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sentier devait y avoir été pratiqué jadis. Nous le découvrimes après quelques recherches et le retaillâmes de nouveau à la hache, ce dont je me fis surtout une fête, tellement j'étais ravi de la beauté et du pittoresque de cette contrée.
Il est absolument impossible, d’ailleurs, de faire fausse route dans cette gorge, à moins de franchir les montagnes-remparts qui la forment, ce qui nese peut par distraction ni maladresse. De plus, on y est parfaitement à l'abri sous une forêt épaisse. Le seul inconvénient qu'on y rencontre est qu'il y règne des vents impétueux qui en transportent sans cesse la neige à l'extrémité opposée à celle par où ils s’y engouffrent, et qu'il s’y trouve beaucoup de sources qui tantôtconvertissent la forêt en glacier, et tantôt en mares d’eau vive.
Néanmoins nous bivouaquâmes dans ce défilé et n’en atteignimes l'extrémité méridionale qu'à 8 heures du matin, le sixième jour, 13 février. Il mesure en tout de 4 lieues et demie à » lieues de long, et affecte une forme semicirculaire. Resserré entre les montagnes, ilest parsemé de petits lacs en entonnoir dont la glace est toujours vive et très épaisse. L'un d’entre eux est la reproduction fidèle du Miror Lalce de la vallée de Yosemite, en Californie.
Le lac du Carcajou géant, T'ou-"a-koétié ou Tr'ou-"a-kountié-t'oué, lac du Monstre aquatique, se trouve à l'extrémité du défilé. Il a les mêmes dimensions que le lac des Grands-Foins
etse trouve enfermé de toutes parts dans des montagnes d'aspect granitique.
A en croire la tribu des Cochons, ce lac dévait être le plus terrible de tous les lacs de cette région hantée et infestée de monstres. Ses flancs congelés recélaient, disaient les uns, un plan:tigrade gigantesque, non'a-tchô. D'autres disaient une hydre, {'ou-édétay; un monstre buveur d’eau, t'ou-lkoudhi, un bœuf ailé ; y'ikône, dont l’antre se voyait indubitablement au pied d'une montagne. Restait à savoir laquelle, ut je l’aurais certainement cherchée avec soin pendant toute la journée, s’il y avait eu moyen de tenir en place sur la glace. Mais jamais de la vie je n’ai eu à lutter contre un vent debout aussi glacé et aussi violent, et ce vent, qui y soufflait en ouragan, est occasionné par le défilé lui-même. Tatéhoyé m’assura plus tard qu'il règne en tout temps dans ces lieux, l’aire seule varie, et je ne serais pas étonné que ce füt là le seul mystère du lac. La glace, tout à fait dépourvue de neige, y était extrèmement glissante et nous eûmes toutes les peines du monde pour y courir sans tomber.
Ce fut une traversée bien rude et bien terrible que nous dûmes toujours exécuter au galop. Je donnai à ce beau bassin le nom de mon évêque, Mgr Faraud. C’est un faro lac.
Que penser maintenant de la croyanre superstitieuse des Peaux-de-Lièvre touchant le lac du Carcajou ou du Diable N°2? D'après les Cochons, seuls arbitres en cette affaire, on en-
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tend d’abord des bruits souterrains dans une montagne riveraine du lac. Puis l’eau s'élève en grondant à sa surface et se met à bouillonner comme si un feu souterrain la mettait en ébullition, et lorsque cette effervescence a lieu à la fin de l'automne, le lac ne gèle pas de tout l'hiver dans ces parages. Mais ce phénomène est intermittent et ne se reproduit qu'à dé longs intervalles.
Voilà, il me semble, qui réduit la fable du monstre lacustre à ses véritables et saines proportions. Il s'agirait donc d’une source chaude et intermittente telle que celle que les Grecs attribuaient au Céphyse, au pied du mont Œta. Je me rappelai alors les schistes bitumineux et les lignites en combustion, qui bordent le revers occidental de la chaine Békkè-dénatchay, dans lesquels la légende indienne voit les cuisines du terrible géant Yanakfwi-odinsa.
Serait-il impossible que ces feux souterrains fussent en corrélation avec les ébullitions du lac du Carcajou, et ne pourrions-nous pas voir, dans cette effervescence des eaux, l’éruption d'un petit volcan sous-lacustre ?
En 1872, ayant repassé par la même route avec un seul sauvage, je vis de longs panaches de fumée sortir des rivages orientaux du lac suivant, et enfin, en 1878, je vis d’autres panaches de fumée, bien plus grands et en plus grand nombre, s’exhaler des rivages occidentaux dudit lac Les grondements souterrains, le mouvement des eaux peuvent donc avoir
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pour cause efficiente une éruption d'eau thermale intermittente. Je dois confesser, toutefois, que je n’y ai jamais aperçu d'autre phénomène naturel que les fumées ou boucanes dont je viens de parler ; et cependant j'ai parcouru tout le pays du Diable quatre années, après l'avoir découvert et rendu au Indiens.
Le lac du Carcajou n’est séparé du suivant que par un tout petit bras de rivière, dans la glace duquel nous trouvämes un gros élan pris et congelé. Sans doute que la malheureuse bête ayant voulü traverser la glace encore faible de l’automne, elle s'était rompue sous son poids, sans que l'animal ait pu achever de la briser en nageant, ni réussir à y monter pour se sauver. Nous détachàmes, pour nos chiens, quelques quartiers de cette viande changée en dure pierre; mais nous ne pûmes venir à bout, à quatre, de dégager entièrement l’orignal; la glace était trop épaisse.
