout en marchant.
Aussi n'est-ce pas décevant de s’en retourner si vite, à travers une contrée mise dans un tel état par le dégel, alors que je comptais prendre un bon mois de chasse au castor, avec mes parents ?
— « Libre à toi, Nninkon, fis-je avec douceur. Me suis-je fâché contre toi, en te laissant au camp? Ce n’est qu'un jeu, n'est-il pas vrai! de se rendre d'ici au fort Norman, L'eau froide,