FEAR
assignent pour cause déterminante les mauvais traitements que leur faisait subir un peuple puissant dont ils étaient devenus les esclaves.
J'admets toutes ces raisons, mais je n’en constate pas moins que la nation daniteest travaillée en bloc par le délire de la persécution, et seulement en été. Dès que l'hiver arrive avec son cortège de neiges, de brouillards et de glace, les esprits reprennent leur assiette normale, et tous ces phénomènes cérébraux disparaissent. Personne ne pense plusaux Déné- djiéré ou revenants, aux Nakänè ou ennemis, aux Éyounné ou fantômes, et chacun dort paisiblement sans crainte d’être transpercé pendant son sommeil.
— « L'été dernier, commença à me dire Kopa, nous avons été terriblement tracassés.
Notre pays avait été envahi par des ennemis innombrables.
— « C’est vrai, lui dis-je. Jamais les cousins ou märingouins n'avaient été aussi nombreux et aussi altérés de sang humain. Ils pullulaient aussi autour du fort et de la mission, Quelle abominable engeance !
— « Nous te parlons d’ennemis véritables, Père; d’ennemis palnables, en chair et en os comme nous. Nous avons vu leurs feux de bivouac tout autour du grand plateau Xha-dier. Sur les bords de la rivière Dease, où nous sommes allés chasser, on ne pouvait pas vivre tant ils nous harcelaient,
AUVAIS peuple les €s-
je n'en > est traécution, r arrive llards et assiette érébraux aux Dénéennemis, lort paisié pendant
me dire tracassés.
s ennemis
es COUSINs nombreux ullulaient bn. Quelle
éritables, ir et en OS s feux de pair
, OÙ nous pas vivre
— « Combien vous ont-ils tué de gens?
Avez-vous eu beaucoup de blessés ?
— «Ts! ts! ts! Tu plaisantes toujours quand on te parle sérieusement. Ce n’était pas pour rire, va. Des hommes de six pieds, vê us en beau drap fin, portant des casquettes galonnées d’or ou des rubans sur leur bonnet, ayant une barbe fourchue et de longs cheveux roux.
— « Bon ! des Anglais alors! Des officiers de marine ! Pour les dépeindre si bien vous avez dû en approcher de bien près. Mais il fallait que ces ennemis fussent peu farouches, pour vous permettre de les détailler si exactement. En auriez-vous capturé un vivant ?
— « Mes amis, notre Père est incrédule, s’écria Kopa ri peu surexcité, mais cependant se possédant encore et souriant par politesse. Pris un vivant, dis-tu ? Bien mieux que cela, É"outsté, la Dent-Cassée, que tu as dû voir au camp de l’Orignal, en a tué deux pour sa part. Nous avons vu le sang, il y avait beaucoup de sang, oui, il yen avait.
— «Etles cadavres, les avez-vous vus? É‘ouisié a eu la berlue. Le sang qu'il a aperçu devait être du sang de renne ou de perdrix. La peur fait voir bien souvent des ennemis là où il n’y en a pas l’ombre. »
Je crus qu’une émeute allait éclater parmi ces bonnes gens d'ordinaire si paisibles, mais aussi si enthousiastes, si facilement surexcitables et, partant, si prompts à perdre tout conrôle d'eux-mêmes. Il s’éleva contre moi un
tohu-bohu d’indiscibles protestations ; ei plus ils criaient, plus je riais. Hommes, femmes et enfants braillaient, gesticulaient, protestaient de toutes leurs forces, sous l’impression de sentiments divers : amour-propre froissé, préjugés heur'és de front, témoignage de leurs sens récusi, convictions méconnues et comptées pour rien, toutes leurs raisons mises à néant, et par qui? par un étranger. Le chet Kopa lui-même, d'ordinaire si calme et si doux, ne put maitriser son émotion.
— « Père, s’écria-t-il avecune véhémence que je ne lui connaissais pas, tu parles comme un enfant. Arékhé, mes amis, il faut excuser notre Père, il n’a pas d'esprit. Les Blancs sont tous incrédules, sceptiques, mécréants...….
