‹ Exploration de Quebec au Lac St. JeanChapitre 12 sur 50 · LE LAC JACQUES-CARTIER · texte numérisé non relu

LE LAC JACQUES-CARTIER

AMEDI, le 31, de bonne heure, nous levons le c^mp par une pluie torrentielle, bien décidés à faire les six milles qui nous séparaient encore du lac Jacques-Cartier sur les bords duquel nous voulions passer le Dimanche, ftous traversâmes d'abord des savanes dans lesquelles nous enfoncions à chaque pas, puis nous prenons une m. ntagne dans laquelle le sentier que nous suivons est à peine tr- ce. A chaque instant nous le perdons, et ce n'est qu'après s'être séparés dans toutes les directions et après de minutieuses recherches que nous le retrouvons. A midi, nous nous arrêtons un instant pour manger un biscuit et réchauffer nos membres engourdis par le froid. Nos effets complètement trempés se collent sur nous, et pendant que la chaleur du foyer répand une douce chaleur sur nos poitrines, nous avons froid au dos, et la pluie froide qui n'a cessé de tomber par torrents depuis le matin continue son œuvre sans relâche, au grand détriment de notre comfort. Dans ces circonstances, le repos est pire que la fatigue et nous repartons avec la perspective de camper bientôt. En effet, à trois heures, après avoir descendu une côte rapide, nous arrivons sur les bords d'une immense nappe d'eau, sur laquelle la vue s'étend à trois lieues, c'était le lac Jacques-Cartier. Au milieu des clameurs les plus enthousiaa-

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tés et des fécilitations réciproques sur notre arrivée nous étions descendu sur le sable même du rivage pour en mieux voir les bords, lorsque nous aperçûmes sur une pointe voisine de la décharge du lac un caribou pacifiquement occupé à brouter l'herbe. On se tait, et M. Neilson, armé de son fusil, avançait le long de la berge pour l'approcher, lorsque l'animal releva la tête et se mit à flairer l'air comme s'il se disposait à partir. M. Neilson alors pressa la détente et le coup partit. Le caribou bondit sur lui-même et s'élança dans la décharge du lac, traversa de notre côté et s'enfonça dans le bois. Un de nos sauvages le suivit, mais ne trouva aucune trace de blessure.

A quatre heures nous étions comfortablement campés, et à la chaleur d'un grand feu chacun était occupé à faire sécher ses effets.

Après une longue nuit de repos, nous nous réveillâmes dimanche 1er Novembre, par une tempête de vent et de pluie qui n'était que la continuation du temps que nous avions eu tout le jour précédent. La neige avait complètement disparu et nous nous en félicitions dans l'espérance que nous passerions les hauteurs sans le secours des raquettes, lorsque vers midi une neige épaisse commença à tomber. Immédiatement après les prières du dimanche, nos cinq porteurs canadiens furent informés par les chefs de l'exploration que leurs services n'étaient plus requis. En effet les provisions avaient diminué de moitié et nous n'étions partis que depuis onze jours. La partie la plus difficile et la plus longue du chemin nous restait à faire et la saison avancée nous faisait craindre des neiges profondes à franchir, qai nécessairement retarderaient encore notre marche. Pendant qu'ils se préparaient à partir, Messieurs Neilson et Hamel étaient occupés à leur correspondance. Vers deux heures, tout étant prêt, nos hommes partirent après nous avoir fait les meilleurs souhaits, emportant avec eux les dernières nouvelles d'une expédition, dont Québec ne devait entendre parler qu'un mois plus tard. Nous n'étions pas sans nous douter des dangers qui nous attendaient, et pour donner une idée de notre manière de les voir, en même temps que pour réfuter l'accusation portée contre nous, personnellement, par les faiseurs de colonisation, qui n'ont vu dans notre excursion qu'un mesquin intérêt personnel, et une mission d'étouffer à prix fixe le projet d'une voie de communication entre

Québec et le lac St. Jean, nous publions ici la correspondance que nous adressâmes du lac Jacques-Cartier au" Canadien." Disonsle, nous étions loin de nous douter qu'au moment où nous tracions ces lignes, nous étions vilipendé et travesti par celui-là même à qui elles étaient adressées, en qui nous pensions avoir un ami personnel franc et loyal, sinon un ami politique.

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