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conifères, mes deux compagnons allaient se trouver en pays nouveau et inconnu, tout aussi bien que moi. La seule supériorité qu'ils pouvaient dès lors avoir sur moi consistait donc dans cetinstinet du sauvage qui est le résultat de la vie des bois, de la solitude et des marches fréquentes en pays inconnus. Cet instinct je l'acquis, à la vérité, mais je ne le possédais pas encore.
Du fort Good-Hope à la rivière des Peaux-de- Lièvre, je m'étais dirigé vers le Nord-Est. En remontant ce cours d’eau, j'obliquai dans l’Est- Sud-Est, puis ensuite vers le Nord-Est; mais la direction générale de notre marche était en plein Est. Dépourvu des moyens de prendre le point, je me rendais compte de la distance que nous parcourions chaque jour par la différence du temps réel que me donnait le soleil, avec le temps moyen qu’indiquait ma montre. Je savais que la différence horaire d’un méridien à un autre est de 3° 7” en avance, quand on se dirige vers l’orient, et en retard, quand on marche vers le couchant. Je savais aussi que le degré de longitude, qui, à l'équateur est égal à un degré de latitude, c'est-à-dire qu'il mesure 60 milles géographiques, soit 111 kilomètres 120 mètres ou 20 lieues marines, n’est plus, sous le Cercle polaire, que de21 milles géographiques, soit de 38 kilomètres 892 mètres, ou 7 lieues. marines; ce qui fait 9 lieues kilométriques et un quart.
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longitude d’un point quelconque, que l'on voyage plus près des pôles. Ainsi on peut se rendre compte de la longitude où l’on se trouve, à lalatitudedeGood-Hope,en comparant l'heure à laquelle le soleil se lève en ce lieu avec celle que l'astre accusait au point de départ. Et mème, sans plus tenir compte de la différence horaire, il suffit d'évaluer le temps que l’on met à franchir une lieue géographique, et d'établir ensuite une moyenne proportionnelle pour le restant de la journée de marche. Mais il faut, à cette fin, connaitre la latitude et la longitude du point de départ. Or ces calculs m'étaient fournis par la carte de Franklin, de 1825, et par celle beaucoup plus récente d’Arrowsmith : latitude nord 66° 20’; longitude 1530° 51’ à l’ouest de Paris. Comme nous approchions de l’équinoxe du printemps, Je réglais donc ma montre au soleil levant, et, me mettant en marche vers l'Est, aussitôt que J'observais
| une différence de 3 minutes 7 secondesentre le lever de l’astre et l'heure indiquée par ma …) montre, je jugeais que j'avais franchi un " degré géographique, c'est-à-dire 38 kilomètres
892 mètres,
On medit, à Paris, en 1875, que ma méthode n’était pas scientifique. On ne peut cependant nier qu'elle ne soit correcte etexacte, eu égard à la facilité que j'avais, à une telle latitude, de franchir et au-delà, en un seul jour, un degré géographique n'ayant plus que 7 lieues marines.
Quant à la différence horaire entre Paris et le fort Good-Hope, elle est de # heures et, minutes en retard, pour ce dernier point.
La Roche-aux-Aigles est l'extrémité méridionale de la Terre-haute ou T'-gotchô. Le courant de la Peau-de-Lièvre y est si rapide qu'il n’y gèle que dans les hivers rigoureux. Nous devions bientôt en faire l'expérience à nos dépens. Il y atteint une vitesse de 12 à 15 nœuds à l'heure. Le bruit que fait le gravier au fond de l’eau, en roulant sous la poussée des flots, est tellement fort, qu'il produit l’eftet du susurrement d’une chaudière en ébullition.
J'avais déjà remarqué ce bruit dans le Mackenzie, au fortappelé le Castor-qui-déboule.