— «Eh bien, je veux bien concéder quelque chose, lui dis-je. Toi, chef, qui es si bon chrétien, peux-tu m’assurer avoir vu ces Dénédjriéré ou ennemis, dont tu parles ?
— « Certainement, je les ai vus. Khoï:-édikhwa ! si je les ai vus! Tous ici nous les avons vus, tous, tous.
— « Oui, oui, c’est vrai, s’écria-t-on de tous côtés, moi aussi je les ai vus ; tous, nous les avons vus.
— « Et moi, donc.
— « Et moi aussi.
— «Moi également, s’écrièrentcinquante voix.
— «Moi, ajouta la jeune terame 2’ Étsoukwri, 3e les ai surpris qui me faisaient signe d’aller à eux; mais je m'en suis bien gardée.
sense eee 0e
ei plus mmes et Lestaient ssion de ssé, préde leurs et CoOMpPmises à Le chet t si doux,
nencé que omme ul user notre sont tous er quelque bon chré- Dénédjiéré
Kho::-édis les avons
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uante voix.
*Étsouktw1,
mn one d'aller ée.
— « Moi, ditun jeune homme, Ékhé-a, je les ai entendus siffler comme des loups affamés. » Et le tintamarre recommença de plus belle.
— «Silence! mes enfants. Raisonnons, s’il vous plaît, leur criai-je. Il est évident que je ne puis vous considérer tous comme des menteurs.
— «Ah!ah! vous voyez! C’est bien vrai...
— «Mais, d’un autre côté, je ne puis concevoir comment d'aussi braves gens que vous aient tant d’ennemis sur la terre. Qui donc serait assez méchant pour vous haïr, pour chercher votre mort ?
— « Oh !'oh! » Et tous de rire de jubilation ; cette louange, d’ailleurs méritée, chatouillant jeur amour-propre.
— «Examinons, cependant. Voyons un peu.
Vos voisins du nord, les Bâtards-Loucheux, et ceux du nord-ouest, les Loucheux, sont tous d'excellents chrétiens. Les soupçonneriez-vous de comploter votre destruction ?
— « Certainement non. Pas ceux-là. Ils sont bons, nous les connaissons. Ce sont nos pa-
rents.
— « Très bien, mes amis. Vos voisins de l'ouest, les Peaux-de-Lièvre du Mackenzie, sont vos propres parents aussi. Comment seraient-ils devenus vos ennemis ?
— « Pas eux, non plus. C’est impossible; nous en sommes garants.
… « Et moi aussi. Les Dènè du sud, Platscotés-de-chien, Esclaves, Couteaux-jaunes et
Tchippewayans, furent sans contredit vos ennemis acharnés dans l’ancien temps; mais voilà nombre d'années qu'ils sont baptisés, qu'ils se conduisent en chrétiens et ne pensent plus à tendre des embüûches aux autres peuplades. Les suspecteriez-vous encore ?
— « Non, non; nous les voyons chaque été dans les barges, en allant au Portage de la Loche. Ils sont de notrerace; ce sont des Dènè comme nous et non des ennemis. Nous les conpaissons bien, maintenant,
— « Parfaitement. Il ne reste plus alors que vos voisins de l'Est et du nord-est, les Esquimaux. Oh ! pour ceux-là, je les crois capables de tout dol et de tout méchef; mais je sais aussi qu'ils sont foncièrement riverains; qu'ils ne s’écartent pas du littoral de la mer Glaciale et de l'embouchure des fleuves qui s’y jettent; qu’ils redoutent extrêmement les forêts et les montagnes; qu’ils n’ont pas les cheveux roux ni la barbe fourchue; et surtout qu'ils sont vêtus de peaux et non de drap fin, ni coiffés de casquettes galonnées d’or.