Le lac suivant est celui du Castor géant, . Tsa-tchô-ta-til'oué, auquel j'imposai Ie nom du , grand pontife Pie IX. Toute sa surface, soi- , gneusement balayée par des vents viclents, était aussi lisse et polie que celle du rrécédent. On aurait dit une immense dalle de marbre brèche. Par la profondeur des lézardes dont cette glace était craquelée, je jugeai que son épaisseur n'était pas moindre de 6 à 8 pieds. Ce lac, comme les trois précédents d’ailleurs, s'étend d'une montagne à l’autre, sans autre rivage qu'une étroite lisite stérile et caillou-
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Au galop de nos chiens de trait, son entier parcours ne nous demanda que six heures, ce que j'évalue de 38 à 40 kilomètres au minimum. L'année suivante, à la marche quoique d'un bon pas, le parcours de ce même grand bassin me prit tout une journée d'hiver. Toutefois, j'avoue qu’il est moins vaste que le beau lac Vatimesnil, que je découvris en décembre 1878, à l’ouest du Grand Lac des Esclaves (1). Je campai à l'entrée de la Grande Baie, /atchô, et, le 14 février, déjeünai bien au-delà de l'extrémité méridionale du lac, au bord de la rivière qui en sort et qui est tributaire de la déverse du Grand Lac des Ours. Ce cours d’eau, plus large que la Marne, relie entre eux un nombreux chapelet de lacs dont quelques-uns, parsemés d’ilots boisés, sont très pittoresques. Le dernier, le lac des Saules, Kk'ay-lon-t'oué, donne son nom à la rivière. Nous ycampâmes ce soir-là; puis, au lieu de gagner la Télini- Dié, je me rendis directement au Grand Lac des Ours en deux journées de marche forcée.
Le 16, à 7 heures du soir, je revoyais les pénates solitaires de ma mission Ste-Thérèse, où je me reposai toute la journée suivante.
J'ai dit plus haut que je m'étais proposé de me rendre du fort Norman du lac des Ours au
@) Émile Petitot. Autour du Grand Lac des Esrlaves. Paris, 1801. A. Savine, édit. p. 340.
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fort Simpson, par la voie de l’intérieur qu'avait suivie le célèbre Franklin, Le 20 février 1827. 1] évalue cette distance à 117 lieues kilométriques qu’il répartit ainsi : 24 lieues de steppes, — nous les connaissons déjà —, 78 lieues et demie de forêts, et 14 lieues sur la glace du fleuve. Ces 14 lieues, je ne devais pas les faire sur le Mackenzie, parce que, ayant suivi un autre itinéraire parallèle à celui de l'explorateur anglais, et situé un peu plus à l’est, je n’atteignis le fleuve qu’à environ deux milles en avai du fort Simpson, pas tout à fait une lieue kilométrique ; tandis que Franklin y descendit sous le 63 de latitude, au rapide des Petits-Poissons, L’oué-ya-mi.
Franklin accomplit ce voyage sur le dos, mollement étendu dans un traineau-carriole que conduisait un de ses gens. Ilavaitaveclui deux autres traineaux chargés de bagages et de provisions, et était accompagné de dix hommes, cinq Anglais, quatre Plat-côtés-dechien et l’'Esquimau Oglibouk. Quant à moi, parti également dans un traineau, je netardai pas à mettre pied à terre pour me comporter comme je l'avais fait dans tous mes voyages précédents, c’est-à-dire pourarpenterlesneiges à pied et à la raquette. J'avais cinq hommes et trois traineaux, m'étant muni au lac des Ours de deux guides, dans les Indiens Alexandre Æhtvié, et Paul Alèlé, qui, en 1867, avaient déjà fait ce voyage de concert.
Je franchis les 24 lieues de steppes de lichen
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sans rencontrer âme qui vive, sans voir un seul renne, pas même un ptarmigan ou une gelinotte des neiges. Tout offrait l’image de la mort et de la désolation dans ces désert: plantureux où la vie s'était affirmée jusqu'alors par des milliers d'animaux vivants et comestibles, qui y attiraient de nombreux clans indiens. Je me demandais si les meurtres d'innocents enfants froidement perpétrés par les Flancsde-chien, n’a; pas attiré sur leur affreuse patrie le coui:ous uu ciel.
J'étais parti de Ste-Thérèse le 18 février. Le 25 je traversaile joli lac des Lacets dela Terrehaute, Roë-ti-gotchü-l'oue, qui n’a que trois lieues de long.Il sedéverse dans le lac des Eaux- Noires et s’étend au pied de la buttedite du Ratmusqué, Dzen-tchô-khin. C'était le point le plus éloigné vers le sud que j’eusse atteint par cette voie de l’intérieur. J'étais venu visiter des Indiens à cette butte perdant l'hiver de 1867.
Entre cette éminen & en forme de grand tumulus et la Mentagie trlée, Kodlen-chiw, qui s'étend de l’est à l'u: si entre le lac des Eaux-Noires et celui de :i:hérèse, se trouve un grand steppe parsemé àe bois, qui ne doit pas avoir moins de douze ou treize lieues; car j'y errai toute la journée du 26, et y traversa: 18 lacs ou grands marais avant d'atteindre le pied de ia montagne nour y passer la nuit.
En ce lieu nous r2rontrâmes un sentier indien qui coupait le m4 à angle droit, et qui paraissait venir du Mackenzie pour se diriger
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