‹ Exploration de Quebec au Lac St. JeanChapitre 26 sur 50 · NOTEE PERSONNEL DE SAUVAGES · texte numérisé non relu

NOTEE PERSONNEL DE SAUVAGES

) U nombre de notre personnel de sauvages, nous avions des célébrités dans plus d'un genre que nous ne saurions 1 passer sous silence, pour l'intérêt de notre compte-rendu. Au premier rang était le chef Huron bien connu comme le chasseur et le trappeur le plus renommé de Lorette; tout le monde a nommé Simon. Combien de récits intéressants ne nous a-t-il pas faits deses longs voyages et de ses chasses heureuses. A eux seuls nous ferions unvolume. Pour ceux de nos lecteurs qui désirent une belle fourrure,qu'ils lui fassent leur commande et ils ne seront pas trompés dans leur attente. Son fils, grand gaillard de vingt-huit ans plein de foi ce et de bonne volonté, marche sur les traces de son père.

Moïse Picard, également de Lorette, est un des hommes les mieux trempés que nous ayons encore vus. Toujours d'une humeur égale quelles que fussent les difficultés de la route, il portait son fardeau un iourire sur les lèvres, et chaque fois qu'un faux pas l'entraînait dans une chute, un joyeux éclat de rire nous avertissait de sa mésaventure, dont il était le premier à s'amuser. De lui-même il s'était chargé de la cuisine, et chaque soir il était le dernier à entrer sous la tente, retenu des heures entières par ses devoirs de cuisinier.

Certes, après une longue journée de marche pénible, lorsque chacun est occupé dans le camp à faire sécher ses effets trempés à la chaleur d'un grand feu, on conviendra que c'est presque de l'héroisme que de rester dehors, par une nuit froide qui glace des vêtements déjà mouillés, dans le seul but de surveiller le repas du soir. Bien plus d'une fois nous avons éprouvé de vives sympathies pour ce malheureux cuisinier qui se donnait tant de mal. Moïse est par excellence le fabricant de raquettes du village de Lorette. Sa position de fortune ne lui permet pas de contracter avec le gouvernement, mais c'est lui qui expédie l'ouvrage du contracteur,et nous ne saurions trop le recommander aux amateurs désireux de se procurer une bonne paire de raquettes telles qu'elles se font sur commande.

Jean Baptiste est un Abénaquis établi à Lorette, où il excelle à tanner les peaux de caribou et d'orignal. C'est tout un art. Nous ne saurions donner une idée plus avanta-

geuse de son habileté comme chasseur qu'en disant qu'il est l'associé de Simon. Comme caractère c'est un homme précieux en même temps qu'un porteur infatigable." ^j

Thomas Joseph, jeune Mic-mac âgé de trente ans, est un homme hors ligne. D'une rare intelligence et d'une stature moyenne mais robuste, c'est à la fois un vigoureux porteur et un guide sûr. Mieux que tout autre il suivait la direction de l'aiguille aimantée, et son bras armé de sa hache nous a frayé un chemin à travers l'épaisse forêt du Lac Jacques Cartier aux bords de la rivière Metabetchouan. Peut-être a-t-il sauvé l'expédition, mais au prix de sa propre perte. Le premier en avant, chaque coup de hache donné pour nous ouvrir un passage le recouvrait d'une avalanche de neige. Du matin jusqu'au soir nous l'avons vu sous son manteau blanc ; frissonnant de froid et contractant peut-être une maladie mortelle. Sous ses vêtements trempés il passait encore une heure aux travaux du campement ; et bientôt une toux des plus fatiguantes lui apprit qu'il avait trop fait. Souffrant, presque sans nourriture, il continua pourtant à la tête de la colonne ; mais ses traits s'amaigrirent, et avant d'arriver au terme de notre voyage, sa voix s'était éteinte et ses forces épuisées. Il était méconnaissable.

Thomas Joseph est fixé à la Pointe-Lévi et est reconnu comme le plus habile fabricant de canots d'écorce de l'endroit. Pendant ses jours de repos il nous a fait des gaines pour nos couteaux de chasse, en bois de sapin, reliées avec des racines d'épinette appelées " watap." Son père, Nicolas Joseph, âgé de soixante ans,a été le meilleur coureur de son temps et conserve encore quelque chose de la vigueur de sa jeunesse. 11 était plus spécialement chargé de lever notre tente, avec son tapis de sapin. Jacques Launière, Mic-mac également de la Pointe- Lévi,complétait notre personnel de sauvages, et à cause d'une infirmité aux mains et aux pieds, était moins robuste que ses compagnons. Tel était notre personnel au moment où les difficultés lès plus sérieuses commencèrent. Ce jour-là, désirant nous habituer aux raquettes, nous fîmes une excursion durant l'après-midi sur les collines du voisinage, d'où nous pûmes avoir une excellente vue du pays. La neige, profonde d'un pied, était très fatiguante et chargeait considérablement nos raquettes. Nouspûme3 prévoir les difficultés qui nous attendaient dans le cas où la neige augmenterait et nous forcerait à nous servir de nos raquettes.

LA RIVIERE UPIKA.

I UNDI le 9, nous décampons de bonne heure, et suivant l'indication de la boussole nous trave sons un ancien brûlé, que nous perdons dans l'après-midi. Le lendemain, nous suivons encore la hauteur des terres où nous nous trouvons, et le mercredi nous commençons à descendre sensiblement. Les vues que nous avons indiquent une inclinaison générale, bien que tout le pays ne «oit qu'une successi -n de montagnes jusqu'à l'horizon, où nous croyons voir la chaîne de la rivière Upika. Nous nous enfonçons encore dans la forêt, et chaque fois que nous descendons du haut d'une montagne dans un profond ravin nous espérons y trouver la rivière sur les bords de laquelle nous devrions être arrivés d'après les calculs des ehefs de l'expédition. Mais, au désappointement général, nous ne trouvons que d'étroits ruisseaux et que des, lacs de plus ou moins d'étendue. Le jeudi se passe à «éprouver les mêmes désappointements, mais nous descendons toujours et le bois de la forêt est plus facile à traverser. La région exclusive des epinettes est passée; nous rencontrons plus de bouleaux, même des merisiers, et bientôt de petits érables batar ds, gros comme le doigt. L'inquiétude se met dans le camp. Les vivres ne chargent plus les porteurs et nous calculions arriver à la rivière Upika samedi dernier. Le vendredi, le découragement augmente avec le désappointement. Evidemment nous avons fait fausse route. Notre boussole, le seul instrument que nous ayons, nous a trompés ; les attractions locales y sont probablement pour quelque chose. C'est avec de pareilles pensées que nous nous endormons. Au réveil >imon se plaint d'un tour de reins pénible et qui le force à prendre un bâton pour aider sa marche.

L'inquiétude du vieux chef, qui dit trèssérieusement au départ : "Eh bien ! si je ne suis pas capable de suivre, vous me laisserez, " n'est pas faite pour faire taire les craintes de tout le monde. On force la marche et nous arrivons vers midi aux bords d'une profonde vallée, dont la descente rapide se fait moitié sautant, moitié glissant. Est-ce encore un ruisseau, ou bien un lac, ou bien encore la rivière Upika ? Nous hésitions encore dans nos suppositions, lorsque nous traversons un étroit ruisseau. Nouvelle déception, nous disions-nous en avançant de quelques pas à travers les ombrages de ce bas-fond, lorsque nous arrivâmes sur les bords d'une magnifique rivière, coulant ses

eaux profondes et tranquilles entre une double chaîne de montagnes escarpées ; c'était la rivière Upika.

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