« Donc, en dernière analyse et tout bien pesé et considéré, mes enfants, comme vous vous accordez tous à dire que vous êtes tracassés par des légions d’ennemis, sans qu'aucun de vous en ait été tué, blessé ou fait prisonnier, m'est avis que c’est le diable en personne naturelle avec toute sa cour, qui vous tarabustent; parce que vous ne vivez pas assez chrétiennement sans doute, »
)S en-
mais tisés, ensent S peu-
que été e de la 8 Dènè les con-
lors que Esquiapables is AUSSI qu'ils ne aciale et jettent; Bts et les ux roux ‘ils sont oiftés de
bien pesé US VOUS r'ACAaSSÉS ucun de sonnier, ne naiubustent; étienne-
Si mes bons Æha-tchô-Gottiné avaient vu Fat'éhnonttay lui-mème, le Déchu, s’abattre comme un oiseau de proie au milieu d'eux, avec les cornes, la queue et les ailes qu’ils lui prêtent, ils n'auraient pas été plus épouvantés qu'ils le furent par ma déclaration. Mille protestations S’élevèrent autour de moi quoique très respectueuses.
— « Non, Père, ce n’est pas le diable et sa suite. Il n’y a point dediables dans notre pays. Que Dieu nousen préserve! Jamais nous n'avons entendu dire qu’il y eût, sur nos terres, quoi que ce soit d’endiablé. C’est bon, peut-être, pour le pays des Blancs.
— « Mes enfants, je vous dirai comme feu le vénérable évêque américain de Buffalo :
« The devil, my friends, he is every where! » Oui, il est partout, ou plutôt il a de partout des émissaires ; Car il n’est pas Dieu pour tout remplir de sa présence. Il ne faut donc pas vous étonner d’en être tarabustés comme les autres humains.
— « Non, non, cent fois non, reprit Kopa avec véhémence. Ce n’est pas le diable. Quoi! j'aurais vu le diable, moi? Jamais de la vie je ne le croirai. Je ne suis pas un saint, tant s’en laut ; cependant je tâche de vivre selon la loi de Dieu, et je puis te garantir, Père, que je n'ai jamais vu le diable de ma vie.
— « Mes enfants, quand même vous le verrez, vous n’en seriez pas plus coupables. Ce d'est pas un crime d'avoir vu le diable.
De grands saints l'ont vu et l'ont mis en fuite.
— « Eh bien, nous ne sommes pas de ces saints-là. Jamais, au grand jamais, nous n’avons vu de diables, entends-tu ? Ce devait être des loups que nous avons vus.
— « C'est Ça, fis-je, en riant de ce recul.
Des loups vêtus de drap fin, portant des rubans sur leurs bonnets galonnés; des loups ayant des barbes fourchues de vieux rennes. »
Ils se mirent tous à rire aux éclats.
— « Eh bien, dit Kopa, il faut que nous l’ayions imaginé. Ce doit être la crainte de la solitude qui nous a fait voir ces ennemis; car, pour ce qui est des diables, Père, aussi vrai que nous avons des boyaux, sé t{siyétta, il n'y en a point dans notre pays. »
Ils en dirent tous autant. Ainsi finit cette discussion orageuse quoique amicale. Mon expédient réussit à merveille et je restai maitre de l'opinion, qu’il importait de diriger, en cette sotte matière. Un quart d'heure après, ces gens simples et bons s’entredisaient encore à voix basse :
— « Moi, je n'ai jamais rien vu.
— « Ni moi non plus.
— « Moi, j'ai bien rencontré du sang; mais ce pouvait être le sang d'un renne blessé, ainsi que l'a dit notre Père, qui a plus d'esprit que nous.
— « Moi, dit une femme, — la même qui assurait tantôt avoir reçu, de ces ennemis, des
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mis en
s de ces g, nous 'e devait
ce recul.
des rules loups rennes. »
que nous inte de la mis ; Car, aussi Vral stta, ny
finit cette cale. Mon estai maidiriger, en ure après, lent encore
sang; Mais lessé, ainsi l'esprit QUE
même qui nemis, des
invites galantes, — moi je ne crois plus à ces balivernes. On entend sans cesse parler d’ennemis et on n’en voit nulle part.
— « Nous serions bien à plaindre, si le diable était dans notre pays. Cela n'est pas possible, n'est-ce pas ? :
— « Assurément non. Que Dieu nous en préserve! Allons, n’en parlons plus, car cela pourrait bien l'y faire venir, comme quand on parle du loup. »
Et chacun retira timidement son épingle du jeu; de sorte que, en définitive, ils disaient tous comme David en parlant de la Judée, expurgée des géants et des monstres par sa vaillante petite troupe des Forts d'Israël :
— « Non est Shaytan in vid nec inimicus ».
