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cussion de la fesse est un signe de deuil ou d'allécresse. Les Tupis, au Brésil et les Abénaquis, dans la Nouvelle-France, avaient aussi une danse dans laquelle les hommes se frappaient la fesse droite, et je crois que c'était une danse funèbre. Mes aimables lecteurs savent ce que j'ai dit ailleurs de la percussion de la cuisse ou de la fesse, chez les Esquimaux, les Kanaks de la Nouvelle-Calédonie et de l’Australie,etles nègres Londas (1). Ce qu’il yade certain, c'est que,chezles Hébreux, elleétait un signe de deuil et de douleur aussi bien que d'étonnement et d’admiration, témoin ce passage de Jérémie :
— « Après que Tu m'eus converti, j'ai fait « pénitence, et... j'ai frappé ma cuisse, dans « ma honte et ma confusion » (2).
Il me parait doncque mes Peaux-de- Lièvre croyaient, par cette cérémonie funèbre, donner le change au génie de l'ours, sas, sah, afin qu'il ne püt se venger de ses meurtriers ni meme parvenir à les reconnaitre plus tard.
Il est si difficile de détacher promptement et tout à fait les meilleurs néophytes de ces pratiques puériles et déraisonnables, que je m'attirai la mauvaise humeur et les sarcasmes de mes jeunes serviteurs, dans cette occasion, en leur expliquant le grouillement de la rotule
(D) D. et Ch. Livingstone, Erploration dans l'Afrique australe, Paris, 1869, L. Hachette et Cie, p. 144 —
(2) Jeremias. Cap. XXXI, V. 9.
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sur la pierre brûlante. Ils voulaient que je crusse à un prestige de lajonglerie, de même qu'eux croyaient, disaient-ils, aux miracles relatés dans l'Ancien et dans le Nouveau Testament.
—— « Comment! Tu penses donc que nous ne « sommes pas capables d'en faire autant que « les Blancs, et d'aussi merveilleux ? Ékou « sou! Avec çà! »
Il est étrange de voir les Ostiaks, peuple finnois, se livrer à la même danse de l'ours et à peu près de la même manière que les Dènè Peaux-de-Lièvre. Voici ce qu’en raconte le géographe Malte-Brun: Après avoir écorché l'animal, ils lui coupent la tête qu'ils suspendent à un arbre avec la peau; puis ils tournent autour en cérémonie, simulant une orande douleur et faisant à l’ours des excuses en chantant :
— « Qui t'a Ôôté la vie? Ce sont les Russes.
— « Qui t'a coupé la tête? La hache d’un \usse.
— « Quit'aouvertle ventre? Le couteau d’un « Russe. Nous t’en demandons pardon pour « lui », Pratique extravagante, continue le célèbre géographe, et entièrement fondée sur une crainte servile du génie de l’animal.
Ce n’est peut-être pas le seul rapportque les Danites arctiques présentent avec les peuples de race finnoise. Mes bons lecteurs ont pu le constater déjà par les analog'ies de vocabulaire que j'ai misessous leurs yeux dansmes volumes
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précédents. Mais il existe entre ces divers peuples d’autres rapports d'un caractère purement ethnique.Ainsi, chez les unset les autres,
les femmes n’ont pas le droit de manger de la
viande d'ours. Les uns et les autres vécurent sous la domination d'un peuple qui les avait asservis:; à savoir : les Ostiaks, sous le joug des Tartares; les Danites sous celui de la nation des Femmes, des Hommes-Chiens et des Tètes-Pelées, quels qu'aient été ces peuples légendaires.
Les uns et les autres comparent les affluents des grands cours d'eau aux doigts de la main, et donnent aux montagnes rocailleuses le nom de Pierres. En ostiaque, ce mot est ew et kéri. C'est le nom de lOural (1). En danite peau-de-lièvre, il se dit : Æ/evé et c'est celui des Montagnes-Rocheuses.
Enfin les uns et les autres sont probes, honnètes, peu adonnés au libertinage, et haïssent la nudité, [Is mangent tous occasionnellement des viandes crues, viventde chasse et de pèche, et se servent de traineaux à chiens.
Pius haut que l'embouchure de la rivière Souterraine etsur larivedroite de la Peau-delèvre, je traversai un grand steppe de lichen appelé T'{sè/0-ttsoghè ousteppedes Broussailles. Nous y rencontrâmes un troupeau de rennes au pacage, auquel Dzan-You donna la chasse, mais sans succès. D'ailleurs, il était bien inu-
(1) Revue de philologie et d’ethnographie, Paris, 1835 .pp. 114-118. : ”.
tile que nous perdissions le temps à les poursuivre, puisque nous n’aurions pu nous Charser de la viande que mes jeunes gens se seraient procurée dans cet exercice.
