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ralè, qui marchaient en tête. Ils s’élancèrent avec tant de vigueur, qu'ils mirent leur traineau en pièces, arrachèrent et rompirent leurs traits, et parsemèrent leurs harnais à travers la forêt. Il fut impossible à l'enfant au désespoir de les modérer ni de les rattraper. Je pris alors sur mon traineau le petit bagage de Tadi- ‘alè ainsi que les lambeaux de ses aitelages, et nous poursuivimes notre route sans plus penser à ses trois chiens sauvages. Mais, le soir, avant le bivouac, nous les vimes revenir haletants, fatigués, la tête basse et trainant après eux quelques loques de leurs harnais en pièce. L'enfant fut si heureux derevoir ses toutous, qu'au lieu de les assommer de coups comme 1l n’avait cessé d'en proférer la menace dans sa colère, tout en cheminant, il les embrassa tendrement, les rattela tant bien que mal avec des bouts de corde et de lanière et les disposa en flèche en avant des miens.
Nous poursuivimes notre route avec un seul traineau. Ce n’était pas très commode, surtout aux détours des sentiers; cependant cela ne nous arrêta point.
Nous campâmes dans cette même forêt, sur un plateau élevé, du pied duquel surgit la rivière Souterraine, et nous y enjouimes une nuit très confortable, tant par la grande quantité de bois que nous pûmes brûler pour nous chauffer, que par la douceur relative de la température, — 26° sous zéro, seulement.
Vers la fin de la nuit, je fus réveillé en sur-
saut par une musique peu harmonieuse, mais qui n’était pas nouvelle pour mes oreilles.
C'était un chahut de loups tellement bruyant qu'il faisait présumer une douzaine de ces visiteurs peu désirables. Ils avaient probablement fait chasse et conviaient des camarades à la curée ; car les loups sont comme les gueux de Eéranger, ils s'aiment entre-eux et partagent volontiers les bonnes aubaines avec leurs semblables. Ou bien, et je vis un peu plus tard que c'était le véritable motif de ce concert, ils venaient tout à coup, en suivant notre route à rebours, de sentir notre feu et nos chiens, et, avant de nous assaillir, ils appelaient d'autres confrères à la rescousse.
Quoi qu’il en fût, c’est une chose désagréable que d’être tiré de son sommeil par de tels réveille-matin. J’appelai Tadi'alè, qui avait oui comme moi. Nous nous levâmes tous les deux, et pendant que l'enfant railumait le feu, je saisis les harnais des chiens et m’empressai de les ratteler et de les attacher au campement, de crainte qu'ils ne s’élançassent après les loups. Cela fait, je regardai ma montre : 6 heures du matin! Ah! certes, les loups avaient bien fait de nous tirer des bras de Morphée ; car il était grand temps de repartir. Nous avalâmes promptement une tasse de thé et une petite galette, et nous remimes en route.
Au bruit que nous avions fait, les loups avaient rebroussé chemin sur notre sentier même. Nous ne les vimes plus.
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11 novembre. Nous atteignimes le col ou baissière qui sépare 71-della de Bedzi-ajyoué, sans nous en apercevoir, VU que nous avions campé sur la pente occidentale du plateau. La vue y est étendue, mais extrêmement monotone. On n’y découvre qu’une interminable forêt de sapins, que percent de loin, comme des verrues pileuses dans la barbe d’un pauvre homme, quelques mamelons hirsutes et hérissés de sapins plus élevés.
Depnis la rencontre de la horde de rennes vue la veille au soir, nous ne revimes plus aucun de ces animaux durant ce voyage de longue durée, et il se termina sans que nousen ayions même remarqué d’autres pistes. Cet hiver-là, ces nobles cervidés semblaient tous s'être donnés rendez-vous dans le voisinage immédiat du fort Bonne-Espérance.
Entre le versant oriental de Ti-della, qui est assez abrupte, et une autre chaine de plateaux nommée Piér'é-aj youè où montagne des Truites, dans un paysage qui me parut riant et pittoresque, je traversai l'Eau qui s’allonge, et qui n’est qu'un prolongement étroit du lac Nné-yé inlin; puis celui des Brochets, Onta-ra-tl'oué, et enfin le lac des Truites, Piéré-t'oué; autant de \ découvertes à mon actif, puisque les Blancs | n'étaient jamais allé au delà du Grand-Détroit, | sur ce chemin.
J'allai camper, de nuit, dans le Grand- Steppe, Ttsôghé-tchô, où nous pûmes à peine trouver assez de bois de chauffage pour la nuit;