«Il n’y a pas de diable par les chemins, pas plus que d’ennemis (1).»
16 novembre. Je passai les journées des 16 et 17 novembre dans ce camp, y célébrant le saint sacrifice et y entendant les confessions, l'y fis huit baptèmes et eus la consolation de rhabiller les deux jeunes ménages que la jalusie ou la mésintelligence avaient disjoints; mais, au lieu de la foule de moribonds que l'on m'avait annoncée, je ne vis qu’un seul homme ligèrement indisposé et une vieille femme malade depuis des années d’un cancer dans laine, maladie incurable dont elle mourut peu de temps après.
1 Rois.
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D. à e D chef
pa ee ne momie
J'eus le regret de constater, dans ce camp comme chez d'autres Danites, que l’avarice y avait remplacé l’antique hospitalité, depuis que l’amour du lucre leur faisait entreprendre de longs voyages au service de la Compagnie:
depuis que le désir d'acquérir et de réaliser de gros bénéfices par le commerce des fourrures ou par les engagements dans les forts et les missions, avait fait place à la simplicité de mœurs et de goûts des anciens jours. Mais ce progrès est dans l’ordre sinon voulu par Dieu, du moins permis par sa Providence. À mesure que le désert se police, l’âpre désir du gain chasse l'hospitalité patriarcaie.
L'Indien souffre moins et jouit davantage; mais est-il plus heureux et meilleur ? C’est une question à examiner.
Ces Dènè seraient cependant de très bonnes gens dans toute l’acception du mot, — puisque l'hospitalité n’est guère plus en usage chez nous, civilisés, —si la Religion chrétienne tolérait deux petites licences : le divorce et la polygamie. Quelque doux que soit le joug de l'Évangile, on ne peut nier que, relativement à ces deux points grossiers, il ne soit beaucoup plus parfait et plus héroïque à porter que celui À de la Loi mosaïque et de la Loi naturelle, Pour les épaules d'hommes aussi libres de tout frein, de toute entrave sociale, de toute loi coercitive que le sont ces sylvicoles, l’unité, la sainteté et l’indissolubilité du mariage chrétien constituent, à proprement parler, le seul et le plus
ce camp avarice y é, depuis reprendre mpagnle; éaliser de fourrures orts et les nplicité de ours. M: us voulu par vidence. À re désir du ee davantage; r ? C’est une
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etout frein, oi coercitive , la sainteté étien constiul et le plus
lourd de leurs fardeaux. Passe encore quand ils ont beaucoup d'enfants, cette fécondité de leur épouse, cette nombreuse postérité qu'ils recherchent et souhaitent de toute l’ardeur de leur âme, les consolent du caractère souvent acariâtre de leur moitié et la leur fait chérir etrespecter. Mais persévérer dans la fidélité ou dans l’unité conjugales avec une femme stérile! Ah !'voilà qui dépasse le jugement et la compréhension des Dènè. Cen’estquela mort dansl'àme et par un sacrifice héroïque qu'ils consentent à vivre solitaires et sans honneur, considérés commedes arbres secs et improlifiques. Aussi,je n'hésite pas à considérer les Danites mariés et qui vivent dans la chasteté et la fidélité conjusales, au milieu de la liberté du désert et de l’effrénement des bois, comme de véritables saints, malgré les défauts et les préjugés inhérents à leur rusticité. Tels étaient sans contredit Patrice Kopa, Lazare Békk'a-k'ayélli, Joseph Étsoukwi, Banlay-tchd, et une foule d’autres Indiens de ces deux camps reculés. Dailleurs, on ne compte point de célibataires parmi eux, tte plaie odieuse de nos pays civilisés.
1] novembre. — Le jeune homme qui avait laissé sa femme à Munféni, Yénawéloun, et la jeune femme qui y avait laissé son mari, Fwa-étsi, sont partis ce matin pour aller les retrouver. Je m'aperçus avec joie, pour leur moralité, que les deux chefs Kopa et Tsélikfwô n'étaient pas étrangers à ces séparations
transitoires. Ils les fomentaientsourdementtous
les deux, dans le but d'augmenter l'importance de leur bande respective, en attirant chacun à soi les jeunes gens de l’autre camp. Il ne faut pas s'étonner de ces rivalités mesquines, Elles ne sont en petit, ici, que ce qu'elles sont ailleurs, sur une plus vaste échelle.