Nous campâmes sur la rive gauche, en face du confluent de la rivière Aounkfwè-kotsaté, Celle par laquelle on se dirige vers lenord.
Nous y trouvâmes une variété de sapins assez rare dans le pays. Ils sont très élancés, droits comme des flèches, ontun tronclisse et dégarni de branches, excepté à la hauteur de douze pieds.
Le lendemain, sixième jour denotre voyage, nous abandonnâmes la rivière des Peaux-de- Lièvre, qui, à partir de cet endroit, décritune courbe prononcée vers le sud, et nous nous engageñimes à travers bois vers la montagne Ti-della, cause àe cette déviation, afin de la franchir. Mes deux Indiens avaient entendu parler de ce portaze par des Kha-tehô-Gottinè du Grand Lac des Ours. De plus, nous trouvames heureusement un sentier déjà assez ancien, qui, de la rivière Koun-kfwè-kotsatè se dirigeait vers ladite montagne en traversant quatre ou cinq petits lacs.
Après trois heures de marche pénible dans une neige dense, le sentier nous conduisit à une entaille abrupte, pratiquée par la nature dans une assise horizontale de rochers calcaires, et qui se changea bientôt en un défilé étroit et extrèmement aride, dont le sol était une glace vive, boursoufflée et sonore. Sans aucun doute
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elle formait voûte au-dessus d’un abime profond. Nous hésitâmes tous les trois à nous aventurer dans ce glen, qui pouvait tout-à-coup s'effondrer sous nos pas et nous précipiter dans un gouffre sans fond. Mais mes chiens n'ayant pas différé à s'y engager, nous les suivimes avec précaution et débouquâmes bientôt sur une vaste surface congelée et raboteuse, large d’au moins trois cents mètres, et qui présentait une déclivité trop considérable pour que ce püt être une rivière. D'ailleurs, cette nappe, qui n'avait pas de rivages, aboutissait tout entière au gouffre que nous venions de traverser et à travers duquel ses eaux devalent gagner la Peau-de-Lièvre par une route souterraine. En en remontant la pente assez raide, nous ne vimes que glacede partout. La forèt y était emprisonnée:; les sapins y étaient enterrésjusqu'àla moitiédeleurs troncs,comme pendant une inondation. Au fur et à mesure que nous nous rapprochions du pied de la montagne, la vappe allait s'élargissant, et elle finit par atteindre 7 à S00 mètres de large. Sa surface n’était pas lisse. Elle était mamelonnée, couverte de concrétions en manière de chouxfleurs ou de grosses et informes stalagmites godronnées, plutôt jaunes que blanches. A ces signes nous reconnimes tous trois la description que ion nous avait faite du Glacier-fondant, Naé‘inè-Kfivénr,
J'aurais été curieux de remonter le glacier jusqu'à sa source, c'est-à-dire jusqu'au pied
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même de la montagne d’où il transsudait ; mais nous revimes bientôt, sur la rive gauche de la nappe de glace, le bienheureux sentier qui avait guidé nos pas, quelque effacé qu'il fût, et nous dûmes le suivre pour ne pas nous égarer. Bèeh-foulé m'assura toutefois que ses compatriotes en attribuent la formation aux infiltrations souterraines d’un gand lac, qui est situé au pied du versant oriental de la montagne Ti-della,et que nous aurions à traverser bientot.
Par le fait, cette grande nappe d’eau congelée n'a pas plus de source connue que ledit grand lac n’a de déversoir apparent; et cependant, les eaux de ce bassin éprouvent, dit-on, de telles alternances de hausse et de baisse, que les Indiens du lac des Ours l'ont appelé Trounagotlini-troué, lac de l'Eau qui renait sans cesse. Depuis mes fréquents voyages dans cette contrée, ilest beaucoup plus connu sousle nom de lac de Dick, que je luiaïi imposé. C’est celui d'un chef indien que j'y rencontrai une fois et qui y séjournait fréquemment.
Le froid était si insupportable, à 9 heures du matin, quand nous commençàmes à gravir les contreforts boisés de Ti-della, — 49° centigrades, — que nous dûmes nous arrêter pour allumer du feu et nous réchauffer avec une tasse de thé bcuillant. Sur cesentrefaites, nous aperçûmes un nouveau troupeau dé rennes qui descendait des hautes terrasses de la montagne, pour se rendre, sans aucun doute, à leur
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