‹ Exploration de Quebec au Lac St. JeanChapitre 17 sur 50 · DE STONEHAM A LA HAUTEUR DES TERRES, PAR BLAIKLOCK · texte numérisé non relu

DE STONEHAM A LA HAUTEUR DES TERRES, PAR BLAIKLOCK

\EPUIS la rivière Jacques-Cartier jusqu'au 24e mille, le pays que traverse la ligne s'élève par une succession de montagnes anfractueuses, escarpées et rocheuses, dont les faces Sud et Sud-Est le sont tellement qu'elles sont inaccessibles en plusieurs endroits, le roc nu perçant à travers les arbres dans presque toutes les directions; le bois est maigre et rabougri, et le sol (pour ce qu'il y en a) est de la description la plus pauvre— la ligne passe dans le lie mille par un petit lac dont la décharge, dans l'espace d'un demi-mille, descend au moins cent pieds par des cascades et dt-s chûtes innombrables.

Du sommet d'une montagne dans le 13e mille, j'ai pu voir les eaux du lac St. Charles, les rives du St. Laurent et les paroisses de la rive Sud du fleuve, aussi loin que ma vue pouvait atteindre.

Les rangées de montagnes qui suivent une direction Nord-Est et Sud-Ouest doivent être coup es presqu'à angles droits par la ligne du chemin ; et bien qu'il y ait quelques points où ces rangées pourraient être traversées à des hauteurs moins consi-

dérables qu'ailleurs, toujours il faut atteindre à la hauteur des terres : et je pense que je dis plutôt moins que plus en disant que certaines parties des eaux des rivières Ste. Anne et Jacques-Cartier (que la ligne coupe) ont une élévation de trois mi Ile pieds au dessus du niveau du St. Laurent; et quelques-uns des sommets les plus élevés dans ces rangées de montagnes ont de quatre à cinq mille pieds. Les vallées, ou pour mieux dire les ravines, qui se trouvent entre ces rangées, sont étroites, et il y coule généralement quelques petits ruisseaux ou cours d'eaux.

Quelquefois elles sont parallèles avec les rangées de montagnes, d'autres fois elle, les coupent directement. Elles sont aussi obstruées par des fragments de rochers à gros grains, variant d'un à cent tonneaux en pesanteur, qui paraissent avoir été détachés des flancs des montagnes adjacentes et précipités dans les vallées. Au 17e mille la ligne traverse les premières eaux tributaires de la rivière Ste. Anne par un petit lac, (le lac au Canard) : elle traverse aussi un grand ruisseau au 18e mille. A environ deux milles à l'Ouest du 10e mille se trouve la rivière Tourile, une des branches principales de la rivière Ste. Anne; ici elle fait presque un détour rectangulaire et coule dans une direction Sud-Ouest, pendant qu'elle vient du Nord-Ouest au détour. Sur la rive Ouest de la rivière est la grande montagne Tourile, qui élève sa tête gigantesque de mille à quinze cents pieds au-dessus du niveau du cours d'eau qui se trouve à sa base et est absolument inaccessible des côtés Sud et Est. Les rochers et les rocs qui sont suspendus au-dessus de la rivière à des centaines de pieds de hauteur, présentent un coup-d'œil remarquablement grand.

Pendant plusieurs milles en descendant comme en montant ce ruisseau, les montagnes sont excessivement escarpées et rocheuses— dans plusieurs endroits elles sont toutà-fait inaccessibles. Du sommet des montagnes, au 21e mille, on a, pour plusieurs milles au Sud et à l'Ouest, une étendue de pays qui paraît extrêmement brisé et montagneux— ce sont des pics qui s'élèvent derrière des pics, des montagnes, jusqu'à ce que, se confondant ensemble, ils forment une rangée continue dans un horizon éloigné. La rivière Tourile coule parallèle à la ligne pendant environ quatre milles, puis elle fait un détour et vient du Nord- Ouest à travers une tranchée profonde dans les montagnes. La ligne ne coupe aucune des grandes branches de la rivière Ste.

.Anne, mais simplement les tributaires les moins considérables.

Du 18e au 24e mille le pays est extrêmement brisé et bouleversé, et présente de hautes rangées de montagnes qui s'élèvent à angles de 30° à 40°, avec des fragments perpendiculaires de rochers couverts çà et là de mousse ; les vallées, comme il a déjà été dit, sont couvertes de fragments de ro* chers qui paraissent avoir été détachés par l'effet de la glace et précipités dans l'abîme qui s'ouvre au-dessous, en laissant des traces sur les flancs de la montagne, où ils ont renversé les arbres devant eux.

Le 24e mille me paraît être environ à la hauteur des terres, ou à l'endroit le plus élevé dans la rangée des montagnes qui courent toutes vers le Nord-Est et le Sud- Ouest ; mais le terrain en est tellement brisé que le pays présente une succession infinie de hauteurs à sommets arrondis et plus ou moins escarpées dans toutes les directions. Dans toute cette partie du pays que je viens de mentionner, je ne |>ense pas qu'il y ait des terres qui soient propres à l'agriculture an nord du 10e mille, au moins à 6 milles de chaque côté de la ligne.

Le bois est de la description la plus paurre, (du sapin, épinette noire et du bouleau blanc,) et le sol est de la qualité la plus inférieure, (du sable et du gravois,) très-compact, avec douze à dix-huit pouces . de tourbe et de mousse ; le terrain est tellement pierreux et rocheux que c'est avec la plus grande difficulté que j'ai pu planter mes baguettes (bien que le bout en soit d'acier) pour m' aider à tirer la ligne. Le bois est aussi très-maigre et rabougri, et pousse si serré que les branches sont mêlées les unes avec les autres, et c'est avec beaucoup de difficultés que l'on a pu se frayer un passage. Le rocher est si près de la surface et les arbres y tiennent si peu, que les gros vents qui régnent dans ces montagnes, dans le printemps et dans l'automne, en renversent des étendues de plusieurs acres ; et ces renversis sont si nombreux que parfois j'ai été obligé de marcher plusieurs centaines de verges sans pouvoir toucher à la terre ; ceci, joint aux difficultés déjà mentionnées, fait que le pays est non-seulement difficile mais encore dangereux à traverser.

Il serait très-difficile de construire un chemin passable dans cette section du pays, par rapport à la nature montagneuse et inégale du terrain, et au sol pierreux et rocheux qu'il faudrait traverser.

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