Je fus consolé de voir les deux jeunes gens entrer sur-le-champ dans mes vues conciliatrices, avec une générosité et une promptitude
touchantes. Pure | — « Père, m'avaient-ils dit, la veille au soir,
ne nous refuse pas les sacrements à cause de notre légèreté; demain matin, avant que tu ne partes, nous serons déjà en route pour Non. cénd.
Ils partirent en effet, pendant que je me préparais à célébrer la messe. Yénawétloun ne fut pas inquiété, 1l était le beau-frère de la Marmotte; Kopa ne crut pas devoir le retenir. Mais il en fut autrement de Fwaétsi. Ce chef, en la gardant chez lui, voulait obliger son mari à venir l'y rejoindre; ce qui aurait grossi | son camp d'un ménage de plus. Mais E'outsié n'entendait pas la chose de cette oreille. De là la division, et toujours pour la même cause: l'orgueil des chefs outrepassant l'étendue de leur mandat et portant atteinte à la liberté de leurs subordonnés, par abus dans l’exercicede leur autorité.
Cela ne pouvait se tolérer.
J'observais tout du coin de l'œil sans paraitre ricn voir ni entendre, le nez dans mon bré-
carnet eee di
nportance nt chacun mp. Ilne nesquines.
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eunes gens ss conciliaromptitude
ille au soir.
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t que je me rénawétloun -frère de la ir le retenir.
btsi. Ce chef.
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aurait gros fais E'ouis
e oreille. De ème cause :
l'étendue la liberté | l'exercice
| sans parar ans mOn bré-
viaire et récitant les prières préparatoires à la | sainte Messe. Kopa et ses affiliés cherchaient | tous des échappatoires pour retenir la jeune femme dans leur camp. |
— « Laissez-moi donc partir, leur disait-elle.
Il y a bien assez longtemps que je demeure ici | sans but ni utilité aucune.
— « Ton mari viendra te rejoindre ici, disdonc. On le lui a fait dire per Yéna. Qui te presse de nous quitter? Ne vaut-il pas mieux que ce soit lui qui courre après toi? Il t’en | ménagera d'avantage.
— «Non, c'est moi qui m'en suis séparée par un coup de tête. C’est à moi à l’aller rejoindre. Le prêtre me l'a dit. D'ailleurs mon mari me demande ; j'aime mon mari, et le prètre aussi. | Je ne veux pas leur désobéir.
— « Tête dure, va! Le père ne t'a pas que- | rellée en public. Il ne t’a rien dit. Nous aussi, à ious l’aimons, le prètre. Attends donc qu’il soit l, parti, puis tu partiras.
— « Non, je veux partir pendant qu'il estici; parce que après son départ vous me retiendriez encore, répondit-elle avec courage et fermeté. y a bien assez longtemps que j'ai délaissé
sl
D. cout
de M non mari ; je suis coupable de tout ce qu'il aura de Mu faire de mal par dépit, le Père me l'a dit. » de
Et les larmes luien montaient aux yeux, out en arrimant son pauvre bagage sur son | petit traineau.
— « Quelle tète ont les femmes! reprenait k chef à demi-voix. Dis donc, Fwaëtsi, le Père
te fait dire d'attendre un peu. Il veut que tu entendes la messe avant de partir. Voyons, tu ne saurais partir avant la messe ; c'est Dimanche, aujourd'hui. Ce n’est pas tous les jours que l’on a la messe, aux sources de l’Anderson. »
Me voyant mis en scène, j'y entrai résolument.
— « Qu'y a-t-il mes enfants, vous parlez de moi, il me semble?
—« Oh! rien, Père, absolument rien, dit le chef. »
Mais Fwaétsi me cria de la ,orte:
— « Mon Père, faut-il que j’entende la sainte messe avant de partir ?
