PRES SE
pacage favori de Tisélé-ttsoghè(1). Mes gens, oubliant le froid et mes avis, se mirent aussitôt en chasse; mais ils n’eurent pas plus de succès que la veille.
Après midi nous arrivèmes tout à coup au milieu d’un camp ou village volant de Xha-tchô- Gotlinè, que les bois nous avaient caché. Le crand chef le Brülé, que les traiteurs anglais avaient surnommé Captain Black, y commandait, ayant sous ses ordres quelques Bâtards- Loucheux du fleuve Anderson. C'était un homme de 36 ans, au teint bistréde Tamoul, et dont la taille de six pieds et la force musculaire étaient démenties et mal servies par une physionomie douce et une voix enfantine. Cet homme, qui avaitremplacé feu /’Écho dans les fonctions de chef suprème des Peaux-de-Lièvre du fort Good-Hope, ne jouissait pas d’une grande autorité. On lui résistait en face, et les jeunes gens, qu’il n’osait pas commander etqu'il appelait trop familièrement « sé tchilèkhé, mes frères cadets, » le méprisaient ouvertement.
Si j'en excepte les Vieux-de-la-Mer, que j’avais baptisés l’année précédente et chez lesquels j'avais voyagé en revenant du fort Anderson, les Indiens de ce village ne me reçurent
(1) Tésoghè, génitif de (so, lichen, s'applique aussi par extension à tout steppe de lichen. Comparez ce mot avec le bâtard-loucheux s0; le vôte «6; le tchoude so; l'esthonien s00; le livonien su: 1e finnois su0, sou, say, le tchouvache sou, siw, le mordvine séy; 1e turc sou. (Ce dernier mot signifie cependant las) Et dites-moi s'il
ny à pas des rapports étroits de linguistique entre les dene et les dialectes ougro-finnois?
pas avec leurs démonstrations de joie accoutumées. Bienqu'ils vécussent au milieu degrands troupeaux de rennes libres, et que leurs loges regorgeassent de provisions fraiches et boucanées,onnem'yoffrit pasde vivres gratuitement; onm'y fit même payer le peu que l’on me donna à manger spontanément ; etje m'étonnais d’une telle froideur, lorsque un vieillard m’apprit que mes deux serviteurs en étaient la cause.
Sitot entrés dans le village, n’avaient-ils pas dit à ces bonnes gens que je ne m'étais détourné de ma route qu'à contre-cœur, pour venir chez eux ? Que je les considérais comme des impies etdes endurcis? Queje leur préférais les Indiens du Grand Lac des Ours et mèmeles Esquimaux ?
Or, la vérité était que j'avais seulement recommandé à mes compagnons de voyage de ne pas se faire tirer l'oreille pour repartir, quand je leur en donnerais le signal. Ce à quoi l’un d’eux avait répondu:
— « Que t'importe que nous demeurions « beaucoup de temps, dans ce camp, puisque tu «es maitre de ton temps etque tu n’as entrepris «ce voyage que dans le but d’évangéliser des « SAUVAgEeS ? »
C'était une lecon, mais elle avait tourné en détraction ; car je n'avais pas dit que je ne voulusse pas passer avec ces Dènè toutle tempsque mon ministère y néCessiterait ma présence. Ah! c'est que je savais bien qu'une fois entrés dans un Camp, il est difficile de déterminer des sau—