‹ Exploration de la région du Grand lac des Ours [microforme]Chapitre 31 sur 54 · SEEN · texte numérisé non relu

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Seulement, il fallait encore y pénétrer, et nous n'avions ni ballon ni échelles. Au lieu d’un col franchissable et d’un sentier pratiqué par les hommes ou par des mouflons, nous nous trouvions sur la crête d’un affreux précipice fouetté par le vent, et arpentant une neige mal assise, qui se dérobait sous nos traineaux et roulait dans l’abime par petites avalanches qui y entrainaient aussi des cailloux.

jien que j'aie la tête froide et solide, je n’ai pas assez de nerfs pour me promener à de telles hauteurs avec assurance etdélectation.J’éprouvais certains frissons sous la plante des pieds qui m’avertissaient du danger que je courais. Seul, je n'aurais pas pu cotoyer cet abime, au risque de faire le saut avec mes pauvres chiens. Ceux-ci même manifestaient,en obliquant sans cesse à gauche et en se détournant du précipice, que leur nature n’était pas celle des félins, et que Dieu ne les avait pas plus que moi créés pour se promener dans les gouttières, au bord des toits.

Mais on fait bien souvent en compagnie, par respect humain, amour-propre ou émulation naturelle, ce que l’on n'oserait pas tenter tout seul. Et je suivis mes trois sauvages, gens dont la tête tourne à monter un escalier, mais qui conservent tout leur sang-froid au sommet d'une montagne; parce que, disent-ils, elle est très solide et ne risque pas de s'effondrer sous le poids de leur corps, comme pourrait le faire un escalier en bois vermoulu.

Bientôt nous dûmes doubler un second promontoire, qui formait presque un angle droit avec le bord que nous avions suivi et dont le précipice était encore plus effrayant, parce qu'il était double. Les vents avaient tellement battu et balayé cette tête de phorphyre rouge, qu’elle en était pelée et dénudée. Pour le coup, mes chiens ne voulurent plus suivre les Indiens.

Ils se collèrent au rocher avec des sifflements douloureux qui exprimaient leur terreur. Cependant nous le contournâmes et atteignimes enfin une pente, une moraine ou talus d’éboulement, qui se creusait en entonnoir entre deux caps avancés, et atteignait en forme d’oule le pied de la montagne. Nous pûmes y dégringoler facilement grâce à la neige qui la garnissait. Mais si la rivière T'’a-wélini, à laquelle cette pente se termine par une sorte de rainure du rocher et un saut d’un mètre cinquante, n’eût été congelée, jamais nous n’aurions pu pénétrer dans le pays du Diable par une si singulière entrée.

Une fois, sur la glace tout alla bien et nous arrivâmes sans obstacle au lac du Diable ou de la Truite géante, assez à temps pour bivouaquer commodément à l’abri de la montagne 7''on- 1y oué.

Cette année-là, je ne poussai pas plus loin mes découvertes géographiques de ce côté; mais, le 8 février 1871, ayant dû me rendre à pied de ma résidence de Good-Hope à celle de la Providence, distante de la première de 301 lieues

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Je tenais à compléter mes nouvelles découvertes en les reliant à l'itinéraire que sir John Franklin avait tenu à travers bois, entre le Grand Lac des Ours et le fort Simpson. D'un autre côté, je n'étais pas fâché d'achever de détruire les préjugés des sauvages touchant ce prétendu pays du Diable, en le parcourant dans toute son étendue. L'avenir prouva que je n’avais pas trop présumé de mon influence ; car, sitôt après mon passage, les Indiensrecommen- , cèrent à fréquenter ces beaux parages et à y/ chercher leur vie. Maintenant, ils sont habités. | C’est un service que je leur ai rendu.

Instruit par les deux tentatives précédentes, j'avais pu faire, cette fois, plus de diligence, et allai diner, à midi de la quatrième journée de course, à l'extrémité du lac T''a-wélini. Il ne justifia nullement saréputation tartaresque. Je ne lui trouvai pas, non plus, des proportions aussi considérables que celles qu’on lui avait prètées. Il ne mesure que 15 à 16 kilomètres de long sur 4 de large, et est entouré de montagnes boisées, à l’ouest et à l’est. Mais, du sud au nord, il est traversé par le cours tortueux de la rivière de même nom, qui, à son extrémité méridionale, n’est qu’un bras de rivière très court qui y déverse les eaux du beau lac des Grands-Foins, K{6-k'akha-ti-t'oué.

Comme les seuls monstres connus que je

rencontrai sur ces beaux lacs furent quelques rennes qui le traversaient à pas lents, je les baptisai de noms chrétiens, ceux de deux amis du fort Good-Hope, MM. Kearney et Gaudet.

Je campai sur une pointe allongée qui occupe la moitié du lac des Grands-Foins. La direction de ce bassin est du sud-est au nordouest, parallèlement à la chaine des monts Békkè-dénatchay (montagnes des Frimas) qui borde le Mackenzie. Une autre chaîne moins élevée, T'a-tchini-nènêé (Terre à pic dans l’eau), forme sa cuvette, à l’orient.

Pendant la cinquième journée, j'atteignis la source de la T'a-twélini, qui est le lac de la * Médecine, Nadidéè-t'ouë, charmant bassin qui imite les /ochs de l'Écosse. Des collines boisées y trempent leur pied. Des sapins, des trembles et des bouleaux lui forment une verte ceinture, tandis que le fond du tableau est occupé par deux pylones gigantesques que séparent une ouverture perpendiculaire, pratiquée par la nature dars la chaîne précipiteuse des Békkédénatchay.

Ce défilé remarquable livre passage à la rivière aux Carpes rouges, Dédelli-djyan, qui est tributaire du Mackenzie.

Mais la petite carte routière, que m'avait tracéc Vni-tchon-tchèlè six ans auparavant, ne me co. 'uisait pas dans cette direction. Elle me comiandait de suivre un autre défilé montagneux, perpendiculaire à celui de la Dédelli, et qui est occupé par d’autres grands lacs. Un

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