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dernier vent. Il se composait de cinq grandes loges circulaires et pointues, qui renfermaient ensemble vingt familles ; environ 125 person-nes.
J'étais alors à deux journées de marche au nord de la baie Smith du Grand Lac des Ours, dont la montagne Sinueuse, 7i-dé'ay, nous séparait. C’est une muraille calcaire, étroite, dénudée et couverte d’une neige qui la faisait scintiller sous la brillante clarté de la lune radieuse, comme un rempart d’albâtre ou de marbre. Son aspect me donnait froid dans le dos. Le plateau Xha-dier, où Pays des Lièvres, s’étendentre Ti-dé'ay et les sources de l’Anderson, qui toutes quatre y prennent naissance dans autant de petits lacs entourés de lichen. C’est un steppe immense, que ce pays des Lièvres, morne, désolé, coupé de bouquets de saules, de bruyères, d’iles de sapins srèles, et parsemé de marigots et de dépôts d'asphalte. Une affreuse contrée, s'il en fut jamais.
Ti-dé'ay, la Terre-sinueuse, avec L'é-t'alé, la Terre-fendue, Nont'yen-kfwé, à l’ouest et au sud-ouest, et 7-dék'alé, la Terre-blanche, à l'est et au nord-est, forment un S gigantesque mais renversé, w, et constituent la paroi septentrionale de la cuvette du Grand Lac desOurs. Quelques cimes de L'él'alé, sont portées sur la carte de Franklin de 1825, mais sans aucune désignation. Elles n'avaient été vues que du lac des Ours, par Kendall et Richardson.
Je dus traverser cette barrière montagneuse pour atteindre le Grand Lac des Ours; mais pour le moment je n’avais à songer qu'à porter les secours de la religion et des médicaments à la foule de moribonds que Kopa m'avait dit végéter dans son camp et réclamer les services de mon double ministère.
Comme chez la Marmotte jaune, les premiers mots que les Indiens adressèrent à Tadi'alè à mon encontre furent ceux-ci :
— « Aré, ami, que vient-il faire ici?»
Je ne donnai pas à mon serviteur le temps de répondre.
— «Mais, leur dis-je, ce serait à moi de vous adresser cette question : Pourquoi m’avez-vous appelé auprès de vous ? Quoi ! vous me mandez et vous ignorez pour quoi je viens? Où donc est cette foule de malades, d'agonisants, que votre chef m'avait prié de venir visiter ? Je vois que, grâce à Dieu, vous vous portez tous à merveille et j'en remercie le ciel.
— « Ah! Père, ne dis pas que nous sommes bien portants, protesta-t-on de toutes parts. Nous sommes tous malades, tous, tous. Vois donc, ce n’est que d'hier que nous commençons à mieux aller. »
Et tous se prirent à gémir, à tousser, à geindre, en prenant les poses les plus maupiteuses. | D’aucuns se plaignaient de la tête, d’aucuns du ventre, d’autres du cœur ou de l’estomac. Enfin, à les en croire, il n’y avait pas au camp une seule personne bien portante. Je n'étais
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pas homme à m'en laisser imposer davantage, par ces simagrées ; cependant, afin de contenter mon monde, je dus feindre de les croire sur parole et de leur distribuer un peu de camphre contre les maux de tête, et quelques pilules laxatives pour les autres affections imaginaires,
L'instant d'après, Xopa me servait un bon repas de renne gras, accompagné de langues, et personne ne pensait plus aux maladies que ma présence venait de faire naître et de dissiper. Après le diner, les conversations, ou plutôt le brouhaha général des voix qui s'entrecroisaient sans attendre une réponse, roulaient sur les vives alertes que ces bons chrétiens prétendaient avoir éprouvées pendant l'été.
C'était là leurs dernières nouvelles et les seules qu’ils jugeassent dignes d'intérêt.
Le caractère noibrument timide des Dènè
leur fait voir sans cesse des ennemis là où il n'y en a pas l’ombre. Ils s’imaginent toujours
ètre entourés d’embüûüches, vexés, attaqués, | opprimés et poursuivis par des ennemis achar- |
nés. Ils ont tous le délire de la persécution. On me dira que c’est un reliquat malheureux de leurs anciennes querelles intestines de tribu à tribu ; que c’est le résultat de leur genre de vie misérable, vivant seuls, perdus au milieu des bois, fuyant en quelque sorte la société de leurs semblables ; que c'est très probablement la conséquence du fait de leur immigration dans ces déserts affreux, immigration à laquelle ils
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