Après le déjeuner, nous reprimes notre marche, lorsque, étant parvenus à moins de deux kilomètres de la Roche-aux-Aigles, la glace avec son revêtement épais de neige céda toutà coup sous les pieds de Dzan-You, et précipita le jeune homme dans la rivière, Par bonheur, une de ses raquettes demeura accrochée à la portion de la glace qui n'avait pas fléchi , de sorte que, au lieu de pionger perpendiculairement, l’Indien tomba en avant, défonça la glace du poids de son corps et ne s’engloutit que jusqu'aux aisselles.
J’allais m'élancer au secours de mon pauvre serviteur, lorsqu'il me cria de n’en rien faire, de crainte que nous ne fussions noyés tous les deux. Alors, avec une légèreté et un sang-froid remarquables, il étendit les bras autant qu'il
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put, allongea celle de ses jambes qui était demeurée suspendue, et la fixa sur la glace stationnaire. Il y placa doucement l’autre, toute dégouttante d'eau, se roula sur lui-même comme un tonneau, en occupant le plus de superficie possible; puis 1ls se mit à ramper vers le rivage, qu'ii atteignit sain et sauf.
Bèh-foulé et moi nous y étions déjà rendus, et je m'empressai de délacer mon traineau pour en tirer des couvertures dont j'enveloppai Hyacinthe, pendant que le premier se hâtait d'allumer un grand feu, tout en riant aux éclats de la mésaventure de son compagnou.
Nonobstant la promptitude que nous mimes dans ces secours, le guide aurait pu se geler à mort si latempérature, qui avait été très froide à notre départ, ne s'était radoucie un peu avant midi. Cet accident, qui aurait pu si facilement occasionner un malheur, nous obligea à bivouaqueren ce lieu.
Le 7 mars, nous commençämes à distinguer au loin, sur la rive gauche, la chaine aride et anguleuse des Grands-Rochers rouges ou dé- | nudés. Leurs arêtes précipiteuses, leur effrayante stérilité et l’éclat des neiges qui les couvrent, présentent l’iuage de la désolation.
Cependant, cette chaine, qui relie les Montagnes-Rocheuses du rapide Sans-Sault aux montagnes Ti-della, que nous devions bientôt traverser, surmonte un haut plateau bien boisé que l'incendie à respecté jus 'rici et qui est si richeenrennes,caribous, orif, aaux, ainsi qu’en
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animaux à fourrures, que les Peaux-de-Lièvre l'ont nommé avec justesse Ékodi-Étae, le Siège de la Vie. En 1869, les chasseurs du fort Good-Hope, ne trouvant pas de rennes à proximité de ce poste, S s'étaient enfoncés jusque dans les forêts épaisses et accidentées de cette région. Je profitai de leur sentier, et, au lieu de suivre les méandres de la rivière des Peaux-de-Lièvre, je traversai le Siège de la Vie jusqu’à l’endroit où la chaine des Rochers- Rouges se soude à Ti-della, sur les bords dudit cours d'eau.
Le lit de la Peau-de-Licvre se ressent du voisinage de ces montagnes. C'est une large et aride ravine, un cañon dont la profondeur varie entre 150 et 400 pieds, aux pentes abruptes, souvent presque verticales ettoujours disposées en éakokrälè ou terrasses naturelles, qui présentent une régularité telle qu'on les croirait l’œuvre d’une population de géants.
Ces assises de granit sont à peu près stériles. Deux autres cours d’eau aussi profondément encaissés se jettent dans la rivière des Peauxde-Lièvre, l'Ékodi-étaé-niliné, sur la rive gauche, et la Nné-yé-inlinè ou rivière Souterraine, sur la rive droite.
Ce dernier cours d’eau prend sa source dans le nord. Il sort à gros bouillons d’une assise de rochers; mais pendant douze ou quinze lieues il serpente dans le sein de la terre; car il est formé par le trop plein du lac du Siphon, Nné-yé-inlinè-trouè, qui s’engouffre en tour-