— « Ce qu'il y a à faire avant de prier, ma fille, c’est de contenter Dieu en remplissant tes devoirs. Ton devoir, en ce moment, est d'aller retrouver ton mari le plus promptement possible. Pars ; tu prieras en route. »
Elle ne se le fit pas dire deux fois, l'excellente
enfant. Elle me donna la main, fit le signe de |
la croix, s’attela vaillamment, raquettes aux pieds, à son petit traineau, et prit toute seule,
environ une heure après le départ de Yéna- | wétloun, le chemin qui m'avait amené chez !
Kopa l’avant-veille; ne s’inquiètant nullement # d'un grand vent d'Est qui lui chassait au!
visage des tourbillons de neige glacée.
S'il n’y a pas de l’héroïsme dans cette con- à
duite chrétienne, je ne sais pas où en trouver. [l'est bien à craindre que beaucoup de ces pri-
ren
t que 1
oyons, {
t Dimanles jours j'Anderai résoluparlez de
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l'excellente le signe de
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t de Yéna- !
amené chez À t nullement 4 chassait auf
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tendus sauvages ne soient un jour nos propres juges devant le trône de Dieu.
J'avais été reçu avec un enthousiasme cordial, dans le camp de Kopa. ‘1Igré la petite querelle d'Allemand que je leur avais intentée à propos des Dénèdjiéré, ils ne m'en voulaient pas le moins du monde. — On pardonne tout à ceux que l’on aime. — Et ils me virent prêt à prendre le chemin du Grand Lac des Ours, avec des plaintes et des murmures. Naturellement je dus faire la sourde oreille. Je savais que le Dènè est un grandenfant point méchant, point malicieux, mais cependant jaloux des caresses et des mamours paternelles du prêtre. C’est une véritable tutelle que nous exerçons à l’égard des Peaux-Rouges. Les Européens ne sauraient l’imaginer, parce que leurs facultés sont de même mesure et capacité que celles du prêtre. Mais devant le prêtre et même devant tout Européen, celles des Peaux-Rouges s’aflaissent, se rapetissent et rampent, à très peu d'exceptions près; parce que notre raison domine la leur.
La présence d'un Blanc parmi eux et surtout celle d'un prêtre est donc un honneur qu'ils apprécient et dont ils sont jaloux. Comme des enfants gâtés, ils les voudraient tous pour eux seuls, ces honneurs, ces visites amicales et paternelles, ces conversations religieuses ou instructives; et quand ils voient qu'on veut aussi les prodiguer à leurs autres frères, ils boudent et se choquent,
SC
Pauvres hères ! ces plaintes étaient encore un moyende mefairecomprendrequ'ilstenaient à moi, qu’ils appréciaient mes courtes visites. On ne regrette que ce que l’on estime.
18 novembre. — J'ai déjà dit que, pour me rendre des sources de l’Anderson au Grand Lac des Ours, j'avais deux autres journées de marche à faire, à traversle grand steppe AXha-Dier etlamontagne Sinueuse.J’appris avecbonheur., chez Kopa, qu'il existait un sentier entre son camp etla maison du Soldat, laquelle était située sur le bord de la baie Smith. Seulement, on n’y avait plus passé depuis le commencement du mois, et il avait été comblé par les chasse-neige, qui soufflent toujours avec violence dans ces parages élevés.
Kopa et Mitséat'a ou La Montagne s'offrirent pour m'accompagner jusqu’à l'entrée de ce sentier. Le suivre ne serait plus, alors, qu'une affaire de perspicacité naturelle etde sondages mécaniques. Cela ne nous effrayait nullement, nous deux Tadi'alè.
Au bout d’un quart d'heure de marche, nous étions sortis du brélé au milieu duquel s’élevait le camp, et nous nous trouvions sur le plateau dénudé, bordé à gauche par une lisière de bois vert qui nous séparait du lac Hé-dékk'alè, En face de nous, s’étendait le petit lac T{aikkè-naghéni. À droite, la longue muraille blanche de Z'i-dé'ay
[l régnait, dans cette affreuse plaine, un vent d'Est si terrible et si froid, que je ne pus l'af-
it
it encore stenaient g visites.
pour mme xrand Lac 8 de mar- Klha-Dier chonheur, entre Son selle était seulement, ommencelé par Îles s avec V10-
es’offrirent trée de ce ors, qu'une le sondages nullement,
arche, nous uquel s’élejons sur le rune lisière
Hè-dékk'atit lac T'taile muraille
aine, un vent ne pus lat
EE
fronter et dus me jeter à plat-ventre sur mon traineau, en cachant mon visage. Je ne me relevai que lorsque nous fûmes arrivés à une première trappe que Mitséat'a avait tendre le long de cet ancien chemin. Un malheureux corbeau s'y trouvait pris par la patte.
— «Oh! ces misérables corbeaux ! exclama la Montagne. Il dévorent tous les appâts de mes pieg'es. »
Sur ce, il dégage l'oiseau du traquenard, lui tord le col et le laisse pour mort, croyant l'avoir tué. Mais le corbeau retourne son col et s'en va bon train, avec sa patte pendante et son large bec entr'ouvert de souffrance et d'angoisse.
La Montagne le poursuit, le rejoint, lui saute dessus à pieds joints, lui arrache les plumes, l’enterre dans la neige à grands coups de crosse de fusil, et, cette fois, croit l'avoir bien tué ets’en va.
Nous le suivons et faisons nos adieux à Kopa, qui s’en retourne au Camp. À peine avons-nous hit quelques pas que : « croak ! croak! » C'est maitre Corbin, poudré à blanc comme un tabellion d’antan, trainant son habit noir en lambeaux et sa jambe cassée, qui insulte à son bourreau en se sauvant vers la forêt, qu'il parvient à atteindre.
Nous traversons un étang, puis un ruisseau, en nous dirigeant vers l’Est. Le premier est ltaë-kké-naghé à, encore une source de l'Anderson.
CE
Nous obliquons un peu au sud ei rencontrons une autre trappe, à gauche du sentier. Un beau renard argenié (Canis decussatus) S'y trouve pris par la patte. Cette fois La Montagne ne se possède plus de joie. C'était une fourrure de quatre pelus, c’est-à-dire de dix francs, qu'il venait de gagner. Le bonhomme en perdait la parole et l'intelligence. Il ne répondait à mes questions que par des sons incohéreuts. Il ne me comprenait plus. Sans doute, il ealculait déjà ce qu'il achèterait au fort avec ces dix francs. « Bonne journée! bonne journée! » |
Voyant qu'il tardait àtuer le pauvre renard, À qui balctait de douleur, comme le corbeau, sous la cruelle morsure du traquenard, je déchargeai un grand coup de bâton sur la tète de 4 l'animal. Subito La Montagne recouvra la 4 parole. |
— « Énédjin! Voyez donc mon Père qui ne veut plus que je prenne de renards ! exclama- { t-il. Voilà qu’il va me tuer celui-ci à coups de À bâton, comme si c'était un chien où un loup!
Ah! nous ferions de belles affaires, de cette façon. Attends, attends, Je vais t’apprendre, | Père, à expédier un renard proprement et def la bonne manière. » |
Avant d’avoir terminé sa speech, mon ca homme avait pris, Sur son traineau. une lon-f « gue et forte baguette, effilée et durcie au feu, ce et l'avait enfoncée sans pitié dans l'anus duff di renard. Il la promena en tous sens dans le cc corps de l'animal qui en soubresautait d'an-@
\controns .Un beau
y trouve gne ne se Jurrure de nes, quil perdait la Jait à mes puts. Il ne
hi cale ulautt rec ces dix né e! »
vre renal le corbeau, ard, je déur la tète de { ecouvra là |
Père qui ne
Ls! exclami { à à coups ( |
où un loup!
es, de CeUte L t'apprendre, } ment et dei
peech, Moi au. une 101 reie au leu, ss l'anus du sens dans l° sautait d'u
ee nn a
grstie, etluien perfora tous les viscères et surtout le cœur.
Puis il le laissa à terre expirant et dure-
ment empalé de sa gaule durcie, comme un
sodome musulman enfilé sur un paratonnerre.
— « Voilà, dit La Montagne, voilà, Père, ce qui s’appelle tuer proprement 1e renard. Tu
vois, Ça n'endommage pas la peau, tandis que,
à coups de bâton, la peau de celui-ci aurait été
dRete De plus, tu m’aurais empêché d'en |
traquer d'autres dorénavant, parce qu’il y a un gofwen (tabou) sur chaque chose, en ce bas monde, et dès qu'on le néglige ou qu'on le dédaigne, crac! plus rien ne réussit à l’homme (au Dènè).
Quinze pas plus loin dans la mème direction mais à l'intersection d'un autre sentier, celui que je devais suivre pour aller au lac des Ours, un autre renard se trouvait pris. Cette fois l'animal était gomme-gutteclair ;un renard d'un pelu seulement, c'est-à-dire de 21fr. 50. Peu importe ; je crus que La Montagne allait se mettre à ‘anser. Il courut comme un enfant vers sa nouvelle proie, et, avant que j'eusse le temps de casser la tête au pauvre renard, afin de lui épargner d’atroces et inutiles couffrances, ii vous le seringua d'importance avec un autre pal qu'il lui laissa également dans le corps. Puis, se relevant d'un air glorieux, il me diten regardant le dos de sa main gauche et en comptant sur ses doigts, —non sans hésitation :
— « Cela fait, voyons, quatre et un... cinq,
TA
éklèla ! ; oui, cinq pelus en bonnes marchandises que j'ai gagnés aujourd’hui. Par mes ancêtres ! une bonne journée. Oh! jet’en remercie detout mon cœur, Père; car, sans nul doute, c'est toi qui m'as procuré cette bonne chance. Les biens éclosent devant tes pas...
— «Sans compter les corbeaux, fis-je, l’interrompant en riant.
— « Och ! fit l’Indien. Celui-là, c'est lediable qui me l'a envoyé.
— «Si tant est qu'il y ait du diable dans ton beau pays, hein ! »
Il me tendit la main en riant, me montra le sentier, hélas! comblé, que je devais suivre, me fit mille recommandations prudentes, et retourna à ses renards pour les seringuer «le nouveau. Il paraît qu'ils n’en meurent pas aussitôt. C’est affreux. 11 dutles dépouiller sur place tandis qu’ils étaient encore chauds.
Nous traversämes, Tadi'alè et moi, une quinzaine de marécages de lichen épars dans le steppe stérile, franchimes la montagne Kinueuse entre le segment L'ét'alè et Ti-dé'uli et campâmes dans la forêt qui en couvre les déclivités méridionales.
19 novembre. Nous descendimes quatre terrasses naturelles, sur chacune desquelles nous rencontrâmes autant de lacs: puis débouquâmes sur la rivière Æa-inkivènè ou de la Jambe de l'Outarde, que les explorateurs an-
glais de 1826 nommèrent Haldanes-River. Elle |
nous conduisit au port naturel T'ou-koyintii,
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le Port, qui mesure trois quarts de lieue de long sur un kilomètre de large. Nous nous trouvions alors sur les eaux congelées du Grand Lac des Ours, à mi-chemin entre les baies Deases et Smith.
C'était le soir. Levant la tête vers le rivage qui surgissait en amphithéâtre rapide, à notre droite, j'aperçus deux maisons à l’américaine ou log-houses, en avant desquelles se dressait un grand sapin aux branches élaguées à l’exception de sa tète chenue ; un mai de joie. Aussitôt nous nous y transportàmes, et, deux minutes : brès, nous nous reposions à côté d'un bon iéu, chez Philippe Yéttanétel, appelé le Soldat à cause de ses moustaches. Son demifrère, Joseph Norqway dit l'Efflanqué ou L'outsiél'a, autre vieille connaissance de mes lecteurs, logeait avec lui dans une pièce contigue.
Yéttanétel ou le Soldat était un constructeur de maisons convaineu et obstiné. Cet homme pas plus que son frère ne demeurait jamais en loge, sauf quand lachasse au renne l'exigeait. Après avoir construit une maison en bois équarris, sur la pointe Keith, en 1865, il l'abandonna après la mort de son beau-frère, Na'at'iéha, pour aller en bâtir une autre à l'extrémité de la baie Smith. Mais il me vit arriver au lac des Ours, en 1866, et alors, abandonnant ce projet, il vint reconstruire sa maison sur la pointe des Gros-Lièvres, à deux ou trois cents pas de la mienne.
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